Émile Prisse d'Avesnes

Émile Prisse d'Avesnes
Biographie
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Achilles Constant Theodose Emile Prisse
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signature d'Émile Prisse d'Avesnes
Signature dans son dossier de Légion d’honneur.

Émile Prisse d’Avesnes, né le à Avesnes-sur-Helpe et mort le à Paris 15e, est un orientaliste, égyptologue, archéologue et journaliste français.

L’un des auteurs des premières études consacrées à l’art égyptien et l’un des fondateurs des études spécialisées dans ce domaine, Prisse a effectué de nombreuses identifications et inventaires sur des objets, des constructions, des scènes et inscriptions d’Égypte, rendant son travail précieux pour l’histoire de l’Égypte antique.

Biographie

Études

Fils de Claire Constance Thérèse Victoire Pillot et de Constant Prisse inspecteur du bois de Talleyrand, Prisse est originaire d’une famille noble galloise[1], fuyant en Flandre, les persécutions politiques et religieuses de Charles II, vers 1680. Son père mort du typhus, alors qu’il avait sept ans, il est placé chez un vieil instituteur à Trélon. À peine installé, la bataille de Waterloo le force à rentrer chez lui, et il est placé chez un curé de village à Saint-Aubin, qui s’était chargé de l’éducation de quelques enfants. Plus tard, le maire d’Avesnes, son grand-père, le fait entrer au collège. Destiné au barreau, il montre si peu de goût pour cette carrière qu’il est placé, en , à l’École Royale des Arts et Métiers de Châlons, où il passe trois ans[2]:7, et rejoint, comme nombre de ses condisciples, les saint-simoniens[3].

Diplômé des Arts et Métiers de Châlons, à dix-neuf ans, il rédige divers écrits périodiques sur l’industrie et les manufactures de France et d’Angleterre, puis s’occupe de plusieurs projets architecturaux. Son coup d’essai est le projet de la Grande Fontaine qui devait être érigée place de la Bastille, dont il voulait faire un monument historique rappelant les hauts faits de La Bourdonnais et de Lally-Tollendal en Inde française, et qui lui a valu maints éloges. Les lenteurs et les intrigues administratives ayant fait échouer ce projet, il résolut plus que jamais de s’adonner à ses goûts artistiques et à ses penchants d’explorateur[2]:8.

En Orient, puis en Égypte

En 1826, à l’affaiblissement de l’Empire ottoman par la convention d’Akkerman, il s’engage dans le combat pour la guerre d'indépendance grecque. À la suite de cette expédition, il devient secrétaire du Gouverneur Général des Indes, avant de démissionner de ses fonctions pour passer en Palestine, à Jéricho. Séjournant à Jérusalem, il est nommé chevalier du Saint-Sépulcre pour avoir sauvé le temple de cette ville du pillage. En , il se rend en Égypte où, quelque temps après son arrivée, il entre au service du pacha Méhémet Ali, comme ingénieur civil et hydrographe. Il reçoit un nom arabe, Edris-Effendi, prend l’habitude de porter l’habit officiel et se familiarise avec le dialecte égyptien et les mœurs et coutumes locales[4][a].

Prisse en costume d’effendi par Mniszech.

Il enseigne également la topographie et l’art de la fortification[5], à l’École d’état-major de Djihâd-Abâd, et noue des contacts réguliers avec ses coreligionnaires saint-simoniens, dont Lambert-Bey, Ismaÿl Urbain, etc[3]. Pendant son séjour à l’École, il présente à Ibrahim Pacha le projet d’un pont suspendu sur la branche du Nil séparant le Palais des jardins de l’île de Roda ; il rédige un Mémoire sur les travaux les plus importants à exécuter dans la Basse-Égypte : entre autres, l’endiguement du fleuve au lieu de barrage ; le tracé du canal d’Alexandrie au Caire ; les plans d’une machine hydraulique destinée à fournir l’eau à toutes les rues d’Alexandrie[b]. Il s’occupe aussi, à la fin de 1830, d’un projet pour le déplacement et le transport des Obélisques de Louxor, mission qui ne lui sera pas confiée[2]:11.

À la dissolution de l’École d’état-major de Djihâd-Abâd, il est nommé professeur de fortification à l’École d’Infanterie de Damiette. Avant d’entrer dans ses nouvelles fonctions, il fait, de juillet à septembre 1834, l’exploration des principaux lacs de la Basse-Égypte, et plus particulièrement celle du lac et de la ville Menzaleh, l’ancienne Panephysis, dont il lève la carie et le plan. Il visite les ruines de l’antique Péluse, etc., donnant de savantes descriptions sur toutes ces antiques cités et sur les canaux de cet immense lac. De retour à Damiette, il rédige un important mémoire sur le dessèchement et la culture des lacs de la Basse-Égypte, pour compléter les améliorations entreprises dans le delta. Ce projet ayant, comme tous les autres, échoué, cette fois à cause du manque d’intéressement du drogman du pacha à la chose, Prisse décide de se consacrer, à l’avenir, entièrement à la recherche de précieux documents à rapporter et à publier à son retour en France[2]:12.

Prisse en costume d’effendi par Achille Devéria.

Vers la fin de mai 1835, il lutte, comme l’avait fait son père, en 1831, contre les épidémies, qui se répandaient en Égypte. Atteint à son tour, de dysenterie, il ne peut reprendre ses occupations que début septembre suivant. En janvier 1836, année où les saint-simoniens repartent pour la France[3], las des exigences du Gouverneur de l’École d’Infanterie de Damiette, il envoie sa démission et, enfin libre, entreprend l’étude des hiéroglyphes, dont il devient expert, à l’égal de Champollion. Il se met à parcourir la Turquie, la Perse, la Palestine, l’Arabie, la Basse et la Haute-Égypte, la Nubie, l’Éthiopie, l’Abyssinie, la Syrie, etc., où il passe dix-sept ans, vivant du produit de ses crayons, de sa plume ou de ressources de sa famille[2]:13.

Revenu à Karnak, mécontent des serviteurs égyptiens, il se décide à acheter un jeune Africain de neuf à dix ans, nommé Abd-Allah, l’affranchit sur le champ et en fait son serviteur[c]. Il entreprend la recherche et la collation de tous les documents nécessaires à son Histoire de l’art chez les anciens Égyptiens, démarche grandement facilitée par la connaissance intime du pays, que lui permet sa fréquentation, en vrai musulman, de la mosquée et des oulémas[4]. Il peut ainsi visiter, sans difficulté, les principaux temples et mosquées du Hijaz, en particulier des deux villes saintes, Médine et la Mecque. Connaissant à fond la langue ou le dialecte de ces diverses contrées, ce qui lui permet d’entrer et de mener des fouilles là où bien des Européens n’avaient pas accès, il explore le mont Sinaï ; les ruines d’Abydos, les mosquées d’Alexandrie, du Caire et de Boulaq, etc[2]:15. En 1838, il dessine les bas-reliefs de la chambre des Rois de Thoutmôsis III au grand temple de Karnak, contenant le tableau historique et généalogique des principaux rois à avoir régné sur l’Égypte, et fait exécuter des fouilles à l’intérieur et autour de ce petit sanctuaire, espérant retrouver les pierres manquantes. Ces recherches ont été vaines ; toutes avaient disparu.

Ruines de la Chambre des Rois de Guesdon d’après Prisse.

Aimé et respecté à Louxor, il prenait la défense des gens du pays, parfois au détriment de sa propre liberté, ce qui lui a valu de se voir proposer le poste d’agent consulaire britannique à Thèbes, poste qu’il refuse, ses sentiments l’empêchant de représenter une autre puissance que la France, et préférant, du reste, continuer ses travaux scientifiques et ses recherches archéologiques. Ainsi, lors de sa résidence au Caire, en 1841, il forme avec Henry Abbott, une société littéraire, dont les membres se réunissaient pour discuter de l’art et de l’histoire de l’Égypte, fonde une bibliothèque de recherche, ainsi qu’un centre de relations scientifiques, que les difficultés de publication et d’impression ont empêché de prendre l’extension qu’elle méritait. En septembre de la même année, il est désigné au Pacha comme l’homme le plus capable de remplir les fonctions de conservateur des Monuments Antiques, avant qu’Ibrahim Pacha, peu soucieux des intérêts de la science, n’abandonne ce projet[2]:21.

En 1843, alors que les monuments de l’Égypte ancienne étaient exploités, par ordre du Pacha, comme des carrières, il ne pouvait s’opposer à ces dévastations, il décide de passer outre aux rigoureuses ordonnances de Mohammed Ali, défendant sous les peines les plus sévères l’enlèvement d’aucune antiquité, et de s’emparer de la chambre des Rois de Thoutmôsis III, dont il avait déjà pu constater le pillage, en 1838[6]. Parti du Caire le et arrivé à Karnak le 30 au soir, il trouve de nombreux ouvriers et fellahs occupés, dans diverses parties du temple de Karnak, les uns à briser d’énormes blocs, les autres à les charrier à la Salpêtrière de Karnak où ont disparu les colonnes de la cour de Tell Basta. Résolu à agir avec plus de promptitude et le plus secrètement possible[d], après s’être assuré que la chambre était encore en place, quoiqu'ayant beaucoup souffert par la démolition d’un mur attenant, il effectue un estampage en papier des bas-reliefs, pour témoigner de l’état dans lequel elle se trouvait alors, avant d’en entreprendre l’enlèvement. Après le départ du gouverneur de la province pour Louxor, il réunit en secret une vingtaine d’ouvriers pour ce travail, après avoir amené du Caire un tailleur de pierres, et tous les outils à peu près indispensables et les planches nécessaires pour confectionner des caisses[2]:24.

Ordre fait à Prisse de restituer les bas-reliefs de la Chambre des Rois.

Le , malgré les faibles moyens dont il dispose, il se met à l’œuvre, ôte le plafond de la chambre, fait desceller et scier les pierres, de nuit. Apprenant que le gouverneur général Sélim Pacha venait présider un conseil de province à Louxor, il triple le salaire des ouvriers, va jusqu’à les faire travailler en plein jour, allant passer une partie de la journée à Louxor, près de Sélim Pacha, pour prévenir toute visite, avant de revenir diriger les travaux, la nuit. Les pierres de la chambre des Rois mises en caisses, dans l’attente du départ du Gouverneur pour pouvoir faire transporter toutes ses caisses à bord de sa barque et de partir immédiatement pour le Caire, Prisse, enhardi par ce succès, entreprend de faire tailler une stèle colossale de Ramsès XV[réf. nécessaire], puis un petit bas-relief représentant une adoration de Basch en Aton Rê au soleil, employé dans la construction d’un des propylées sud de Karnak[2]:26.

Prisse d’Avennes venait encore d’enlever deux stèles, l’une représentant des scènes de la vie domestique, l’autre montrant diverses scènes d’adoration à Osiris, à Harmakhis, à Anubis et à Hathor, lorsqu’il est dénoncé au Gouverneur d’Esneh qui le somme, le , de cesser ses pillages et d’apporter toutes ses caisses d’antiquités au Caire. Après un mois, il fait transporter les vingt-sept caisses d’antiquités et met à la voile pour le Caire, où il arrive après seize jours de navigation. Le vice-consul de France refusant de lui prêter assistance, disant qu’il était en contravention formelle avec les ordres du Pacha, il fait déposer les caisses d’antiquités dans les magasins du gouvernement égyptien, sous le titre d’« objets d’histoire naturelle destinés au Musée de Paris ». Après une excursion jusqu’à la deuxième cataracte, une visite rapide des Oasis et une nouvelle exploration des ruines de la nécropole, il parvient à faire embarquer et amener la chambre des Rois, en France, après avoir écrit lettre sur lettre au ministre Villemain. Après avoir quitté, le , au soir, la rade d’Alexandrie, à bord du Cerbère, il arrive, le 27, vers minuit, au port de Toulon, où il surveille le transbordement de ses antiquités[2]:32.

Vue de la chambre des ancêtres au musée du Louvre.

Il se rend à Londres et rédige sa notice sur les antiquités égyptiennes du British Museum, qu’il a publiée, accompagnée de gravures d’après ses dessins. De retour à Paris, il est consulté par les principales sommités françaises et étrangères. Le , Louis-Philippe Ier, auquel il s’était pourtant déjà dénoncé comme réfractaire à la loi militaire[e], lui fait remettre la Légion d’honneur, mais lorsque Jean-Antoine Letronne tente, en lui remettant son brevet et sa décoration, de lui faire prononcer la formule du serment, il répond : « Je garde ma liberté, je ne prête pas serment à un homme ; si je mérite cette distinction donnez-la moi, sinon gardez-la. » Ceci n’a pas empêché les ministres Guizot et Salvandy de le charger de différentes missions en Égypte, une fois la réérection de la chambre des Rois de Thoutmosis III, à la Bibliothèque nationale achevée[2]:35. En attendant, il s’occupe de diverses publications, entre autres, de Monuments égyptiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions, etc., faisant suite et complément aux Monuments de l’Égypte et de la Nubie de Champollion[f].

À la même époque, il publie l’Album oriental, et surtout le papyrus Prisse, l’un des plus anciens manuscrits connus du monde[7], vieux de près de 4 000 ans, rédigé en caractères hiératiques, qu’il avait trouvé dans la nécropole de Karnak, où il faisait exécuter des fouilles à ses frais, près du tombeau d’Enintef, dans la partie appelée Dra Abou el-Naga, et dont il a fait don à la Bibliothèque Nationale[8]. Empêché d’accomplir les différentes missions en Égypte que le gouvernement de Juillet lui avait confiées, par la Révolution de 1848, il n’a pu accomplir plusieurs de ses projets. Proposé, après 1848, comme conservateur des antiquités égyptiennes au musée du Louvre, il préfère renoncer plutôt que d’entrer dans les luttes d’influence. Le Ministre donna ce poste à un de ses amis, Camille Duteil (d), qui niait la science hiéroglyphique et disait que Champollion et les savants de son genre étaient des charlatans et des mystificateurs. Dégoûté de toutes ces intrigues, il refuse aussi, malgré diverses sollicitations, de candidater à la chaire d’archéologie égyptienne, ouverte au Collège de France par la mort de Letronne[2]:41.

Découragé par l’échec de plusieurs projets[g], disposé à reprendre son ancienne profession d’ingénieur, il allait partir en Algérie pour y diriger l’exploitation des carrières de marbre, lorsqu’en novembre 1850, le ministre de l’Agriculture, Jean-Baptiste Dumas lui confie la mission d’explorer le Nejd, le Hauran, les plaines de l’Euphrate et du Tigre, pour acheter les meilleurs chevaux pour régénérer la race chevaline des haras français. Un changement de ministère l’ayant empêché au dernier moment de partir, le Bibliophile Jacob le charge de toute la rédaction de la partie orientale de la Biographie Universelle. En novembre de la même année, le Conseil Général du département du Nord lui alloue à l’unanimité une somme de 1 200 francs, pour l’aider à publier son Histoire de l’Art chez les anciens Égyptiens, réunissant dans un même ouvrage les productions les plus remarquables des arts du dessin et les documents les plus authentiques de l’histoire égyptienne[2]:45.

Buste de Prisse par Léo Roussel.

Il s’occupe également d’ethnographie, de science numismatique, des nomes d’Égypte, d’ethnologie, d’archéographie, il collabore à différents ouvrages d’architecture, puis fonde et dirige avec une société d’orientalistes, de voyageurs et d’artistes, une publication sous le titre de Miroir de l’Orient, dont les premières livraisons ont paru en 1852. Cet ouvrage destiné à remplacer la Bibliothèque Orientale d’Herbelot de Molainville n’a pu être achevé à cause de désaccords entre les collaborateurs. Il fonde également la Revue orientale et algérienne (d), qu’il dirige[h] . Le travail de cet ouvrage destiné à populariser l’Orient sous tous ses aspects, qui forme cinq volumes in-8º de 500 pages, a duré plusieurs années[2]:46.

Le , le ministre Adolphe Fould l’envoie en triple mission pour la Science, les Beaux-Arts et le Commerce, en Égypte et en Nubie. Débarqué à Alexandrie le , il est nommé peu de temps après son arrivée membre honoraire de l’Institut d'Égypte en reconnaissance des services qu’il avait rendus à la science lors de son premier séjour. Il doit également se confronter à Auguste Mariette qui, devenu directeur du musée de Boulaq de Mohamed Saïd Pacha, avait persuadé ce dernier de mettre fin à l’enlèvement des antiquités par les Européens en refusant le firman de voyage nécessaire aux fouilles. Après l’avoir obtenu, à la condition expresse de ne pas enlever d’antiquités, il documente quantité d’édifices qui tombaient en ruines ; il étail grâce au photographe Édouard Jarrot et au dessinateur Willem de Famars Testas, qui l’accompagnent, et dont les quelque quatre cents dessins et tirages photographiques paraitront dans l’Art arabe[9]. Il s’arrête aux temples d'Abou Simbel, avant de retourner à Karnak, où il met au jour les bas-reliefs historiques du temple de Médinet Habou, dont il fait les estampages, avant de repartir pour le Caire, visiter de nouveau la nécropole de Saqqara, séjourne un mois aux Pyramides, avant de rentrer en France[2]:49.

Arrivé à Paris, le , il rapporte trois cents dessins in-folio, des calques soignés avec les plus belles peintures de diverses époques, dont certains avaient jusqu’à sept et huit mètres de long ; quatre cents mètres d’estampages de bas-reliefs ; cent cinquante photographies des plus beaux détails d’architecture et de sculpture, ainsi que les plus intéressants monuments du Caire ; des plans, des coupes, des élévations soigneusement cotés et pour la plupart inédits ; cent cinquante dessins ou photographies stéréoscopiques, des croquis, des notes, ainsi qu’une collection de vingt-neuf crânes, dont plusieurs étaient dorés, de momies égyptiennes, dont il était parvenu à préciser l’époque, les fonctions et le nom même de l’individu que représentait chacune de ces momies[10].

« Arrivée à Thèbes d’une princesse éthiopienne » dans Histoire de l’art égyptien.

En correspondance avec plusieurs académies françaises et étrangères, il a donné en différentes occasions, quantité de modèles variés, de dessins égyptiens, arabes, persans et mauresques, pour l’orfèvrerie, papiers peints, services de table, carreaux de faïence, de carrelage, toiles cirées, découpage de bois et des métaux, etc., etc. Il a également composé différentes couleurs aux beaux de l’Orient pour l’aquarelle. Il a d’ailleurs réalisé une aquarelle du sarcophage du roi Mykérinos, qui constitue une trace unique de cet objet perdu dans le golfe de Gascogne lors de son transport par bateau par les Britanniques. Membre de l’exposition égyptienne, à l’Exposition universelle de 1867, on a eu recours, pour la construction de quelques temples et palais à son Histoire de l’art égyptien. il a également représenté comme directeur et ingénieur hydrographe, la Compagnie française à laquelle Ismaïl Pacha avait confié l’étude de l’exploitation des lacs de la Basse-Égypte, bordant le littoral de la Méditerranée, d’Alexandrie à Port-Saïd, pour le dessèchement, la culture, la pisciculture, les marais salants, etc. mais, au moment de signer le firman de concession, Ismaïl Pacha ayant changé d’avis, il se démet de ses fonctions, abandonne ses documents aux membres de la Société sans plus vouloir s’occuper de rien. En France comme à l’étranger, dans toutes les contrées[2]:54.

Désirant se consacrer entièrement à ses publications, il a refusé le poste d’ambassadeur à Constantinople proposé par le gouvernement peu de temps après son retour en France. Après de longues années d’un travail opiniâtre et ininterrompu, épuisé par les luttes, l’âge et les privations, ayant terminé aussi l’atlas de l’Histoire de l’art égyptien, il abandonne, de guerre lasse, le texte de cet important ouvrage à l’âpreté de son éditeur. En récompense de sa longue et laborieuse carrière scientifique, le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts William Waddington lui alloue deux indemnités annuelles de 600 francs, l’une, littéraire au , l’autre, des Beaux-Arts, au . À la nouvelle de sa mort, le ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts Agénor Bardoux a fait envoyer, par arrêté, 400 francs comme participation officielle aux funérailles, où les honneurs militaires lui ont été rendus. Il a été inhumé au cimetière du Montparnasse[11].

Distinctions

Pour ses nombreuses recherches et ses dons à la France, notamment les tables de Karnak qui sont actuellement exposées au Musée du Louvre, Prisse a reçu la Légion d'honneur.

Hommages

En 1897, la rue Prisse-D'Avennes, dans le 14e arrondissement de Paris, a reçu son nom en hommage.

Jugements

« d’un caractère difficile, irritable devant toute irrégularité ; sa franchise l’empêchait de dissimuler ses sentiments ou de déguiser sa pensée ; aussi se créa-t-il beaucoup d’ennemis, mais rien ne le fit dévier de sa fière ligne de conduite ; les obstacles, les déboires, les vicissitudes, les basses intrigues qu’il rencontra de part et d’autre, ne l’empêchèrent pas de continuer à marcher seul, libre et digne, dans la voie qu’il s’était tracée, imposant à ses adversaires la prédominance de son talent et de son haut caractère[2]:56. »

Principales publications

  • Monuments égyptiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions, etc. : d’après les dessins exécutés sur les lieux par E. Prisse d’Avennes : pour faire suite aux Monuments de l’Égypte et de la Nubie, de Champollion le Jeune, Paris, Didot frères, (réimpr. 1867), 92 p., 9 p.-L f. de pl.-front.) ; 72 cm (OCLC 1405488522, lire en ligne sur Gallica).
  • P. Marchandon de La Faye (éd.), Histoire de l’art égyptien d’après les monuments : depuis les temps les plus reculés jusqu’à la domination romaine, Paris, A. Bertrand, 1858-1879, 444 p., [62] f. de pl.. [97] f. de pl., 1 vol. de texte et 2 vol. de pl. ; 32 cm et 66 cm (OCLC 828819690), t. 1 sur Gallica, t. 2 sur Gallica.
  • L’Art arabe d’après les monuments du Kaire : depuis le VIIe jusqu’à la fin du XVIIe siècle, Paris, J. Savoy & Cie, (réimpr. A. Morel et Cie, 1877), viii-296 p., 1 vol. de texte, 3 vol. de pl. ; 31 + 65 cm (OCLC 1557089384, lire en ligne). — Atlas en deux volumes renfermant deux cents planches, grand in-fº en chromolithographie et un volume de texte orné de nombreuses vignettes.
  • Coup d’œil sur la situation de l’Égypte en décembre 1831, 1834.
  • Voyage au lac et à la ville Menzaleh, l’ancienne Panephysis, 1834.
  • Lettres sur l’Archéologie et la Philologie égyptiennes, adressées à la Revue archéologique et à M. Champollion-Figeac, diverses dates.
  • Notice sur la Salle des Ancêtres de Thoutmès III, au temple de Karnak, 1845.
  • Recherches sur les légendes royales et l’époque du règne de Schaï ou Scheraï, 1845.
  • Notice sur le Musée du Kaire et sur les collections d’antiquités égyptiennes de MM. Abbott, Clot-Bey et Harris, 1846.
  • Notice sur les Antiquités égyptiennes du Musée Britannique (British Muséum), 1847.
  • L’Album oriental : caractères, costumes et usages des habitants de la vallée du Nil, de la Nubie, de l’Abyssinie et des côtes de la mer Rouge, 1847.
  • Fac-similé d’un papyrus égyptien, en caractères hiératiques, trouvé dans la nécropole de Thèbes, près du tombeau d’Énintef, dans la partie appelée Drag Abou-Nagga, 1847.
  • Mémoire sur les dynasties égyptiennes, 1847.
  • Fac-similé de papyrus égyptiens. Choix de manuscrits Hiératiques, Démotiques et Grecs, (publication inachevée), 1849.
  • Revue orientale et algérienne, 5 vol., 1852-1854.
  • Miroir de l’Orient ou tableau historique des croyances, mœurs, usages, sciences et arts de l’Orient musulman et chrétien, (publication inachevée), 1852.
  • Des chevaux égyptiens ; race ancienne et moderne, 1852.
  • Notice descriptive de l’ouvrage du Général Daumas : Les chevaux du Sahara, 1852.
  • Du café, histoire, culture et commerce, 1852.
  • Les Wahhâbi et la réformation musulmane, 1852.
  • Tribus nomades de l’Égypte, les Ababdeh, 1852.
  • Du dromadaire, comme bête de somme et comme animal de guerre, description et critique de l’ouvrage du Général J. L. Carbuccia, 1853.
  • Des marbres de France et de l’Algérie, comparés aux marbres étrangers, anciens et modernes, 1853.
  • Histoire des armes chez les anciens Égyptiens, (publication inachevée), 1854.
  • Des diverses races chevalines de l’Orient, 1854.
  • Notice sur les papyrus récemment découverts, 1858.
  • Considérations générales sur notre commerce avec l’Égypte et les contrées adjacentes, 1860.
  • De la création d’un Comité oriental au Ministère des affaires étrangères, 1870.

Bibliographie

  • E. M***, Notice biographique sur Emile Prisse d’Avennes : voyageur français, archéologue, égyptologue et publiciste, Paris, Société d’éditions scientifiques, , 67 p., in-8º (OCLC 26343878, lire en ligne sur Gallica).
  • Jean-Marie Carré, « Un grand méconnu : Prisse d’Avennes », dans Voyageurs et écrivains français en Égypte, t. 1, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, , illustr. ; in-8º, 2 vol. (OCLC 20468557, lire en ligne), p. 301-23. — L’auteur, qui n’a pas ouvert les dossiers inédits de Prisse, dépend entièrement des notices éditées, de 1894 à 1926, par son fils. Il utilise également sans esprit critique, les Petits mémoires secrets de la Cour d’Égypte, publiés par Auriant en 1930.
  • Michel Dewachter, « Un Avesnois : l’égyptologue Prisse d’Avennes (1807-1879) », Mémoires de la Société archéologique et historique de l’arrondissement d’Avesnes, Avesnes-sur-Helpe, t. XXX,‎ (ISSN 2391-2723).
  • Michel Dewachter, « Exploitation des manuscrits d’un égyptologue du XIXe siècle : Prisse d’Avennes », Bulletin de la Société française d’égyptologie, no 101,‎ , p. 49-71 (ISSN 2971-091X, lire en ligne).
  • Ève Gran-Aymerich, « Prisse d’Avennes », Dictionnaire biographique d’archéologie (1798-1945), Paris, CNRS éditions, 2001, p. 549-551, (ISBN 2-271-05702-7) .
  • Ève Gran-Aymerich, « Prisse d’Avennes Achille Constant Théodore Émile (1807-1879) », Dictionnaire des orientalistes de langue française, sous la direction de François Pouillon, Paris, Karthala, 2008, p. 783-784, (ISBN 978-2-84586-802-1).
  • Mercedes Volait, « Prisse d’Avennes, Émile », dans Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Institut national d’histoire de l’art, (OCLC 320532175, lire en ligne).
  • Mercedes Volait, « Une entreprise autodidacte aux premiers temps de l’archéologie égyptienne : L’Égypte monumentale d’Émile Prisse d’Avennes (1807-1879) », Mélanges Ève Gran-Aymerich,‎ , p. 1-16 (lire en ligne).
  • Sylvie Aubenas (éd.), Elisabeth Delange, Bernard Mathieu, Marie-Laure Prévost, Chloé Ragazzoli, Marie-Claire Saint-Germier et Mercedes Volait, Visions d’Égypte : Émile Prisse d’Avennes (1807–1879), catalogue de l’exposition Visions d’Égypte Émile Prisse d’Avennes (1807–1879) du 1er au 5 juin 2011 à la Bibliothèque nationale de France site Richelieu, Paris, Bibliothèque nationale de France, , 159 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-2-71772-484-4, OCLC 711940607, lire en ligne).
  • (en) Mercedes Volait, « Surveying monuments in Egypt : the work of Emile Prisse d’Avennes (1807-1879) », dans Lecture at the General Consulate of Egypt in Djeddah, (lire en ligne).
  • Émile Prisse d’Avennes : Un artiste antiquaire en Égypte au XIXe siècle, textes réunis par Mercedes Volait, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, , x, 309 p., illustr. ; 29 cm (ISBN 978-2-7247-0627-7, OCLC 854753258).

Notes et références

Notes

  1. ↑ Outre l’arabe et les hiéroglyphes, il connaissait également le turc, le grec, le copte, l’éthiopien, le latin, l’anglais, l’italien et l’espagnol[2]:53.
  2. ↑ Aucun de ces projets n’a reçu d’exécution, malgré l’appui par le Consul Général de France du dernier Mémoire, ayant trait au Canal, le Pacha trouvant Prisse trop jeune pour concevoir et exécuter des travaux aussi importants. Il a toutefois fait conserver ses plans et devis[2].
  3. ↑ Par la suite, il répétera cet acte d’achat suivi, séance tenante, de rédaction de l’acte de liberté auprès des autorités locales[2]:12.
  4. ↑ Quelques années auparavant, il avait trouvé, à Assouan, un rare petit obélisque de granit qu’il avait été contraint d’abandonner et qui plus tard, après avoir figuré au musée du Caire, est passé au musée du château d'Alnwick[2]:23.
  5. ↑ « Nous voudrions avoir beaucoup de réfractaires comme vous », lui aurait répondu Louis-Philippe[2]:35.
  6. ↑ Cet ouvrage a été publié sous les auspices de le comte de Salvandy, Ministre de l’Instruction publique, mais ce dernier l’a limité à cinquante planches au lieu de cent, et en a supprimé le volume de notices descriptives qui devait l’accompagner, afin de hâter le départ de Prisse et de lui permettre d’accomplir plus tôt les missions dont il avait été chargé. Ainsi mutilé, l’ouvrage ne présente plus le même intérêt, mais il était terminé, et Ampère en avait fait l’éloge, dans la Revue des Deux-Mondes de la même année, et Raoul-Rochette le citait à toutes ses leçons sur l’archéologie égyptienne[2]:37.
  7. ↑ La traduction des Antiquités de la vallée du Mississippi, de Squier et Davis, la publication de Jérusalem et la Judée de Saulcy et une proposition de sarcophage pour Napoléon Ier.
  8. ↑ À diverses époques, il a collaboré par ses dessins et par ses écrits à la Revue des Deux Mondes, à la Revue contemporaine, à la Revue de Paris, au Magasin Pittoresque, l'Illustration, au Moniteur universel, à la Revue archéologique, à la Correspondance littéraire, aux Transactions philosophiques de la Société royale de Londres, au Moniteur des Arts[2]:53.

Références

  1. ↑ Mercedes Volait, « Prisse d’Avennes, Émile », dans Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, Institut national d’histoire de l’art, (OCLC 320532175, lire en ligne).
  2. E. M***, Notice biographique sur Emile Prisse d’Avennes : voyageur français, archéologue, égyptologue et publiciste, Paris, Société d’éditions scientifiques, , 67 p., in-8º (OCLC 26343878, lire en ligne sur Gallica).
  3. Daniel Lançon, « L’Égyptophilie de Prisse d’Avennes : une mémoire des altérités », dans Les Français en Égypte : De l’Orient romantique aux modernités arabes, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, , 375 p., in-8º (ISBN 978-2-84292-425-6, OCLC 905836623, lire en ligne), p. 79-94.
  4. Sylvie Aubenas (éd.), Elisabeth Delange, Bernard Mathieu, Marie-Laure Prévost, Chloé Ragazzoli, Marie-Claire Saint-Germier et Mercedes Volait, Visions d’Égypte : Émile Prisse d’Avennes (1807–1879), catalogue de l’exposition Visions d’Égypte Émile Prisse d’Avennes (1807–1879) du 1er au 5 juin 2011 à la Bibliothèque nationale de France site Richelieu, Paris, Bibliothèque nationale de France, , 159 p., illustr. ; 24 cm (ISBN 978-2-71772-484-4, OCLC 711940607, lire en ligne), p. 94.
  5. ↑ « Emile Prisse d’Avennes », sur Fondation Arts et Métiers, (consulté le ).
  6. ↑ « Notice sur la salle des ancêtres de Thoutmès II : déposée à la Bibliothèque royale », Revue archéologique, Paris, A. Leleux, vol. 2, no 1,‎ , p. 1-15 (ISSN 2104-3868, lire en ligne sur Gallica).
  7. ↑ François Chabas, « Le Plus Ancien Livre du monde : étude sur le papyrus Prisse », Revue archéologique, Paris, vol. 15, no 1,‎ , p. 1-25 (ISSN 2104-3868, lire en ligne).
  8. ↑ Philippe Virey, Études sur le papyrus Prisse : le livre de Kaqimna et les leçons de Ptah-Hotep, Paris, F. Vieweg, , iii-138 p., in-8º (OCLC 1143100621, lire en ligne sur Gallica).
  9. ↑ (en) Paulina Banas, « Prisse d’Avennes, Édouard Jarrot, and Willem De Famars Testas », dans Visualizing Egypt : European Travel, Book Publishing, and the Commercialization of the Middle East in the Nineteenth Century, Le Caire, American University in Cairo Press, , xviii, 369 p., 16 pl. : illustr. ; 24 cm (ISBN 978-1-61797-667-4, OCLC 1456148466, lire en ligne).
  10. ↑ « Inventaire du fonds Albert Émile Prisse d'Avesnes » (consulté le )
  11. ↑ Tombe no 368, 9e division, 9e ligne Sud, no 45 avenue de l’Est. Archives de Paris, registres de inhumations : 1884 MTP_RJ18831884_01 vue 24

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