Échelle de Kinsey

L'échelle de Kinsey est un outil conceptuel mis au point à la fin des années 1940 par Alfred Kinsey pour décrire les nuances propres aux orientations sexuelles. Présentée comme un continuum[4], l'apport théorique de cette échelle est notamment de montrer que l'opposition binaire des 2 monosexualités hétérosexualité-homosexualité est un faux dilemme et que la sexualité humaine est plus complexe que ces 2 seules catégories, Kinsey estimant lui-même que « tout n'est pas blanc ou noir »[5].
Bien que critiquée, comme les autres travaux de Kinsey, elle est encore utilisée de nos jours. Dans le cadre de la sexologie et de l'étude de la bisexualité moderne, l'échelle de Kinsey a été prolongée par la grille d'orientation sexuelle de Klein.
Principe
L'échelle se propose d'évaluer les individus à partir des diverses expériences sexuelles d'un individu :
| Score | Type d'expériences sexuelles |
|---|---|
| X | Asexuel (pas de sexualité) |
| 0 | Exclusivement hétérosexuelles |
| 1 | Principalement hétérosexuelles, exceptionnellement homosexuelles |
| 2 | Principalement hétérosexuelles, occasionnellement homosexuelles |
| 3 | Expériences bisexuelles sans préférence |
| 4 | Principalement homosexuelles, occasionnellement hétérosexuelles |
| 5 | Principalement homosexuelles, exceptionnellement hétérosexuelles |
| 6 | Exclusivement homosexuelles |
Historique
Alfred Kinsey et son équipe sont à l'origine de la sexologie moderne[6]. Les rapports Kinsey — Sexual Behavior in the Human Male (1948) and Sexual Behavior of the Human Female (1953) — choquent leurs contemporains et constituent alors une « lourde charge contre les législations répressives des États américains »[6].
Les travaux de Kinsey mettent au jour que si 4% des hommes ont un comportement sexuel exclusivement homosexuel, 37% des hommes étudiés a eu au moins une expérience sexuelle homosexuelle menant à l'orgasme[6]. Beaucoup s'élèvent contre des chiffres qu'ils estiment être exagérés et la méthodologie de Kinsey est critiquée[6]. Certains avancent que les homosexuels, qui souffriraient selon eux d’un sentiment de culpabilité, auraient tendance à « exagérer l’universalité de leur déviation » et à s’entourer de « névrosés »[6].
Postérité

L'échelle de Kinsey connait une importante postérité. Dans la langue anglaise contemporaine, il n'est pas rare de voir des personnes se décrire comme « Kinsey 3 » ou « Kinsey 6 »[7].
Usage en sexologie et dans la recherche
En sexologie, elle influence entre autres Fritz Klein, qui la reprend et prolonge avec sa grille d'orientation sexuelle de Klein, plus détaillée.
Près de 70 ans après sa création, l'échelle de Kinsey est toujours utilisée, par exemple en 2015 par YouGov dans une enquête sur la sexualité des Britanniques, qui met en avant que la bisexualité est plus fréquente dans la jeunesse[8] : si 89% des personnes de plus de 60 ans interrogés sont monosexuelles (et seulement 7% sont bisexuelles), ces chiffres évoluent radicalement pour les 18-25 ans, avec 52% de monosexuels et 43% de bisexuels[8].
En 2017, elle est mobilisée dans le cadre d'une recherche en neurosciences cherchant à étudier les différences d'activité cérébrale entre des participants se disant « hétérosexuels » (qui se classifient en moyenne comme 0,4 sur l'échelle), « bisexuels » (3,2) et « homosexuels » (5,7)[9].
Dans les années 2020, l'échelle de Kinsey est toujours un outil utilisé en sexologie, qu'elle soit utilisée pour des études, discutée, approuvée ou critiquée[10],[11].
Références
- ↑ (en) Merl Storr, Bisexuality : A Critical Reader, Routledge, (lire en ligne [PDF]), p. 31.
- ↑ (en) Jeremy Jabbour, Luke Holmes, David Sylva et Kevin J. Hsu, « Robust evidence for bisexual orientation among men », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 117, no 31, , p. 18369–18377 (ISSN 1091-6490, PMID 32690672, PMCID 7414168, DOI 10.1073/pnas.2003631117, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-GB) Will Dahlgreen, Anna-Elizabeth Shakespeare, « 1 in 2 young people say they are not 100% heterosexual », sur YouGov, (consulté le )
- ↑ (en-US) « The Kinsey Scale: Publications: Research: Kinsey Institute: Indiana University Bloomington », sur Kinsey Institute (consulté le )
- ↑ (en) Fred Klein, The Bisexual Option, American Institute of Bisexuality, Inc., , 2e éd., 230 p. (ISBN 978-0-9858717-0-3), p. 14
- Sylvie Chaperon, « Kinsey en France : les sexualités féminine et masculine en débat », Le Mouvement Social, vol. 198, no 1, , p. 91–110 (ISSN 0027-2671, DOI 10.3917/lms.198.0091, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Marjorie Garber, Bisexuality and the Eroticism of Everyday Life, Routledge, , 624 p. (ISBN 978-1-136-61283-1), p. 59.
- (en-GB) Will Dahlgreen, Anna-Elizabeth Shakespeare, « 1 in 2 young people say they are not 100% heterosexual », sur YouGov, (consulté le )
- ↑ Peggy Sastre, « La bisexualité (aussi) se voit dans le cerveau », sur Slate.fr, (consulté le )
- ↑ Lucas Walters, Elena N. McCluskie, Mathilde Roberge et Sara Moazami, « A systematic review of changes in sexual attractions », The Canadian Journal of Human Sexuality, vol. 34, no 1, , p. 106–123 (ISSN 1188-4517, DOI 10.3138/cjhs-2024-0030, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Brendan P. Zietsch et Morgan J. Sidari, « The Kinsey scale is ill-suited to most sexuality research because it does not measure a single construct », Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, vol. 117, no 44, , p. 27080 (ISSN 1091-6490, PMID 33144520, PMCID 7959566, DOI 10.1073/pnas.2015820117, lire en ligne, consulté le )
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