Adam et Ève

Adam et Ève sont les figures centrales du récit biblique de la création de l’humanité, telles que rapportées dans le Livre de la Genèse, premier livre de la Bible hébraïque et de l’Ancien Testament chrétien. Ce récit a eu une influence majeure sur la théologie, la philosophie, la culture et l’art à travers les siècles.

Récit biblique

Dans le Livre de la Genèse (chapitres 1 à 3), Dieu crée l’homme (Adam) à partir de la poussière du sol et lui insuffle la vie[1]. Adam est placé dans le jardin d’Éden, un paradis terrestre, où il vit sans soucis. Dieu crée ensuite Ève à partir d’une côte d’Adam pour lui tenir compagnie[2].

Les deux premiers humains vivent initialement dans l’innocence, mais sont avertis par Dieu de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Cependant, tentés par le serpent (souvent identifié à Satan dans la tradition chrétienne), ils mangent le fruit défendu[3]. Cette désobéissance, appelée « le Péché originel », entraîne leur expulsion du jardin d’Éden et introduit le concept du mal et de la mort dans le monde.

Interprétations religieuses et théologiques

Judaïsme

Dans le judaïsme, Adam et Ève sont considérés comme les premiers êtres humains et ancêtres de toute l’humanité. Le récit souligne la responsabilité morale humaine et la relation spéciale entre Dieu et l’homme. Le concept de péché originel y est moins accentué que dans le christianisme, mettant plutôt l’accent sur le libre arbitre et la capacité de l’homme à se repentir[4].

Christianisme

Pour les chrétiens, Adam et Ève représentent la chute de l’homme et la nécessité de la rédemption, accomplie par Jésus-Christ. Saint Augustin est l’un des premiers à formaliser la doctrine du péché originel, expliquant que le péché d’Adam est transmis à toute l’humanité[5].

Islam

Dans l’islam, Adam (آدم) est considéré comme le premier prophète et homme créé par Allah. Ève (حواء, Hawwa) est également sa compagne. Le récit coranique partage certains éléments avec la Bible, mais diffère sur le rôle du diable et la nature du péché[6].

Études historiques et littéraires

L’histoire d’Adam et Ève est aussi étudiée comme un mythe fondateur commun à plusieurs cultures, incarnant des thèmes universels : création, innocence, tentation, connaissance, culpabilité et exil.

Des chercheurs en études bibliques et mythologie comparent ce récit avec d’autres mythes antiques sur la création, notamment sumériens et babyloniens, comme le mythe d’Adapa[7],[8].

En 2014, les chercheurs néerlandais Marjo C. A. Korpel et Johannes de Moor de l’Université théologique protestante d’Amsterdam ont publié les résultats de leur étude de tablettes d’argile provenant d’Ougarit, datées du XIIIe siècle av. J.-C., qui contiennent une version ancienne du mythe d’Adam et Ève. Ces tablettes – environ 800 ans plus anciennes que la version du Livre de la Genèse – racontent, dans un texte rédigé en langue ougaritique et en écriture cunéiforme, un combat entre le dieu créateur El, le plus élevé des dieux, et un adversaire nommé Horon, qui veut renverser El.

Les dieux vivent dans un jardin paradisiaque où pousse aussi un arbre de vie qui confère l’immortalité. Horon est banni de ce lieu ; il prend alors la forme d’un grand serpent (probablement Lôtan, mentionné dans plusieurs autres, qui est probablement l'ancêtre du Ledon de la mythologie grecque qui protège le jardin des Hespérides), empoisonne l’arbre de vie et le transforme en arbre de mort, lequel menace toute vie sur terre. Les dieux choisissent alors l’un des leurs pour combattre le rebelle, mais l’élu, Adammou en ougaritique (soit Adam si l'on enlève la terminaison de nominatif), échoue lorsque Horon, sous la forme du serpent, le mord et le prive ainsi de son immortalité.

Les dieux restants parviennent finalement à contraindre Horon à déraciner l’arbre empoisonné. L’immortalité est certes perdue, mais la vie peut se poursuivre. La déesse-soleil, Shapash, crée alors, comme partenaire pour l’Adam désormais mortel, une « femme bonne ». Ainsi, par la génération, l'humanité ainsi créée peut-elle tendre à nouveau vers immortalité.

Représentations artistiques et culturelles

L’histoire d’Adam et Ève a inspiré une multitude d’œuvres dans la peinture, la sculpture, la musique, le théâtre et la littérature.

Par exemple, la peinture d’Albrecht Dürer (1507) et les gravures de Lucas Cranach l’Ancien ont popularisé leur image iconique. De même, la littérature et la poésie ont souvent repris cette figure pour explorer les questions humaines de la nature, du péché, de l’innocence et de la rédemption[9],[10].

Bande dessinée

Cinéma et télévision

Gravure

Littérature et théâtre

Musique

Peinture

Photographie

Sculpture

Perspectives contemporaines

Aujourd’hui, Adam et Ève sont aussi vus à travers le prisme des sciences humaines : psychologie, philosophie, études de genre et même biologie (dans la compréhension symbolique de la condition humaine).

Les débats modernes interrogent la portée littérale ou symbolique du récit, la place des genres, et les implications éthiques[12],[13].

Références

  1. Gn 2,7
  2. Gn 2,21-22
  3. Gn 3
  4. Jacob Neusner, Judaism and Christianity in the Age of Constantine, 1987, Google Books
  5. Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XIII, texte en anglais
  6. Coran, sourates 2 (Al-Baqara), 7 (Al-A‘rāf), 20 (Tā-Hā), Quran.com
  7. Mircea Eliade, Mythes, rêves et mystères, Gallimard, 1962, Archive.org
  8. Bruce Lincoln, Death, War, and Sacrifice, University of Chicago Press, 1991, University of Chicago Press
  9. Michael Camille, Gothic Art: Glorious Visions, 1996, Google Books
  10. John Milton, Paradise Lost, 1667, Project Gutenberg
  11. Chloé Devis, Derrière l'objectif de Pierre et Gilles : Photos et propos, Éditions Hoebeke, , 155 p. (ISBN 2842304683), p. 34 à 35
  12. Elaine Pagels, Adam, Eve, and the Serpent, Random House, 1988, Google Books
  13. Elaine Pagels, The Origin of Satan, 1995, Google Books

Bibliographie

  • La Sainte Bible, Genèse 1-3.
  • Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XIII.
  • Jacob Neusner, Judaism and Christianity in the Age of Constantine, 1987.
  • F. E. Peters, The Children of Abraham, Princeton University Press, 2004.
  • Mircea Eliade, Mythes, rêves et mystères, Gallimard, 1962.
  • John Milton, Paradise Lost, 1667.
  • Elaine Pagels, Adam, Eve, and the Serpent, Random House, 1988.
  • Bruce Lincoln, Death, War, and Sacrifice, University of Chicago Press, 1991.
  • Michael Camille, Gothic Art: Glorious Visions, 1996.

Voir aussi

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