Élisée Mautaint
Élisée Mautaint, né le à Château-Gontier dans la Mayenne et mort le à Le Coudray en Eure-et-Loir est un instituteur, militant syndicaliste et résistant français. Responsable du Syndicat national des instituteurs (SNI) en Mayenne durant l'entre-deux-guerres, il est l'une des figures locales du mouvement Libération-Nord pendant l'Occupation durant la Seconde Guerre mondiale. Il exerce comme instituteur puis inspecteur de la Jeunesse et des Sports.
Biographie
Famille et formation
Issu d'une lignée d'enseignants remontant à 1834, Élisée Mautaint est le fils d'un comptable, qui devient par la suite employé[1] de préfecture[2].Il effectue sa scolarité à l'école primaire supérieure de Château-Gontier avant d'intégrer l'École normale d'instituteurs de Laval (promotion 1923-1926).
Le à Chérancé, il épouse Berthe Capoucin, également institutrice. Bien que le mariage soit célébré religieusement sous la pression familiale, le couple choisit de donner à leur fils une éducation strictement laïque[2]. Il exerce à Chemazé où il est instituteur-secrétaire de mairie, puis à Fromentières. Il fut aussi animateur de rencontres sportives[2].
Engagement syndical et politique
Adhérent au Syndicat national des instituteurs dès 1928 et à la Section française de l'Internationale ouvrière en 1930, il s'investit rapidement dans le militantisme syndical[2]. Le , il accède au poste de secrétaire général de la section mayennaise du Syndicat national des instituteurs. À ce titre, il défend une ligne ferme sur l'unité syndicale, privilégiant les structures de « front unique » face aux sollicitations des syndicats unitaires[2].
En 1937 et 1938, il s'illustre par son engagement humanitaire en organisant l'accueil des réfugiés de la Guerre d'Espagne, hébergeant lui-même deux d'entre eux. En novembre 1938, il est l'un des instigateurs de la grève générale contre les décrets-lois Reynaud, ce qui lui vaudra un blâme administratif en 1940[2]. Cette grève se solde par un échec et des sanctions pour les grévistes mayennais.
Activité dans la résistance
Mobilisé au début de la Seconde Guerre mondiale, en décembre 1940, Élisée Mautaint est sanctionné pour activités extrascolaires illicites[2]. Il s'engage dans l'action clandestine dès 1941. Il aide d'abord des prisonniers évadés et des Juifs à se cacher.
Alors directeur de l'école de Fromentières, Élisée Mautaint contacte au mois de avec Pierre Coste qui le charge de rechercher et prospecter le sud de la Mayenne pour monter des groupes de résistance intérieure. Secrétaire de mairie instituteur, avec sa femme Berthe Mautaint, il se charge de fournir à ceux qui en avaient besoin de fausses cartes d'identité et des tickets de rationnement.
Sous le pseudonyme Moreau René[3] ou Lili, Élisée Mautaint est le responsable du mouvement de résistance intérieure : Groupe de résistance de Château-Gontier, pour l'arrondissement de Château-Gontier, affilié à Libération-Nord. C'est un mouvement d'inspiration autant syndicale que socialiste. Pour la Mayenne, il voit le jour à Laval, au printemps de 1943, à la suite d'une réunion clandestine à la Maison du Peuple de Laval, où se retrouvent d'une part, venant de Paris, François Tanguy-Prigent et Pierre Neumeyer, d'autre part, des Mayennais parmi lesquels Pierre Boursicot, Auguste Beuneux, Pierre Coste.
L'activité clandestine du groupe consistait en la recherche de terrains d'atterrissage et de parachutage, de lieux où recevoir et cacher armes et munitions et en la préparation du transport de celles-ci.
Cinq sections sont créées avec pour responsables :
- André Counord, Robert Lemonnier et Ripoche pour Château Gontier ;
- Camus pour Meslay ;
- Boursiol assurant les liaisons dans tout l'arrondissement.
Élisée Mautaint est le représentant du premier Comité de libération de la Mayenne clandestin. Responsable de l'organisation militaire du sud de la Mayenne, il confie la mission d'implantation des groupes de Résistance à André Counord.
À la suite de l'arrestation de Pierre Coste début , recherché par les Allemands, Mautaint part se cacher tout d'abord à Préaux[2], puis près de Couesmes-en-Froulay, tandis que sa femme et sa belle-sœur sont arrêtées et internées pendant deux mois au Mans avant d’être libérées[2].
Il garde néanmoins le contact avec les responsables de Libération-Nord. Le , il revint secrètement dans le Sud-Mayenne et fut hébergé chez Jean Niobé, directeur d’école et responsable local de la résistance pour la région de Craon[2]. Le , jour de la libération de Craon, il établit la liaison avec l'armée américaine. Ce même jour, pendant que la foule acclame les Américains, Mautaint et Niobé arrêtent deux collaborateurs notoires. Dans la journée, une voiture les conduisit à Laval, accompagnés du docteur Simon Faligant, où ils rejoignirent à l’hôtel de ville le préfet Robert Dupérier et le docteur Paul Mer, président du comité départemental de libération. Dans la nuit du au , accompagnés d'agents et de gendarmes, Mautaint attaque les troupes allemandes à la tête de 200 hommes et libère Château-Gontier[4]. Il siège par la suite au Comité de libération de la Mayenne (CDL), dont il démissionne pour laisser la place aux déportés.
Après-guerre
Après avoir participé à la reconstruction de la section syndicale du Syndicat national des instituteurs à la Libération de la France, il s'éloigne progressivement des responsabilités locales[2]. Déçu par l'évolution politique, il quitte la Section française de l'Internationale ouvrière en 1944 après avoir participé au congrès des cadres (9-12 novembre 1944)[2].
Il réoriente sa carrière professionnelle en devenant inspecteur de la Jeunesse et des Sports, fonction qu'il exerce au Mans, puis à Chartres jusqu'à sa retraite. Il s'éteint en Eure-et-Loir à l'âge de 94 ans[2].
Distinction
Médaille de la Résistance française (31 mars 1947)[5]
Hommage
- Une école porte le nom Élisée et Berthe Mautaint à Fromentières.
Notes et références
- ↑ Employé à la sous-préfecture de Château-Gontier, puis chef de division à la préfecture de la Mayenne à Laval.
- notice MAUTAINT Elisée, Jean, Fernand, Célestin par Jacques Cousin, Jacques Omnès, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 7 octobre 2024.
- ↑ « Elisée Mautaint - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Témoignage de Marie Granet.
- ↑ « - Mémoire des hommes », sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
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