Établissements de Saint Louis
Les Établissements de saint Louis sont une compilation juridique composée entre la Toussaint 1272 et le , donc faussement attribuée au roi Louis IX (mort en août 1270). Dus à un juriste d'Orléans (et d'ordre privé), ils sont organisés en deux livres et fondés sur la coutume d'Orléans et de Paris, ainsi que les ordonnances de Saint Louis[1].
Le compilateur a largement enrichi ces sources de références fréquentes au droit romain (enseigné dans les écoles de droit d'Orléans) et au droit canonique, et de réflexions de son cru. Il s'est visiblement préoccupé d'harmoniser les deux coutumes qu'il a copiées, et les a profondément altérées, voire remaniées.
Les Établissements ont été publiés : par Du Cange, en , à la suite de son édition de l'Histoire de saint Louis de Joinville[2] ; par Laurière, en , dans sa collection des Ordonnances des rois de France (t. Ier)[3] ; par l'abbé de Saint-Martin, en et en français classique, comme supplément à l'édition de l'Histoire de France de Velly, Villaret et Garnier[4] ; et par Jourdan, Decrusy et Isambert, en , dans leur Recueil général des anciennes lois françaises (t. II)[5].
Les Établissements sont un coutumier[6],[7] anonyme[7] en prose[8] et en ancien français[9]. Ils sont divisés en deux livres, subdivisés en chapitres[10]. Ils se décomposent en cinq parties : la première contient un fragment d'un style[N 1] du Châtelet de Paris[N 2] (liv. Ier, chap. 1er et 2) ; la deuxième, une instruction explicative d'un mandement de interdisant la preuve par le duel judiciaire dans les domaines du roi (liv. Ier, chap. 3-9) ; la troisième, l'ancienne coutume d'Anjou, du Maine et de Touraine (liv. Ier, chap. 10-175) ; la quatrième, les usages de l'Orléanais (liv. II, en entier) ; la cinquième consiste en des renvois au droit romain et au droit canonique, renvois qui sont vraisemblablement l'œuvre du compilateur lui-même[11].
Dans la Culture
Dans l'Esprit des lois, Montesquieu fait mention des Établissements de saint Louis, notamment au livre XXVIII. Il y voit un moment de codification permettant d'adoucir et de tempérer la pratique du duel d'honneur. Par exemple, "quand les gages de bataille avaient été reçues sur une affaire civile de peu d’importance, le seigneur obligeait les parties à les retirer" (XXVIII, 22). Souhaitant abolir le duel, selon Montesquieu, saint Louis l'a d'abord interdit dans le domaine royal, laissant la possibilité d'y recourir dans les baronnies ou bien de faire appel au tribunal royal.
L'essai philosophique de Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, fait mention des Établissements de Saint Louis, dans son chapitre IV intitulé De l'esclavage :
« Les combats particuliers, les duels, les rencontres sont des actes qui ne constituent point un état ; & à l’égard des guerres privées, autorisées par les établissemens de Louis IX roi de France & suspendues par la paix de Dieu, ce sont des abus du gouvernement féodal, systême absurde s’il en fut jamais, contraire aux principes du droit naturel, & à toute bonne politie. »
Notes et références
Notes
- ↑ Un style s'endend ici d'un recueil de procédure et de jurisprudence précisant les usages particuliers à une autorité — telle une juridiction — et transcrivant les principaux actes royaux relatifs à la procédure, à la compétence ou le ressort en vigueur à la date de sa rédaction ou de sa parution.
- ↑ Le Châtelet de Paris s'entend ici du prévôt de Paris dont le siège — c.-à-d. celui de sa juridiction — était le Grand Châtelet, sur l'actuelle place du Châtelet.
Références
- ↑ Louis Pierre Saint-Martin, Les établissements de saint Louis, roi de France: suivant le texte original, & rendus dans le langage actuel, avec des notes, Nyon l'aîné, (lire en ligne)
- ↑ Viollet 1881a, introd., liv. IV, IIde partie, chap. VII, p. 481, n. 1, 2o.
- ↑ Viollet 1881a, introd., liv. IV, IIde partie, chap. VII, p. 481, n. 1, 3o.
- ↑ Viollet 1881a, introd., liv. IV, IIde partie, chap. VII, p. 481, n. 1, 4o.
- ↑ Viollet 1881a, introd., liv. IV, IIde partie, chap. VII, p. 481, n. 1, 5o.
- ↑ Tissier 2005, s.v. établissement (sens 3), p. 358, col. 2.
- Telliez 2019, sec. I, § C, p. 90.
- ↑ ARLIMA.
- ↑ Akehurst 1996, abr., p. XIX.
- ↑ Akehurst 1996, introd., p. XXII-XXIII.
- ↑ Tardif 1890, p. 389.
Voir aussi
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Édition
- [Viollet 1881-1886] Paul Viollet (éd.), Les Établissements de saint Louis : accompagnés des textes primitifs et des textes dérivés, avec une introduction et des notes, Paris, Renouard, coll. « [Publications de la] Société de l'histoire de France », 1881 – 1886, 1re éd., 4 vol. (OCLC 489859356, BNF 33375416, S2CID 162117275, SUDOC 10153714X) :
- [Viollet 1881a] op. cit., t. Ier : Introduction. – Textes primitifs (no 202), , III-526 p. (OCLC 493276370, lire en ligne
[PDF]) ; - [Viollet 1881b] op. cit., t. II : Texte des Établissements (no 203), , 538 p. (OCLC 493276396, lire en ligne
[PDF]) ; - [Viollet 1883] op. cit., t. III : Textes primitifs. – Textes dérivés. – Notes (no 214), , 379 p. (OCLC 491357720, SUDOC 071793402, lire en ligne
[PDF]) ; - [Viollet 1886] op. cit., t. IV : Notes (suite et fin). – Tables. – Glossaire (no 227), , 395-XII p. (OCLC 491357739, SUDOC 071793410, lire en ligne
[PDF]).
- [Viollet 1881a] op. cit., t. Ier : Introduction. – Textes primitifs (no 202), , III-526 p. (OCLC 493276370, lire en ligne
Bibliographie
- [Akehurst 1996] (en) Frank R. P. Akehurst (éd., trad. de l'ancien français, et introd.), The Établissements de saint Louis : thirteenth-century law texts from Tours, Orleans, and Paris, Philadelphie, UPP, coll. « The Middle Ages series », , 1re éd., XLIV-177 p., 15,2 × 22,9 cm (ISBN 0-8122-3350-6, EAN 9780812233506, OCLC 491182921, DOI 10.9783/9781512800036
, JSTOR j.ctt16d69qd, S2CID 159862318, SUDOC 046108734, présentation en ligne, lire en ligne). - [Levy-Bruhl 1919] Henri Lévy-Bruhl, « Observations critiques, sur deux chapitres des Établissements de saint Louis », RHDFE, 3e série, vol. 43, no 4, , (« Variétés »), art. no 2, p. 645-662 (OCLC 9977643517, JSTOR 43842864, lire en ligne
[PDF]). - [Raynaud 2022] Christiane Raynaud, « Les enluminures des Établissements de saint Louis de la bibliothèque de l'École de médecine de Montpellier : discours visuel et rénovation juridique », Patrimoines du Sud, no 15 (Julien Duvaux et Sylvain Olivier (dir.), « Découvertes et redécouvertes d'archives »), , IIde partie (« Varia »), art. no 1, p. 507-531 (OCLC 10937627934, DOI 10.4000/pds.8284
, HAL hal-03628828, S2CID 247278954, lire en ligne
[PDF]). - [Tardif 1890] Adolphe Tardif, Histoire des sources du droit français : origines romaines, Paris, A. Picard, coll. « Histoire des sources du droit français » (no 2), (réimpr. 1974), 1re éd., [3]-V-527 p., in-8o (OCLC 489649663, BNF 31433713, S2CID 161646454, SUDOC 004037960, lire en ligne
[PDF]), liv. VI, chap. III, sec. I, § 2 (« Établissements de saint Louis »), p. 389-391. 
- [Telliez 2019] Romain Telliez, « L'écrit juridique », dans Christine Bousquet-Labouérie et Antoine Destemberg (dir.), Écrit, pouvoirs et société en Occident aux XIIe – XIVe siècles : Angleterre, France, Italie, péninsule Ibérique, Paris, Ellipses, coll. « Dossiers du CAPES et de l'agrégation », , 1re éd., 336 p., 17,5 × 24 cm (ISBN 978-2-340-03442-6, EAN 9782340034426, OCLC 1124802502, BNF 45785800, DOI 10.14375/NP.9782340071377
, S2CID 252711450, SUDOC 237607654, présentation en ligne, lire en ligne), IIe partie (« Cultures de l'écrit »), chap. 6, p. 87-99. - [Tissier 2005] Yves Tissier, Le vocabulaire de l'histoire, Paris, Vuibert, hors coll., , 1re éd., 963 p., 15,5 × 23 cm (ISBN 978-2-7117-9291-7, EAN 9782711792917, OCLC 469455770, BNF 40019126, SUDOC 089831519, lire en ligne)
Liens externes
- [ARLIMA] « Les Établissements de saint Louis »
, Archives de littérature du Moyen Âge.
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