A Elbereth Gilthoniel

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A Elbereth Gilthoniel est un poème de J. R. R. Tolkien paru en 1954 dans La Fraternité de l'anneau, premier tome du Seigneur des anneaux. Composé en sindarin, une langue elfique, il s'agit d'un hymne religieux adressé à Varda, l'une des puissances angéliques de la Terre du Milieu.
Texte
Dans La Fraternité de l'anneau, l'hymne est interprété par des Elfes de Fendeval[1] :
A Elbereth Gilthoniel
silivren penna míriel
o menel aglar elenath !
Na-chaered palan-díriel
o galadhremmin ennorath,
Fanuilos, le linnathon
nef aear, sí nef aearon!
Il est l'objet de deux reprises légèrement différentes dans la suite du récit. La première, à la fin des Deux Tours, est chantée par Samsaget Gamgie pendant son combat contre Araigne à Cirith Ungol[2] :
A Elbereth Gilthoniel
o menel palan-díriel,
le nallon sí di'-nguruthos!
A tíro nin, Fanuilos!
Enfin, dans les dernières pages du Retour du roi, une version de l'hymne est chantée par des Elfes se rendant aux Havres Gris[3] :
A ! Elbereth Gilthoniel !
silivren penna míriel
o menel aglar elenath,
Gilthoniel, A ! Elbereth !
Il demeure en nous, éternel,
Même en ces contrées éloignées,
Le souvenir de ta lumière,
Clarté étoilée sur les Mers.
Critique et analyse
Dans le légendaire de Tolkien, Elbereth est un autre nom de Varda, la puissance angélique responsable de la création des étoiles. Ce personnage apparaît dès Le Livre des contes perdus, la toute première version du Silmarillion, mais ce n'est que pendant la rédaction du Seigneur des anneaux que Tolkien compose l'hymne qui lui est dédié et qu'il lui attribue le nom Elbereth, qui désignait jusqu'alors un des fils du seigneur elfe Dior[4]. La première version de l'hymne, qui apparaît dans des brouillons rédigés à l'automne 1939, est très différente de sa forme finale[5] :
Elbereth Gilthoniel sir evrin pennar oriel
dir avos-eithen miriel
bel daurion sel aurinon
pennáros evrin ériol.
Seul le texte sindarin de A Elbereth Gilthoniel figure dans Le Seigneur des anneaux. Ce n'est qu'en 1967 qu'une traduction en anglais est publiée dans le cycle musical The Road Goes Ever On. Pour Tom Shippey, cette absence contribue à donner de la profondeur à la Terre du Milieu : ce texte incompréhensible joue le même rôle que les allusions à des événements, lieux et personnages d'un passé révolu[6]. Il illustre également un argument linguistique de Tolkien, développé dans sa conférence de 1955 « L'Anglais et le Gallois », qui veut que les sons d'une langue aient une beauté intrinsèque, indépendamment de leur sens[7].
La variante chantée par Sam est traduite par Tolkien dans une lettre de 1958 : « Ô Elbereth Enflammeuse d'étoiles et qui regarde au loin depuis les cieux, vers toi je crie maintenant dans l'ombre de (dans la peur de) la mort. Ô Toujours Blanche, regarde-moi[8] ! »
Plusieurs spécialistes de l'œuvre de Tolkien identifient des points communs entre Varda et la Vierge Marie, une figure dévotionnelle importante dans la foi catholique professée par Tolkien. L'hymne A Elbereth Gilthoniel rappelle en particulier l'hymne mariale Hail Queen of Heaven, the Ocean Star (en) du prêtre catholique anglais John Lingard[9],[10].
Adaptations
En 1967, le compositeur et pianiste britannique Donald Swann collabore avec Tolkien pour réaliser un cycle musical à partir de plusieurs poèmes du Seigneur des anneaux, dont A Elbereth Gilthoniel. Publié sous le titre The Road Goes Ever On, cet ouvrage inclut une transcription en tengwar du poème, ainsi qu'une traduction et une analyse linguistiques produites par Tolkien[11],[12]. La maison de disques Caedmon Audio édite la même année Poems and Songs of Middle Earth, un 33 tours qui présente une interprétation complète du cycle par Swann et le baryton William Elvin. Il inclut aussi une lecture de l'hymne par Tolkien[13].
L'adaptation radiophonique du Seigneur des anneaux produite pour la BBC en 1981 par la BBC comprend une version de A Elbereth Gilthoniel composée par Stephen Oliver.
Dans la version longue du film réalisé par Peter Jackson Le Seigneur des anneaux : La Communauté de l'anneau un extrait de A Elbereth Gilthoniel peut être entendu lorsque Frodon et Sam croisent des Elfes qui quittent la Terre du Milieu. Il a été composé par David Long et le groupe néo-zélandais Plan 9 (David Donaldson, Steve Roche, Janet Roddick). Dans Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi, l'hymne est chanté moqueusement par Sauron quand Aragorn le confronte avec le palantír.
L'ensemble musical danois Tolkien Ensemble a enregistré deux adaptations musicales de A Elbereth Gilthoniel sur les albums A Night in Rivendell (2000) et At Dawn in Rivendell (2003). Ce sont toutes deux des compositions de Caspar Reiff interprétées par la mezzo-soprano Signe Asmussen (en)[14],[15].
Références
- ↑ La Fraternité de l'anneau, Livre II, chapitre 1, « Nombreuses rencontres ».
- ↑ Les Deux Tours, Livre IV, chapitre 10, « Les choix de maître Samsaget ».
- ↑ Le Retour du roi, Livre VI, chapitre 9, « Les Havres Gris ».
- ↑ The Return of the Shadow, p. 68.
- ↑ The Return of the Shadow, p. 394.
- ↑ Shippey 2005, p. 127-129.
- ↑ Shippey 2005, p. 129-130.
- ↑ Tolkien, Tolkien et Carpenter 2005, p. 392.
- ↑ Burns 2011, p. 250-251.
- ↑ Caldecott 2002, p. 176-181.
- ↑ Tolkien et Swann 2002.
- ↑ Hammond et Scull 2006, p. 856.
- ↑ Hammond et Scull 2006, p. 823.
- ↑ (en) « The Tolkien Ensemble - A Night in Rivendell », sur Discogs (consulté le ).
- ↑ (en) « The Tolkien Ensemble & Christopher Lee - At Dawn in Rivendell », sur Discogs (consulté le ).
Bibliographie
Sources primaires
- J. R. R. Tolkien (trad. Daniel Lauzon), La Fraternité de l'anneau, Paris, Christian Bourgois, (ISBN 978-2-267-02700-6).
- J. R. R. Tolkien (trad. Daniel Lauzon), Les Deux Tours, Paris, Christian Bourgois, (ISBN 978-2-267-02891-1).
- J. R. R. Tolkien (trad. Daniel Lauzon), Le Retour du roi, Paris, Christian Bourgois, (ISBN 978-2-267-03218-5).
- J. R. R. Tolkien et Christopher Tolkien, The Return of the Shadow, Londres, HarperCollins, (ISBN 0-261-10224-9).
- J. R. R. Tolkien et Donald Swann, The Road Goes Ever On, Londres, HarperCollins, (1re éd. 1967) (ISBN 978-0-00-713655-1).
- J. R. R. Tolkien, Christopher Tolkien et Humphrey Carpenter (trad. Delphine Martin et Vincent Ferré), Lettres, Paris, Christian Bourgois, (ISBN 978-2-267-01788-5).
Sources secondaires
- (en) Marjorie Burns, « Saintly and Distant Mothers », dans Paul E. Kerry (dir.), The Ring and the Cross : Christianity and The Lord of the Rings, Lanham, Fairleigh Dickinson University Press, (ISBN 978-1-61147-064-2).
- (en) Stratford Caldecott, « The Hidden Presence of Catholicism and the Virgin Mary in The Lord of the Rings », The Chesterton Review, vol. 28, nos 1/2, (DOI 10.5840/chesterton2002281/229).
- (en) Wayne G. Hammond et Christina Scull, The J.R.R. Tolkien Companion and Guide: Reader's Guide, Boston, Houghton Mifflin, (ISBN 978-0-618-39101-1).
- (en) Tom Shippey, The Road to Middle-earth, Londres, HarperCollins, (1re éd. 1982) (ISBN 978-0-261-10275-0).
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