École de Wu

L'Ecole du Wu (ou Wúmén huàpài 吳門畫派), de l'ancien nom de Suzhou, est un groupe de peintres de l' "Ecole du Sud" ayant existé sous les Ming 明 (1368-1644). Elle regroupe des lettrés évoluant dans cette ville entre la seconde moitié du XVe siècle et au XVIe siècle.

Shen Zhou 沈周 (1427–1509) est généralement considéré comme le chef de file de cette école.

Place dans la peinture chinoise

Bien que les lettrés issus de cette école ne s'identifient pas comme un groupe en tant que tel, Dong Qichang 董其昌(1555-1636) les regroupe rapidement sous le nom d'école de Wu en rapprochant notamment les oeuvres de Shen Zhou et de Wen Zhengming 文徵明 (1470-1559). Si Shen Zhou est vu comme le fondateur de l'école de Wu, Wen Zhengming en est l'éminent représentant. Pour Dong Qichang, l'école de Wu se place dans le lignage de la peinture lettrée (dénommée école du Sud par Dong) instaurée par Wang Wei 王维 (v. 701-v. 761)[1].

Bienfondé des théories de Dong Qichang

Si Dong Qichang influence longuement l'histoire de l'art chinois, son opposition entre l'école de Wu, constituée selon lui de lettrés, et l'école de Zhe, constituée de peintres professionnels, a été remise en question au XXe siècle[2]. En effet, des peintres professionnels comme Qiu Ying 仇英 (v. 1494-v. 1552) ont été formés par des peintres du Wu. Ce dernier a d'ailleurs collaboré à plusieurs reprises avec Wen Zhengming[3]. De même, Shen Zhou a en sa possession à la fois des oeuvres des maîtres lettrés de la peinture Yuan 元 (1279-1368) et des paysages de maîtres de la cour des Song du Sud 宋 (960-1127-1279).

Style

De fait, on retrouve dans la peinture de Wu des influences variées qui vont des monochromes des Cinq dynasties 五代十國 (907-960) et des Song (960-1279) aux paysages bleu-et-verts (青綠山水 qīnglǜ shānshuǐ) vus comme des productions de cour. En tant que peintres lettrés et connaisseurs des références du passé[4], l'école de Wu fait évoluer la peinture lettrée en se servant de classiques de la littérature chinoise comme inspiration et font constamment référence aux textes religieux fondateurs issus du bouddhisme, néoconfucianisme et taoïsme[5].

Contexte

Suzhou connaît sous les Ming une certaine croissance qui permet l'émergence d'une classe marchande issue du commerce du riz et de la soie. Elle peut alors soutenir les peintres lettrés de la régions, ayant choisi leur statut indépendant ou ayant échoué aux examens mandarinaux. Ainsi, si Shen Zhou refuse la vie de fonctionnaire, Zhu Yunming 祝允明 (1461-1527) et Wen Zhengming se retirent de la vie officielle. Enfin, Tang Yin 唐寅 (1470-1524) se doit de quitter ses fonctions après un procès. L'érémitisme qui est celle des peintres devient donc également un des thèmes de leurs oeuvres, qu'il s'agissent de représentations idéales suivant les modèles classiques ou de lieux réels[1].

D'autres peintres, également fonctionnaires et issus des régions environnantes, sont attirés par l'activité artistique de Suzhou et s'établissent dans cette ville. Parmi eux figurent Wang Fu 王紱 (1362-1416), Yao Shou 姚綬 (1423-1495) et Xia Chang 夏昶 (1388-1470)[6].

Voir aussi

References

  • Lefebvre Eric, Bellec Maël, Peindre hors du monde, Paris, Paris-musées, Musée Cernuschi, Hong-Kong Museum of Art, 2021. 208 p. (ISBN 978-2-7596-0514-9)
  • Laurent Cédric, Retrouver son coeur: la méditation dans la peinture et la poésie chinoise du XVe au XVIIe siècle , l'Asiathèque, coll. « Empreintes chinoises », 2021. 384 p. (ISBN 978-2-36057-279-3)
  • Laurent Cédric, Voyages immobiles dans la prose ancienne, Belles lettres, 2016
  • Clunas Craig, Elegant debts ; the social art of Wen Zhengming 1470-1559, Reaktion Books, 2004 (ISBN 978-1-86189-183-9)
  • Elisseeff Danielle, Histoire de l'art : la Chine des Song 960 à la fin de l'Empire 1912, École du Louvre RMN, coll. « Manuels de l'École du Louvre », 2010 (ISBN 978-2-904187-28-5 et 978-2-7118-5520-9)

Liens utiles

Notes et références

  1. Éric Musée Cernuschi, Mael Paris Musées et Hong Kong Museum of art, Peindre hors du monde: moines et lettrés des dynasties Ming et Qing, collection Chih Lo Lou [exposition, Paris, Musée Cernuschi, 4 novembre 2021-6 mars 2022], Paris-musées Musée Cernuschi, (ISBN 978-2-7596-0514-9)
  2. Danielle Elisseeff, Histoire de l'art: la Chine des Song, 960, à la fin de l'Empire, 1912, École du Louvre RMN, coll. « Manuels de l'École du Louvre », (ISBN 978-2-904187-28-5 et 978-2-7118-5520-9)
  3. Craig Clunas, Elegant debts: the social art of Wen Zhengming, 1470 - 1559, Reaktion Books, (ISBN 978-1-86189-183-9)
  4. Cédric Laurent, Voyages immobiles dans la prose ancienne, Belles lettres, (lire en ligne)
  5. Cédric Laurent, Retrouver son coeur: la méditation dans la peinture et la poésie chinoise du XVe au XVIIe siècle, l'Asiathèque, coll. « Empreintes chinoises », (ISBN 978-2-36057-279-3)
  6. Nadine Perront, Trois mille ans de peinture chinoise: culture et civilisation de la Chine, P. Picquier, (ISBN 978-2-87730-341-5)
  • icône décorative Portail de la peinture
  • icône décorative Portail du monde chinois