Église Sainte-Catherine de Bruxelles

Église
Sainte-Catherine de Bruxelles
Image illustrative de l’article Église Sainte-Catherine de Bruxelles
Présentation
Culte Catholique romain
Type Église paroissiale
Rattachement Archidiocèse de Malines-Bruxelles
Début de la construction 1854
Fin des travaux 1874
Architecte Joseph Poelaert
Wynand Janssens
Style dominant Éclectique : gothique et baroque
Protection  Patrimoine classé (1981)
Site web eglisesaintecatherine.be
Géographie
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Région Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale
Ville Blason de Bruxelles Bruxelles
Coordonnées 50° 51′ 03″ nord, 4° 20′ 55″ est

L'actuelle église Sainte-Catherine (en néerlandais : Sint-Katelijnekerk) a été construite à l’emplacement d'un bassin de l'ancien port de Bruxelles entre 1854 et 1874. Ouverte sur la place Sainte-Catherine, elle remplaçait un ancien édifice du même nom remontant au XVe siècle.

Historique

Chapelle du XIIe siècle

De 1201 date la première mention d'une chapelle adossée aux remparts sur la rive gauche de la Senne, dépendant de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Molenbeek[1]. En 1222, une « porte Sainte-Catherine » est mentionné[2].

C'est dans cette chapelle, où aurait eu lieu le pretendu vol d'hosties par des juifs qui mène au massacre de Bruxelles de 1370[3],[4].

Église du XIVe et XVe siècles

Une église gothique à trois nefs est édifiée par étapes entre les XIVe et XVe siècles à la place de l'ancienne chapelle[1].

Seulement à la fin du XVIe siècle parle-t-on d'une paroisse de Sainte-Catherine, jusque-là, l'église fait toujours partie de la paroisse de Molenbeek, même à l'intérieur de la seconde enceinte de Bruxelles[5].

Transformations du XVIIe et XVIIIe siècles

L'ancienne église sur Henri Lallemand, Le marché au poisson et l'église Sainte-Catherine, 1839.

Agrandie entre 1629 et 1664, elle perd son style gothique originel. Un nouveau chœur, flanqué de chapelles, et le campanile à l’italienne dans le goût baroque de l’époque, carré et en grès, coiffée d’une toiture octogonale à petit bulbe, lui sont ajoutés[1]. Elle mesure 50 mètres de long et 30 de large. Son entrée se trouve rue Sainte-Catherine[6].

La tour est équipée, en 1745, d’une horloge à quatre cadrans marquant les heures de départ des barques publiques pour Vilvorde, Malines et Anvers[3]. L'église est restauré dans les années 1780. L’administration française la ferme de 1798 à 1799 et la promue église paroissiale en 1803[1].

Pendant trente ans, les deux églises coexistent. Une fois les services religieux déménagés dans la nouvelle, les bâtiments de l'ancienne servent encore comme morgue, dépôt mortuaire, dépôt des décors de la Monnaie et pour l'organisation des tombolas[7]. Cette ancienne église est finalement démolie en 1893, excepté sa tour[1].

Détail d'un plan de Vandermaelen (1850) montrant les deux églises Sainte-Catherine.

L'ancienne église détruite en , la Ville de Bruxelles construit à son emplacement une centrale électrique destinée à alimenter l’éclairage public, déjà mise en service le à 12h30 par le bourgmestere Charles Buls[8]. Entre 1907 et 2006 le bâtiment connait des fonctions diverses[9], avant de servir, de 2006 à 2026 comme musée d'art contemporain à la ville de Bruxelles[10].

Le peintre belge Henri Lallemand a laissé plusieurs toiles montrant le bassin, l'ancienne église et le marché au poisson[11].

Nouvelle église du XIXe siècle

Construction de l'église Sainte-Catherine en 1854.
Le marché de la place Sainte-Catherine en 1900.

Suite a la construction du grand bassin de l'entrepôt, le bac Sainte Catherine est de moins en moins utilisé, l'eau y stagne et ne donne pas une bonne impression. Mais, même quand des idées circulent de le combler pour le remplacer par un marché couvert (), par la gare du Nord () ou par un marché aux poissons (), on passe encore à des rénovations (). Les inondations de 1850 et l'épidémie de choléra qui en suit, font changer la balance. Le pavement de l'ancienne église afaissé par les eaux, le collège demande à l'architecte de la ville, Joseph Poelaert, de proposer des plans pour une nouvelle église à la place du bassin. Ses premiers plans sont proposés à la ville, le [12].

Le plan prévoit, de combler la partie sud du bassin sur une longueur de 90m, pour y construire la nouvelle église et de laisser ouvert les autres 67m de longueur, en alimentant ce bassin réduit avec des eaux plus fraîches de la Senne, par un aqueduc. 23 propriétaires et locataires locaux envoient, en , une pétition « contre l'érection d'une église qui détruirait le bassin ». Le conseil communal décide l'opération quand même, en , ce qui se fait sanctionner par arrêté royale, le [13].

Le commencent les travaux du mur entre la partie du bassin à combler et celle à garder. Aussi l'aqueduc est mis en place. Les travaux empêchent l'utilisation de la partie nord temporairement de toute façon, pourquoi pas combler le bassin tout entier, décision prise, au conseil communal du . Ça provoque une nouvelle pétition contre la disparition du bassin, sans succès, parce que la disparition se voit confirmé par arrêté royale du . Du coup, on déplace le chantier de la future église, qui à l'origine était prévu à sept mètres de distance de la rue Sainte Catherine, dans l'axe centrale du bassin des marchands[14].

La ville adjuge les travaux pour les fondations, qui se construisent en . Le conseil communal ne se décide pourtant pas, de commander la suite des travaux. Surtout le jeune conseiller Jules Anspach s'y oppose, autant d'argent pour une église, qui par définition ne rapporte pas! Une pétition demande d'utiliser les fondations pour un marché aux farines, une autre pour une bourse de commerce, tout en restaurant l'ancienne église à moindre frais. Plusieurs années, rien est entrepris, jusqu'au , quand le bourgmestre André-Napoléon Fontainas relance le processus d'un marché public partiel après l'autre. Les travaux ne vont plus s'arrêter, mais les coûts explosent, des 700 000 francs projetés au début, on passe par un montant de 2 200 000 francs en 1871[15]…

Poelaert supervise le projet de 1854 à 1859. Pour la suite, le flambeau passe à son élève et disciple, Wynand Janssens[16]. Ils font les fondations en 1854, le soubassement jusqu’au deuxième ressaut en 1860, les parties basses jusqu’à l’arc des fenêtres des nefs latérales en 1861, l’achèvement des murs en 1863, les parties hautes en 1865, les percements en 1868, le plafonnage en 1869, les verrières et vitraux en 1870, les dernières finitions, les dallages et les escaliers en 1871. L’église est inaugurée le , mais les dépenses se poursuivent jusqu’en 1887[1],[17].

En , la ville essaie d'imposer une taxe d'emplacement aux maraîchers du marché de la place Sainte-Catherine. Résultat ? Le marché se déplace à l'intérieur de l'église, de quoi monter la presse laïque contre le clergé qui protège l'évasion des taxes. Il n'est pas clair, combien de temps ce conflit à duré, ni quel résultat il a eu. En 1897, au plus tard, les marchands sont à l'extérieur à nouveau[18].

Projet de déplacement du XXe siècle

En 1955, la ville de Bruxelles demande au Groupe Tekhné l'élaboration d'un plan d'adaptation de la structure urbaine à la vie moderne. En sort le plan Tekhné, présenté à l'administration en 1962, à la presse en 1965. Ce plan prévoit un « mini-ring » automobile de deux fois deux bandes autour de la Grand-Place[19].

L'église Sainte Catherine est sur son tracé. Le Conseil communal, dirigé par le bourgmestre Lucien Cooremans, décide donc, le , avec l'accord de l'Archidiocèse de Malines, dirigé par Joseph-Ernest Van Roey, de démolir l'église actuelle et en construire une nouvelle, entre les rues du Houblon et du Rempart des Moines[20].

Les sociaux-chrétiens de l'époque, sous le sigle locale de l'Union pour l'avenir de Bruxelles, dirigés par Paul Vanden Boeynants font la campagne électorale avec le mini-ring, sans pourtant trop insister sur le fait, que l'église Sainte-Catherine ne le survivrait pas[21]. Le fabrique d'église demande, en , à l'architecte Jean Gilson, de dessiner les plans de la nouvelle église. Il va en présenter des nombreuses versions, qui sont chaque fois soit trop cher, soit rejetée par l'une ou l'autre administration. Le , le Collège de la ville, toujours avec Cooremans comme bourgmestre, renonce à la construction d'une nouvelle église. Il demande au Group Planning des propositions sur quoi faire avec l'ancien bâtisse[21].

Group Planning propose de garder les façades de l'église, mais de prévoir une « liaison fonctionnelle » entre le marché aux Poissons et la place Sainte-Catherine à travers l'église même. La commune est d'accord avec ce projet, mais demande un classement du bâtiment, pour ne pas devoir payer la transformation toute seule. Le classement arrive, le . Mais les estimations des coûts de l'opération ne cessent pas de grimper, ce qui empêche la réalisation du projet[22].

Projets du XXIe siècle

À partir de 1978, l'église catholique romaine partage le bâtiment avec une paroisse de l'église orthodoxe roumaine[23].

En 1997, les toitures et les tourelles de la façade sont restaurés[24].

En passe d'être désacralisée, elle est menacée de devoir fermer ses portes fin 2011, un projet de transformation du bâtiment en marché couvert étant à l'étude[25]. La commune, ensemble avec Jean Kockerols, l'évêque de Bruxelles, et l'archevêque, André Léonard, annoncent même sa fermeture définitive pour le , la paroisse catholique allant déménager dans l'église Notre-Dame aux Riches Claires[26].

Un « comité des Amis de Sainte-Catherine » se lance dans la bataille et réussit dans un premier temps que les orthodoxes roumains peuvent encore fêter leur noël dans l'église, le 7 et 8 janvier 2012[27]. Pour la suite, cette communauté est accueilli par la paroisse Sainte Barbe de Molenbeek[28].

Entre-temps, en , la restauration de la façade ouest se termine[24].

Finalement, les Amis de Sainte-Catherine convainquent l'archevêque, André Léonard, de rouvrir l'église, ce qui se fait, en [29], et le quatre jeunes prêtres de la Fraternité des Saints Apôtres sont installés dans l'église[30].

Dans les années qui suivent, la façade nord aussi est rénovée[29].

Architecture

Inspirée d’églises françaises du XVIe siècle — comme l’église Saint-Eustache près des Halles de Paris — l’église Sainte-Catherine présente une architecture hybride, entre des formes gothiques et une décoration Renaissance. Le soubassement massif en pierre bleue, bien à la manière de l’architecte du Palais de justice de Bruxelles, est richement profilé et scandé de puissants contreforts, couronnés de gargouilles. Il contraste avec la sobriété de l’élévation de la nef en pierre de Gobertange, soutenue par de fins arcs-boutants. Tout en équilibre, la façade principale, comme les pignons qui ferment le transept peu saillant, présentent une sorte de retable central renaissant, encadré de contreforts et surmonté d’un fronton triangulaire et d’une lanterne carrée. Dans le souci d’alléger une structure aussi massive, l’architecte a creusé systématiquement des niches dans les multiples contreforts qu’il a ensuite surmontés de lanternons. Horizontalement, ce sont des balustrades et des tribunes à colonnes qui répondent au même souci. La grille en fer forgé, qui cerne depuis 1976 l’édifice, provient des garde-corps du Grand Hôtel construit en 1875 par Émile L’Homme à front du boulevard Anspach et démoli depuis[1],[31].

Intérieur

Intérieur de l'église.

L’ampleur et la sobriété de l’intérieur de l’édifice sont renforcées par l’enduit blanc qui le recouvre. Il présente un mobilier homogène, conçu en style néo-renaissance par les frères Goyers de Louvain, auquel ont été ajoutées les principales œuvres de l’ancienne église, comme le lavabo, les armoires de la sacristie. La chaire de vérité proviendrait, elle, de la cathédrale Saint-Rombaut de Malines[1].

Dans le côté sud du narthex, aménagé en chapelle latérale, un monument commémoratif a été érigé en souvenir du peintre Ferdinand-Marie Delvaux, mort empoisonné en 1815 près de Bologne, qui est dû au ciseau de Gilles-Lambert Godecharle et provenant de l'ancienne église Sainte-Catherine de Bruxelles.

Accessibilité

Ce site est desservi par la station de métro : Sainte-Catherine.

Notes et références

  1. « église paroissiale Sainte-Catherine, Place Sainte-Catherine », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC
  2. ↑ Chloé Deligne, Bruxelles et sa rivière (Studies in European Urban History 1), Turnhout, Brepols, (ISBN 9782503513829), p. 77.
  3. Dubreucq 1997, p. 12.
  4. ↑ (nl) Luc Dequeker, Het sacrament van mirakel, jodenhaat in de middeleeuwen, Leuven, Davidsfonds, (ISBN 90-5826-081-X), p. 21
  5. ↑ Paulo Charruadas, Molenbeek-Saint-Jean, un village bruxellois au moyen âge, Bruxelles, CHAFCJR-GHKJO et CIRHIBRU-ULB, (ISBN 2-9600381-1-8), p. 30.
  6. ↑ Jacques Dubreucq, Bruxelles 1000, une histoire capitale, t. 4 : La section du canal, Bruxelles, , p. 11.
  7. ↑ Dubreucq 1997, p. 13-14.
  8. ↑ Dubreucq 1997, p. 15-16.
  9. ↑ « Ancienne machinerie de la centrale électrique de la Ville de Bruxelles, Place Sainte-Catherine 44-45, 45a », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC
  10. ↑ (nl) Amaury Michaux, « Doek valt definitief over kunstencentrum: “Catastrofe voor artistieke landschap” », Het Nieuwsblad,‎ , p. 1 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  11. ↑ Voir Henri Lallemand dans le Catalogue des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
  12. ↑ Dubreucq 1997, p. 13,20.
  13. ↑ Dubreucq 1997, p. 20-21.
  14. ↑ Dubreucq 1997, p. 13,21-22.
  15. ↑ Dubreucq 1997, p. 22-23.
  16. ↑ Vandendaele 1980, p. 175.
  17. ↑ Dubreucq 1997, p. 23.
  18. ↑ Dubreucq 1997, p. 24.
  19. ↑ Vincent Carton, Victoires Urbaines, Bruxelles, CFC et ARAU, (ISBN 978-2-87572-107-5), p. 45-47.
  20. ↑ Carton 2025, p. 48.
  21. Carton 2025, p. 48-51.
  22. ↑ Carton 2025, p. 55-56.
  23. ↑ « Nous allons devoir officier devant l'église », La Meuse,‎ , p. 9 (lire en ligne Inscription nécessaire).
  24. Carton 2025, p. 56.
  25. ↑ Bruxelles : une église transformée en...marché couvert ? RTFinfo.be, 27 décembre 2011.
  26. ↑ Christian Laporte, « Mourir pour Sainte- Catherine », La Libre Belgique,‎ , p. 8 (lire en ligne Inscription nécessaire).
  27. ↑ Christian Laporte, « Noël roumain : ce sera à Ste-Catherine », La Libre Belgique,‎ , p. 22 (lire en ligne Inscription nécessaire).
  28. ↑ « Offices orthodoxes à Sainte-Barbe », La Dernière Heure,‎ , p. 12 (lire en ligne Inscription nécessaire).
  29. Carton 2025, p. 57.
  30. ↑ Voir le site de l'église.
  31. ↑ « Anciennes balustrades du Grand Hôtel de Bruxelles », sur be-monumen (consulté le ).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Thierry Demey, Un canal dans Bruxelles, bassin de vie et d’emploi, Bruxelles, Badeaux, , p. 105 à 107.
  • Vincent Carton, « L'Église Sainte-Catherine succombe pour laisser place au trafic automobile », dans Victoires Urbaines, Bruxelles, CFC et ARAU, (ISBN 978-2-87572-107-5), p. 42-57
  • « église paroissiale Sainte-Catherine, Place Sainte-Catherine », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC
  • Richard Vandendaele et al., Poelaert et son temps, Bruxelles, Crédit Communal de Belgique, , 320 p.
  • Jacques Dubreucq, Bruxelles 1000, une histoire capitale, t. 4 : La section du canal, Bruxelles, , 438 p.

Liens externes

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