Abbé Grégale

Abbé Grégale
Surnom L'abbé Grégale
Nom de naissance Paul Filippi
Naissance
Tox, Haute-Corse, France
Décès (à 93 ans)
San Nicolao, Haute-Corse, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Activité principale prêtre, chanteur

L'abbé Grégale, de son vrai nom Paul Filippi, né le et mort le , est un prêtre catholique, poète, auteur-compositeur et chanteur corse. Il est l’une des figures marquantes de la chanson corse du XXe siècle, connu pour ses textes en langue corse et pour une longue carrière sacerdotale au sein du diocèse d’Ajaccio.

Biographie

Paul Filippi naît le à Tox (Tocchisu) en Haute-Corse. Après ses études secondaires, il commence des études de médecine à partir de 1939, avant de se sentir appelé à la conversion et à la prêtrise « une nuit de la Saint-Sylvestre », selon le récit transmis par la commune de Tox.

Devenu séminariste, il est arrêté par la Gestapo à Marseille pendant la Seconde Guerre mondiale et déporté environ trois ans en Allemagne. À Munich, à la sortie d’une messe, il rencontre un jeune officier et étudiant en droit canon, Joseph Ratzinger, futur pape Benoît XVI, avec lequel il entretiendra longtemps une correspondance pascale.

Le , à Ajaccio, il rencontre également le cardinal Angelo Roncalli, futur Jean XXIII ; une tradition locale rapporte un temps de prière « en tête-à-tête » et une amitié spirituelle durable jusqu’à la fin du pontificat de Jean XXIII.

Paul Filippi meurt le , « dans sa 94e année, la 62e année de son sacerdoce », selon l’avis de décès publié en Corse [1],[2].

Carrière religieuse

Les sources s’accordent pour faire de Paul Filippi un prêtre du diocèse d’Ajaccio[3], mais divergent légèrement sur l’année précise de son ordination. Le livret du label Arion indique qu’il a été ordonné prêtre en 1953 et qu’il a exercé d’abord à Bastelicaccia, près d’Ajaccio, puis dans à Sermano, avant de rejoindre Moriani à partir de 1962.

La notice de la commune de Tox présente, elle, l’ordination comme ayant eu lieu « cette même année » 1952, dans la foulée de la rencontre avec le cardinal Roncalli.

Toutefois, l’avis de décès parle de la « 62ᵉ année de son sacerdoce » en 2015, ce qui correspond mathématiquement à une ordination en 1953[4].

Les sources disponibles ne donnent pas le jour exact de l’ordination ; seule l’année peut être établie avec une relative sécurité, en faveur de 1953.

Dans ses premières années de ministère, il exerce donc comme prêtre à Bastelicaccia, puis comme curé à Sermano. C’est durant cette période, à la fin des années 1950, qu’il s’implique aussi dans la vie culturelle locale et contribue à la création du groupe A Mannella.

À partir de 1962, il devient curé à Moriani-Plage, où il demeure une figure incontournable pendant des décennies. La tradition locale le décrit comme un « curé ingénieux » et lui attribue l’architecture de l’église de bord de mer Notre-Dame des Flots, dont il aurait conçu les plans lui-même.

Il est nommé chanoine honoraire et siège à la collégiale de l'évêque d’Ajaccio, ce qui témoigne d’une reconnaissance institutionnelle de son ministère.

Plusieurs témoignages le présentent comme un animateur de 24 paroisses, multipliant messes, fêtes paroissiales et manifestations à la fois liturgiques et poétiques, où la musique occupait une place importante.

En tant que prêtre, il compose aussi des chants religieux en corse, comme « À tè Santu Lisandru », intégré à des célébrations processionnelles.

Sa carrière sacerdotale, qui s’étend sur plus de soixante ans, reste ainsi indissociable de son activité de poète et de musicien.

Activité artistique

Sous le nom de scène Grégale (du vent d’est méditerranéen, venant de Grèce), l’abbé Paul Filippi mène, parallèlement à son ministère, une activité soutenue d’auteur, compositeur et interprète. Le livret édité par Arion le présente comme persévérant « depuis quarante ans » à entretenir une tradition de poésie et de chanson corse.

À la fin des années 1950, alors qu’il est curé de Bozio, il participe à la création du groupe A Mannella aux côtés de Jacques Luciani, formation qui devient un symbole de sauvegarde du patrimoine chanté corse, alors qualifié de « folklore ». Plus tard, il continue à composer et à chanter dans d’autres cadres, et plusieurs enregistrements paraissent sous son nom, seul ou avec des ensembles vocaux.

Son inspiration mêle souvenirs d’enfance, scènes de la vie rurale corse, personnages familiers (le berger, le marchand ambulant, la vieille tante), et un regard contemplatif sur la nature insulaire. Certaines de ses chansons, comme « U Pastore », écrite pour son ami François Raffalli, seront popularisées par d’autres interprètes, notamment Charles Rocchi.

Style et thématiques

L’abbé Grégale écrit majoritairement en langue corse, dans une veine poétique simple et imagée, tout en restant accessible. Ses textes parlent des villages de montagne, de la mer, du vent, des saisons, de la maternité, de la guerre et du deuil, ou encore de la figure du prêtre au contact quotidien de son peuple.

Musicalement, ses œuvres relèvent de la chanson populaire plutôt que du chant polyphonique liturgique : formes strophiques avec refrains, mélodies facilement mémorisables, accompagnement instrumental relativement sobre (notamment guitares et mandolines). Cette simplicité voulue vise un large public, au-delà du seul cadre religieux.

Sa poésie est parfois convoquée dans des travaux sur l’imaginaire corse, notamment à propos de motifs féeriques et de folklore magique, où l’on cite certains de ses poèmes consacrés aux fées et aux esprits.

Héritage

L’abbé Grégale est souvent présenté, dans la mémoire corse, comme un « prêtre-poète » ou un « rusignolu » (rossignol), en raison de sa voix et de sa production de chansons. Son œuvre contribue à maintenir vivante la langue corse dans le domaine de la chanson, à cheval entre les registres profane et religieux.

Son nom reste lié à la culture rurale corse du XXᵉ siècle, à la renaissance des confréries, au cantu in paghjella et, plus largement, à l’usage de la poésie comme outil pastoral. Des messes, hommages musicaux et articles de presse lui ont été consacrés après sa mort, notamment à Tox et à Moriani, où il demeure une figure de référence.

Discographie

  • Gregale chante la Corse (Mono Version) – EP (avec A Mannella), 45 tours, 1961. Comprend notamment « U tragulinu », « Pianti d’una mamma », « U me paese » et « Pasturella ».
  • Messa Nostrale in Sermanu (Mono Version), 1961, enregistrement de messe avec participation de Grégale et d’A Mannella.
  • La Corse (Quandu ne vegu li nuli luntanu), album publié chez Arion (enregistrement de 1977), réédité en CD dans les années 1990. Contient des titres comme « Farfaluccia bianca », « U mare », « U chjarasgiu », « In a torra d’un castellu », « Moriani », « U pastore », « Casa abandonata », « Pasturella », « Una fata ».
  • Diverses rééditions et compilations sous les titres Grégale – Chante la Corse, Corsica chantée par l’Abbé Grégale, etc., publiées par Arion (CD et numérique) à partir des années 1990–2000, reprenant en grande partie ce répertoire.

Notes et références

Références

  1. ↑ « L’abbé Filippi, avis de décès », sur DansNosCoeurs.fr, (consulté le ).
  2. ↑ P. Andreani, « Le souffle de prêtre Grégale continuera de chanter… », Le Petit Corse, no 11,‎ , p. 7.
  3. ↑ Livret du CD Grégale – Quandu ne vegu li nuli luntanu…, Arion ARN 36 333, notice biographique de l’abbé Paul Filippi (consulté le 29 novembre 2025).
  4. ↑ « Monsieur l’abbé Paul Filippi », avis de décès, DansNosCoeurs.com, 7 janvier 2015, qui indique qu’il est décédé dans sa 94e année et la 62e année de son sacerdoce (consulté le 29 novembre 2025).

Liens externes

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