Abba Lerner

| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Membre de | |
| Directeurs de thèse | |
| Distinctions |
Abraham « Abba » Ptachya Lerner, né le à Novosselytsia (Bessarabie, Empire russe) et mort le à Tallahassee, Floride (États-Unis), est un économiste, écrivain et enseignant-chercheur d'obédience socialiste et keynésienne, d'origine russe et de nationalités britannique et américaine.
Enseignant à la London School of Economics, il est connu pour avoir défini et théorisé l'indice de Lerner, indice économétrique permettant de mesurer le degré de concurrence au sein d'un secteur économique à partir du taux de marge des entreprises. Il étend également les travaux d'Alfred Marshall sur la balance commerciale et les taux de change, en élaborant la condition de Marshall-Lerner.
C'est à lui que l'on doit la formulation initiale de l'idée, généralement attribuée à tort à John Maynard Keynes, qu'un gouvernement peut augmenter la demande agrégée en pratiquant un important déficit budgétaire, la monnaie n'étant qu'une « créature de l'État » (fiduciary creature of the State)[1],[2].
Il est l'un des plus importants théoriciens du chartalisme, à l'origine de la théorie monétaire moderne (MMT).
Son style littéraire prosaïque et peu académique, son refus du formalisme et de recourir à des équations linéaires complexes ou à des formules mathématiques pour décrire le fonctionnement des mécanismes économiques, le distinguent de la majorité des économistes de son époque.
Son nom n'est jamais passé à la postérité. Il est toutefois considéré par certains économistes, dont Paul Samuelson et Tibor Scitovsky, comme l'un des grands économistes de son temps. De son vivant, Scitovsky le surnommait le « Milton Friedman de gauche »[1].
Biographie
Abba Lerner naît le en Bessarabie (Empire russe) dans une famille juive ashkénaze réformée et d'extraction modeste, qui émigre au Royaume-Uni lorsqu'il est enfant pour fuir la pauvreté endémique et la multiplication des violences à la suite des pogroms de Kichinev en avril 1903. Il grandit dans un quartier ouvrier pauvre de l'East End de Londres, près de Spitalfields. Dès l'âge de seize ans, il occupe divers métiers prolétaires ou intellectuels précaires, travaillant successivement comme machiniste, ouvrier spécialisé, professeur d'hébreu, de yiddish, entrepreneur et commercial[1].
Il commence à s'intéresser à l'économie au moment de la Grande Dépression en 1929 où, après avoir fait faillite, il se rend à un cours d'économie à la London School of Economics où il étudie sous la direction de Friedrich Hayek[1]. Un séjour de six mois à l'Université de Cambridge en 1934-1935 le met ensuite en contact avec John Maynard Keynes, dont il devient l'un des amis les plus intimes et avec lequel il collabore à la rédaction de nombreux articles.
Lerner épouse Alice Sendak en 1930. Ils ont eu deux enfants jumeaux, Marion et Lionel, nés en 1932.
Dans son article de 1934, The Concept of Monopoly and the Measurement of Monopoly Power, il défend l'idée que le prix doit être égal au coût marginal et définit le taux de marge comme une mesure du pouvoir de monopole de l'entreprise[1].
En 1937, anticipant les conséquences de la montée du nazisme et de l'aggravation de la crise économique en Europe, Lerner décide d'émigrer avec toute sa famille aux États-Unis, où il se lie d'amitié avec ses adversaires intellectuels et idéologiques Milton Friedman et Barry Goldwater[1].
En 1944, lors d'une conférence de John Maynard Keynes qui redoute que le taux d'épargne devienne trop élevé après la guerre, Abba Lerner suggère que le gouvernement pourrait augmenter la demande agrégée en créant du déficit budgétaire par une augmentation des dépenses publiques et/ou une diminution des taxes. Inversement, dans le cas où la demande agrégée serait trop forte, le gouvernement pourrait dégager un surplus budgétaire. Ce mécanisme, connu sous le nom de relance keynésienne, et qui constitue encore aujourd'hui la mesure clé des programmes économiques keynésiens et post-keynésiens, aurait en fait été formulé pour la première fois par Lerner[2].
Il est l'auteur du théorème de symétrie de Lerner qui stipule que, sur la base d'une hypothèse d'une balance commerciale nulle (valeur des biens exportés égale à valeur des marchandises importées d'un pays donné), un droit ad valorem tarifaire à l'importation (pourcentage de la valeur ou un montant par unité) aura les mêmes effets qu'une taxe à l'exportation. Le théorème est basé sur l'observation que l'effet sur les prix relatifs est le même quelle que soit la politique (droits de douane ad valorem ou taxes à l'exportation) appliquée.
Publications
- (en) A. P. Lerner, « The Concept of Monopoly and the Measurement of Monopoly Power », The Review of Economic Studies, vol. 1, no 3, , p. 157–175 (JSTOR 2967480)
- (en) A. P. Lerner, « Functional Finance and the Federal Debt », Social Research, vol. 10, no 1, , p. 38-51 (JSTOR 40981939)
Bibliographie
- (en) David Colander, « Was Keynes a Keynesian or a Lernerian ? », Journal of Economic Literature, vol. 22, , p. 1571–79 (JSTOR 2725382)
- (en) Tibor Scitovsky, « Lerner’s Contributions to Economics », Journal of Economic Literature, vol. 22, no 4,
- (en) Paul Samuelson, « A. P. Lerner at Sixty », Review of Economic Studies, vol. 31, no 3,
Notes et références
- (en) « Abba Ptachya Lerner », sur The Concise Encyclopedia of Economics (consulté le ).
- Colander 1984.
Liens externes
- Ressource relative à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Portail de l’économie
- Portail du Royaume-Uni
- Portail des États-Unis
- Portail du socialisme
- Portail du keynésianisme