Épinard (cheval)

Épinard
Image illustrative de l’article Épinard (cheval)

Père Badajoz
Mère Épine Blanche
Père de mère Rock Stand
Sexe Étalon
Robe alezane
Naissance 1920
Pays de naissance Drapeau de la France France
Mort 1942
Pays d'entraînement Drapeau de la France France
Éleveur Pierre Wertheimer
Propriétaire Pierre Wertheimer
& Coco Chanel
Entraîneur H. Eugene Leigh
Jockey Everett Haynes
Nombre de courses 20
Nombre de victoires 12 (6 places)
Gains en courses $ 388 353
Récompense Cheval d'âge de l'année aux États-Unis (1924)
Distinction Hall of Fame des courses françaises (2025)
Principales victoires Critérium de Maisons-Laffitte (1922)
Grand Critérium (1922)
Prix de la Forêt (1922)
Prix du Gros-Chêne (1923)
Prix d'Ispahan (1923)
Steward's Cup (1923)

Épinard (1920-1942) était un cheval de course pur-sang anglais, qui fut l'un des plus grands champions de l'entre-deux-guerres.

Carrière de courses

Né dans le Médoc, Épinard n'était pas destiné à briller dans les courses de pur-sang, où les meilleurs éléments sont issus des grands élevages de Normandie. Son propriétaire, Pierre Wertheimer, qui avait acquis sa mère en même temps que les vignobles du château Bessan, avait tenté de se séparer de celle-ci, pleine de Badajoz, et de cinq autres poulinières lors d'une vente publique, mais la retira finalement alors que les enchères étaient montées à 24 000 francs[1]. Entraîné à Maisons-Laffitte par l'Américain Eugene Leigh, Épinard débute donc sous les couleurs Wertheimer par une victoire spectaculaire à Deauville, dans le prisé Prix Yacowlef, sous les yeux d'Ernest Hemingway[2] qui, ayant eu la bonne idée de parier sur lui, s'était ainsi tiré d'un mauvais pas financier[3]. Après un deuxième succès, le poulain s'aligne au départ du Prix Morny, sa troisième course en neuf jours : il échoue complètement. Mais cet échec sera le seul faux pas de sa carrière. Il s'adjuge coup sur coup le Critérium de Maisons-Laffitte, le Prix des Côteaux, le Grand Critérium et le Prix de la Forêt, à chaque fois avec une marge considérable sur ses adversaires.

Match race Épinard vs Sir Gallahad III, le 19 mai 1924

Incontestable numéro 1 de sa génération à 2 ans, Épinard ne dispute pourtant pas les classiques. Il brille d'abord sur le sprint, en écrasant l'opposition dans le Prix du Gros-Chêne, et s'aventure jusqu'aux 1 850 mètres du Prix d'Ispahan, qu'il survole tout aussi facilement. Au cœur de l'été 1923, il s'en va défier les meilleurs sprinters britannique dans la prestigieuse Steward's Cup, le plus fameux handicap d'Angleterre : il ne fait qu'une bouchée de ses adversaires, malgré un poids jamais porté par un 3 ans. Des problèmes au pied l'empêche de poursuivre sur sa lancée et il ne se produit qu'une seul fois cette saison-là, à l'automne, dans les Cambridgeshire Stakes où le handicapeur anglais, qui ne lui pardonne pas sa démonstration estivale, lui inflige une pénalité supplémentaire : elle lui coûte la victoire, abandonnée, pour une encolure, au dénommé Verdict. Au printemps 2024, Pierre Wertheimer vend une part d'Épinard à Coco Chanel, et pour cette nouvelle association le champion alezan remporte au printemps le Prix d'Argenteuil à Longchamp. Ce sera toutefois sa dernière victoire. Le 19 mai, il affronte en un combat singulier Sir Gallahad, futur chef de race aux États-Unis : il est défait d'une courte encolure. Puis il s'incline à nouveau dans le Prix du Point du Jour.

Pierre Wertheimer

La suite se déroulera loin du pays natal : le 4 juillet 1924, Épinard embarque à Cherbourg à bord du paquebot RMS Berengaria, cap sur l'Amérique avec 40 barriques d'eau d'Évian pour sa consommation personnelle[2]. La tournée américaine de celui que l'on surnomme "le champion volant", a deux objectifs. L'un est économique : il s'agit de favoriser la notoriété des parfums Chanel outre-Atlantique[4]. L'autre est sportif : l'année précédente, le vainqueur du Derby d'Epsom, Papyrus, avait traversé l'océan pour affronter dans une match race le lauréat du Kentucky Derby, Zev, qui l'avait humilié, gagnant par cinq longueurs – l'événement avait passionné les foules en Amérique et les Européens voulaient leur revanche. August Belmont, Jr. est donc à la manœuvre pour convaincre Pierre Wertheimer d'amener son champion pour un nouveau défi : l'International Special, un tournoi en trois temps disputé sur trois hippodromes new-yorkais, sur le dirt (une surface inusitée en Europe) et des distances de plus en plus longues, avec Épinard seul contre tous les meilleurs chevaux américains, dont Zev[5]. Épinard arrive aux États-Unis précédé d'une flatteuse réputation[6], mais ne remportera aucun des trois rounds – non plus que Zev, d'ailleurs. Dans la première course, à Belmont Park, à New York, Épinard est devancé par Wise Counsellor, sacré meilleur 2 ans en 1923[7]. Dans la deuxième, il s'en faut d'un nez pour qu'il devance Ladkin, laissant Wise Counsellor à une longueur et demie, mais de l'avis général, c'est la monte peu inspirée de son jockey Everett Haynes qui lui a coûté la victoire[8]. Dans le dernier round, sur une distance sans doute excessive au regard de ses aptitudes et face au lot le plus relevé des trois (si Zev a jeté l'éponge, le peloton compte deux classiques et deux futurs Hall of Famers, Princess Doreen et Sarazen), il termine à nouveau deuxième, battu par Sarazen, qui sera élu deux fois cheval de l'année. Après ces épuisants combats, Épinard se produit une dernière fois, sans doute une de trop, dans les Laurel Stakes, une semaine après la fin de l'International Special, et se trouve nettement battu par Wise Counsellor, qui n'avait pas participé au dernier round, d'autant qu'il souffre du pied[9]. Ce sera sa dernière apparition en piste. Épinard laisse le souvenir d'un cheval à la vitesse exceptionnelle, considéré comme l'un des plus rapides du siècle[1].

Résumé de carrière

Date Hippodrome Pays Course Distance Jockey Place Écart Vainqueur ou deuxième
1922, 2 ans
11 août Deauville Drapeau de la France France Prix Yacowlef 1 000 m Everett Haynes 1er / 9 5 Tolmezzo
17 août Deauville Drapeau de la France France Prix de La Toucques 1 200 m Everett Haynes 1er / 5 1/2 Concord
20 août Deauville Drapeau de la France France Prix Morny 1 200 m Everett Haynes 8e / 9 15 Mackenzie
29 septembre Maisons-Laffitte Drapeau de la France France Critérium de Maisons-Laffitte 1 300 m Everett Haynes 1er / 6 1 ½ Cerfeuil
7 octobre Longchamp Drapeau de la France France Prix des Côteaux 1 000 m Everett Haynes 1er / 7 6 Concord
15 octobre Longchamp Drapeau de la France France Grand Critérium 1 600 m Everett Haynes 1er / 10 3 Niceas
22 octobre Longchamp Drapeau de la France France Prix de la Forêt 1 600 m Everett Haynes 1er / 3 1 Mackenzie
1923, 3 ans
1er juin Maisons-Laffitte Drapeau de la France France Prix de Survilliers 1 100 m Everett Haynes 1er / 8 6 Loubajac
7 juin Chantilly Drapeau de la France France Prix du Gros-Chêne 1 000 m Everett Haynes 1er / 4 6 Phusla
13 juin Le Tremblay Drapeau de la France France Prix Citronnelle 1 600 m Everett Haynes 1er / 2 4 Bramble
24 juin Longchamp Drapeau de la France France Prix d'Ispahan 1 850 m Everett Haynes 1er / 4 3 Zariba
31 juillet Goodwood Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni Steward's Cup 1 200 m Everett Haynes 1er / 14 2 Jarvie
31 octobre Newmarket Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni Cambridgeshire Stakes 1 800 m Everett Haynes 2e / 23 encolure Verdict
1924, 4 ans
11 mai Longchamp Drapeau de la France France Prix d'Argenteuil 1 400 m G. Garner 1er / 4 4 Almaviva
19 mai Saint-Cloud Drapeau de la France France Match race 1 300 m Everett Haynes 2e / 2 cte encolure Sir Gallahad
29 mai Longchamp Drapeau de la France France Prix du Point du Jour 1 800 m G. Garner 2e / 6 1/2 Premontre
1er septembre Belmont Park Drapeau des États-Unis États-Unis International Special Round 1 1 200 m Everett Haynes 2e / 9 3/4 Wise Counsellor
27 septembre Aqueduct Park Drapeau des États-Unis États-Unis International Special Round 2 1 600 m Everett Haynes 2e / 6 nez Ladkin
11 octobre Latonia Park Drapeau des États-Unis États-Unis International Special Round 3 2 000 m Everett Haynes 2e / 8 1 ½ Sarazen
18 octobre Laurel Park Drapeau des États-Unis États-Unis Laurel Stakes 1 600 m C. Kumar 5e / 7 7 Wise Counsellor

Galerie

Au haras

Épinard a mené sa carrière d'étalon entre la France et les États-Unis, sans toutefois devenir un très grand reproducteur. Resté outre-Atlantique pour trois saisons après la fin de sa carrière en piste, il revient en France, au Haras de Bessan près de Bordeaux en 1928, puis retourne aux États-Unis avant d'être finalement rapatrié dans le courant des années 30. Il est l'auteur de Epithet (Hopeful Stakes), Rentenmark (Prix Ganay) et surtout du champion Rodosto, lauréat des 2000 Guinées, de la Poule d'Essai des Poulains et du Prix d'Ispahan.

Si la guerre fut fatale à Épinard, plusieurs versions s'opposent sur sa fin : selon l'historien des courses John Hervey, il serait mort sur les plages de Dunkerque lors de la bataille de 1940[9], mais la radio du régime de Vichy annonça sa mort en 1942. En 1941, la presse avait relaté que le champion volant avait été identifié à Paris tirant une charrette de légumes[5].

Origines

Épinard a fait passer à la postérité le nom de son père Badajoz, qui fut un excellent compétiteur (Prix Boiard, Grosser Preis von Baden, Premio Presidente della Repubblica), mais un modeste étalon. Il fut le seul produit d'Épine Blanche, une fille de Rock Sand, qui remporta la triple couronne britannique avant de devenir un étalon à succès aux États-Unis (où elle fut d'ailleurs conçue), puis de faire la monte en France, où son squelette est d'ailleurs visible au Muséum national d'histoire naturelle à Paris[10].

Pedigree

Origines de Épinard (FR), mâle alezan né en 1920
Père
Badajoz
Gost Callistrate Cambyse
Citronelle
Georgina Trocadero
Gladia
Selected Raeburn St. Simon
Mowerina
Il Segreto Chevron
Nameless
Mère
Épine Blanche
Rock Sand Sainfoin Springfield
Sanda
Roquebrune St. Simon
St Marguerite
White Thorn Nasturtium Watercress
Margerique
Thorn Blossom Martenhurst
Eye Sweet (famille 4-i)[11]

Références

  1. « Épinard : L’étalon Légendaire et Héritier de Rock Sand », sur hof1651.fr, (consulté le )
  2. « Les aventures d’Épinard, le champion étalon », sur SudOuest.fr, (consulté le )
  3. Aaron Edward Hotchner, Papa Hemingway, Calmann-Levy, (ISBN 9782702130070)
  4. « Lesparre-Médoc : la légende d'Épinard, le cheval volant », sur SudOuest.fr, (consulté le )
  5. (en-US) « Épinard: The Forgotten French Champion Who Conquered Hearts Across Continents », sur Amplify Horse Racing (consulté le )
  6. (en) « Epinard a champion, says yankee trainer Eugene Leigh Convinced That French Horse Will Show His Heels to American Rivals -- How He Will Be Trained -- His Racing Record. », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. « At Belmont Park » [archive], sur Time Magazine, (consulté le )
  8. « A Shame » [archive], sur Time Magazine (consulté le )
  9. (en) « Epinard (horse) », sur American Classic Pedigrees (consulté le )
  10. Sébastien Lepetz et Pauline Hanot, « Archéozoologie et patrimoine ostéologique du cheval. Les os des chevaux provenant des fouilles archéologiques : sujets de recherche et archives du sol », In Situ. Revue des patrimoines, no 18,‎ (ISSN 1630-7305, DOI 10.4000/insitu.10512, lire en ligne, consulté le )
  11. « Épinard Horse Pedigree », sur www.pedigreequery.com (consulté le )
  • icône décorative Portail du monde équestre
  • icône décorative Portail du sport