Édit de Mérindol


Vue de Mérindol depuis le chemin du souvenir.

L’édit de Mérindol est, d'abord, un arrêt rendu le par le parlement de Provence condamnant à mort (par contumace) dix-huit vaudois du bourg de Mérindol (actuel département du Vaucluse), à la suite d'un mouvement de révolte des vaudois contre un édit du roi François Ier publié en 1535. Mais c'est surtout l'origine d'un des premiers grands massacres de populations civiles pour des raisons religieuses au XVIe siècle.

L'application de cet édit est d'abord suspendue par grâce royale, pour des raisons politiques, les relations du roi de France avec les princes protestants du Saint-Empire, ses alliés contre l'empereur Charles Quint au cours des guerres d'Italie.

Mais la procédure est reprise en 1545 et, pour faire appliquer l'édit du parlement de Provence, une expédition est mise sur pied : du 15 au , les troupes royales massacrent un très grand nombre d'habitants des villages vaudois.

Contexte

Les vaudois en Provence au XVIe siècle

Mérindol est alors un bourg situé en Provence, donc dans le royaume de France, près de la frontière du Comtat Venaissin (un des territoires des États pontificaux). Il sert de refuge à des vaudois venus du Piémont, de même que le bourg de Cabrières (dans le Comtat Venaissin), et quelques autres villages des environs.

Ils s’y étaient extrêmement multipliés, professant ouvertement la foi de leurs ancêtres.[réf. nécessaire]

Édit de François Ier contre les protestants (1535)

La Réforme protestante (issu de la rébellion de Martin Luther en 1517-1520, très vite soutenu par plusieurs princes allemands) se développe dans le royaume de France dès la fin des années 1520.

Le , François Ier publie un édit rigoureux « pour l’extirpation et extermination de la secte luthérienne, et autres hérésies… dont les sectateurs et imitateurs se sont rendus fugitifs, cachent, et latitent en aucunes parties du royaume. Pour quoi, statuons et ordonnons, par édit perpétuel et irrévocable, que tous ceux et celles qui ont recelé ou recèleront par-ci après sciemment lesdits sectateurs, pour empêcher qu’ils ne fussent pris et appréhendés par justice… seront punis de telle et semblable peine que lesdits sectateurs; sinon que d’eux-mêmes et par leur diligence, ils amenassent et représentassent à justice iceux sectateurs… et outre avons aussi ordonné que tous ceux et celles qui révéleront et dénonceront à justice aucuns desdits délinquans, soit des principaux sectateurs, ou de leurs recélateurs… auront la quarte partie des confiscations et amendes sur ce adjugées. »

La révolte des Vaudois

Au lieu de se soumettre, les vaudois prennent les armes et, après avoir ravagé tout le plat pays, s'emparent de châteaux et de lieux forts dans les montagnes et dans les bois, pour s’y défendre contre la justice, si l’on entreprenait d’exécuter contre eux l’édit du roi.

Informé de ces crimes, le roi demande au parlement d’Aix de procéder immédiatement contre eux, de punir rigoureusement les coupables, de détruire tous les lieux où ils se sont fortifiés et d'anéantir leur secte. C'est à la suite de cette demande que le parlement rend l'arrêt dit « arrêt de Mérindol ».

L'édit de Mérindol (18 novembre 1540)

Cet arrêt condamne par contumace dix-neuf des hérétiques à être brûlés et ordonne que les villages de Mérindol, Cabrière, les Aiguës, et autres lieux qui ont servi d'abri aux hérétiques, soient détruits, les maisons rasées jusqu’aux fondements ; les cavernes et les autres endroits souterrains qui leur servaient de gîte, démolis ; les forêts coupées, les arbres fruitiers arrachés ; les chefs et principaux révoltés exécutés, et leurs femmes et enfants bannis à perpétuité de ces lieux.

Application de l'édit

La grâce royale (1541)

Après l’intervention en faveur de leurs coreligionnaires de France par les princes protestants d’Allemagne, le roi, qui les ménage à cette époque, parce qu’il a besoin de leur secours contre Charles Quint, expédie des lettres de grâce pour tous ceux qui étaient visés par cette condamnation.

Pressions catholiques contre les vaudois

L’archevêque d’Arles, l’évêque d’Aix et quelques abbés, prieurs et chanoines de Provence, assemblés à Avignon, avaient envoyé prier le roi de révoquer, pour le salut de son âme, l’amnistie qu’il avait accordée aux vaudois de Mérindol. En même temps, on avait cherché à lui inspirer des inquiétudes. Les vaudois occupaient, disait-on, de fortes positions au milieu des Alpes ; ils s’étaient tellement multipliés qu’ils pouvaient mettre sous les armes jusqu’à quinze mille hommes. On ajoutait qu’ils correspondaient avec les Suisses et qu’en cas de guerre étrangère, ils pourraient facilement tenter un coup de main sur Aix ou Marseille.

Reprise de la procédure (1545)

La retraite de Charles-Quint[pas clair] en 1545 (au cours de la neuvième guerre d'Italie), marque la fin du répit pour les vaudois. L'arrêt redevient exécutoire, malgré les réclamations de l’évêque de Carpentras Paolo Sadoleto[réf. nécessaire].

le 1er , François Ier écrit au parlement de Provence en lui demandant de mettre à exécution l’arrêt rendu quatre ans avant contre les vaudois, malgré les lettres de grâce expédiées depuis. Il lui recommande « de faire en sorte que le pays de Provence fût entièrement dépeuplé et nettoyé de tels séducteurs. »

Les exécuteurs de cette sentence sont l’avocat du roi, Guérin, le capitaine Paulin de La Garde (récemment créé baron par le roi), ancien agent du roi chez les Turcs[réf. nécessaire], et Jean Maynier, baron d’Oppède.

Ce dernier, qui a reçu les ordres du roi, les garde d'abord secrets et fait préparer une expédition militaire. Il rassemble six compagnies d’infanterie, des vieilles bandes arrivées du Piémont, associées à l'escadron de cavalerie du capitaine Paulin.

Le , tous les préparatifs étant achevés, le baron d’Oppède lit les lettres du roi au parlement, qui ordonne aussitôt que son arrêt du soit exécuté.

L'expédition militaire et les massacres (fin avril 1545)

Débuts de l'expédition

Le , les barons d’Oppède et de la Garde quittent Aix avec leurs troupes, traversent la Durance et entrènt par le Pertuis dans le pays habité par les vaudois.

Le lendemain matin, ils atteignent les villages de Peypin, la Motte et Saint-Martin, les pillent, les brulent et en massacrent tous les habitants, pris totalement par surprise.

Les habitants de Villelaure, Lourmarin, Gensson, Trésémines et La Roque, sont sans doute avertis de la menace, notamment du fait des incendies. Ils s’enfuient dans les bois, emportant leurs enfants et quelques biens meubles. Arrivés peu après, les soldats pillent tout le reste, brulent les maisons et les récoltes, écorcent les arbres fruitiers et tuent ceux qui tombent entre leurs mains.

Le lendemain, d’Oppède, voyant qu’aucune résistance ne lui est opposée nulle part et qu’il ne courait aucun danger, divise ses troupes en deux colonnes : l’une suit la montagne et l’autre la rivière, pour ravager tout le pays. Ils trouvent tous les villages abandonnés mais, comme les villageois pourchassés des villages brulés la veille s’étaient chargés ou de leurs enfants en bas âge, ou de leurs biens les plus précieux, les plus faibles succombaient les uns après les autres à la fatigue. À mesure que les soldats atteignaient les vieillards, les femmes, les enfants restés sur la route, ils les égorgeaient après leur avoir fait subir leur cruauté ou leur impudicité.

Prise de Mérindol (18 avril) et de Cabrières (19 avril)

La constante répétition dans chaque village, dans chaque hameau, du pillage, du massacre et de l’incendie retarda du 13 au 18, la marche de d’Oppède qui n’arriva que le 18 devant le village de Mérindol, qui était tout à fait abandonné. Seul un simple d’esprit âgé de dix-huit ans y était demeuré : il fut attaché à un olivier et fusillé.

Le 19, l’armée entra sur les terres du pape, et se présenta devant Cabrières. Les soixante hommes et trente femmes restants de cette ville firent mine de se défendre pour obtenir une capitulation : la vie sauve leur fut promise. On déclara ensuite qu’aucune promesse n’était valable envers des hérétiques, et tous ceux qui étaient dans la ville furent égorgés.

Ceux qui s’étaient enfuis de Cabrières furent bientôt après trouvés dans le voisinage : huit cents furent tués, tant dans la ville que dehors. D’Oppède ordonna que les femmes soit enfermées dans un grenier plein de paille, où l’on mit le feu. Celles qui tentèrent de se jeter par la fenêtre furent repoussées avec des crocs et des piques.

Prise de La Coste

De là, les troupes se rendirent à La Coste, où le seigneur du lieu avait promis une entière sureté aux habitants, pourvu qu’ils portent leurs armes dans le château et qu’ils abattent leurs murailles en quatre endroits. Les habitants obéirent naïvement aux ordres qu’on leur avait donnés et, à l’arrivée d’Oppède, les faubourgs furent brulés, la ville fut prise, et tous furent taillés en pièces jusqu’au dernier.

Les soldats violèrent les femmes et les filles qui s’étaient cachées dans un jardin voisin du château. Elles furent ensuite traitées avec une telle cruauté que plusieurs d’entre elles qui étaient enceintes, et la plupart même des filles, moururent ou de douleur, ou de faim, ou des tortures qu’on leur fit souffrir. Lorsque les villageois qui s’étaient cachés dans Murs furent enfin découverts, ils subirent le même sort que les autres. Vingt-deux villages eurent ainsi à subir toute la rigueur d’Oppède.

Traque des fugitifs

Déjà plus de trois mille vaudois avaient péri. Les autres erraient, sans asile, dans les bois et les montagnes, traqués par les soldats, qui les poursuivaient jusque dans leurs dernières cachettes. Presque tous furent faits prisonniers. Le baron de la Garde choisit parmi eux six cent-soixante-six des plus jeunes et des plus robustes pour travailler sur ses galères. Les autres furent condamnés à mort et exécutés.

Pour atteindre ceux qui erraient encore dans les montagnes, le parlement d’Aix fit proclamer dans toute la Provence, « que nul n’osât donner retraite, aide, secours, ni fournir argent ni vivres à aucun vaudois ou hérétique », sous peine de mort. Ne pouvant nullement être hébergés dans les villages et les villes, les habitants, hommes, femmes et enfants furent contraints de demeurer dans les bois ou la campagne, et de n’y vivre que de l’herbe, ce qui fit que la plupart des personnes moururent de faim et d'épuisement. Les plus forts et les plus robustes réussirent à s’échapper pour essayer de se réfugier à Genève.

Bilan des massacres, suites et conséquences

Mémoire des massacres

Plaque « en mémoire des vaudois de Provence morts pour leur foi ».
  • Plaque commémorative (ci-contre)
  • Chemin du souvenir, à Mérindol

Voir aussi

Bibliographie

  • Philippe Le Bas, France : Annales historiques, t. 1, Paris, Didot, , 496 p. (lire en ligne), p. 328-30
  • Louis Moréri, Le Grand Dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l’histoire sacrée et profane, t. 4, Paris, Jacques Vincent, , 1060 p. (lire en ligne), p. 1038

Articles connexes

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