Actéon
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Dans la mythologie grecque, Actéon (en grec ancien Ἀκταίων / Aktaíôn), petit-fils d'Apollon, est un chasseur transformé en cerf par Artémis après avoir surpris celle-ci prenant son bain, entièrement nue. Il est dévoré vivant par ses propres chiens qui ne le reconnaissent pas.
Sources
Les fragments du Catalogue des femmes (ou Éhées) attribué à Hésiode sont la plus ancienne attestation littéraire du mythe d’Actéon qui a été conservée. Ils sont néanmoins très lacunaires et proviennent surtout de citations chez des auteurs postérieurs. Les fragments du poème présentaient Actéon dans la lignée thébaine et indiquaient qu'Actéon fut mis à mort par ses propres chiens, cette mort étant présentée, au moins une reconstruction, comme voulue par Zeus. La raison évoquée dans les scholies est que Zeus aurait provoqué sa mort parce qu’Actéon désirait épouser Sémélé. Dans les vers conservés du Catalogue des femmes, il n’est pas question d’Artémis surprise au bain, ni de métamorphose en cerf[1].

Selon Lamar Ronald Lacy, a contrario, la version d'origine la plus probable de la légende dépeint Actéon comme le compagnon de chasse de la déesse qui, la voyant nue dans sa source sacrée, tente de la violenter. Pour cet orgueil démesuré, il est transformé en cerf et dévoré par ses propres chiens[2]. Les récits divergent en ce qui concerne la transgression du chasseur : parfois simplement il voit la déesse nue, parfois il se vante d'être un meilleur chasseur qu'elle[3].
Mythe
Fils du dieu mineur Aristée (fils d’Apollon) et d’Autonoé (fille de Cadmos), il est élevé par le centaure Chiron et devient un chasseur très habile.
Selon la version la plus courante du mythe d’Actéon, il surprend un jour, au cours d’une chasse sur le mont Cithéron ou dans la vallée Gargaphia, la déesse Artémis (Diane dans la mythologie romaine) prenant son bain. Furieuse d’être vue nue, elle le transforme en cerf. Actéon meurt alors mordu par ses propres chiens de chasse ne le reconnaissant pas, rendus fous de rage par la déesse[4],[5].
Diodore mentionne d'autres raisons du courroux de la déesse : Actéon aurait commis un sacrilège dans son temple ou se serait vanté d'être plus habile qu'elle à la chasse. Cette dernière explication est déjà donnée par Euripide dans ses Bacchantes.
Le pseudo-Apollodore rapporte aussi une tradition minoritaire qu’il attribue à Acousilaos, selon laquelle Actéon est métamorphosé par Zeus pour avoir poursuivi Sémélé (princesse thébaine mère de Dionysos) de ses assiduités.
Selon les Histoires incroyables de Palaiphatos de Samos, d'origine arcadienne, Actéon aimait beaucoup les chiens, en élevait et chassait jusqu'à négliger ses propres affaires, à tel point que son patrimoine finit par disparaître. L'imagerie populaire le dit mangé par ses chiens. Pausanias[6] rapporte qu'il faisait l'objet d'un culte héroïque dans la cité d'Orchomène (Béotie).
Évocations artistiques
Antiquité
Les plus anciennes représentations conservées d’Actéon datent de la fin du VIe siècle av. J.-C. notamment en céramique attique à figures noires ou parfois en céramique béotienne. Dans les représentations les plus anciennes, Actéon est attaqué par plusieurs chiens et il est généralement nu, comme un héros ou un chasseur. Dans certaines des plus anciennes images, porte des bois de cerf sur la tête mais conserve un corps humain[7].
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Dans plusieurs représentations archaïques, la scène montre uniquement Actéon et les chiens sans la présence d’Artémis. Les premières images ne montrent généralement pas la scène de surprise au bain qui deviendra plus fréquente à l’époque classique et surtout dans l’art hellénistique et romain[8],[7]. Pausanias (X, 30, 5) évoque ainsi une peinture de Polygnote (Ve siècle av. J.-C.) à ce sujet.
Le mythe d’Actéon a fait l’objet de plusieurs tragédies grecques, aujourd’hui perdues, comme l’Actéon de Iophon[9] ou l’Actéon de Phrynichos[10].
Il est repris par Ovide dans ses Métamorphoses (Livre III, 138-252) où la transformation est principe de devenir universel et vitalité des formes par opposition à l'esthétique grecque de force et de stabilité. Alors que dans ses Métamorphoses, Apulée reprend le thème de la faute et de la fragilité humaine, et surajoute le reflet révélateur (le reflet d'Actéon dans l'eau dévoile sa présence aux yeux d'Artémis) : l'apparence trompeuse est aussi accès au Réel[5].
Époque moderne
Arts graphiques
- La Chasse de Diane, de Luca Giordano ;
- Actéon métamorphosé en cerf de Francesco Albani ;
- Diane surprise par Actéon, par Hugues Lallement, 1562, haut-relief sur une cheminée provenant d'une maison de Châlons-en-Champagne, château d'Écouen
- Diane et Actéon, de Lucas Cranach l'Ancien, 1540, Musée national bavarois, Munich
- Diane et Actéon, du Titien (1556-1559), National Gallery, Londres et National Gallery of Scotland, Edimbourg
- La Mort d'Actéon du Titien (1559-1575), National Gallery, Londres
- Diane surprise par Actéon, estampe de Johannes Wierix (1599)[11]
- Diane et Actéon par Giuseppe Cesari dit le Cavalier d'Arpin, vers 1603-1604, Musée du Louvre
- Diane et Actéon par Giuseppe Cesari dit le Cavalier d'Arpin, Musée des Beaux-Arts de Valenciennes
- Diane et Actéon par Giuseppe Cesari dit le Cavalier d'Arpin, vers 1603-1606, Musée des Beaux-Arts de Budapest en Hongrie
- Artémis et Actéon par Denis van Alsloot et Hendrick de Clerck, vers 1608 à Bruxelles
- Diane et ses nymphes surprises au bain par Actéon, par Rembrandt (1659), Isselburg, Allemagne
- Dans son célèbre tableau Diane sortant du bain (voir ci-contre), Boucher choisit de faire simplement allusion à cet épisode célèbre : alors que la déesse nue sort de l'eau, l'un de ses chiens flaire la présence d'un intrus — ce sera Actéon.
- Diane et Actéon, Giambattista Tiepolo, 1743-1744, Fondation et Collection Emil G. Bührle, Zurich[12]
- La chasse de Diane par Arnold Böcklin, 1896, huile sur toile, Musée d'Orsay[13]
- Diane et Actéon (ou Diane surprise au bain), Camille Corot, 1836, Metropolitan Museum of Art, New York[14]
- Actéon dans la peinture
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Actéon et Artémis au bain
van Alsloot & de Clerck (1608) -
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Diane et Actéon
Giambattista Tiepolo, 1743-1744
Fondation et Collection Emil G. Bührle, Zurich[12] -

Diane et Actéon, 1785-1788
Thomas Gainsborough
Royal Collection -

Diane et Actéon
Camille Corot, 1836
Metropolitan Museum of Art, New York
Autres arts
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- Actéon, sculpture de Paul Manship, 1925, Smithsonian American Art Museum, Washington (district de Columbia)
- Le Cymbalum Mundi de Bonaventure Des Périers met en scène deux chiens d’Actéon, Hylactor et Pamphagos, qui se trouvèrent dotés de la parole humaine après avoir dévoré la langue de leur maître transformé en cerf.
- Actéon H.481, opéra de chasse de Marc-Antoine Charpentier, composé probablement en 1684
- Actéon, opéra comique de Daniel-François Esprit Auber (1836)
- Une légende chrétienne d'Aktéon, nouvelle de Maurice Renard (1909)
- Le Bain de Diane, essai de Pierre Klossowski (1956)
- Le collectif LFKs et son metteur en scène, cinéaste, écrivain et plasticien Jean Michel Bruyère, ont réalisé un certain nombre de projets sur le mythe de Diane et Actéon : une série de 600 courts-métrages et moyens-métrages, une installation 360° interactive, Si poteris narrare licet (2002), une installation 360° en 3D La Dispersion du Fils (de 2008 à 2016), une performance en plein air, Une Brutalité pastorale (2000), entre autres.
Symbolisme et interprétations modernes
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Le même mythe peut délivrer des messages différents :
Parce que la force du mythe est de parler à tous, pour peu qu'on le questionne de manière singulière, car comme dit R. Barthes « le mythe est toujours un vol de langage »[5].
Hans Biedermann, dans son Encyclopédie des symboles, considère que dans la mythologie grecque, le sort d'Actéon se rapporte au rituel d'un sacrifice humain en hommage à Artémis. Les chiens représentent les sacrificateurs et Actéon, la victime propitiatoire[15].
Dans son essai Le Bain de Diane (1956), Pierre Klossowski va plus loin et ne réduit pas cette légende du chasseur à une hérésie sacrilège ; il se montre surtout fasciné par la violence du désir d'Actéon et sa folle passion pour la beauté de la déesse chasseresse, laquelle, revêtue d'attributs contradictoires (virginité et mort, nuit et lumière, chasteté et séduction), apparaît comme le symbole de l'intouchable nature divine, dont la théophanie exacerbe l'imagination délirante et érotique d'Actéon. Klossowski représente Actéon comme étant la victime de son délire, une extase passionnelle à la fois érotique et mystique dans laquelle il s'abîme[16]. Actéon étant lié à Dionysos de par son ascendance familiale (sa mère, Autonoé, est la sœur de Sémélé, mère de Dionysos), Pierre Klossowski voit aussi dans cette légende du chasseur et sa tentative de viol sur Artémis « une rivalité des cultes delphien (Artémis) et dionysien (Actéon)[17]. »
Dans la psychologie post-jungienne, le mythe est interprété comme un symbole de transformation spirituelle et d'illumination mystique[18]. Pour Jean-Paul Sartre, Actéon symbolise l’hybris de la curiosité humaine. Ainsi, Sartre appelle « complexe d'Actéon » le complexe du savant, semblable au « chasseur qui surprend une nudité blanche et qui la viole de son regard »[19].
Pierre Hadot, dans Le voile d'Isis (2004) note :
Dominique Venner, dans son Histoire de la tradition des Européens Paris 2002, p.228, interprète le châtiment d'Actéon, dévoré par ses chiens parce qu'il a vu Diane nue, comme le symbole du danger que court l'humanité, si elle se laisse entraîner par l'ambition démesurée de dominer la nature : « Le sort d'Actéon rappelle opportunément que l'homme n'est pas le maître de la nature »[20].
Selon des historiens de la médecine, comme Kurt Sprengel et Mirko Grmek, le mythe d'Actéon représente la rage (maladie). Cette interprétation s'appuie sur la représentation du cratère de Vico Equense (Musée des Beaux-Arts de Boston), où l'on voit Lyssa (personnification de la folie furieuse) exciter les chiens contre leur maître[21],[4].
Notes et références
- ↑ (en) Hesiod: The Shield, Catalogue of Women, Other Fragments, Éd. Glenn W. Most, Loeb Classical Library, 2007 / 2018
- ↑ (en) Lamar Ronald Lacy, The Myth of Aktaion : Literary and Iconographic Studies, U.M.I, 1990, 275 p.
- ↑ (en) Lamar Ronald Lacy, Aktaion and a Lost Bath of Artemis, dans The Journal of Hellenic Studies, 110 (1990 : 26-42).
- (en) « Mixing bowl (bell krater) », sur collections.mfa.org (consulté le )
- Nicole Fick, « La postérité des mythes grecs : Actéon chez Ovide et Apulée », Pallas, no 81, , p. 169–178 (ISSN 0031-0387, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] IX, 38, 5
- (en) Carl C. Schlam, « Diana and Actaeon: Metamorphoses of a Myth », Classical Antiquity, 1984, 3 (1): 82–110., doi.org/10.2307/25010808
- ↑ Uriel Pilar Fernandez, Le regard d’Actéon, Bulletin de l'Association Guillaume Budé, Année 2013, 1, pp. 67-90
- ↑ Souda [(en + grc) lire en ligne] (entrée Ἰοφῶν).
- ↑ Souda [(en + grc) lire en ligne] (entrée Φρύνιχος)
- ↑ (en) « Fiche de Diane surprise par Actéon », sur British Museum (consulté le ).
- (de) « Giambattista Tiepolo - Diana and Actaeon », sur Fondation Bührle.
- ↑ Serge Lemoine, La Peinture au Musée d'Orsay, Éditions de la Martinière, , 765 p. (ISBN 978-2-7324-3086-7), p. 148.
- ↑ Corot, Metropolitan Museum
- ↑ (en) Hans Biedermann, The Dictionary of Symbolism, Facts on File, (ISBN 0-8160-2593-2)
- ↑ Pierre Klossowski, Le Bain de Diane, Paris, Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1956, p. 15.
- ↑ Le Bain de Diane, p. 129.
- ↑ (en) Wolfgang Giegerich (en), The Soul’s Logical Life, Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, .
- ↑ Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant, Paris, Gallimard, (ISBN 2-07-029388-2), p. 666
- ↑ Pierre Hadot, Le voile d'Isis, Essai sur l'histoire de l'idée de nature, Paris, Gallimard, , 515 p. (ISBN 978-2-07-035654-6), p. 469
- ↑ Mirko Grmek, Les maladies dans l'art antique, Paris, Fayard, (ISBN 2-213-60154-2), p. 94-95.
Annexes
Sources anciennes
- Pseudo-Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 4, 4).
- Nonnos de Panopolis, Dionysiaques [détail des éditions] [lire en ligne] (V)
- Palaiphatos, Histoires incroyables [détail des éditions] (lire en ligne) (VI)
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne] (IV, 81).
- Euripide, Les Bacchantes [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 337–340).
- Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne] (CLXXXI).
- Ovide, Héroïdes [détail des éditions] [lire en ligne] (XX), Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 138–252).
- Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 44, 5 ; IX, 2, 3 ; IX, 38, 5 ; X, 17, 3 ; X, 30, 5).
Bibliographie
Monographie
- Hélène Casanova-Robin, Diane et Actéon. Éclats et reflets d'un mythe à la Renaissance et à l'âge baroque, Paris, Honoré Champion, 2003.
- Françoise Frontisi-Ducroux, L' homme-cerf et la femme-araignée : figures grecques de la métamorphose, Paris, Gallimard, 2003, pp. 245–256,
- Jacqueline Kelen, La Déesse nue, Paris, Éditions du Seuil, 2000.
- Pierre Klossowski, Le Bain de Diane, Paris, Éditions Pauvert, 1956.
- (en) Lamar Ronald Lacy, The Myth of Aktaion: Literary and Iconographic Studies, U.M.I, 1990, 275 p.
- (en) Robert L. Fowler, Early Greek Mythography. II. Commentary, Oxford, Oxford University Press, 2013, pp. 370 et 371.
Articles
- (en) Gregory Nagy, « On the Death of Acteon », HSCP, 1978, p. 277.
- (en) C. C. Schlam, « Diana and Acteon: Metamorphoses of a Myth », Classical Antiquity, III, Berkeley, 1984, p. 82-110.
- Amalia Margherita Cirio, « Fonti letterarie ed iconografiche del mito di Atteone », Boll. Class. Lincei 1977, fascicule XXV, pp. 44 à 60.
- Salomon Reinach, Cultes, Mythes et Religions, Robert Laffont collection Bouquins, Actéon pages 855 à 875, (ISBN 2-221-07348-7)
Sources radiophoniques
- Paul Schubert, « Actéon, un chasseur sachant chasser…. », Mythomane, Radio télévision suisse, (consulté le )
Liens externes
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