Île de Rachgoun

Île de Rachgoun
L'île de Rachgoun
L'île de Rachgoun
Géographie
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 35° 19′ 17″ N, 1° 28′ 48″ O
Superficie 0,66 km2
Administration
Wilaya Aïn Témouchent
Autres informations
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Île de Rachgoun
Île de Rachgoun
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Île de Rachgoun
Île de Rachgoun
Île en Algérie

Lîle de Rachgoun, communément appelée Layella, est une île située à 2 km au large du littoral oranais, en Algérie, à l'aplomb de la station balnéaire de Rachgoun. Elle fait environ 800 m de long sur 200 m de large.

Toponymie

Le toponyme « Rachgoun » a d'abord désigné un site continental, avant d'être appliqué à l'île au large du littoral[1].

Dans la littérature nautique espagnole, l'île est appelée isla de Limacos (« Limacos ») ou « de Caracoles » : Vicente Tofiño de San Miguel (1787) la décrit comme un repère côtier et mentionne un mouillage au sud de l'île pour les petits bâtiments venant charger des marchandises au « rio de Tremecen »[2]. Eugenio Mariñas Otero (1998) cite également « Limacos o de Caracoles » parmi les îlots parfois rattachés, dans la littérature espagnole, aux « plazas menores », en précisant que l'îlot aurait été abandonné par l'Espagne entre les XVIIIe siècle et XIXe siècle et n'aurait, de ce fait, jamais figuré dans des traités ou accords internationaux[3]. Il est aussi possible que l'ile ait été reprise, restitué avec les villes d'Oran et de Mers el-Kébir lors de la Reconquête d'Oran et de Mers el-Kébir (1790-92).

Description

Relief, accès et aménagements

Les contours de l'île de Rachgoun sont escarpés à pic sur tout son pourtour, à l'exception de la partie sud-ouest. Au sud-est, un bassin naturel facilite l'accostage des bateaux et un débarcadère est praticable lorsque soufflent les vents du nord et de l'est[1].

Géologie

L'île correspond à un relief d'origine volcanique (vestiges d'un ancien édifice), recouvert localement de formations superficielles et d'une végétation de type méditerranéen[1],[4].

Vestiges

Une ruine est visible dans la zone la plus déprimée de l'île : il s'agit de restes de constructions, longtemps attribués aux Romains, alors que la documentation archéologique signale surtout une fréquentation antique et des vestiges liés à l'occupation phénicienne et punique du littoral (notamment une nécropole près de l'actuel phare)[1],[5].

Milieux naturels

Flore

L'île est couverte d'un manteau végétal dominé par des formations de type méditerranéen (dont des fourrés à lentisque et des buissons). Véla (2017) dresse un inventaire de la flore vasculaire et souligne l'originalité floristique et l'importance biogéographique de l'île, notamment par la découverte d'Avena sterilis subsp. atherantha (taxon nouvellement considéré pour l'Algérie) et par la présence de taxons propres à Rachgoun, en complémentarité avec l'archipel des Habibas[6].

Ghermaoui et al. (2016) analysent l'influence du goéland leucophée (Larus michahellis) sur la végétation littorale : ils rapportent, notamment, une richesse floristique plus faible sur l'île que sur le site continental voisin et associent la dominance d'espèces nitrophiles et rudérales à la présence d'une colonie nicheuse importante (plusieurs milliers de couples)[7].

Hamimeche et al. (2021) proposent une cartographie de la végétation à partir d'images satellites à très haute résolution et d'une classification « Random Forest », appliquée notamment à Rachgoun (en comparaison avec les Habibas), afin de caractériser l'occupation du sol et d'appuyer le suivi écologique[8].

Milieu marin

Les herbiers de Posidonia oceanica constituent un habitat majeur dans la baie de Rachgoun. Benallal et al. (2024) décrivent l'état et la structure de ces herbiers (paramètres de densité et de vitalité) et discutent les pressions locales potentielles sur ce milieu[9].

La présence de la patelle géante Patella ferruginea (espèce protégée) est également signalée sur l'île : Taibi et al. (2013) rapportent des densités généralement inférieures à 3 individus/m², pouvant localement atteindre 10 individus/m², et fournissent des mesures biométriques (diamètres, hauteur, masse)[4].

Histoire

Antiquité et Moyen Âge

L'île est associée à l'arrière-pays de l'antique Siga et a livré des indices d'occupation et de fréquentation antiques (dont une nécropole près de l'emplacement du phare), généralement rattachés à la présence phénicienne et punique sur le littoral occidental algérien[1],[5].

Laporte (2017) mentionne aussi une phase d'occupation médiévale : l'île, proche du rivage, a pu servir de refuge et de point de contrôle, et la tradition érudite signale des aménagements défensifs et des traces de citadelle[1].

Époque moderne : description nautique et mentions espagnoles

Dans son Derrotero (1787), Tofiño de San Miguel décrit lisla de Limacos (« Limacos » ou « Caracoles ») comme un point de repère au large du cap, avec un mouillage au sud « par 12 à 14 brasses » sur fond dur et « un peu sale », utilisé par des petits bateaux allant charger des marchandises à proximité[2].

Mariñas Otero (1998) cite « Limacos o de Caracoles » parmi les îlots parfois évoqués dans la littérature espagnole relative aux « plazas menores », tout en soulignant l'abandon de l'îlot entre les XVIIIe siècle et XIXe siècle et l'absence de toute mention de ce cas dans les traités internationaux[3].

Époque contemporaine : occupation française et phare

En octobre 1835, l'île est occupée par l'armée française dans le contexte des opérations en Oranie ; la correspondance administrative de 1836 mentionne un commandement sur l'île et des missions de surveillance et de reconnaissance du littoral[1],[10].

Le phare de l'île Rachgoun est édifié en 1870. Vergnieaud et Balensi (1930) décrivent un feu à éclats (blanc et rouge) « de 10 en 10 secondes », et donnent des indications sur sa portée et son altitude[11].

Protection et gestion

L'île est reconnue site Ramsar depuis le (site n° 1961). La fiche Ramsar indique une superficie de 66 ha, des coordonnées 35° 19′ 17″ N, 1° 28′ 46″ O et souligne le rôle du site pour l'hivernage d'espèces migratrices[12]. La superficie émergée de l'île peut être estimée différemment selon les méthodes de mesure et les périmètres retenus (île seule vs. site incluant une frange marine)[1],[8],[12].

Plusieurs articles de presse font état d'un processus de classement en réserve naturelle et de la mise en place d'un établissement public destiné à la gestion du site[13],[14].

Notes et références

  1. Jean-Pierre Laporte, « Rachgoun (Île de) », Encyclopédie berbère, Peeters Publishers, no 40,‎ (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.4401, lire en ligne, consulté le )
  2. (es) Vicente Tofiño de San Miguel, Derrotero de las costas de España en el Mediterráneo, y su correspondiente de África para inteligencia y uso de las cartas esféricas, Madrid, Imprenta de la viuda de Ibarra, Hijos y Compañía, (lire en ligne)
  3. (es) Eugenio Mariñas Otero, « Las plazas menores de soberanía española en África », Militaría. Revista de Cultura Militar, no 12,‎ , p. 141-156 (lire en ligne, consulté le )
  4. A. Taibi, B. Oubaziz, M. Ghermaoui, A. Kaddour Hocine et M.-E. Bendimerad, « Étude de la biométrie de la patelle géante Patella ferruginea à l’île de Rachgoun », 3e Colloque International sur la Biodiversité et Écosystèmes Littoraux, Oran (Algérie),‎ , p. 584-590
  5. Jean-Pierre Laporte, « Siga et l’île de Rachgoun », Africa Romana, vol. 16, no 4,‎ , p. 2531-2597
  6. Errol Véla, « Commentaires sur la flore de l’île Rachgoun (nord-ouest Algérie) », Revue d'Écologie (La Terre et la Vie), vol. 72, no 3,‎ , p. 258-268 (DOI 10.3406/revec.2017.1889, lire en ligne, consulté le )
  7. Mohammed Ghermaoui, Karima Hassaïne et Riadh Moulaï, « Influence du Goéland leucophée Larus michahellis sur les formations végétales ouvertes du littoral de Rachgoun (Ouest Oranie, Algérie) », Revue d'Écologie (La Terre et la Vie), vol. 71, no 3,‎ , p. 260-275 (DOI 10.3406/revec.2016.1849, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) V. Hamimeche, E. Véla, M. Niculescu et A. Billey, « Vegetation mapping in insular Mediterranean territories using Random Forest and very high resolution satellite imagery: the Algerian islands of Habibas and Rachgoun », Environmental Monitoring and Assessment, vol. 193,‎ , p. 617 (DOI 10.1007/s10661-021-09429-9, lire en ligne, consulté le )
  9. (en) Hichem Benallal, F. Kerfouf, R. Ardjoum et I. Benguedda, « An ecological study on Posidonia oceanica (L.) Delile meadows in Rachgoun Bay (north-west Algeria) », Journal of Black Sea/Mediterranean Environment, vol. 30, no 3,‎ , p. 169-182
  10. Joseph Marie Gaston d'Arlanges, Lettres du général d'Arlanges à M. le président de la Chambre des Députés, en réponse au discours de M. le rapporteur de la Commission des crédits supplémentaires, Paris, (lire en ligne)
  11. F. Vergnieaud et E. Balensi, Les ports et la navigation de l'Algérie, Paris, Librairie Larose, (lire en ligne)
  12. « Île de Rachgoun (Fiche Ramsar, site n° 1961) », sur Service d’information sur les Sites Ramsar (consulté le )
  13. « Île de Rachgoun à Aïn Témouchent : création d’un établissement public pour la gestion de la réserve », sur El Watan (consulté le )
  14. « L’île de Rachgoun : le classement en réserve naturelle lancé », sur El Watan (consulté le )

Voir aussi

Bibliographie

  • Achour Cheurfi, Dictionnaire des localités algériennes, Alger, Casbah Editions, 2011.
  • Jean-Pierre Laporte, « Rachgoun (Île de) », Encyclopédie berbère, Peeters Publishers, no 40,‎ (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.4401, lire en ligne)
  • (es) Eugenio Mariñas Otero, « Las plazas menores de soberanía española en África », Militaría. Revista de Cultura Militar, no 12,‎ , p. 141-156 (lire en ligne)
  • (es) Vicente Tofiño de San Miguel, Derrotero de las costas de España en el Mediterráneo, y su correspondiente de África para inteligencia y uso de las cartas esféricas, Imprenta de la viuda de Ibarra, Hijos y Compañía, (lire en ligne)

Articles connexes

Liens externes

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