Église catholique en Algérie

Église catholique en Algérie
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Les quatre diocèses catholiques de l’Algérie
Drapeau
Drapeau de l'Algérie
Religion Catholique
Pays Algérie
Nombre de prêtres 99
Population 8 612  (2023)
Histoire
14 ap. J.-C. Début du culte impérial appelé « culte d'Auguste »
313 Édit de Milan : début de la liberté de religion et fin des persécutions
391 Le christianisme devient religion d'État
647-709 Conquête musulmane du Maghreb
1830 Début de la colonisation française de l'Algérie, la dhimma est abolie
1954 - 1962 Guerre d'Algérie
1962 Indépendance de l'Algérie, les Pieds-noirs et Harkis choisissent massivement le rapatriement
février 2006 Loi sur les organisations des cultes non musulmans
avril 2026 Voyage apostolique du pape Léon XIV en Algérie

Voir aussi

L'Église catholique en Algérie (en arabe : « الكنيسة الكاثوليكية في الجزائر, Alkanisat alkathulikiat fi Aljazayir » en tamazight : « Tajmait tamasihit takatulikit n tmurt n djzair ») désigne l'organisme institutionnel et sa communauté locale ayant pour religion le catholicisme en Algérie.

L'Église en Algérie comporte une province ecclésiastique avec deux diocèses suffragants et un diocèse exempté, c'est-à-dire directement soumis au Saint-Siège[1].

L'ensemble rassemble toutes les paroisses de l'Algérie[2].

Province ecclésiastique d'Alger

Diocèse exempté

En étroite communion avec le Saint-Siège, les évêques des diocèses de l'Algérie sont membres de la Conférence des évêques de la région Nord de l'Afrique, qui réunit les épiscopats du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie, de la Libye et du Sahara occidental.

Depuis 1996, l'article 2 de la constitution algérienne[3] stipule que l’islam est la religion d'État de l'Algérie. Son article 42 garantit la « liberté d'exercice du culte » autorisant ainsi l'Église.

Cependant, l'« ordonnance no 06-03 du « fixant les conditions et règles d'exercice des cultes autres que musulman » interdit le prosélytisme non-musulman, et toute personne voulant prêcher doit être agréée par les autorités[4].

L'Église catholique est minoritaire en Algérie[5].

Législation en matière religieuse

Carte du droit à l'apostasie par pays dans le monde.

Le , l'ordonnance no 06.03 « fixant les conditions et règles d'exercice des cultes autres que musulman » est signée puis approuvée par la loi no 06.09 du . Il est publié à partir de la page 23 du no 12 du journal officiel de la République Algérienne du [6] ,[7].

La liberté de religion, pleinement applicable au culte musulman, s'accompagne de certaines restrictions pour les autres cultes, comme l'interdiction d'animer un culte « en dehors des édifices prévus à cet effet ». L'« affectation des édifices pour l’exercice d’un tel culte » nécessite « une autorisation préalable » du ministère algérien des Affaires religieuses[8]. Le prosélytisme est interdit et toute personne voulant prêcher doit avoir une autorisation de prêcher par l'autorité religieuse agréée par les autorités algériennes. La loi prévoit la condamnation à une peine de 2 à 5 ans de prison et d’une amende de 500.000 à 1.000.000 DA de quiconque utilise des « moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion » ou « qui visent à ébranler la foi d’un musulman ». Ces restrictions ont conduit à de nombreux procès et condamnations comme celle du Père Pierre Wallez, prêtre du diocèse d'Oran, qui pour avoir récité une simple prière (et non pas célébré une messe) auprès de non-algériens (des chrétiens camerounais), est condamné à un an de prison avec sursis et 200 000 dinars (2 000 €) le par le tribunal de Maghnia qui l'accuse d'avoir animé un culte hors d'un lieu de culte autorisé aux catholiques[9],[10].

En appel, le père Pierre Wallez a été condamné à deux mois de prison avec sursis et 20 000 dinars d'amende et le médecin algérien à six mois de prison avec sursis et 200 000 dinars d'amende. Tous deux se sont pourvus en cassation[11].

Histoire de l'Église catholique en Algérie

Première évangélisation

La province de Maurétanie césarienne qui correspondait aux actuels diocèses d'Oran et d'Alger.
La province d'Afrique proconsulaire qui correspondait à l'actuel diocèse de Constantine, ceux de la Tunisie et d'une partie de la Libye.

Le siège épiscopal d'Alger (Ikosim, Icosium) a été fondé au IIe siècle par les premiers apôtres et évangélistes chrétiens[12].

Vers 256, saint Théogène est le premier évêque (épiscope) du diocèse d'Hippone (futur diocèse de Constantine et Hippone)[13].

Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, il y avait 123 diocèses en Maurétanie césarienne, avec Tlemcen qui était un important siège apostolique.

En Maurétanie césarienne et en Afrique proconsulaire, comme dans tout l'Empire romain, les chrétiens sont persécutés. Constantin Ier promulgue en 313 l'édit de Milan, qui marque la fin des persécutions. En 391, le christianisme devient religion d'État. Trois conciles furent tenus à Hippone en 393, 394, 426 ; plusieurs synodes eurent lieu en 397 et 401.

Les Vandales s'emparent de la Numidie en 432, puis de Carthage en 439, formant le Royaume vandale et amenant avec eux l'hérésie arienne. L'évêque Honorat est exilé par le roi Hunéric pour avoir nié l'arianisme. Le diocèse d'Hippone est alors supprimé vers 450 mais son siège était attribué à un titulaire in partibus infidelium signifiant « dans les contrées des infidèles ».

L'Église nicéenne est religion d'État à l'Est, dans l'Empire romain d'Orient ; à l'Ouest elle est majoritaire à travers l'Église catholique romaine mais dans les royaumes germaniques c'est l'Arianisme qui est religion d'État.

Le siège épiscopal d'Alger est conquis par les armées musulmanes en 710 après la Conquête musulmane du Maghreb.

L'ordre de Notre-Dame de la Merci (Mercédaires) est fondé en 1232, au départ comme ordre militaire pour racheter les chrétiens captifs des pirates maures et réduits en esclavage. En 1290, une bulle de Nicolas IV indique qu'Oran est sous la juridiction d'un évêché marocain.

Plusieurs missions catholiques s'établissent en Algérie en 1632.

La ville d'Oran est prise par les Espagnols dans une croisade en 1509, et ceux-ci gouvernent jusqu'en 1708, puis de 1732 à 1792.

Le bref Pro commissa du du pape Grégoire XIV crée le vicariat apostolique d'Alger[14].

Période coloniale

En 1830, commence l’administration française de l'Algérie par les troupes françaises. Tout prosélytisme auprès des musulmans est prohibé pendant longtemps et le rôle de l'Église catholique est cantonné à des actions de charité (voir l'article concernant les missions catholiques aux XIXe et XXe siècles)[15].

La bulle Singulari divinae du [16] du pape Grégoire XVI élève le vicariat apostolique d'Alger en diocèse d'Alger qui est suffragant de l'archidiocèse d'Aix-en-Provence.

La bulle Catholicae Ecclesiae du du pape Pie IX élève le diocèse d'Alger en archidiocèse d'Alger et le divise en trois parties :

Au début du XXe siècle, on estime à environ un million le nombre de catholiques en Algérie : essentiellement des colons d'origine européenne, ainsi que quelques personnes d'origine berbère ou arabe, comme l'écrivain Jean Amrouche, né en Kabylie. Elle a été, en effet, une des rares régions où une politique d’évangélisation ait été menée durant la colonisation, surtout à la fin du XIXe siècle, à l’initiative de Charles Lavigerie, archevêque d’Alger de 1867 à 1892[17]. Cependant elle a connu un échec relatif. La famille Amrouche demeure un exemple : Fadhma Aït Mansour Amrouche (1882-1967), Jean Amrouche (1906-1962), Taos Amrouche (1913-1976) ou Mohammed Christophe Bilek (en) (1950-).

Le , la préfecture apostolique de Ghardaïa (futur diocèse de Laghoua) est érigée à partir du vicariat apostolique du Sahara et du Soudan (aujourd'hui, l'archidiocèse de Bamako).

Le [18], la constitution apostolique Ghardaiensis in Sahara de Pie XII élève la préfecture apostolique de Ghardaïa au rang de vicariat apostolique, sous le nom de vicariat apostolique de Ghardaïa au Sahara.

Le [19], la constitution Dum tantis de Pie XII élève le vicariat apostolique au rang de diocèse, sous son nom actuel de diocèse de Laghouat.

En 1960, vers la fin de l’Algérie française, il y a près d'un million de catholiques en Algérie. Ils y constituent une forte minorité religieuse (11 % de la population totale)[20].

Après l'indépendance

Après l'indépendance de l'Algérie en 1962, les catholiques ont quitté massivement le pays.

En , malgré un contexte de faiblesse numérique et d'incertitudes juridiques, Mgr Duval inaugure la nouvelle cathédrale d'Alger[20].

En 1964, on estime au maximum à 100 000 le nombre de catholiques en Algérie, dont la moitié dans le diocèse d'Alger[20].

De 1963 à 1973, la quasi-totalité des églises des villes et villages d'Oranie sont remises aux autorités algériennes[21]. Elles sont transformées en mosquées ou bâtiments culturels, et parfois désaffectées.

La communauté catholique se réduit encore notablement pendant la guerre civile algérienne des années 1990. Pendant cette période, 19 religieux, religieuses et prêtres sont assassinés, dont en 1996 sept moines du monastère de Tibhirine et l'évêque d'Oran Pierre Claverie[22].

En , le Saint-Siège et l’Algérie ont annoncé que le pape Léon XIV effectuerait un voyage apostolique en Algérie du 13 au [23]. Le voyage du pape Léon XIV en Algérie, comprend des étapes à Alger et à Annaba dans le cadre d’une visite pastorale en Afrique.

Organisation ecclésiastique

La basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger.

L'Église catholique en Algérie se compose d'une province ecclésiastique et d'un diocèse[24] :

Statistiques

L'Église catholique est constituée pour l'essentiel de croyants nés hors du pays (prêtres et religieux originaires d'Europe ou d'Amérique latine, étudiants d'Afrique subsaharienne, travailleurs étrangers, etc.) et de quelques Algériens convertis au catholicisme[25].

En 2009, le ministère des Affaires religieuses parlait de 11 000 chrétiens dans le pays, essentiellement catholiques[26]. L'Annuaire pontifical donnait 8 016 catholiques en 2016[27].

En 2023, les communautés restent numériquement très faibles ; les diocèses recensent 8 612 fidèles :

  • diocèse de Constantine : 670 catholiques, 6 paroisses, 12 prêtres[28] ;
  • diocèse d'Oran : 1630 catholiques, 6 paroisses, 13 prêtres[29] ;
  • diocèse de Laghouat : 2 240 catholiques, 9 paroisses, 14 prêtres[30]. ;
  • archidiocèse d'Alger : 4 072 catholiques, 9 paroisses, 27 prêtres[31].

En 2026, plusieurs communautés religieuses sont actives en Algérie : 13 communautés masculines et 27 féminines, ainsi que 11 mouvements ou associations[32].

Les Jésuites sont présents depuis 1840 à Alger et à Constantine. Il encadrent aujourd'hui deux services dans l'archidiocèse d'Alger[33]:

  • le Centre Culturel Universitaire (CCU), qui est une bibliothèque universitaire.
  • la Maison des Exercices Spirituels (MES), sous le nom de Ben Smen, qui est un lieu de prière et de recueillement.

À noter que la Caritas, présente depuis 1962, a dû quitter le pays en par décision des pouvoirs publics[34].

Notes et références

  1. ↑ « Catéchisme de l'Église Catholique », sur vatican.va (consulté le ).
  2. ↑ Annuario pontificio, Città del Vaticano, .
  3. ↑ « Constitution algérienne de 1996, telle que révisée en 2008 : Titre premier. Des principes généraux régissant la société algérienne », sur mjp.univ-perp.fr (consulté le ).
  4. ↑ [PDF] Ordonnance no 06-03 du 28 février 2006 sur les conditions et règles d'exercice des cultes autres que musulman
  5. ↑ « L'observatoire de la liberté religieuse Algérie », sur liberte-religieuse.org (consulté le ).
  6. ↑ https://www.joradp.dz/Jo2000/2006/012/Fp23.pdf
  7. ↑ « Algérie : ordonnance n° 06-03 du 28 février 2006 fixant les conditions et règles… », sur ulaval.ca (consulté le ).
  8. ↑ Amnesty International, « Algérie. Le droit des minorités religieuses à l'exercice de leur foi doit être respecté », (consulté le ).
  9. ↑ Libération.
  10. ↑ « Algérie : un prêtre catholique condamné à un an de prison », sur afrik.com, .
  11. ↑ « A La peine du P. Wallez a été allégée par la cour d'appel. », sur La Croix, .
  12. ↑ « Les premiers siècles », sur eglise-catholique-algerie.org, .
  13. ↑ (en) « Former Diocese of Hippo Regius », sur G-Catholic.
  14. ↑ (la) Bref Pro commissa du 12 décembre 1772, dans Bullarium pontificium Sacrae congregationis de propaganda fide, t. IV, Rome, (lire en ligne), p. 147-148.
  15. ↑ « La période coloniale », sur eglise-catholique-algerie.org, .
  16. ↑ (la) La bulle Singulari divinae du 10 août 1838, dans Raffaele de Martinis, Iuris pontificii de propaganda fide, I, V, Rome, 1893, p. 200 (consulté le 16 juin 2013)
  17. ↑ Karina Slimani-Direche, Chrétiens de Kabylie (1873-1954) : une action missionnaire dans l'Algérie coloniale, Bouchene, , 153 p. (ISBN 978-2-912946-77-5, lire en ligne).
  18. ↑ (la) La constitution apostolique Ghardaiensis in Sahara du 10 juin 1948, publiée aux AAS, vol. XL (1948), no 13 (23 décembre 1948), pp. 534-535 (consulté le 16 juin 2013)
  19. ↑ (la) La constitution apostolique Dum tantis du 15 septembre 1955, publiée aux AAS, vol. XLVIII (1956), no 3 (24 mars 1956), pp. 113-119 (consulté le 16 juin 2013)
  20. « L’Église catholique en Afrique du Nord: », Maghreb - Machrek, vol. N° 6, no 6,‎ , p. 34–40 (ISSN 1241-5294, DOI 10.3917/machr1.006.0034, lire en ligne, consulté le )
  21. ↑ Jacques Gandini, Églises d'Oranie 1830-1962, éd. Gandini 1992, p. 50.
  22. ↑ Source: Église catholique d'Algérie, section Histoire contemporaine
  23. ↑ La-Croix.com, « Voyage du pape : Léon XIV visitera quatre pays d’Afrique en avril, dont l’Algérie », sur La Croix, (consulté le )
  24. ↑ « Les diocèses de l’Église d’Algérie rassemblés à Alger », sur la-croix.com, .
  25. ↑ Bernard Janicot, Prêtre en Algérie:40 ans dans la maison de l'Autre, Karthala Éditions, , 200 p. (lire en ligne), p. 62.
  26. ↑ (en) AFP, « Algeria closes churches: News24: Africa: News », archive.li,‎ (lire en ligne, consulté le )
  27. ↑ Oissila Saaidia, « Les catholiques d’Algérie : minorités d’hier et d’aujourd’hui », Les Cahiers d’EMAM, vol. 32,‎ (ISSN 1969-248X et 2102-6416, DOI 10.4000/emam.2434, lire en ligne, consulté le ).
  28. ↑ (en) David M. Cheney, « Diocese of Constantine », sur catholic-hierarchy.org.
  29. ↑ (en) David M. Cheney, « Diocese of Oran », sur catholic-hierarchy.org.
  30. ↑ (en) David M. Cheney, « Diocese of Laghouat », sur catholic-hierarchy.org.
  31. ↑ (en) David M. Cheney, « Archdiocese of Alger », sur catholic-hierarchy.org.
  32. ↑ Les communautés catholiques, Église d’Algérie.
  33. ↑ « ada.asso.dz », sur ada.asso.dz, .
  34. ↑ « En Algérie, les pouvoirs publics ferment le service Caritas », Caroline Celle, La Vie (09/2022).

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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