Abri de Pié Lombard

Abri de Pié Lombard
L'abri de Pié Lombard s'échancre sur une paroi des gorges du Loup.
Localisation
Coordonnées
43° 42′ 02″ N, 7° 02′ 46″ E
Pays
Région
Département
Massif
Distant d'environ 10 km de la montagne du Cheiron en axe nord-sud[1]
Localité voisine
Voie d'accès
Chemin de Saint-Martin[2]
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
~ 200-250 m[3],[4],[5]
Période de formation
Type de roche
Cours d'eau
Occupation humaine
Découverte
1962 par Armand Mellira[3],[10]
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L'abri de Pié Lombard, ou abri de Pié-Lombard, est un site préhistorique localisé sur le territoire communal de Tourrettes-sur-Loup, au sein de l'arrière-pays niçois, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

L'abri sous roche a été occupé au cours du Paléolithique moyen et du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique. La cavité de Pié Lombard a été découverte en 1962 par Armand Mellira, un archéologue amateur local[3],[10].

Les excavations opérées sur le site préhistorique ont permis de délivrer notamment du matériel lithique à faciès moustérien typique à forte proportion de racloirs, du matériel lithique à faciès probablement attribuable, ou comparable, à l'Épigravettien, en plus petite quantité et présentant une forte dégradation et érosion, deux incives d'un enfant néandertalien et des restes fauniques — essentiellement des restes de bouquetins, de lagomorphes, d'Arvicola, de cerfs, de canidés, d'ursidés et de félidés[11],[12],[13],[1],[14].

Contexte géographique

L'abri de Pié Lombard est situé sur le territoire communal de Tourrettes-sur-Loup, distant de 2 km, en axe sud-ouest, de son centre historique[15],[4]. Le site préhistorique se place à une dizaine de kilomètres du littoral méditerranéen et à 13 km des premiers contreforts alpins[16].

Creusée par processus d'érosion, l'entrée de l'abri sous roche trouve son emplacement à mi-hauteur d'un escarpement karstique formé au Jurassique ; elle est couronnée d'environ 100 m par les terrains à litage grèseux transgressifs du Miocène avoisinant l'ancienne gare de Tourrettes-sur-Loup et surplombe la vallée du Loup d'une centaine de mètres[6],[17]. Perchée à environ 200 m d'altitude, la fenêtre du site du Pié Lombard est également à l'aplomb d'environ 90 m de la route départementale 6[15],[4].

L'accès à l'abri, peu praticable, s'effectue via le Chemin de Saint-Martin, après avoir franchi le plateau de Camassade puis un petit massif boisé et un étroit corridor à fort dénivellé taillé dans le roc[18].

Description du site

La cavité préhistorique, dont la surface est d'environ 10 m2[4],[1], est précédée d'un fossé de 4 voire 5 m de long sur mètre de large rempli de dépôts jusqu'à une profondeur de 3 m et orienté selon un axe nord-sud[6],[13].

La formation de l'abri de Pié Lombard est intimement liée au cours du Loup, le fleuve ayant utilisé des « zones tectoniques de faiblesse » afin de creuser son lit et circuler au sein des séries stratigraphiques de la partie sud de l'anticlinal du Bar-sur-Loup jusqu'à atteindre les rives de la Méditerranée[19].

La cavité coïncide et s'apparente à une petite baie creusée durant le Quaternaire par processus d'érosion de roches karstiques évoluant à la verticale[19]. Ces roches karstiques se sont formées au sein de calcaires dolomitiques datés du Bajocien-Bathonien (Jurassique moyen) et du Kimméridgien (Jurassique supérieur)[19].

Disposé à l'avant de l'abri et barrant perpendiculairement son entrée, un fossé se développe sur une longueur de 4 m et atteint une profondeur de 3 m[19]. Ce fossé, créé par le passage de l'eau à travers les roches karstiques, est rempli par de gros débris stalagmitiques, datés par technique de résonance de spin électronique entre 147 000 ± 10 000 années et 130 000 ± 20 000 années AP puis détachés du plafond de la caverne entre les stades isotopiques 4 et 5 de la dernière période glaciaire et recouverts par des dépôts sédimentaires datés du Pléistocène supérieur[19],[20].

Histoire

Occupation et utilisation de l'abri

Le contexte topographique de la cavité de Pié Lombard en fait un site d'établissement peu accessible et malcommode tant pour l'espèce humaine que pour les espèces animales[21]. L'abri sous roche, durant sa principale phase d'occupation par les Hommes de Néandertal au Paléolitique moyen, est considéré comme un « campement saisonnier » (surtout à l'automne et dans une moindre mesure au printemps), voire un « abri de passage », essentiellement consacré à la conception par retouchage d'outils lithiques et à leur maintenance ainsi qu'à la chasse du petit gibier et des espèces ongulés[20],[1],[22],[23]. À cette même époque d'occupation humaine saisonnière, le site fait l'objet de visites d'espèces carnivores, bien que de manière sporadique[20].

L'analyse de l'industrie lithique mise en évidence au sein de l'abri sous roche montre que le site, au cours de son utilisation au Paléolithique moyen, se présentait tel « un lieu au fonctionnement spécialisé » occupé de façon récurrente sur courtes durées[24],[25]. Cependant, il représentait « un élément important » qui s'inscrivait « au sein de l’organisation plus générale d’un territoire qui associait l’exploitation des ressources [lithiques] de l’avant-pays littoral et des massifs préalpins »[24],[25].

Le site est ensuite occupé au cours du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique[26]. Néanmoins la fonction précise de l'abri à cette époque, bien qu'apparaissant « particulière » vis-à-vis d'autres sites de la région liguro-provençale occupés à cette même période, n'a pas été établie en raison du manque d'éléments d'analyse archéozoologique et de la faible quantité de mobilier lithique recueilli[26]. Pour autant, l'analyse typologique du matériel lithique excavé du niveau Paléolithique supérieur-Épipaléolithique tend à fonder l'hypothèse que la cavité aurait été utilisée pour des activités spécialisées durant des laps de temps relativement courts[26].

Historique des fouilles et recherches

Les premières fouilles et sondage de l'abri sous roche ont été exécutées par Armand Mellira, un archéologue amateur originaire de Vence, inventeur découvreur du site préhistorique en 1962[15],[27]. La découverte de l'archéologue amateur Vençois signalée, Henry de Lumley-Woodyear entreprend plusieurs prospections sur le site préhistorique et analyse le gisement lithique et osseux recueilli lors de l'excavation de 1962[15],[27],[4]. En 1969, de Lumley-Woodyear, reprenant les travaux de Mellira, publie le résultat de travaux d'identification du matériel archéologique ainsi que l'expertise de la coupe stratigraphique du site, qu'il date des phases Würm I et II[15],[27],[4],[3]. En , à la suite de l'excavation réalisée par Mellira, Jean-Pierre Texier entreprend une deuxième fouille de l'abri sous roche. Les travaux de Texier permettent d'identifier et de distinguer trois niveaux stratigraphiques, de mettre en évidence d'autres vestiges lithiques et osseux ainsi que d'exhumer deux incisives humaines[15].

Le site a fait l'objet de deux principales campagnes d'opérations archéologiques : une campagne de fouilles, relativement exhaustive, conduite dans la première moitié des années 1970, entre 1971 et 1975 ; parachevée de plusieurs opérations entreprises dans la première moitié des années 1980, entre 1983 et 1985[28],[29]. Consécutivement à une fouille clandestine, une opération s'est déroulée au Pié Lombard en 1996[29].

Les recherches archéologiques ont essentiellement porté le fossé qui précède l'abri, lieu de déposition de ses occupants au cours du Pléistocène[30],[4],[1],[6],[31]. Les fouilles du fond de l'abri, au sein d'un creusement ou diverticule de la roche karstique, ont permis de mettre en évidence un dépôt contenant du matériel assigné à l'Âge du bronze[32],[33],[34]. Ce matériel, à probable caractère funéraire, a été retrouvé associé à des fragments de concrétions stalagmitiques et comprend des tessons de céramiques ainsi que des restes humains[32],[32],[34].

Le mobilier archéologique collecté au Pié Lombard est actuellement conservé au sein de la Maison méditerranéenne des sciences humaines et sociales[35].

Mobilier lithique

Un total de 425 artefacts lithiques comprenant 350 pièces de faciès moustérien et 75 pièces conçues au Paléolithique supérieur/Épipaléolithique ont été mis en évidence sur le site[36]. L'analyse par technique de microscopie électronique à balayage du sable contenu dans les couches sédimentaires a permis de montrer qu'une partie du mobilier lithique du Pié Lombard a été altérée par processus de désilicification[17]. Ce phénomène, dû aux variations de température, aux incidences chimiques d'éléments allogènes (eau, matière organique, racines végétales) et à la porosité du matériau taillé a affecté les pièces faites en silex, probablement par dissolution des cristallites qui le compose[17].

Assemblage moustérien

L'industrie moustérienne du Pié Lombard, composée d'un corpus de 902 éléments comprenant 232 débris et 230 éclats de taille inférieure à 2 cm, est identifiée comme étant à faciès typique « riche en racloirs » et faible en denticulés[24],[37]. Cet ensemble est daté par thermoluminescence d'environ 70 000 ans +
7 700 ans AP en moyenne — dont trois silex datés de 108 400 à 67 100 ans AP[13] —. La quasi-totalité des outils lithiques sont finis[24],[20],[1],[23]. Par ailleurs, l'outillage présente une nette prévalence de débitage réalisé au moyen d'une technologie Levallois[24],[20],[1],[37],[38].

L'analyse typologique a permis de mettre en évidence que le mobilier lithique du niveau moustérien comprend 77 racloirs latéraux, 9 racloirs transversaux, 19 racloirs doubles, 16 racloirs convergents, 12 denticulés et 5 burins[24]. L'assemblage lithique moustérien comporte également des pointes de Quinson — outil de forme triangulaire dont une seule des trois faces a fait l'objet d'un débitage par retouche[39],[40],[41] —, une « limace » — genre de pointe moustérienne, de racloir voire de lame, à section épaisse obtenu par retouches convergentes sur deux des trois faces[42],[43],[44] — et 13 éclats issus de retouches[24].

Le silex constitue le matériau le plus souvent employé dans la conception des artefacts moustériens quoique d'origines géographiques diverses[23],[25]. Dans une moindre mesure, le jaspe, la chaille, le grès, le quartzite et/ou microquartzite ainsi que le rhyolite font également partie des matières premières utilisées dans la fabrication des outils[23],[24],[20],[1],[25]. Selon leur nature géologique, ces matériaux sont datés du Bajocien, de l'Éocène ou du Jurassique supérieur[24]. La plupart de ces matières premières — silex, chaille, grès et le rhyolite — ont été recueillies dans une zone relativement locale, au sein d'un périmètre de 40 km autour de la cavité, leurs gisements se trouvant invariablement à l'ouest du cours du Var[24],[20],[1],[25]. Ces matériaux ont été utilisés pour retoucher sur place des produits finis[23],[24],[20],[1],[25]. Les quelques outils faits en jaspe et en microquartzite ont été fabriqués sur des sites localisés à l'est du Var ; certains se trouvant à une distance de 60 km (au voisinage de Sanremo) de l'abri du Pié Lombard, d'autres jusqu'à une distance pouvant atteindre 240 km, dans l'Est de la Ligurie[24],[20],[1],[25]. La grande variété et la qualité des matériaux employés met en évidence que les occupants de l'abri disposent d'une bonne appréhension des ressources lithiques disponibles au sein des régions provençale et ligurienne et de leur cadre géographique[24],[25]. Par ailleurs, l'acheminement de produits déjà débités par les Néandertaliens souligne la difficulté des occupants du Pié Lombard à s'approvisionner en matière première brute, manifestant la carence de gisements de roches affleurantes au sein de la région provençale[17].

L'abondance de l'ensemble typologique moustérien du Pié Lombard montre un processus d'approvisionnement d'outils s'appuyant sur travaux de taille réalisés sur place et exclusivement circonscrits à leur fabrication ainsi qu'à leur entretien[24],[25]. Cette stratégie d'emmagasinage, de stockage, est liée à un fractionnement des chaînes opératoires de débitage des produits lithiques bruts et à une réutilisation régulière de produits déjà débités, mis en évidence par la présence d'outils à double patine au sein de l'ensemble typologique moustérien[24]. Ces éléments, adjoints de la grande variété des matériaux employés, du faible nombre de nucléus collectés et de l'impossibilité de pouvoir procéder à des remontages — réassemblages, reconstitutions, correspondances, agencements, raccordements de pièces lithiques issues d'un même bloc de matière première[45], [46],[47],[48],[49] — indiquent « une économie de consommation plutôt que de production de supports lithiques »[24].

Assemblage lithique du Paléolithique supérieur-Épipaléolitique

L'industrie lithique du Paléolithique supérieur-Épipaléolitique, datée au moyen d'un spectromètre de masse par accélérateur (AMS) calibré entre 20,639 et 22,073 ans AP[20],[50], compte 81 pièces lithiques[51]. Ces pièces présentent un état fortement dégradé et sont pour la quasi-totalité conçues à partir de matériaux en silex de diverses natures et origines — Jurassique à prépondérance moyen d'origine locale ; turonien, hauterivien-valanginien et oligo-miocène issus du nord du Var et représentant une proportion de 73 % ; aptien, oligocène et éocène provenant du sud-est du Vaucluse et du sud-ouest des Alpes-de-Haute-Provence[51],[26]. Ce corpus en silex est complété d'une unique pièce faite en radiolarite et issue de formations géologiques italiennes ainsi que de sept éléments de nature et origine non identifiées car trop altérés[51].

L'analyse typologique du niveau Paléolithique supérieur-Épipaléolithique montre que le « débitage sur éclat » (procédé, chaîne opératoire de second ordre, consistant à obtenir des produits lithiques à partir d'éclats débités ayant été eux-mêmes obtenus à partir d'un nucléus[52]), majoritairement de type unidirectionnel, est fréquemment employé, cette méthode concernant cinq des sept nucléus mis en évidence dans cette couche stratigraphique[51]. Ce mode opératoire de taille a permis de produire la majeure partie des lames et lamelles et des éclats recueillis[51],[26].

À l'instar de l'assemblage lithique du niveau moustérien, celui du niveau Paléolithique supérieur-Épipaléolithique est exempt d'un quelconque remontage[51]. En outre, comme pour l'industrie moustérienne, celle du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique manifeste d'une segmentation des chaînes opératoires[26]. Les produits finis représentent une grande proportions de l'outillage lithique[26]. Les opérations de débitages effectuées in situ, relativement faibles sur l'ensemble de la production, sont rationnalisées et les produits qui en résultent se présentent régulièrement sous forme de quasi-ébauche[26].

L'industrie lithique du niveau stratigraphique comprend 25 outils ayant été façonnés par retouches, dont cinq lamelles à bord abattu, cinq microgravettes, deux pointes présentant deux bords abattus, deux grattoirs et un racloir[51]. La moitié des outils retouchés sont des armatures[51]. L'assemblage du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique comporte également un perçoir, un couteau à dos aménagé par retouches ainsi que des couteaux dont le dos, non rectifié, est resté en l'état[53].

Le faciès de l'assemblage industriel du Pié Lombard excavé de la couche Paléolithique supérieur-Épipaléolithique, difficile à discerner en raison de l'altération d'une grande proportion d'artefacts[50], peut être comparable ou attribuable[20],[51], voire même identifiable à l'Épigravettien[54],[26]. Dans le cas de l'abri de Tourrettes-sur-Loup, il s'agirait d'un Épigravettien dit récent (phase ER3) exempt d'outil taillé en forme triangulaire[54],[26]. L'industrie du Pié Lombard présente de fortes similitudes typologiques et pétrographiques avec l'industrie épigravettienne terminale du site voisin de l'abri Martin[26],[51],[17], une cavité occupée au Paléolithique supérieur-Épipaléolithique, localisée sur la commune de Gréolières et qui surplombe la haute vallée du Loup[55].

Mobilier osseux

Outillage osseux

L'outillage osseux, très succinct, a été découvert mêlé à l'outillage lithique[56],[38]. Il se compose de quatre racloirs fabriqués sur une face externe de diaphyse dont trois dits « simples droits » — racloir à un seul bord façonné par retouche et dont le fil de coupe affecte une forme droite[57] — ; le quatrième, dit « simple concave » — dont l'unique bord amménagé présente un fil de coupe affecté d'une forme concave[57] —, ayant été produit par « retouche plate »[56],[38]. Un morceau de diaphyse dont la surface a été totalement lustrée vient compléter le corpus industriel osseux[56],[38].

Fossiles fauniques

Un total de 3 858 ossements fauniques comprenant 3 560 ossements du Paléolithique moyen et 298 ossements datés du Paléolithique supérieur/Épipaléolithique ont été mis en évidence sur le site[36].

Assemblage du paléolithique moyen

Le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) est l'espèce la plus largement représentée (225 NMI pour un total de 16 084 ossements entiers et/ou fragmentés) parmi les restes fauniques de l'ensemble II du Pié Lombard, daté du Paléolithique moyen[58],[59],[20]. Au sein de ce niveau, seize espèces de grands mammifères ont été identifiées[58]. Le corpus fossile de grands mammifères est d'une part dominé par les espèces ongulés, dont le Bouquetin des Alpes (63 % du nombre de spécimens identifiés d'herbivores), le Cerf élaphe (30 %) et le chamois (4 %) et d'autre part par les grands carnivores, moins nombreux que les herbivores, sont principalement représentés par le léopard, le loup, le Lynx des cavernes et l'Ours brun[58],[20],[20]. Les petits carnivores sont, quant à eux, essentiellement représentés par le Renard roux et le Chat sauvage[58],[20]. Les oiseaux de proie, issus d'espèces très diverses, constituent également une part non négligeable du gisement fossile, avec un total de 86 spécimens identifiés[60],[20].

Dans un premier temps, il a été suggéré que l'abri fonctionnait, au Paléolithique moyen, comme lieu potentiellement consacré au traitement des peaux et des fourrures, en raison de la richesse et de la variété du gisement fossilifère des espèces carnivores[58]. Néanmoins, en l'absence d'éléments probants permettant de valider ce postulat, la destination de la cavité préhistorique a été révisée, le Pié Lombard revêtant plus probablement le statut de « tanière permanente » pour les espèces carnivores et celui de lieu d'importation de carcasses d'ongulés à des fins de consommation faite in situ pour les Néandertaliens [58]. L'étude taphonomique du corpus fossilifère du Paléolithique moyen met en évidence que les hommes de Néandertal, comme les carnivores et les rapaces, ont été également responsables de l'importation d'un grand nombre de carcasses de petits vertébrés, notamment de trois espèces aviaires : le pigeon, la perdrix ainsi que le choucas, ces derniers étant essentiellement recherchées et chassées pour leur chair et possiblement pour leur plumage[60]. À la différence des oiseaux de proie, les restes de léporidés ont été quasi exclusivement importés par les hommes de Néandertal[60]. L'analyse archéozoologique indique que la grande majorité des carcasses des lapins ont été rôties, certaines bouillies, après avoir été découpées, désarticulées puis dépecées, le tout in situ[60],[61]. La peau et la fourrure des léporidés faisaient ultérieurement l'objet d'un traitement ex situ[60],[61]. Ces éléments montrent que les occupants néandertaliens du site au Paléolithique moyen tiraient parti des léporidés de façon identique aux hommes modernes du Paléolithique supérieur et « étaient non seulement capables d'exploiter leur environnement, mais aussi de maximiser le rendement des ressources disponibles »[60]. En outre, l'abondance de fossiles de ces petits mammifères retrouvés au Pié Lombard indique que les lapins constituaient la principale source alimentaire des occupants du site, probablement en raison de son manque d'accessibilité et des difficultés d'acheminement de gros gibiers[60].

En ce qui concerne les espèces ongulées, l'expertise archéozoologique conjuguée à l'analyse d'usure de l'émail dentaire (en) rendent compte que le Bouquetin des Alpes et le Cerf élaphe représentent non seulement les deux espèces les plus abondantes en termes de nombre minimum d'individus et de nombre de spécimens identifiés, mais sont également les deux taxons d'herbivores ayant le plus fourni de viande disponible[62]. Au Paléolithique moyen, ces deux espèces d'herbivores, très régulièrement chassées par les occupants de l'abri, évoluaient au sein d'un biotope constitué de massifs forestiers et d'espaces semi-ouverts dans un contexte topographique de falaises, de hauts-plateaux et de vallées[62]. La répartition par âge des spécimens de Bouquetin des Alpes et le Cerf élaphe identifiés montre que les Néandertaliens privilégiaient la chasse des individus les plus âgés et les plus jeunes, cette donnée pointant « une stratégie de chasse opportuniste »[62]. Alors que les occupants de l'abri exploitaient des milieux forestiers pour s'approvisionner en viande de bouquetin, ces derniers se procuraient de la viande de cerf au sein de milieux semi-ouverts[62]. L'approvisionnement de carcasses d'ongulés se déroulait essentiellement en Automne[62]. La très faible variété de taxons d'ongulés observée dans le niveau stratigraphique moustérien indique que les Néandertaliens du Pié Lombard sélectionnaient les espèces faisant l'objet de leurs expéditions de chasse ou qu'ils devaient s'adapter aux migrations saisonnières de ces proies au voisinage du site[62].

Assemblage du paléolithique supérieur-épipaléolitique

Restes humains

Paléolithique

Les restes humains datés du paléolithique, mis en évidence lors de l'excavation du fossé de la cavité préhistorique réalisée en 1971, consistent en deux incisives centrales déciduales d'un néandertalien, l'une supérieure et l'autre inférieure[63]. Ces deux dents ont été retrouvées associées au niveau stratigraphique moustérien du site[63]. L'analyse de la résorption et de la calcification de leur racine, ainsi que l'usure de leur émail, ont permis d'estimer l'âge de leur propriétaire, à son décès, entre deux et quatre ans[63]. L'existence de ces deux dents d'enfant néandertalien au sein de la couche moustérienne demeure inexpliquée et aucune pratique anthropique liée à leur présence, telle que le cannibalisme, n'a pu être identifiée voire même conjecturée[63].

Restes floraux et palynologiques

Notes et références

  1. Porraz G., chap. III.2 « Étude de l'industrie lithique de l'abri de Pié Lombard (Tourettes-sur-Loup, Alpes-Maritimes) », dans En marge du milieu alpin. Dynamiques de formation des ensembles lithiques et modes d’occupation des territoires au Paléolithique moyen. Thèse., Université de Provence, (lire en ligne), p. 173-235.
  2. Nicole Andrisi, Tourrettes-sur-Loup en son pays, t. 1 : La recherche du temps perdu, Editions de Bergier, (lire en ligne), p. 12-16.
  3. Henry de Lumley-Woodyear, chap. III « Le Paléolithique inférieur et moyen des Alpes-Maritimes », dans Le Paléolithique inférieur et moyen du Midi méditerranéen dans son cadre géologique, vol. 5-1, t. I : Ligurie – Provence, Gallia Préhistoire, (lire en ligne), p. 150-152.
  4. Jean-Pierre Texier 1974, p. 429.
  5. Jean-Pierre Texier et et al. 2011, p. 19.
  6. Jean-Pierre Texier et al. 2011, p. 20.
  7. Jean-Pierre Texier et al. 2011, p. 21.
  8. Gravost M., « Inventaire des ressources hydrauliques du demi-synclinal de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). Données géologiques et hydrogéologiques », Rapports du BRGM,‎ (lire en ligne [PDF]).
  9. Jean-Pierre Texier et al. 2011, p. 21-22.
  10. Jean-Pierre Texier et al. 2011, p. 19.
  11. Jean-Pierre Texier et al. 2011.
  12. Audrey Roussel et et al. 2025.
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  19. Jean-Pierre Texier et al. 2011, p. 20-22.
  20. Antigone Uzunidis et al. 2024, p. 2.
  21. Jean-Pierre Texier et et al. 2011, p. 21.
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  23. Jean-Pierre Texier 1974, p. 430-431.
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  25. Guillaume Porraz, chap. 13 « Regards croisés : la diffusion des jaspes de Ligurie orientale (Italie) et l’approvisionnement en matières premières à l’abri Pié Lombard (Paléolithique moyen, France). », dans Nicholas J. Conard (dir.), Settlement Systems of the Middle Paleolithic and Middle Stone Age, Settlement Dynamics III, UISPP, Lisbonne 2006. Tübingen, Kerns Verlag, , 283-306 p. (lire en ligne).
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  28. Audrey Roussel et et al. 2025, p. 7.
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  34. Jean-Pierre Texier et et al. 2011, p. 21-22.
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Pour approfondir

Bibliographie

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Liens externes et internes

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