Émirat de Sijilmassa

Émirat de Sijilmassa

7581055

Informations générales
Statut Émirat
Capitale Sijilmassa
Langue(s) Berbère
Religion Islam (kharidjisme, sunnisme)
Judaïsme
Histoire et événements
758 Établissement de l'émirat
772 Instauration de la dynastie des Midrar
909 Brève occupation de l'émirat par les Fatimides
977 Prise du pouvoir par les Maghraouas
1054 Annexion de l'émirat par les Almoravides
Émir
(1er) 758 - 772 Aïssa ben Yazid al-Miknassi
(Der) v. 1120 - v. 1054 Messaoud ben Wanoudin

L’émirat de Sijilmassa (en tamazight : Tageldit n Sigg ilmas ou Tageldit n Isgelmasen), est une principauté berbère ayant existé dans la région du Tafilalet entre les années 758 et 1055. Sa capitale était Sijilmassa, qui est un toponyme amazigh transformé au cours de l'arabisation.

L'émirat est fondé vers 758 par Aïssa ben Yazid, un leader kharijite sufrite, en tant que foyer du kharidjisme. Une vingtaine d'années plus tard, Abou al-Qassim Samgu ben Wassoul al-Miknassi succède à Aïssa et instaure la dynastie des Midrarides, qui gouvernera l'état pendant deux siècles, avant que les Maghraouas, alliés du Califat de Cordoue, s'emparent du pouvoir à la fin du Xe siècle, en maintenant toutefois l'indépendance de fait de l'Émirat.

L'émirat de Sijilmassa disparait au milieu du XIe siècle, à la suite de son annexion par les Almoravides.

Histoire

Contexte

Le Tafilalet dans lequel s'implante l'émirat n'est pas inoccupé avant la fondation de la ville de Sijilmassa. Plusieurs éléments environnementaux et archéologiques tendent à étayer l'hypothèse d'une formation structurée et organisée déjà active avant l'intégration de groupes islamisés. De très nombreux aménagements funéraires bordent les oasis de la région. L'existence d'une société urbaine préislamique est envisagée mais n'a pas encore pu être confirmée par l'archéologie. La fondation de Sijilmassa, et de son Émirat, s'effectue dans un contexte saharien aride et hostile dont la viabilité repose sur les organisations et réseaux commerciaux préexistants[1].

Fondation de l'Émirat

L'État de Sijilmassa est fondé en 758 dans un contexte commercial particulièrement favorable. La route caravanière du commerce transsaharien depuis Tahert démontre l'importance pour le contrôle de ces voies. Sijilmassa, située plus à l'intérieur du territoire et plus à l'ouest, bénéficie d'un emplacement de choix pour le renforcement d'une nouvelle voie[2],[3]. La fondation de cet état s'insère directement dans la logique sufrite où quarante hommes élisent comme Imam le plus avisé d'entre eux, Aïssa ben Yazid[1]. Ainsi, les prémices de l'Émirat sont celui d'un Imamat[4].

Après 15 ans de règne, Aïssa ben Yazid est critiqué pour sa mauvaise gestion et est écarté du pouvoir. Abou Qassim Samgu ben Wassoul est alors nommé à régner. Il est le premier homme de la lignée qui portera le nom de Midrarides, du nom de Midrar ben Alyassa, regnant entre 823 et 867[1]. Abou Qassim appartient aux Meknassas[2],[3]. L'arrivée de cette dynastie au pouvoir fait adopter à l'Émirat de Sijilmassa une politique extérieure bien plus affirmée[1]. Suite à son décès, en 784, son fils Ilyas ben Abou Qassim est à son tour élu par le peuple pour gouverner avant d'être remplacé quelques années plus tard par son frère Alyassa ben Abou Qassim[4].

Après sa montée sur le trône, il entreprend rapidement une politique d'expansion territoriale visant à soumettre l'ensemble des territoires berbères orientaux afin de s'assurer le contrôle des exploitations minières du Draa et des voies commerciales transsahariennes. Cette politique pourrait être menée en réaction à l'émergence d'organisation politique menaçante, comme l'émirat Idrissides au nord, ou afin de s'assurer une mainmise stratégique sur les voies commerciales et accroitre son pouvoir politique[4],[1]. Il mène ensuite une politique d'urbanisation importante à Sijilmassa avec une structuration des quartiers hiérarchisée, conférant à la ville un statut de pôle politique, économique et culturel important. Il y fait construire une mosquée, des édifices publics ainsi qu'une fortification en 814. Quelle que soit les motifs, cette politique porte ses fruits et il est nommé Émir Midrar en 823, donnant naissance à l'Émirat de Sijilmassa[1].

Contrôle commercial

L'étendue de l'émirat est considérable d'après Muhammad al-Fazari, dirigeant plusieurs villes minières et s'étendant jusque Tamdoult (en). Cette extension lui permettait de contrôler l'accès de toutes les voies du commerce transsaharien menant à l'Empire du Ghana et approvisionnant le monde musulman en or et esclaves noirs. Ce contrôle commercial permettait à l'Émirat de Sijilmassa de détenir une très importante richesse grâce à laquelle elle entretient des relations privilégiées avec les Abbassides, en tant que vassal, puis avec les Rostémides[4].

Les relations avec les Fatimides sont à un moment mise à mal. En 905, Ubayd Allah al-Mahdi se réfugie en secret à Sijilmassa et l'émir le met en résidence surveillée lorsqu'il le découvre. En conséquence, la ville est prise d'assaut en 909 et soumise aux Fatimides. Alyassa'ben Midrar est massacré avec ses soldats et après une occupation de 50 jours, Wassoul ben Maïmoun est placé sur le trône et assure une allégeance complète aux Fatimides. Une grande partie du Xe siècle correspond alors à l'apogée de l'Émirat de Sijilmassa[4]. La grandeur Sijilmassa est particulièrement vantée par les auteurs contemporains. Afin de le mesurer, on peut prendre comme indicateur la taxe douanière perçue sur les caravanes dont l'émirat reversait la moitié aux Fatimides. Celle-ci s'élevait à 400.000 dinars en 951[5],[6].

Déclin et chute

Sijilmassa préserve initialement sa position privilégiée lors de la transition sous autorité Omeyyade[5]. Cependant, vers 977, les Maghraouas prennent le contrôle de l'émirat avec le soutien des Omeyyades, ils forment une nouvelle dynastie sous le nom des Banu Khazrun[3].

Au XIe siècle, la prise de contrôle d'Aoudaghost, située au sud de l'émirat de Sijilmassa, par l'Empire du Ghana pousse les tribus berbères à se fédérer, donnant naissance au mouvement Almoravide[7]. Alors en pleine expansion politique et territoriale, le mouvement procède à la conquête du Tafilalet et annexent l'émirat de Sijilmassa en 1058 qui devient un socle économique important de l'empire Almoravide[3].

Étymologie

Selon une hypothèse le nom de Sijilmassa proviendrait du berbère Sigg ilmas[8] Selon une autre hypothèse, le nom de Sijilmassa proviendrait du berbère As Igul Massa qui veut dire As = lieu, là, à lui , à elle , celui, celle, .... ; Igul = les biens, les propriétés ; Massa = Madame ; le tout voudrait donc dire " Là les biens de madame ".

Émirs de Sijilmassa

Fondation de l'émirat
  • 758 - v. 772 : Aïssa ben Yazid
Midrarides
  • v. 772 - 785 : Abou Qassim Samgu ben Wassoul
  • 785 - 790 : Ilyas ben Abou Qassim
  • 790 - v. 823 : Alyassa' ben Abou Qassim
  • v. 823 - 867 : Midrar ben Alyassa'
  • en 867 : Maïmoun ben Midrar "ben al-Rustamiya"
  • en 867 : Maïmoun ben Midrar "ben al-Thaqiyya"
  • en 867 : Maïmoun ben Midrar "ben al-Rustamiya" (restauré)
  • 867 - 877 : Maïmoun ben Midrar "ben al-Thaqiyya" (restauré)
  • 877 - 883 : Mohammed ben Maïmoun
  • 883 - 909 : Alyassa' ben Midrar
  • en 909 : occupation fatimide pendant 50 jours
  • 909 - 913 : Wassoul ben Maïmoun (fils de Maïmoun "ben al-Thaqiyya")
  • 913 - 921 : Ahmed ben Maïmoun (fils de Maïmoun "ben al-Thaqiyya")
  • 921 - v. 933 : Mohammed al-Moâtazz (petit-fils de Midrar ben Alyassa', imposé par les Fatimides, vassal de ces derniers)
  • v. 933 - v. 942 : Mohammed ben Mohammed (fils du dernier)
  • v. 942/943 : Samgu ben Mohammed (fils du dernier)
  • v. 943 - 958 : Mohammed ben Wassoul (fils de Wassoul ben Maïmoun, partisan des Omeyyades de Cordoue, opposé aux Fatimides)
  • 958 - 963 : Samgu ben Mohammed (restauré)
  • 963 - v. 977 : Abdallah ben Mohammed (frère du dernier)
Maghrawas
  • v. 977 - 979 : Khazroun ben Falfoul
  • en 979 : Wanoudin ben Khazroun
  • 979 - 980 : occupation ziride
  • 980 - 997 : Wanoudin ben Khazroun (restauré)
  • 997 - 999 : Hamid ben Yasal
  • 999 - v. 1020 : Wanoudin ben Khazroun (restauré)
  • v. 1020 - v. 1054 : Messaoud ben Wanoudin
  • v. 1054 : conquête almoravide

Notes et références

  1. Chloé Capel et Abdallah Fili, « Sijilmasa au temps des Midrarides : nouvelles approches historiques et premier bilan archéologique », dans L’ibadisme dans les sociétés de l’Islam médiéval, vol. 33, Walter de Gruyter, , 137 p. (lire en ligne)
  2. Abitbol 2014, p. 46.
  3. Chloé Capel, « Sijilmâsa (et autres graphies : Siǧilmâsa, Sidjilmassa, Sijilmassa…) », Encyclopédie berbère, no 43,‎ , p. 7406–7415 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/14u2h, lire en ligne, consulté le )
  4. A. M. Di Tolla, « Midrār (Banū) ou Midrārides », Encyclopédie berbère, no 32,‎ , p. 5005–5019 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.599, lire en ligne, consulté le )
  5. Abitbol 2014, p. 48.
  6. Anna Maria Di Tolla, « Sijilmâsa dans les sources arabes et la tradition orale », Encyclopédie berbère, no 43,‎ , p. 7416–7428 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/14u2i, lire en ligne, consulté le )
  7. Abitbol 2014, p. 50.
  8. Lamara Bougchiche, Langues et littératures berbères des origines à nos jours : bibliographie internationale et systématique, , 447 p. (ISBN 9782910728021, lire en ligne).

Bibliographie

  • (en) R. W. Caverly, Hosting Dynasties and Faiths: Chronicling the Religious History Of a Medieval Moroccan Oasis City. Thèse soutenue à Hamline University [1]
  • (en) D. R. Lightfoot, J. A. Miller, « Sijilmassa: The rise and fall of a walled oasis in medieval Morocco », Annals of the Association of American Geographers, 86 (1996) pp.78–101 [2]
  • Daniel Rivet, Histoire du Maroc, Fayard, (ISBN 978-2-213-67465-0, lire en ligne)
  • Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Éditions Perrin, (ISBN 978-2-262-03816-8, lire en ligne)
  • Mokthar, Histoire générale de l’Afrique: Afrique ancienne, UNESCO Publishing, (ISBN 978-92-3-201708-6, lire en ligne)
  • Mohammed El Fasi, « L'Afrique du VIIe au XIe siècle », dans Histoire générale de l'Afrique, vol. III, Jeune Afrique, (ISBN 978-92-3-201709-3)
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