Affaire ANEP

L'affaire ANEP ou affaire de l'Agence nationale d’édition et de publicité est une affaire politico-financière en Algérie concernant des problèmes de gouvernance et transparence autour de la publicité publique gérée par l'Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP)[N 1]. Plusieurs personnalités algériennes sont impliquées dont trois anciens ministres, Abdelkader Khamri et Djamel Kaouane condamnés à huit ans de prison et Hamid Grine condamné à quatre ans de prison.

Historique

Contexte

Larbi Ounoughi est nommé PDG le . Dès son arrivée, il dénonce la situation « mafieuse » de l'ANEP et décide d'axer son mandat sur ce problème pour y remédier[2],[3]. Le mois suivant, il révèle que l’agence a déboursé près de 40 milliards de dinars pendant les quatre dernières années, et « souvent au profit de médias amis »[4]. Il décide donc de mettre en place un plan d’assainissement pour redéfinir les principes fondamentaux concernant l’octroi de la publicité publique aux médias afin qu'il se fasse suivant quinze critères dits "critères objectifs”[5]. Selon la presse indépendante, ces déclarations lui valent son limogeage le [6].

ANEP 1

En , Rabah Madjer, joueur de football devenu propriétaire de titres de presse, est condamné à 18 mois de prison et 500.000 dinars (à payer avec un co-accusé) pour avoir bénéficié de commandes publicitaires de l'ANEP alors que ses deux journaux, El Balagh et El Balagh Erriadhi, avaient cessé de paraître[7].

En , la presse annonce la mise en détention provisoire de deux anciens directeurs généraux de l'ANEP pour des faits de « corruption et de dilapidation de deniers publics concernant l'ANEP, ayant entrainé des pertes au Trésor estimées à des milliards », précisant qu'il s'agit « d'octroi d'espaces publicitaires à des journaux minuscules et d'autres fictifs, n'existant pas sur la scène médiatique, sans atteindre l'objectif de la publicité, outre le népotisme qui sévissait à travers le choix de titres donnés, avec la complicité de responsables à l'ANEP »[8].

Au début de l'année 2025, se tient un procès avec 56 accusés dont l'ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdelkader Khamri, Ahmed Boucena qui a dirigé l'ANEP pendant 14 ans, des directeurs à l’ANEP et au ministère de la Jeunesse et des Sports. Ce procès regroupe deux dossiers distincts celui de l'ANEP et celui de l’Agence nationale des loisirs et de la jeunesse (ANALJ) [N 2] de la direction de la jeunesse et des sports (DJS). En effet, Abdelkader Khamri, ayant été successivement PDG de l’ANEP et ministre de la Jeunesse et des Sports. De plus, dix entreprises propriété des accusés sont poursuivies en tant que personnes morales. Le ministère de la Jeunesse qui s'est porté partie civile avance une perte de 6 milliards de dinars, soit 44 millions de dollars[9],[10].

Abdelkader Khomri, reconnu coupable d' « abus de fonction, octroi d’indus avantages et dilapidation de deniers publics », est condamné en à 8 ans de prison ferme avec une amende d’un million de dinars. Différents cadres de l'ANEP dont Ahmed Boucena, Absi et Mourad Adimi, sont condamnés à 2 ans de prison ferme assortie d’amende. Ils sont coupables « d’abus de fonction »[11].

ANEP 2

En , la presse annonce l'ouverture d'un procès, dit ANEP 2, pour « détournement de fonds publics, octroi d’avantages indus et abus de fonction dans le cadre de la distribution de la publicité publique », visant deux anciens ministres de la Communication, Hamid Grine et Djamel Kaouane, un ancien directeur de l'ANEP, Amine Echikr, et d'autres cadres et employés de l'agence[12],[13]. Le procès se tient en .

Hamid Grine, ministre de la Communication de 2014 à 2017, évoque un ministère « théoriquement de tutelle », mais des choix publicitaires « souvent arbitrés ailleurs » avec la présidence de la République de l’époque. Djamel Kaouane, ministre de la Communication de 2017 à 2019, réfute les accusations, il affirme qu’« il n’existe pas de loi qui régule la publicité en Algérie »[14].

Hamid Grine est d'abord condamné à quatre ans de prison, peine ramenée à deux ans de prison ferme en . Djamel Kaouane et l’ex-PDG de l’ANEP, Amine Échikr, sont condamnés à huit ans de prison, peines ramenées à six ans de prison en [15],[16].

Analyse

Pour Le Matin d'Algérie, ces procès montrent les relations « entre pouvoir, médias et argent public », ils permettent de juger d'anciens responsables politique mais ne touchent pas aux bénéficiaires de l'argent détourné. Par ailleurs, en l'absence d'un système de financement des médias libéré des affinités et pressions politiques, la presse restera « instrumentalisée par ceux qui la financent »[17].


Notes et références

Notes

  1. L'Agence nationale d’édition et de publicité est créée en 1967, le domaine de la publicité devient un monopole d'État[1].
  2. L’Agence nationale des loisirs et de la jeunesse est un établissement public créé en novembre 1989 avec un objectif socio-éducatif et culturel. Ainsi il organise des colonies de vacances, des activités ludiques ou des journées en plein air pour les jeunes

Références

  1. « La publicité devient monopole d'État », sur Le Monde, (consulté le ).
  2. « Larbi Ounoughi : « Une mafia a pris le contrôle de la publicité » (Vidéo) », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le ).
  3. Farid Alilat, « Larbi Ounoughi, l’homme qui veut mettre de l’ordre dans les médias en Algérie », sur Jeune Afrique, (consulté le ).
  4. Farid Alilat, « Deux ex-ministres de Bouteflika inculpés pour « dilapidation de la manne publicitaire » », sur Jeune Afrique, (consulté le ).
  5. « Distribution de la publicité publique : 15 critères objectifs retenus en attendant une loi », sur www.elmoudjahid.com (consulté le ).
  6. Publicité publique : nouveau changement à la tête de l’Anep, site tsa-algerie.com, 27 septembre 2020.
  7. « Affaire Anep : Rabah Madjer condamné à la prison ferme », sur TSA, (consulté le ).
  8. Lutte anti-corruption : deux anciens DG de l'ANEP placés en détention provisoire}, site aps.dz, 6 mars 2023.
  9. Naila Benrahal, « Enquêtes anticorruption au MJS et à l’ANEP : L’ancien ministre Abdelkader Khomri à la barre », sur El Moudjahid, 2025-02-169 (consulté le ).
  10. Salima Tlemçani, « 10 ans requis contre l’ancien ministre Abdelkader Khomri », sur El Watan, (consulté le ).
  11. Salima Tlemçani, « Affaires de gestion de l’ANEP et de l’Analj : Abdelkader Khomri condamné à 8 ans de prison ferme », sur El Watan, (consulté le ).
  12. Affaire ANEP 2 : Hamid Grine, Kaouane (ex-ministres de la Communication) face à la justice site lematindalgerie.com, 11 août 2025.
  13. Arezki Said, « En Algérie, un nouveau procès pour les milliards dilapidés de l’agence gérant la publicité de l’État », sur Jeune Afrique, (consulté le ).
  14. Yasser K, « « Tout fonctionne par directives » : l’aveu d’un ex-ministre qui dévoile le fonctionnement du système publicitaire d’État », sur Maghreb Emergent, (consulté le ).
  15. « ANEP-2 » : les ex-ministres Kaouane et Grine lourdement condamnés, site maghrebemergent.com, 28 octobre 2025
  16. Cour d’Alger : peine de prison confirmée pour Hamid Grine et Djamel Kaouane, site lematindalgerie.com, 11 février 2026.
  17. « Affaire ANEP 2 : justice spectacle, des zones d’ombre et des « patrons de presse » toujours intouchables », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le ).

Articles connexes

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