Acajou (Favart)

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Louis-François Prault (d) |
Acajou est un opéra-comique en trois actes en prose, mêlé de vaudevilles, de Charles-Simon Favart, sur une musique de Jean-Baptiste Moulinghen (d) créé, le , sur le théâtre de la foire Saint-Germain.
Sujet
L’œuvre allie satire sociale, fantaisie et éléments merveilleux, pour critiquer en creux les abus du pouvoir tout en célébrant la simplicité et la justice naturelle[1], [2].
Inspiration
Acajou est une parodie du conte féerique Acajou et Zirphile de Charles Pinot Duclos, composé en 1744 pour la Société du Caveau. Nombre de tragédies lyriques comme Hippolyte et Aricie, Armide, Acis et Galatée, Issé ou Castor et Pollux y sont parodiées[3],[4].
Intrigue
L’histoire suit Acajou, un jeune prince ingénieux, dans une série d’aventures amoureuses et burlesques ponctuée de rivalités comiques et de situations rocambolesques impliquant déguisements et stratagèmes pour conquérir le cœur de sa princesse bien-aimée, Zirphile[1],[2].
Personnages
- Harpagine, fée.
- Ninette, fée.
- Zirphile, princesse.
- Podagrambo, génie.
- Acajou, prince.
- M. Mortifer, médecin.
- M. Metromane, géomètre.
- M. Stentor, avocat.
- M. Glapissant, huissier audiencier.
- M. Fausset, procureur.
- Troupe de nains de la cour de Ninette.
Le théâtre représente le palais d’Harpagine.
Argument
Afin de préserver leur innocence, la fée Ninette a élevé le prince Acajou et la princesse Zirphile dans un isolement total, pour éviter qu’ils ne succombent prématurément aux passions. Le médecin Mortifer qui enseigne les armes et le géomètre Métromane sont leurs précepteurs[1],[2]. Toutes ces précautions s’avèrent inutiles lorsque les deux jeunes gens finissent par se rencontrer. Un simple baiser sur la main déclenche chez eux des sentiments inconnus et passionnés, mettant à bas les fondements de l’éducation austère qu’ils ont reçue. La mauvaise fée Harpagine, jalouse et malveillante, tente de contrecarrer leur union avec l’aide du génie Podagrambo. Elle cherche à séduire Acajou et à atteindre Zirphile par des enchantements. Après une série d’épreuves magiques et de situations comiques, l’amour sincère finit par triompher des sortilèges[1],[2]. La pièce se termine par le mariage des deux amants et une célébration générale[1],[2].
Réception
Cette comédie a connu un succès phénoménal auprès du public, et a attiré beaucoup de monde, après sa première représentation. Le Courrier des spectacles rapporte que
« La foule était si considérable le jour de la clôture, que la barrière qui séparait l’orchestre du parterre fut brisée. Pour la raccommoder. On fut obligé de faire sortir de la salle toutes les personnes qui remplissaient le parterre, mais on ne put y parvenir ; les personnes qui étaient sur le théâtre descendirent pour faire place à de nouveaux spectateurs qui comblèrent entièrement le lieu de la scène. Comme il n’avait pas été possible dans la confusion de rendre l’argent à tous ceux que l’on avait fait sortir, plusieurs personnes le redemandaient avec menaces. Six des plus mutins furent arrêtés ; mais on les laissa bientôt aller quand on fut parvenu à calmer les esprits. Jamais représentation n’avait produit tant d’argent, toutes les places étaient à six livres, et le théâtre était si rempli, qu’il n’y pourrait paraitre qu’un acteur à la fois. Il n’y eut point ce jour-là de symphonie, ni même de ballets ; et quoique privée de ces accessoires, si intéressants pour la pièce, elle fut fort applaudie, et tout le monde se retira satisfait[5] »
Historique
D’abord été jouée en prose et couplets à Paris, le , sur le théâtre de la foire Saint-Germain, Acajou a été représenté, après la défense faite à l’Opéra Comique de parler, entièrement en vaudevilles à la Foire Saint-Laurent suivante, et sur le Théâtre de l’Académie Royale de Musique au mois d’octobre de la même année[6]. Une note de la préface de l’édition de 1763 du Théâtre de Favart précise que « L'Acajou de M. Favart, joué d’original par de bons acteurs formés au gout du nouveau théâtre ; a eu un succès étonnant, et le sieur Monnet y contribua beaucoup par la dépense qu’il fit pour cette pièce[7] »
Le succès retentissant d’Acajou n’a pas été sans susciter l’animosité des Comédiens-Français, jaloux de cette concurrence. À l’époque, la Comédie-Française et l’Opéra-Royal jouissaient de privilèges royaux interdisant l’usage de la parole, du chant ou même de la danse à l’Opéra-Comique. Acajou a été l’élément déclencheur de la réaction de ces institutions qui, voyant que les parodies de Favart vidaient leurs propres salles en attirant tout Paris, ont décidé de riposter en portant plainte pour concurrence déloyale. Le 30 mai 1744, un décret retire à Jean Monnet, qui dirigeait l’établissement, le droit d’exploiter l’Opéra-Comique, entrainant sa fermeture jusqu’en 1751. Contraint de s’exiler, notamment pour suivre, avec sa troupe, l’armée du maréchal de Saxe, Favart est revenu, à la réouverture, en 1751, de l’Opéra-Comique, jouer un rôle central dans le rétablissement de cette institution, qui fusionnera, dix ans plus tard, avec la Comédie-Italienne pour devenir l’institution pérenne du Théâtre italien de Paris[8].
Analyse
Acajou figure parmi les plus grands succès de Charles-Simon Favart, la préface de l'édition de 1763 de son Théâtre rappelant qu'il « a eu un succès étonnant »[7]. Pièce emblématique de l'opéra-comique de foire du milieu du XVIIIe siècle, elle mêle dialogues en prose et vaudevilles, et associe satire sociale, fantaisie merveilleuse et parodie d'opéra[1],[2]. Comme le relève Christelle Bahier-Porte, l'adaptation conserve les ressorts spectaculaires du merveilleux, la fée Harpagine enlevant ainsi Zirphile « dans un char tiré par un dragon volant »[1].
Les historiens du genre y voient une étape décisive de l'évolution de Favart, qui « a contribué à épurer le genre comique de la Foire » et chez qui « ce genre évolua de la franche gaieté héritée de la Régence vers un art sensible et moralisateur[9]. » Cette inflexion, sensible dans le traitement de l'amour naissant d»Acajou et de Zirphile, annonce les comédies à ariettes de sa maturité.
Le retentissement de la création a contribué à imposer l'opéra-comique, né sur les tréteaux des foires parisiennes, comme un genre lyrique autonome dont Favart fut l'un des pionniers[9]. Paradoxalement, la fermeture de l'Opéra-Comique ordonnée le 30 mai 1744, obtenue par les Comédiens-Français « jaloux du succès d’Acajou »[8] », n'a fait que renforcer la notoriété de la pièce, érigée en symbole de la vitalité d'un théâtre populaire capable de concurrencer les scènes privilégiées.
Notes et références
- Christelle Bahier-Porte, « Le Conte à la scène », Féeries, Paris, no 4, Le conte, la scène, , p. 11‑34 (ISSN 1957-7753, lire en ligne).
- Nathalie Rizzoni, « Féerire à la foire », Féeries, Paris, no 5, Le rire des conteurs, , p. 51-77 (ISSN 1957-7753, lire en ligne).
- ↑ Régine Jomand-Baudry, « La « dramatisation » de Tanzaï et Néadarné par Charles Collé », Féeries, Paris, no 4, , p. 155-74 (ISSN 1957-7753, lire en ligne).
- ↑ Pauline Beaucé, chap. 1 « Un siècle de parodie dramatique d’opéra », dans Parodies d’opéra au siècle des Lumières, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 465 p., illustr. ; 21 cm (ISBN 978-2-75352-722-5, OCLC 862708072, lire en ligne).
- ↑ « Acajou, charmant opéra… », Le Courrier des spectacles, Paris, no 407, , p. 2 (ISSN 2556-322X, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Charles-Simon Favart (ill. François Boucher, Quentin-Pierre Chedel), Acajou, opera comique en trois actes, en vaudevilles par le Sr Favart ; représenté à Bruxelles par les comédiens de S. A. S. monseigneur le Comte de Saxe, marechal général des Camps & Armées du Roy, & commandant general des Pays-Bas, Bruxelles, , 72 p., 28-13 p. de musique, gr. : ill. ; in-8º (OCLC 612814668, lire en ligne sur Gallica)
- Théâtre de M. Favart : Théâtre italien, ou Recueil des comédies, parodies & opera-comiques qu’il a donnés jusqu’à ce jour, avec les airs, rondes & vaudevilles notés dans chaque piéce, Paris, Duchesne, , 397 p., 10 vol., illustr., mus, portr. (OCLC 224456184, lire en ligne sur Gallica), p. xij.
- Arthur Heulhard, Jean-Monnet : Vie et aventures d’un entrepreneur de spectacles au XVIIIe siècle, avec un appendice sur l’opéra-comique de 1752 à 1758, un portrait et une estampe, Paris, Alphonse Lemerre, , xii-117-4 p., portr., pl. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 10-1.
- Raphaëlle Legrand et Nicole Wild, Regards sur l’opéra-comique : trois siècles de vie théâtrale, Paris, CNRS Éditions, coll. « Sciences de la musique », , 290 p., illustr. ; in-8º (ISBN 978-2-27105-885-0, OCLC 52214503, lire en ligne), p. 36.
Éditions
- Acajou, opéra-comique [imité de Acajou et Zirphile, de C. Duclos], Théâtre du faux-bourg Saint-Germain, 18 mars 1744, Paris, Prault fils, , 48 p., in-8º (lire en ligne sur Gallica).
Liens externes
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