École préclassique de Vienne
L’école préclassique de Vienne (Wiener Vorklassiker Schule ou Frühe Wiener Schule en allemand) est l'école de musique préclassique (« Vorklassik » ou « Frühklassik » en allemand[1]) qui regroupe les musiciens et compositeurs viennois qui, à partir de 1730, ont joué un rôle déterminant dans la transition entre la musique baroque et le classicisme viennois.
Cette école, influencée par Antonio Caldara et illustrée principalement par Georg Christoph Wagenseil et Georg Matthias Monn[2], est quasiment contemporaine de l'école symphonique de Milan et de l'école de Berlin et précède le classicisme viennois sensu stricto[3].
Cette école est appelée Wiener Schule par le poète et compositeur allemand Christian Friedrich Daniel Schubart dans son ouvrage Ideen zu einer Aesthetik der Tonkunst de 1806[4].
Historique

L'intérêt de la maison de Habsbourg et de la noblesse autrichienne pour la musique a de tous temps attiré des compositeurs célèbres à Vienne[2].
Deux compositeurs italiens importants séjournent à Vienne durant le règne de Joseph Ier (empereur de 1705 à 1711) : Giovanni Bononcini (à Vienne de 1700 à 1711) et son frère Antonio Maria Bononcini (à Vienne de 1704 à 1711)[5].
Ils sont suivis, sous le règne de Charles VI (empereur de 1711 à 1740), par Giuseppe Porsile, attaché à la cour de Vienne de 1720 à 1740, Matteo Palotta, compositeur de la cour de 1733 à 1740 sous Charles VI puis à partir 1749 sous l'impératrice Marie-Thérèse[6],[7],[8],[9],[10], et surtout Antonio Caldara, qui réside à Vienne en tant que vice-maître de chapelle (Vizekapellmeister)[3] de 1716 jusqu'à sa mort en 1736[5].
Caldara exerce une grande influence, directe ou indirecte, sur les jeunes Autrichiens de l'école viennoise : son élève Georg Reutter le Jeune, Georg Christoph Wagenseil, Georg Matthias Monn, Josef Starzer et Ignaz Holzbauer[5].
À partir de 1740, l'école pré-classique de Vienne entre en déclin à cause de l'impact financier des trois guerres de Silésie (1740-1742, 1744-1745 et 1756-1763) : elle s'efface peu à peu pour céder le pas à l'École de Berlin et à l'École de Mannheim mais c'est bien elle qui a formé le nouveau langage musical qui, à travers ces deux écoles, mènera au classicisme viennois[5].
Pour la symphonie, les précurseurs et prédécesseurs immédiats de Haydn furent bien plus Autrichiens et Viennois que membres de l'École de Mannheim : on peut citer à cet égard, entre autres, Monn, Wagenseil, Gassmann, Hoffmann et von Ordóñez[11]. Georg Matthias Monn, en particulier, composa dès 1740 une symphonie en quatre mouvements dont un menuet, une structure qui allait peu à peu s'imposer chez Haydn[11].
Musiciens
- Johann Georg Reutter (1708-1772), élève de Caldara qui écrivit surtout de la musique d'église et d'opéra[5], maître de chapelle à la cathédrale Saint-Étienne en 1738, vice-maître de chapelle de la cour en 1747 et maître de chapelle de la cour en 1769[12],[3] ;
- Ignaz Holzbauer (1711-1783), élève de Fux, attaché au théâtre de la Cour de 1745 à 1750, et qui obtiendra le poste de maître de chapelle à Mannheim en 1753, trois ans après son départ de Vienne[2],[5],[13] ;
- Georg Christoph Wagenseil (1715-1777), élève de Fux, compositeur de la cour impériale à partir de 1739, pionnier du style galant à Vienne, qui bénéficia du soutien indéfectible de la famille impériale pendant tout sa carrière[14],[2],[3],[5],[15],[16],[17],[18],[19],[20],[21] et Hofklaviermeister de 1749 à 1769[22] ; Haydn adopta le style de Wagenseil dans ses premiers divertimenti pour clavier[14]. Mozart rencontra Wagenseil lors de sa première visite à Vienne en 1762 et joua l'un de ses concertos pour clavier[14] ;
- Georg Matthias Monn (1717-1750), élève de Fux, organiste et pédagogue, à Vienne à partir de 1738 ; le principal représentant du classicisme précoce viennois avec Wagenseil[23], compositeur dès 1740 d'une symphonie en quatre mouvements dont un menuet, structure qui peu à peu allait s'imposer chez Haydn[5],[24],[11] ;
- Wenzel Raimund Birck (1718-1763), élève de Fux, organiste de la cour impériale à partir de 1739[25],[26],[27],[28],[29],[30],[31] ;
- Josef Starzer (1726-1787), violoniste[32],[33] ;
- Florian Leopold Gassmann (1729-1774)[11], compositeur de la cour de Vienne (Hof- und Kammercompositor) à partir de 1764, successeur de Gluck en tant que compositeur de ballets, maître de chapelle de la cour en 1772 (succédant à Georg Reutter), auteur à partir de 1765 de 44 symphonies, admirées et collectionnées par l'empereur Joseph II[34],[35] ;
- Karl von Ordóñez (1734-1786), compositeur de symphonies à partir du milieu des années 1750 dans le style galant promu à Vienne par Wagenseil[36] ; ses 27 quatuors à cordes étaient admirés et collectionnés par l'empereur Joseph II[37] ;
- Leopold Hofmann (1738-1793)[11] ;
- Jean-Baptiste Vanhal ou Johann Baptist Vanhal, Jan Křtitel Vaňhal (1739-1813) : ses symphonies, qui sont probablement au nombre de près de 80, étaient populaires dans les années 1760 et 1770 auprès de la monarchie des Habsbourg[38].
-
Georg Reutter le jeune. -
Ignaz Holzbauer, silhouette. -
Georg Christoph Wagenseil, silhouette datée de 1776. -
Florian Leopold Gassmann. -
Leopold Hofmann. -
Jan Křtitel Vaňhal.
Style et héritage
L'école préclassique de Vienne assure la formation d'un nouveau langage musical et l'abandon de la tradition baroque[5]. Elle contribue à la forme nouvelle de la symphonie en fixant le plan de la symphonie à trois mouvements (allegro, andante, presto) voire quatre (allegro, andante, menuet, presto)[39].
Des 96 symphonies de Wagenseil, toutes sauf 4 sont en trois mouvements[16]. Une des symphonies de Georg Mathias Monn (sans doute le plus doué des compositeurs préclassiques autrichiens selon Marc Vignal), datée de 1740, adopte déjà la forme classique en quatre mouvements, avec menuet en troisième position[40]. On notera cependant chez Monn une coexistence entre des traits conservateurs hérités du style baroque tardif de son maître Johann Joseph Fux et des expérimentations qui le rapprochent de l'Empfindsamer Stil (style sensible) de Carl Philipp Emanuel Bach[41]. Reutter, par contre, reste ancré dans le style baroque[12].
Pour Günter Birkner et Félix Raugel « après 1740, c'est l'école de Mannheim qui l'emporte sur celle de Vienne, mais ses musiciens n'ont plus à formuler un nouveau langage musical. Ils construisent sur des bases qui leur ont été fournies autre part, mais non à Mannheim »[5].
C'est à Vienne que le jeune Joseph Haydn acquiert entre 1740 et 1759 les connaissances qui lui permettent de devenir un grand compositeur[5].
Le jeune Mozart s'inspire lui aussi de l'école préclassique de Vienne[15]. Lorsque, âgé de six ans, il est présenté à la Cour en 1762, il joue un concerto de Wagenseil et demande personnellement à ce dernier de tourner les pages pour lui[15],[42].
Wagenseil influencera même indirectement Beethoven qui recevra des leçons de contrepoint de Johann Baptist Schenk, élève de Wagenseil[43].
Enregistrements
Pour illustrer l'école préclassique de Vienne, on retiendra les enregistrements suivants :
- Symphonies (WV 351, 413, 418, 438, 441) de Georg Christoph Wagenseil, par L'Orfeo Barockorchester dir. Michi Gaigg (cpo 999 450-2)
- Symphonies Vol.2 (WV 361, 374, 393, 398, 421, 432) de Georg Christoph Wagenseil, par le Stuttgarter Kammerorchester, dir. Johannes Goritzki (cpo 777 112-2)
- Six Symphonies de Georg Matthias Monn, par L'Arpa Festante dir. Michi Gaigg (cpo 999 273-2)
- Concerti de Georg Matthias Monn, par La Stagione Frankfurt dir. Michael Schneider, avec la claveciniste Sabine Bauer, le violoncelliste Rainer Zipperling et la violoniste Mary Utiger (cpo 999 391-2)
- Cello Works by Haydn, Couperin and Monn, par Corinne Morris et le Scottish Chamber Orchestra, dir. Stephanie Gonley (Linn records CKD 562)
- Oboe Concertos, Oboe and Harpsichord Concertos de Leopold Hofmann, par Stefan Schilli (hautbois), Jeno Jandó (clavecin) et la Nicolaus Esterházy Sinfonia, dir. Béla Drahos (Naxos 8.553979)
- Flute Concertos Vol.1 de Leopold Hofmann, par Kazunori Seo (flûte) et la Nicolaus Esterházy Sinfonia, dir. Béla Drahos (Naxos 8.554747)
- Five Symphonies de Leopold Hofmann, par le Northern Chamber Orchestra, dir. Nicholas Ward (Naxos 8.553866)
- Violin Concertos de Leopold Hofmann, par Lorraine McAslan (violon) et le Northern Chamber Orchestra, dir. Nicholas Ward (Naxos 8.554233)
- Haydn - Hofmann Concerti par Julien Chauvin (violon) et Le Cercle de l'Harmonie, dir. Alexis Kossenko (Eloquentia)
Références
- ↑ Michael Schneider (2005), notice du CD Georg Anton Benda - Harpsichord Concertos, La Stagione Frankfurt dir. Michael Schneider, cpo 777 088-2.
- « La musique à Vienne », Grande Encyclopédie Larousse, Éd. 1971-1976.
- (de) Karl Heinrich Wörner, Geschichte der Musik: ein Studien- und Nachschlagebuch, Vandenhoek & Ruprecht, , p. 328.
- ↑ Universal lexicon : Wiener Schule
- Günter Birkner et Félix Raugel, La Musique - Les Hommes, les instruments, les œuvres - Tome premier : La musique, des origines à la mort de Rameau - Livre V : Apparition du classicisme et formation d'un langage international - Chapitre II : La musique dans les pays germaniques, Librairie Larousse, , p. 312-313.
- ↑ (de) Alexander Rausch, « Palotta (Pallotta, Pallota, gen. il Palermitano), Matteo », sur Oesterreichisches Musiklexikon online, (consulté le ).
- ↑ (it) Carlo Schmidl, Dizionario universale dei musicisti, Milan, Casa Editrice Sonzogno, , p. 224.
- ↑ (en) John Denison Champlin Jr, William Foster Apthorp, Cyclopedia of Music and Musicians, Volume III, Charles Scribner's Sons, New York, , p. 75.
- ↑ (en) Sir George Grove, Dictionary of Music and Musicians: (A.D. 1450-1889), vol. 2, Londres, McMillan and Co., (lire en ligne), p. 643.
- ↑ Joachim, « Matteo Palotta (1688-1758) », sur Musique classique forum, .
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- ↑ (en) Bertil H. Van Boer, Historical Dictionary of Music of the Classical Period, The Scarecrow Press, (lire en ligne), p. 280.
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- Marc Vignal, « Wagenseil Georg Christoph - (1715-1777) », Encyclopædia Universalis.
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- ↑ EdMu - Education musicale : La symphonie
- ↑ Marc Vignal, « Monn Georg Mathias - (1717-1750) », Encyclopædia Universalis.
- ↑ Passée des arts : De Vienne à Mannheim avec Georg Mathias Monn et Anton Fils
- ↑ (en) Margery Halford et Willard A. Palmer, The Classical Era: An Introduction to the Keyboard Music, Alfred Masterwork Edition, 1977, p. 23.
- ↑ Burnett et Nitzberg 2007, p. 167.
Annexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Günter Birkner et Félix Raugel, La Musique - Les Hommes, les instruments, les œuvres - Tome premier : La musique, des origines à la mort de Rameau - Livre V : Apparition du classicisme et formation d'un langage international - Chapitre II : La musique dans les pays germaniques, Librairie Larousse, .

- (de) Karl Heinrich Wörner, Geschichte der Musik: ein Studien- und Nachschlagebuch, Vandenhoek & Ruprecht, .

- (en) Bertil H. Van Boer, Historical Dictionary of Music of the Classical Period, The Scarecrow Press, .

- (en) Matthew Riley, The Viennese Minor-Key Symphony in the Age of Haydn and Mozart, Oxford University Press, .

- (de) Michael Stolle, Von der Aufklärung zur Klassik – von Gottsched bis Jean Paul: 200 mitteleuropäische Kurz-Porträts aus Bildender Kunst, Literatur, Musik, Philosophie, Wissenschaft und Politik 1700-1800, Vindobona Verlag, , 352 p. (ISBN 978-3-903574-88-5).

Articles connexes
- École symphonique de Milan
- École de Berlin (musique classique)
- École de Mannheim
- Classicisme viennois
Liens externes
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