Abbaye Notre-Dame de Valsery

Abbaye Notre-Dame de Valsery
Présentation
Type
Fondation
Dédicataire
Consécration
Fermeture
Religion
Patrimonialité
État de conservation
partiellement détruit
Site web
Localisation
Localisation
Coordonnées
49° 19′ 15″ N, 3° 09′ 43″ E
Carte

L'abbaye Notre-Dame de Valsery est une ancienne abbaye d'hommes située à Cœuvres-et-Valsery, en France[1]. Elle a été fondée en 1124 par des chanoines réguliers de l'ordre de Prémontré, près de la forêt de Retz.

Localisation

L'abbaye est située sur la commune de Cœuvres-et-Valsery, dans le département de l'Aisne en lisière de la forêt de Retz. L'allée de desserte donne sur la RD17, en empruntant la rue de l'Abbaye au départ de la commune.

Description

L'abbaye de Valsery, déjà ruinée à la Révolution, a laissé place à un château du XIXe siècle, abandonné durant plusieurs décennies à la suite des bombardements de juin-[2]. Les ruines de l'ancienne abbaye sont achetées en 1804 par le baron Charles Estave[3], qui sera maire de Valsery jusqu'en 1830. Il fait réaménager un château comportant deux niveaux et un comble, ajouté d'un pavillon en saillie comportant trois niveaux et un haut comble. La façade de l'ensemble compte 12 travées.

Après les assauts successifs, il ne reste du château que ses murs calcinés et criblés d'éclats d'obus[4],[5].

Les élévations subsistantes concernent les murs des dortoirs des chanoines ainsi que la salle capitulaire, pièce maîtresse du lieu avec ses enluminures, polychromies et dallage au sol. Le reste du site est enfoui sous deux mètres de débris qui recouvrent les vestiges d'une église abbatiale et d'un cloître mis à terre en 1793. Les premiers sondages effectués à la fin des années 1990 ont permis de situer les emplacements précis de ces bâtiments.

Historique

Richement dotée à ses origines, l'abbaye s'épanouit puis connaît les ravages de la guerre de Cent ans : en 1359, prévenus de l'arrivée de l'ennemi, les religieux se réfugient au château de Viviers. Ne trouvant pas de butin, les Anglais partent non sans brûler l'abbaye[6]. En 1414, les Bourguignons sèment la terreur et l'atrocité parmi les moines et leur abbaye.

Au cours des guerres de Religion, Soissons est prise par les huguenots[7]. Les jours suivant le , des exactions sont commises pendant trois jours. Le châtelain de Cœuvres, Jean d'Estrées, est suspecté de ne pas avoir porté assistance aux religieux, huguenot qu'il était devenu[8]. Le chœur du XIIIe siècle résiste au désastre de 1567.

L'abbaye était propriétaire à Soissons d'un hôtel et auberge du "Lion Noir" dont il ne reste aujourd'hui que les celliers[9].

L'abbaye a accueilli les sépultures de l'épouse de Charles de Valois, Marguerite d'Anjou, morte le [10],[11] et leur fille Catherine morte en bas âge en 1300. Charles de Valois visite les tombeaux le . L'abbé de Mannevillette se fait inhumer dans un mausolée en marbre qu'il avait fait édifier pendant son abbatiat.

Consécration

L'abbaye est consacrée par l'évêque de Soissons Jacques de Bazoches en présence de Louis IX et de Blanche de Castille peu de temps après le sacre royal à Reims[12] () .

Commanditaires, bienfaiteurs, propriétaires

L'évêque Lisiard de Soissons se rapproche de Norbert, créateur de l'ordre de Prémontré et obtient de lui que soient détachés 12 moines de Prémontré. Ils s'installent initialement à Viviers. Puis Henry, coadjuteur de Norbert, est investi en tant que premier abbé en 1125[13].

Le choix de Valsery (vallis serena)[14] est déterminé en 1153[1] par les largesses de Jean Leroux, seigneur de Saint-Pierre-Aigle.

Le pape Adrien confirme l'étendue des biens de la nouvelle congrégation à l'abbé Étienne en 1154. Le comte Yves de Soissons, Raoul comte de Vermandois, Drogon de Pierrefonds, Eudes, comte de Clastres, Bernard d'Audrival, Mathieu de Loistres, Gérard de Compiègne, Philippe d'Alsaceetc. sont autant de généreux donateurs[15],[13].

Le domaine de Valsery entre dans le patrimoine de Charles d'Estave de Valsery vers 1804[16].

L'abbaye à la Révolution

L'abbaye est supprimée en 1790 puis vendue comme bien national à la Révolution ; vidée avant fin 1791[17]. L'église abbatiale et le cloitre sont détruits en 1793[18].

Les chefs d'œuvre élevés par les artistes du XIIIe siècle à Valsery, comme à Coincy et Longpont disparaissent[19].

Abbés

Trente-sept abbés se sont succédé à la tête de l'abbaye[20] :

  1. 1124 : Henry (coadjuteur de Norbert), avant la translation de Viviers à Valsery
  2. 1153 : Étienne
  3. 1167 : Dodon
  4. 1169 : Herbert 1er
  5. 1189 : Thierry d'Oigny
  6. 1200 : Robert 1er
  7. 1214-1220 : Eustache de Lens[21], abbé du Val-Chrétien (1220-1226)
  8. 1220 : Herbert II
  9. 1233 : Gillebert
  10. 1239 : Vermond
  11. 1240 : Archambaut / Hockembald / Harembald
  12. 1255 : Drogon
  13. 1274 : Robert de Cœuvres
  14. 1306 : Robert III de Faverolles
  15. 1311 : Thierry de Micy
  16. 1356 : Jean du Parvis
  17. 1414 : Gobert de Laon
  18. 1421 : Jean II de Marle
  19. 1469 : Jean III
  20. 1489 : Jean IV Gaudechaux, prieur d'Oigny
  21. 1494 : Guillaume I Tachet
  22. 1505 : Guillaume II Cordier
  23. 1507 : Nicolas de Maucrois
  24. 1543 : Athiote Bonnard
  25. 1558 : Jean V Bonnard
  26. 1559 : Guillaume III
  27. 1577 : Gabriel Cimerel
  28. 1585 : Louis de Lametz
  29. 1643 : Honoré Gouffier
  30. 1653 : Denis de Lorry / Denys de Lorris
  31. 1672 : Claude de Hannivel de Mannevillette, 43 ans de fonctions, dernier abbé régulier, vicaire général des Prémontrés
  32. 1715 : Jean-Joseph Languet de Gergy, évêque de Soissons
  33. 1731 : Charles-François Lefebvre de Laubrière, évêque de Soissons
  34. 1738 : François de Fitz-James, évêque de Soissons
  35. 1764 : Henri-Joseph-Claude de Bourdeilles, évêque de Soissons
  36. 1778 : de Montalon, conseiller au Parlement
  37. 17nn : Jean-Henri Bertherand de Longprez / Longré (prieur)

L'abbé présentait un de ses prieurs comme curé régulier dans le ressort territorial de l'abbaye[19]. On retient ainsi les noms de deux chanoines réguliers, les pères Le François et Jacques de Maucomble, qui ont rempli les fonctions curiales de l'église Saint-Martin de Montigny-Lengrain entre 1707 et 1710[22].

Architecture

Tavernier de Jonquières produit une illustration de l'abbaye[23] selon son état de 1790. La période de reconstruction de l'abbaye dure deux siècles suivant 1585, alors que les abbés de Lametz puis de Lorry (1643) font procéder à la réédification totale du domaine ; le domaine est clos en 1653.

« L'abbaye n'a rien de remarquable que sa situation dans une vallée agréable. Ses bâtiments n'ont rien de régulier et sont d'une simplicité rare. Leur construction est assez moderne » (1585)[8].

Le grand bâtiment servant aux religieux ne date que de 1730. L'appartement des prieurs et sous-prieurs et la bibliothèque sont datés de 1764.

La salle capitulaire, attestée du XIIe siècle, comprise dans le corps de logis remanié au XVIIIe siècle, comporte à l'origine six voutes d'ogives retombant sur deux piliers centraux[1].

Héraldique

Blason à dessiner

Les armes de l'abbaye Notre-Dame de Valsery se blasonnent ainsi :
« D'azur à une fleur de lys d'or à dextre et une rose à senestre tigée et feuillée de même. »[24]

Jusqu'en 1918

Le père Charles mort à Noël 1873, son fils Joseph Maurice baron Estave de Valsery[25] occupe le château à partir de 1871. Entretemps, sa fille Pauline Émilie Mathilde (1825-1913) se marie à Adrien Boitel de Dienval au château en 1851.

En 1915, le château familial sert d'hôpital de campagne au service de santé militaire puis l'ordre d'évacuation tombe fin .

XXIe siècle : restauration des vestiges

L'état de la restauration en 2015.

En 1996, une association de restauration de l'abbaye s'est constituée[26]. Elle est implantée sur le site dont elle est propriétaire.

Depuis , des bénévoles se réunissent deux samedis par mois afin de remettre en état le site et organisent des visites.

L'association s'est également liée à l'association Rempart qui permet de mettre en place des chantiers de bénévoles[27].

En 2021, un bilan de la restauration fournit l'occasion d'une publication réunissant les travaux des chercheurs, historiens et archéologues et faisant la part du patrimoine rural de l'abbaye[28].

À l'été 2025, la presse locale traite d'une nième campagne de restauration[29].

Protection

Les vestiges de l'ancienne abbaye, le mur d'enceinte et la glacière sont classés au titre des monuments historiques par arrêté du [1].

Références

  1. « Ancienne abbaye Notre-Dame de Valsery », notice no PA00115602, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Chauvin-Chaleil 1977.
  3. Les constructions de l'ordre de Prémontré en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Philippe Bonnet, 1983.
  4. Chauvin-Chaleil 1977, p. 235.
  5. Pierre Alphonse Pansier, « Valsery (Aisne). Le château.[légende d'origine] », sur imagesdefense.gouv.fr, (consulté le ).
  6. Chauvin-Chaleil 1977, p. 225.
  7. Journal de D. Lépaulart, religieux du monastère de St-Crépin-le-Grand de Soissons… sur la prise de cette ville par les huguenots en 1567…, dom Nicolas Lépaulart, 1862.
  8. Chauvin-Chaleil 1977, p. 226.
  9. Notice no PA00116000. Le titre donné à la fiche n'est pas fidèle à la réalité décrite.
  10. Chauvin-Chaleil 1977, p. 224.
  11. Ce sont les entrailles de Marguerite qui sont déposées à Valsery.
  12. Abbaye Notre-Dame de Valsery, leparisien.fr, s.d.
  13. Alexandre Poquet, Notice historique et descriptive sur Cœuvres, église, abbaye de Valsery…, Didron, (lire en ligne), p. 26.
  14. Chauvin-Chaleil 1977, p. 222.
  15. Chauvin-Chaleil 1977, p. 222-223.
  16. Décret impérial du 22 novembre 1869.
  17. Chauvin-Chaleil 1977, p. 233.
  18. [1].
  19. L'architecture religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons au XIe et au XIIe siècle, Volume 1, Partie 1, Eugène Amédée Lefèvre-Pontalis, 1894.
  20. Chauvin-Chaleil 1977, p. 236.
  21. Eustache de Lens (11..-1226?) sur data.bnf.fr
  22. [Histoire de Montigny-Lengrain, abbé Jules Saincir, bulletin de la société historique de Compiègne], tome XIX.
  23. Illustration en ligne, sur Gallica.
  24. [2]
  25. Dossier Légion d'honneur.
  26. Association, déclaration de 2013.
  27. rempart.com.
  28. Notre Dame de Valsery, entre ciel et terre, Conférence de Nicolas Billot, le 11 décembre 2021, p. 6.
  29. L'Union, 18 juillet 2025 (revue de presse).

Annexes

Bibliographie

  • Édith Chauvin-Chaleil, Abbaye de Valsery : Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie de l'Aisne, (lire en ligne), p. 221-237 (p. 236 : liste des abbés)
  • David Balet, Ghislain Brunel, Maxime Chartier, Morgan Hinard, Jean-Luc François, Marie Raimond, Denis Rolland, Notre-Dame de Valsery, entre ciel et terre : L'abbaye prémontrée et ses dépendances, Société historique de Soissons, , 256 p. (ISBN 978-2-49260-801-8, présentation en ligne)

Articles connexes

Liens externes

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