10 rue de Solférino

Hôtel particulier, 10 rue de Solférino
Le 10 rue de Solférino en 2026.
Présentation
Destination initiale
hôtel particulier
Destination actuelle
siège social et bureaux
Restauration
2018-2021
Surface
3 600 m2
Propriétaires
Localisation
Adresse

L'immeuble du 10 rue de Solférino, dans le 7e arrondissement de Paris, est un ancien hôtel particulier du XVIIIe siècle, agrandi à la période haussmannienne. Domicile de la famille de Broglie à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, siège de la fédération CGT des fonctionnaires dans les années 1930 et du ministère de l'Information sous le régime de Vichy, il est surtout connu pour avoir été le siège du Parti socialiste français entre 1980 et 2018. Le nom rue de Solférino ou simplement Solférino, par métonymie, désignait alors dans les médias la direction du Parti socialiste.

Localisation

L'immeuble se trouve au 10, rue de Solférino, à l'angle avec la rue de l'Université, à la limite du quartier des Invalides et du quartier Saint-Thomas-d'Aquin dans le nord-est du 7e arrondissement de Paris (48° 51′ 35,8″ N, 2° 19′ 23,2″ E).

Histoire

L'hôtel particulier est construit en 1772 et est la propriété du baron Staël-Holstein, le fils de Madame de Staël[1]. La rue de Solférino est percée en 1866, sous le Second Empire, lors des grands travaux haussmanniens dans la capitale. L'hôtel particulier, largement remanié, devient alors la propriété de l'homme d'État et président de Saint-Gobain Albert de Broglie de 1866 jusqu'à sa mort en 1901[1] puis de son fils, le prince Amédée de Broglie (1849-1917). L'épouse de celui-ci, Marie Say (1857-1943), héritière de la famille Say, qui a fait fortune dans le sucre, en fait un salon littéraire couru où viennent Marcel Proust ou Jean Cocteau[1]. Celle-ci, remariée en 1930 avec le prince Louis-Ferdinand d'Orléans, occupe l'hôtel avec les enfants issus de son premier mariage.

En difficultés financières, Marie Say doit vendre son hôtel particulier[2] et en 1934, la Fédération générale des fonctionnaires de la CGT achète l'immeuble[3] grâce à une souscription auprès de ses adhérents[2]. Mais à l'été 1940, le régime de Vichy dissout les syndicats et confisque leurs biens. Pendant l'Occupation, l'immeuble abrite alors le ministère de l'Information, principalement chargé de la propagande pour le régime[3]. Le , le secrétaire d'État et ultra-collaborationniste Philippe Henriot y est abattu, dans sa chambre, par un commando d'une quinzaine d'hommes du COMAC, le Comité militaire de la Résistance, mené par Charles Gonard qui s'était fait passé pour un groupe de miliciens[4] (le commando avait prévu initialement de l'enlever mais devant la résistance d'Henriot décide de l'abattre)[3]. Le , lors de la libération de Paris, l'immeuble, dans lequel des miliciens se trouvent encore, est pris d'assaut et occupé par des résistants issus du syndicalisme fonctionnaire[3] et l'immeuble retourne à la CGT.

Après la scission de ce mouvement en 1948, et jusqu'en 1978, il est le siège des fédérations de la Fonction publique (et leurs syndicats) issus de la CGT d'avant-guerre : UGFF-CGT, FGF-FO, et de la FEN[3],[5]. Le SNI puis le SNES et la FEN, trop à l'étroit, quittent le lieu où la Mutuelle générale de l'Éducation nationale (MGEN) s'installe[4].

Le projet de faire du bâtiment une « maison commune du syndicalisme » n'aboutit pas et il est acheté en 1978 par l'Union nationale des mutuelles de retraite des instituteurs et des fonctionnaires de l'Éducation nationale (Umrifen)[2]. L'immeuble comprend alors 3 000 m2 de bureaux et quelques appartements de fonction[2].

Siège du PS en 2020.

En 1980, le Parti socialiste (PS), trop à l'étroit dans ses locaux de la place du Palais-Bourbon, achète le bâtiment[6] et s'y installe au début de 1981. Au moment de l'affaire Urba dans les années 1990, il est question de revendre le 10, rue de Solférino mais Pierre Mauroy et Louis Mexandeau s'y opposent[4] (les deux avait fréquenté le bâtiment dans les années 1950, le premier comme responsable du Syndicat des enseignants du technique (SNETAA), le second comme secrétaire national du syndicat des surveillants)[4].

En 2017, le Parti socialiste en crise financière après ses défaites électorales[2], décide de le mettre en vente. La société Apsys, une société foncière dont l'activité principale est de créer et de gérer des centres commerciaux, achète le bâtiment pour 45,5 millions d'euros[7],[1] et le Parti socialiste déménage le [8].

Apsys engage alors deux ans de travaux avec l'architecte Jean-Paul Viguier[9] pour le transformer en bureaux de prestige, livrables à l'automne 2021[1].

En , le groupe Interparfums, jusqu'alors installé au no 4 du rond-point des Champs-Élysées dans le 8e arrondissement de Paris, achète l'immeuble, pour 125 millions d'euros, pour en faire son siège social[10].

Références

  1. Elsa Dicharry, « Le 10 Solferino se prépare pour sa nouvelle vie de bureau », Les Échos,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. Laure Bretton, « Solférino : mémoires d’éléphants », Libération,‎ .
  3. Emmanuelle Giuliani, « Petite histoire du 10, rue de Solférino, siège du Parti socialiste », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  4. Jean-Michel Normand, « Le 10 rue de Solferino, une si longue histoire », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. ↑ Sur l'histoire de cette acquisition et de sa récupération, voir Guy Putfin et Luc Bentz, « Tribulations autour du 10, rue de Solférino, siège fédéral des fonctionnaires (1934-1978) «, site du Centre Henri-Aigueperse/UNSA Éducation, .
  6. ↑ « La longue histoire de Solférino. Le PS déménage », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. ↑ Jean-Bernard Litzler, « Qui a racheté le siège parisien du PS et que compte-t-il en faire? », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. ↑ Émilie Lanez, « Les derniers jours de Solférino », Le Point, no 2363, 14 décembre 2017, p. 38-40.
  9. ↑ Paris : Solferino tourne la page du PS pour accueillir Interparfums, lesechos.fr, 11 mars 2022.
  10. ↑ Le parfumeur Interparfums s'installe dans l'ex-siège du PS, rue de Solférino, Challenges, 20 janvier 2021.

Annexes

Articles connexes

Liens externes

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