Adoption forcée en Australie

L'adoption forcée en Australie consistait à retirer des bébés à des mères célibataires, contre leur gré, et à les placer en vue de leur adoption. En 2012, un rapport d'enquête du Sénat australien sur les pratiques d'adoption forcée a révélé que des bébés étaient enlevés illégalement par des médecins, des infirmières, des travailleurs sociaux et des représentants religieux, parfois avec l'aide d'agences d'adoption et d'autres autorités, et adoptés par des couples mariés. Certaines mères étaient droguées et leur consentement était obtenu illégalement[1]. Nombre de ces adoptions ont eu lieu après un renvoi des mères par leur famille en raison de la stigmatisation liée au fait d'être enceintes et célibataires[2]. Ces enlèvements se sont produits principalement durant la seconde moitié du XXe siècle. Selon Marissa Calligeros la journaliste du Sydney Morning Herald, cette pratique a été qualifiée de « trafic d'enfants institutionnalisé »[3].

En réponse à l’enquête du Sénat, le la Première ministre Julia Gillard a présenté des excuses nationales aux personnes touchées par les adoptions forcées[4] et initié une série d'actions gouvernementales[5].

Les pratiques d'adoption en Australie au XXᵉ siècle

Ce phénomène est propre au XXe siècle, la plupart des adoptions ayant eu lieu entre les années 1950 et 1980. Pendant une grande partie de cette période, l'adoption présentait deux caractéristiques principales : l'application de la « rupture nette » et le cadre de l'« adoption fermée ». La rupture nette impliquait le retrait du bébé à sa mère immédiatement après la naissance, souvent sans aucun contact entre la mère et le bébé, suivi du placement définitif du bébé dans une famille adoptive, généralement dans un délai de quelques semaines. L'adoption fermée impliquait que les dossiers administratifs étaient scellés, pour que les parties à l'adoption ignorent l'identité des autres[6].

Il n'existe pas d'estimations précises du nombre d'adoptions réalisées en Australie, mais des estimations d'environ 250 000 sont plausibles. Une proportion inconnue de ces adoptions sont des placements d'enfants de mères célibataires[7].

Comme il existait une stigmatisation des enfants de mères célibataires enceintes hors mariage, qui induisait aussi une absence de soutien financier pour les mères célibataires, on pensait que l'adoption des bébés de mères non mariées était dans « le meilleur intérêt de l'enfant »[8].

Excuses officielles des autorités

Le , le Parlement d'Australie-Occidentale est le premier parlement australien à présenter des excuses officielles pour les politiques d'adoption forcée d'enfants nés de mères célibataires, exprimées par Colin Barnett[9].

Le le Parlement d'Australie-Méridionale a aussi présenté des excuses officielles pour les adoptions forcées, formulées par le Premier ministre Jay Weatherill. On estime que plus de 17 000 enfants ont été adoptés avant 1980, et certaines de ces adoptions ont été forcées[3].

L'Assemblée législative du Territoire de la capitale australienne a approuvé des excuses officielles, présentées par la ministre en chef Katy Gallagher, le [10].

Le , le Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, Barry O'Farrell, a présenté des excuses au nom du Parlement de Nouvelle-Galles du Sud aux parents et aux enfants touchés par les anciennes politiques d'adoption forcée[11]. Ces excuses ont été adoptées par les deux chambres du Parlement[12].

Le , c'est le Parlement de Victoria qui a formulé des excuses pour ses pratiques d'adoption forcée. Ces excuses ont été présentées par le Premier ministre de Victoria , Ted Baillieu, et le chef de l'opposition, Daniel Andrews[13].

Le , le Parlement de Tasmanie a annoncé qu'il présenterait des excuses officielles concernant les politiques d'adoption forcée[14].

Le , le gouvernement du Queensland a annoncé qu'il présenterait également des excuses par l'intermédiaire du Parlement du Queensland, laissant ainsi le Territoire du Nord comme seule juridiction à ne pas avoir présenté d'excuses ni annoncé d'excuses à venir sur ce sujet.

Le , Julia Gillard a présenté des excuses au nom du gouvernement australien[4]. Les Archives nationales d'Australie ont été chargées de créer un site web et une exposition afin de mieux faire comprendre les pratiques d'adoption forcée en Australie, conformément aux recommandations du rapport du Sénat[5].

Conséquences

En un rapport commandité par le conseil législatif d'Australie occidentale expose les conséquences psychologiques traumatiques et l'atteinte au droit fondamental de connaitre leurs origines et leur identité culturelle des personnes touchées par les pratiques d'adoption forcée et établit 39 recommandations, parmi lesquelles l'obligation de notifier toutes les personnes adoptées qui n'en seraient pas conscientes[15]. Deux mois plus tard, Le gouvernement d'Australie occidentale a rejeté cette recommandation en raison du stress que cela pourrait causer aux personnes concernées sans préparation préalable[16].

Un système de dédommagements financier dans le cadre d'un programme de redressement des torts pour les mères victimes est mis en place en 2023 pour la première fois dans l'état de Victoria[17].

En Tasmanie, un système de dédommagement financier pour les mères qui se sont vu retirer leurs enfants contre leur gré a été mis en place en 2025[18],[19].

Voir aussi

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Forced adoption in Australia » (voir la liste des auteurs).
  1. Commonwealth Contribution to Former Forced Adoption Policies and Practices, Canberra, Parliament of Australia, (ISBN 978-1-74229-600-5, lire en ligne)
  2. (en) Henrietta Cook, « Uncanny resemblance helped quest for identity », sur The Age, (consulté le )
  3. (en) Calligeros, « 'Your son is gone. He's with his adoptive parents' », The Sydney Morning Herald, (consulté le )
  4. Gillard, Julia, « National Apology for Forced Adoptions », Attorney-General's Department, Commonwealth of Australia, (consulté le )
  5. « Australian Government response to the Senate Community Affairs References Committee Report: Commonwealth Contribution to Former Forced Adoption Policies and Practices », Forced Adoption Practices, Parliament of Australia, (consulté le )
  6. (en) Pauline Kenny, « Past adoption experiences: National Research Study on the Service Response to Past Adoption Practices » [archive du ] Accès libre [PDF], sur aifs.gov.au, Australian Institute of Family Studies, Melbourne:, (ISBN 978-1-922038-05-0, consulté le )
  7. (en) Commonwealth contribution to former forced adoption policies and practices, Parliament House, (ISBN 978-1-74229-600-5, lire en ligne)
  8. (en) Parliament of Australia, « Apology for forced adoption practices Parliament of NSW » [archive du ], sur www.parliament.nsw.gov.au, Canberra (consulté le )
  9. (en) Katherine Fenech, « Tears and cheers as WA apologises to unwed mums », sur WAtoday, (consulté le )
  10. NSW Legislative Council Standing Committee on Social Issues Report on Adoption Practices Second Interim Report Transcript of Evidence 16 June 1999 – 25 October 1999, Report 21, June 2000; page 140, line 43.
  11. (en) « Hundreds to turn out for forced adoptions apology in NSW », NewsComAu,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  12. (en) corporatename=Parliament of NSW, « Apology for forced adoption practices Parliament of NSW » [archive du ], sur www.parliament.nsw.gov.au (consulté le )
  13. Henrietta Cook, « Uncanny resemblance helped quest for identity », The Age,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. « Tas to apologise over forced adoptions », Australian Broadcasting Corporation,‎ (lire en ligne)
  15. (en) Standing Committee on Environment and Public Affairs, Broken Bonds, Fractured lives : Report On The Inquiry Into Past Forced Adoptions In Western Australia, West Perth, , 511 p. (ISBN 978-1-922047-69-4, lire en ligne)
  16. (en-GB) Claire Moodie, « ‘Why didn’t you tell me?’: the Australian push to have all adopted people told their full history and identity », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  17. (en-GB) Benita Kolovos et Benita Kolovos Victorian state correspondent, « Mothers subjected to forced adoption of babies can apply for $30,000 compensation in Victoria », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  18. (en) « Tasmania to introduce redress scheme for historical forced adoption practices », sur Pulse Tasmania, (consulté le )
  19. (en) « Money on table to redress mothers who lost children to forced adoption », sur www.theadvocate.com.au, (consulté le )

Liens externes


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