Élisabeth Toulemon

Élisabeth Toulemon
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Élisabeth Toulemon
Nationalité
Activité
Conjoint

Élisabeth Toulemon, dite aussi Élise Jouhandeau, née le à Paris 7e et morte le à Paris 12e, est une danseuse et écrivaine française.

Elle a utilisé le nom de scène Caryathis.

Épouse de l'écrivain creusois Marcel Jouhandeau, elle apparaît dans l'œuvre de ce dernier sous les prénoms Élise et Carya.

Affiche signée Léon Bakst pour Caryathis (1919) .

Biographie

Enfance

Née en 1888 à Paris, Élisabeth Toulemon est originaire du Périgord par son père, Henri Toulemon, né à Périgueux, et de l'Allier par sa mère, Annette Dauphant, née à Mariol[1]. Devenus respectivement cuisinier et couturière, ses parents se sont mariés en 1887 à Paris[2]. Ils ont une deuxième fille, Madeleine, née en 1889 à Mariol chez son grand-père maternel[3].

Élisabeth Toulemon a une enfance et une jeunesse difficiles. Son père, alcoolique, instable et absent, abandonne femme et enfants pour s'engager comme cuisinier sur le Transsibérien. Sa mère travaille comme couturière-lingère dans des maisons bourgeoises, et l'argent manque.

Pendant quelques années, Élisabeth Toulemon, déjà fantasque et rebelle, et sa sœur Madeleine, plus sage, sont pensionnaires des sœurs du Saint-Sacrement à Ris-Châteldon. Leur père, mécontent de leur apparence, finit par les enlever du couvent et les ramène chez leur mère. Elles deviennent apprenties de couture, mais Élisabeth se lasse des travaux d'aiguille.

Carrière

En 1910, à 22 ans, après une mésaventure amoureuse avec un maladroit étudiant en médecine, Élisabeth Toulemon décide de devenir danseuse. Sa volonté est plus forte que l'âge tardif, un visage saturnin et un corps peu élancé. Jusqu'à 1925, elle fréquente des cours de danse avec Léo Staats et Larionow, et des cours de musique avec Jean d'Udine (nl).

Elle débute en 1911 dans Le Chagrin dans le palais de Han, mis en scène par Louis Laloy au théâtre des Arts, tenu par Jacques Rouché. Elle compose à la demande de Staats sa première danse, intitulée la « danse rouge », exécutée devant l'empereur[4]. Satisfait de sa performance, Staats lui présente Maurice Ravel et elle obtient le rôle du Serpentin vert dans le ballet Ma Mère l'Oye.

Elle prend le nom de scène Caryathis et se fait remarquer par ses manières extravagantes et des accoutrements d'un goût douteux. En 1919, elle se produit au théâtre de Cora Laparcerie.

Au cours des années 1920, Élisabeth Toulemon apparaît également dans divers ballets créés sur des musiques de Georges Auric, Francis Poulenc ou Maurice Ravel.

Sa carrière de danseuse terminée, elle tient une pension de famille où elle accueille un milieu interlope, selon Paul Léautaud[5].

Vie personnelle

Élisabeth Toulemon fréquente le milieu des artistes et rencontre Marie Laurencin, Jean Cocteau, Max Jacob, Picasso, entre beaucoup d'autres. Elle est un temps la maîtresse de Charles Dullin. Femme de caractère, voire de colérique, elle est parfois appelée La belle excentrique, du titre d'une musique qu'Erik Satie a composée pour un spectacle de Caryathis. En 1926, elle vit avec un artiste peintre du nom de Charles de Rouq, au 30, rue des Renaudes[6].

En 1928, Marie Laurencin, inquiète des « mignons » qui gravitent autour de Marcel Jouhandeau, s'érige entremetteuse de l'écrivain et de la flamboyante Caryathis. Ils tombent rapidement amoureux et se marient le , en dépit de la désapprobation de la mère de Jouhandeau, qui trouve « une griffe dans le regard » de sa future belle-fille. Élisabeth Toulemon — ou Élise, comme Jouhandeau l'appelle dans sa vie et dans ses écrits — a l'illusion de détourner son mari de ses penchants homosexuels, mais en vain. Vers 1933-1935, Jouhandeau retourne au « vice » comme il l'appelle. Lorsqu'Élisabeth Toulemon le découvre, elle sort armée d'en couteau, décidée à tuer l'amant de son mari mais ne le trouve pas[7]. À compter de ce jour, elle met un terme à toute intimité avec Jouhandeau, ce qui mène à un écart croissant entre eux. Ils ne se sépareront jamais, mais vivront en état de guérilla permanente.

En dépit des agressions et parfois des actes exécrables d'Élisabeth Toulemon (en , elle dénonce à la Gestapo le résistant Jean Paulhan, un des meilleurs amis de son mari), Jouhandeau a toujours reconnu le rôle stabilisateur de sa femme dans sa vie, assurant la tranquillité bourgeoise nécessaire pour son travail d'écrivain.

Mémoires

Entre 1952 et 1960, Élisabeth Toulemon publie ses mémoires, en trois tomes. En 1964 paraît Le Lien de ronces, récit de sa relation avec Marcel Jouhandeau de 1928 jusqu'à la fin de leur intimité, suivi de leur correspondance. Son récit s'achève sur les mots suivants : « La chasteté me fut moins lourde à porter que le devoir conjugal. Je laissais Jouhandeau aux prises avec Satan. »

Dernières années

Très prévoyante et pragmatique, même avant son mariage, Élisabeth Toulemon était devenue propriétaire dès 1919 : elle aurait acheté un immeuble de rapport près de la porte Maillot, au 14, rue du Commandant-Marchand. Jouhandeau raconte qu'un industriel protecteur lui avait donné un hôtel particulier qu'elle avait transformé en hôtel meublé avec sept appartements à louer.

En 1960, Élisabeth Toulemon accepte de vendre très avantageusement son hôtel à la porte Maillot à un entrepreneur immobilier, et le déjà septuagénaire « couple infernal » déménage près de 9 km à l'ouest, dans une belle villa à Rueil-Malmaison, une riche banlieue de Paris[8].

Les dernières années d'Élisabeth Toulemon ne sont pas paisibles. Il semble que ses accès de colère se soient faits de plus en plus fréquents et prolongés. Le , elle est victime d'une hémiplégie droite et finit par mourir, peu avant 23 heures, le [9]. Ses obsèques ont lieu le en l'église Saint-Eustache de Paris. Elle est inhumée au cimetière Montmartre. Marcel Jouhandeau l'y rejoindra en .

Spectacles

(liste non exhaustive)

Œuvres

  • Joies et Douleurs d'une belle excentrique :
  1. Enfance et Adolescence d'Élise (1952)
  2. L'Altesse des hasards (1954)
  3. Le Spleen empanaché (1960) [lire en ligne]
  • Le Lien de ronces ou le Mariage, suivi des lettres de Élise et Marcel Jouhandeau, Paris, Grasset, (lire en ligne)

Bibliographie

  • Marcel Jouhandeau, Monsieur Godeau marié (1933) ; Chroniques maritales (1938) ; Scènes de la vie conjugale (1948) ; Élise architecte (1951) ; La Mort d'Élise (1972).
  • Jacques Danon, Entretiens avec Élise et Marcel Jouhandeau, Paris, Belfond, (lire en ligne)
  • Jacques Roussillat, Marcel Jouhandeau, le diable de Chaminadour, Bartillat, 2002, 2006.

Notes et références

  1. Acte de naissance no 306, , Paris 7e (avec mentions marginales de mariage et de décès), Archives de Paris
  2. Acte de mariage no 630, , Paris 6e, Archives de Paris
  3. Acte de naissance no 11, , Mariol (avec mentions marginales de mariage et de décès), Archives départementales de l'Allier
  4. Lynn Garafola, « Interlude oublié : la danse rythmique à l’Opéra de Paris », Recherches en danse, no 3,‎ 2015/janv./01 (ISSN 2275-2293, DOI 10.4000/danse.995, lire en ligne, consulté le )
  5. Paul Léautaud, Journal littéraire, Paris, Mercure de France, (lire en ligne), p. 298
  6. Recensement de population, Paris 17e, Ternes, , Archives de Paris
  7. Élise Jouhandeau, Le Lien de ronces, Paris, Grasset, (lire en ligne)
  8. Jacques Roussillat. Marcel Jouhandeau, le diable de Chaminadour, Paris, Bartillat, 2006.
  9. Acte de décès no 739, , Paris 12e, Archives de Paris

Liens externes

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