Affaire Anneli Auer

Anneli Auer en 2016 après sa libération, à la foire du livre d'Helsinki.

L'affaire Anneli Auer (en finnois : Ulvilan surma, « le meurtre d'Ulvila ») est un ensemble de procès visant depuis 2009 une Finlandaise de ce nom. Condamnée à deux reprises à perpétuité en 2010 et 2013 pour l'assassinat en 2006 de son mari, elle voit le jugement annulé par deux fois en appel en 2011 et 2015 et bénéficie en 2016 d'une indemnisation record pour la Finlande en raison de l'erreur judiciaire commise. Le meurtre de son mari à Ulvila reste non élucidé. Mais après le résultat favorable de son premier procès en appel, elle est accusée, par les plus jeunes de ses quatre enfants confiés à des tiers, de pratiques de sorcellerie et de satanisme, de viols et d'agressions sexuelles aux côtés de son nouveau compagnon entre 2007 et 2009. La fille aînée réfute ces accusations. Le récit fait par les enfants comportant des aspects invraisemblables, les charges pour sorcellerie tombent rapidement, mais celles pour crimes sexuels sont retenues, et elle est condamnée en 2013 à 7 ans et demi de prison, et son compagnon à 10 ans.

Quand les enfants devenus adultes indiquent avoir menti sous la pression de leur famille d'accueil — le frère et la belle-sœur de leur père assassiné —, et alors qu'Anneli Auer et son compagnon ont purgé leur peine, le résultat du procès est annulé par la Cour suprême. Le Parquet finlandais décide alors de les rejuger sur la base du dossier existant et de l'essentiel des vingt chefs d'accusation déjà retenus, les charges étant à ses yeux trop graves pour n'être pas attribuées. Ce nouveau procès démarre en septembre 2025, dans une situation asymétrique. Alors qu'Anneli Auer demande à pouvoir se défendre publiquement des accusations portées contre elle, en raison de l'atteinte à son image se traduisant entre autres par des difficultés à trouver un emploi, l'audience préliminaire qui définit les procédures à employer pendant le procès lui dénie ce droit, au nom de la protection des témoins (ses enfants alors mineurs), et prévoit que seules les accusations seront publiques. Quant aux enfants qui se sont rétractés, leur demande de voir les charges abandonnées est refusée, car ils sont considérés par le Tribunal comme n'ayant pas qualité à agir, et il est prévu qu'ils soient entendus comme simples témoins[1].

À l'issue du dernier procès, le , malgré la demande du procureur, Anneli Auer et son compagnon sont jugés non coupables. La décision est susceptible d'appel.

Le traitement de cette affaire, qui a passionné la Finlande, a donné lieu à un documentaire qui s'est penché sur « les zones d'ombre et les manquements de l'enquête, sur les erreurs de procédure, sur la partialité de certains experts et sur la manipulation évidente des témoins, en particulier des enfants les plus jeunes de la famille »[2].

Assassinat d'Ulvila

Déroulement selon les déclarations d'Anneli Auer et premières constatations

Le à h 43, le centre d'appels d'urgence reçoit un appel d'Anneli Auer, leur demandant de venir d'urgence. Elle déclare qu'un inconnu est présent chez elle, à Ulvila, et a poignardé son mari, Jukka S. Lahti, et qu'elle-même a été blessée. La famille est composée d'Anneli Auer, née en 1965, de son mari psychologue et responsable RH dans une entreprise, né en 1955, et de leurs quatre enfants âgés respectivement de 2, 4, 7 et 9 ans[3]. Au moins deux des aînés se sont réveillés pendant l'agression. Les policiers arrivés sur les lieux trouvent Jukka Lahti gisant sur le sol, près du lit, couvert de sang. Les ambulanciers, arrivés peu après, constatent qu'il n'y a plus rien à faire pour sauver la victime.

Selon Anneli Auer, le couple a été réveillé à h 40 du matin par des coups de feu. Un inconnu a brisé la vitre de la porte-fenêtre donnant sur la pièce avec cheminée, qui leur sert de chambre. D'après elle, il lui a fallu environ une minute pour briser la vitre et projeter des éclats de verre. La pièce est plongée dans l'obscurité lorsque l'homme surgit par la fenêtre et agresse son mari. L'intrus mesure environ 1,80 m, porte un sweat à capuche noir et probablement une cagoule. Jukka Lahti s'empare de deux bâtons pour tenter de se défendre. Lorsque Anneli Auer essaye de porter secours à son mari, l'intrus la poignarde à la poitrine. Anneli Auer s'enfuit alors. Elle ouvre la porte d'entrée et crie aux enfants de sortir, mais ceux-ci ne l'entendent pas. Elle a ensuite appelé les secours depuis le téléphone fixe de la cuisine[4].

L'aînée de la famille a été réveillée par le bruit de la fenêtre brisée. Auer lui demande de rester au téléphone jusqu'au retour du policier de garde. Lorsqu'Anneli Auer essaye d'aller aider son mari, l'agresseur tente à deux reprises de l'attaquer, la forçant à s'enfuir à chaque fois. Quand elle reprend le téléphone, l'agresseur est parti depuis 59 secondes. En regardant dans le salon, l'aînée a vu un homme corpulent, vêtu de sombre, sortir par la fenêtre et son père gisant sur le sol, couvert de sang. L'appel d'urgence a duré un peu plus de quatre minutes[4].

La première patrouille de police arrive à l'appartement neuf minutes après l'appel d'urgence. Lahti git sans vie sur le sol de la pièce où se trouve la cheminée, également jonchée de sang et de bris de verre. Un couteau Fiskars ensanglanté, fabriqué avant 1984, et un bâton en bois d'épicéa ensanglanté, sont retrouvés à côté de lui. Cependant, le meurtre a été commis avec un objet lourd et contondant, avec lequel le meurtrier a frappé Lahti au visage et à la tête. L'objet en question n'a pas été retrouvé sur les lieux du crime[4].

Une équipe cynophile de la police arrive sur les lieux environ une heure et demie après le meurtre afin de rechercher des traces olfactives du meurtrier présumé. Il est impossible de prélever des traces à l'intérieur et à l'avant de maison, en raison du passage de nombreux policiers et ambulanciers. Des recherches sont menées en périphérie de la propriété, où le chien a détecté une trace appartenant à un voisin, sans qu'il soit possible de déterminer l'identité de la personne ayant marché dessus[4]. Il est aussi fait état d'une piste olfactive suggérant la présence d'un intrus, piste qui s'arrête à deux maisons de là[5].

Un autre morceau de bois et une boule noire reposent sur le lit ensanglanté de la chambre. Des traces d'ADN, appartenant à Lahti et à une personne non identifiée, y sont retrouvées. Des empreintes de chaussures ensanglantées sont visibles sur le sol de la chambre et sur la terrasse, ainsi que des marques de moufle sur les cadres de la fenêtre brisée. Selon l'expert technique de la scène de crime, la vitre de la porte-fenêtre a été brisée de l'extérieur. Une grande quantité de fibres synthétiques brunes, d'origine indéterminée, a été retrouvée sur les lieux du crime, entre autres sur les bords de la fenêtre brisée, sur la terrasse et sur la victime. Aucune fibre n'a été retrouvée sur le T-shirt rouge que portait Anneli Auer[4].

Enquête

L'enquête est initialement confiée à l'inspecteur Juha Joutsenlahti. Les recherches s'orientent tout d'abord sur la piste d'une vengeance professionnelle. La victime, Jukka Lahti, a procédé en tant que responsable RH d'une usine à un plan de licenciement de 400 salariés, et peu avant sa mort, avait déclaré avoir reçu des menaces[6]. Puis, l'inspecteur fait état d'une VW rouge qui serait liée au meurtre, après les déclarations d'un voisin[7].

En , un acteur de Pori, Kai Tanner (fi), est arrêté. Il est formellement identifié par Anneli Auer comme étant le tueur, mais est relâché au bout de quatre jours après avoir protesté de son innocence[8]. Il négocie en 2008 une indemnité de 11 000 euros pour emprisonnement abusif[9]. Le responsable de l'enquête est par la suite soupçonné d'avoir fait une faute de procédure, et il est attaqué par Kai Tanner pour avoir transmis au préalable une photo de l'acteur, le visage dissimulé sous une capuche, à Anneli Auer, avant la séance d'identification d'après un groupe de photos[10],[11]. Le procès-verbal d'identification est porté disparu en 2012[11].

En 2008, la police déploie un important dispositif de recherche et compare, sans résultat, l'ADN de 600 relations de la victime avec celui retrouvé sur place. Il s'avèrera par la suite que l'ADN retrouvé sur place était celui d'un enquêteur, qui avait contaminé la scène de crime[8].

La même année, en août, Juha Joutsenlahti démissionne et il est remplacé par l'inspecteur principal Pauli Kuusiranta. À partir de là, Anneli Auer devient la principale suspecte vers laquelle s'orientent les recherches. La police, avec l'aide du FBI, conteste que la voix du meurtrier soit présente sur l'enregistrement de l'appel d'urgence[12]. Anneli Auer fait l'objet d'une infiltration, avec un policier incognito qui réussit à la séduire et la fréquente pendant plusieurs mois afin d'obtenir des preuves de sa culpabilité, tandis que son téléphone est mis sur écoute[13]. Elle n'apprend l'existence de cette infiltration qu'au cours du procès. Alors qu'elle demande communication du dossier, la police s'y oppose, en considérant qu'aucun des éléments recueillis ne peut être utilisé à charge contre l'accusée, et que la divulgation de ce rapport donnerait des éléments sur ses méthodes tactiques et techniques devant rester confidentielles. Pour Anneli Auer, puisque l'opération d'infiltration n'a pas corroboré les accusations portées contre elles, elles sont susceptibles au contraire de contenir des éléments à décharge face aux allégations qu'elle se serait mal entendue avec son mari. La Cour suprême lui donne en partie raison et demande la communication de plusieurs éléments du dossier[14],[15].

Premier procès pour meurtre

Selon l'accusation, une dispute aurait éclaté entre Auer et Lahti la nuit du meurtre. La dispute aurait dégénéré en jets d'objets et en agression à l'aide de bois de chauffage et d'un couteau de cuisine, ce dernier ayant servi à Lahti pour frapper Anneli Auer au flanc. Auer se serait emparé du couteau et aurait frappé Lahti, qui a perdu connaissance. Anneli Auer aurait alors mis en scène la situation comme si un intrus était à l'origine du drame. Toujours selon l'accusation, Auer aurait brisé la fenêtre du salon et laissé des traces de sang dans l'appartement avec les chaussures d'hiver de Lahti. Elle aurait ensuite appelé les secours, mais pendant l'appel, Lahti aurait repris conscience et se serait mis à crier. Sa femme aurait alors confié le combiné téléphonique à sa fille ainée, serait entrée dans le salon et aurait frappé Lahti à deux reprises à la tête, le tuant sur le coup. Lorsqu'Auer est revenue au téléphone, l'enfant a regardé dans le salon et a cru voir un intrus sortir par la fenêtre. Selon l'accusation, Auer aurait si bien dissimulé l'arme du crime et les vêtements portés lors du meurtre que la police ne les a pas retrouvés[16].

L'affaire est jugée par le tribunal de district de Satakunta à partir du . Auer y est accusée du meurtre de son mari ou, à titre subsidiaire, d'homicide involontaire. Les procureurs en charge du dossier sont Jarmo Valkama et Kalle Kulmala. Selon eux, aucun tueur extérieur n'était présent sur les lieux du crime. Auer aurait tué son mari, Jukka Lahti, à la suite d'une dispute et aurait mis en scène les circonstances du drame pour faire croire à l'intervention d'un tiers[17]. Un premier verdict provisoire de culpabilité est rendu en juin, le verdict final étant repoussé pour permettre un examen psychiatrique[18]. Celui-ci la déclare saine d'esprit. Le , le tribunal de district condamne Anneli Auer à la prison à vie pour le meurtre de son mari. La décision est prise à la majorité, l'un des trois juges l'ayant jugée non-coupable[19]. En juin, l'avocat annonce présenter en appel de nouvelles preuves d'innocence, tout en regrettant que dans un État de droit, ce soit à l'accusée d'apporter les preuves de cette innocence[18].

Auer interjette appel du verdict devant la Cour d'appel de Vaasa, qui, le , rejette l'accusation de meurtre[20]. La Cour d'appel l'avait fait libérer en mai à l'issue du procès après 600 jours de détention, dans l'attente d'une décision en juillet[20]. Selon les motifs de la Cour d'appel, les seuls motifs d'accusation sont l'absence de voix étrangères lors de l'appel aux services d'urgence lors de la nuit du meurtre, et les aveux rétractés et contestés d'Anneli Auer lors d'une période de détention. À l'inverse, son innocence est étayée par ses propres témoignages et ceux de la fille aînée de la famille concernant la présence d'un étranger, par les empreintes de chaussures ensanglantées et l'empreinte de chaussure sale relevées sur les lieux, ainsi que par la présence de fibres synthétiques brunes tachetées, dont l'origine n'a pu être déterminée. De plus, aucun autre instrument du crime n'a été retrouvé sur les lieux. La cour a jugé hautement improbable qu'Auer ait eu le temps de mettre en scène les circonstances entre l'appel d'urgence et l'arrivée de la police pour soupçonner la présence d'un étranger[21].

Accusations de satanisme et de crimes sexuels

En , alors qu'Anneli Auer, tout juste libérée, envisage de reprendre la vie commune avec ses enfants, le beau-frère d'Anneli Auer, à qui ils ont été confiés, contacte le procureur et déclare que les trois plus jeunes ont formulé de nouvelles allégations, notamment concernant la nuit du meurtre, affirmations qu'il a enregistrées en vidéo.

Le fils revient sur ses déclarations initiales pour le soir du meurtre. Il avait affirmé avoir été réveillé et être resté dans son lit, saisi de peur. Il affirme désormais avoir entendu sa mère tuer son père en collant son oreille contre le mur, l'avoir entendue appuyer sur les boutons du magnétophone avant de le tuer, puis relancer le magnétophone en mode écoute pendant qu'elle appelait la police[22]. D'autre part, les trois enfants les plus jeunes accusent leur mère et son compagnon d'agressions sexuelles, de viols, sur eux-mêmes et des enfants du voisinage[réf. souhaitée]. Ils mettent aussi en avant des pratiques de satanisme au cours desquelles des dizaines d'animaux auraient été tués. Selon le fils, Anneli Auer se serait entraînée à tuer son mari et aurait fabriqué un bouclier en bois pour protéger ses vêtements des éclaboussures de sang lors du meurtre[23]. Il affirme aussi que sa mère l'aurait projeté par la pensée contre un mur.

L'acte d'accusation est justifié par les résultats d'un examen aux ultra-violets réalisé sur le corps des enfants. Une gynécologue ayant pratiqué cette nouvelle technique dit avoir identifié 105 cicatrices sur le corps de la seconde fille, née en 2002[24]. Le manque de fiabilité de la méthode est dénoncé par la suite[25].

Au cours du procès, l'avocat de la défense insiste sur le montant mensuel de 8 000 euros perçu par le beau-frère pour la garde des quatre enfants, insinuant que cela pourrait expliquer son témoignage[26],[note 1].

En , le tribunal de Turku juge Anneli Auer coupable, avec son compagnon, de onze chefs d'accusation commis entre 2007 et 2009, dont viols aggravés, et la condamne à 7 ans de prison. Elle est acquittée des chefs d'accusation de crimes liés à des pratiques sataniques[28]. L'année suivante, en 2013, la Cour d'appel de Turku alourdit la peine de 6 mois. La Cour suprême refuse d'examiner la demande de cassation formulée par Anneli Auer[29].

Celle-ci porte plainte sans succès auprès de la Cour européenne des droits de l'homme[30].

Second procès pour assassinat

Après les accusations des plus jeunes des enfants, qui outre les crimes sexuels et le satanisme accusent leur mère et leur sœur ainée d'avoir préparé la mort de leur père pendant 6 mois, la Cour suprême, saisie par le tribunal local, renvoie l'affaire pour une réouverture du jugement. Le tribunal la condamne une nouvelle fois en 2013 à la prison à perpétuité et à 80 000 euros de dommages à verser à ses enfants[31],[32].

Anneli Auer interjette une nouvelle fois appel du verdict devant la Cour d'appel et, le , la Cour d'appel de Vaasa prononce un non-lieu. Selon la Cour d'appel, les nombreuses circonstances suggérant l'intervention d'un facteur extérieur et l'incertitude des preuves, due à l'incomplétude de l'enquête préliminaire, peuvent, notamment dans le cas de crimes graves, être préjudiciables à l'accusé. La Cour d'appel juge non crédibles les témoignages des plus jeunes enfants de l'accusée. Elle rappelle qu'en droit finlandais, la culpabilité ne peut être décidée que sur la base de preuves, et non sur l'intime conviction des juges, et que la charge de ces preuves incombe à l'accusation et non à la défense[33]. La décision est prise par deux voix contre une, l'un des juges ayant voté en faveur de la condamnation d'Auer pour meurtre. Malgré son acquittement en appel, Auer reste incarcérée en raison de sa condamnation antérieure pour agression sexuelle, pour laquelle elle bénéficie d'une libération conditionnelle en [34].

Acquittement définitif du chef d'assassinat

En , la Cour suprême rejette les demandes du ministère public de contestation de la décision de la Cour d'appel l'ayant déclarée innocente : après 6 ans de procédures, l'acquittement est définitif, et Anneli Auer ne pourra donc plus être jugée pour ces faits[35].

Annulation de la peine pour crimes sexuels et second procès

Devenus adultes, les enfants d'Anneli Auer indiquent chacun à l'avocat de l'accusée, entre 2023 et 2024, avoir inventé tous les faits dont ils ont témoigné quelques années plus tôt, sous la pression de leur famille d'accueil. Anneli Auer demande l'annulation des condamnations la concernant, ce à quoi s'oppose le procureur local[36]. En décembre 2024, la Cour suprême casse le jugement portant sur les accusations de crimes sexuels et renvoie le procès devant le tribunal de district du sud-ouest de la Finlande pour un nouveau jugement. Elle déclare toutefois qu'il n'existe qu'une faible probabilité que la rétractation des enfants influe sur le jugement final[37].

Pour ce nouveau procès qui s'ouvre fin 2025, les trois procureurs décident de maintenir l'essentiel des chefs d'accusation. La défense était censée se tenir à huis clos ; toutefois, à la demande des enfants, une partie des audiences sont publiques. Les documents décrivant les agressions, qualifiées de sauvages et sadiques, restent couverts par le secret.

La défense et le procureur adoptent lors du second procès une vision diamétralement opposée. Pour l'avocat de la défense, les éléments de preuve, constitués de rapports médicaux et d'expertises psychologiques, ont été remis en cause par des experts au second procès, à l'exemple des multiples cicatrices qu'aurait révélé un examen aux ultraviolets. Les enfants, qui vivaient dans une famille au comportement perturbé, ont été manipulés pour raconter des histoires invraisemblables, et ce caractère invraisemblable devrait d'ailleurs invalider l'ensemble de leurs déclarations, plutôt qu'une partie d'entre elles[38]. Pour les psychologues légistes de la défense, les récits des enfants retenus lors du premier procès sont irréalistes et pour certains, physiquement impossibles, tandis que leur version après leur revirement est cohérente[39].

Pour le procureur en revanche, le mode de vie décrit dans la famille d'accueil est normal et c'est dans ce second procès que les enfants mentiraient, par loyauté envers leur mère, et pour pouvoir retisser des liens familiaux. Il estime que les récits initiaux des enfants sont détaillés, cohérents, et qu'ils sont bien confirmés par les expertises passées, des rapports psychiatriques médico-légaux et des observations faites par un médecin[38].

Aucun enfant du voisinage ni parent de ces enfants n'a dit être au courant de telles agressions sexuelles alléguées. Bien que les poursuites pour ces agressions aient été abandonnées, le rapport produit pour l'occasion est retenu par la police, les procureurs et le tribunal comme une preuve de ces agressions[40],[41]. L'aîné des enfants examiné ne portait aucune trace susceptible de laisser penser à des agressions sexuelles ; toutefois, pour le procureur, l'absence de séquelles physiques n'écarte pas l'existence d'une agression[41].

Le verdict est mis en délibéré jusqu'à fin [38]. Il statue sur l'innocence d'Anneli Auer et de son compagnon, en raison du manque de crédibilité des témoignages initiaux des enfants. Les médias relèvent que les peines d'emprisonnement effectives (5 ans pour Jens Ihle, le compagnon d'Anneli Auer, un peu moins pour elle) ont été subies à tort[42]. L'État est condamné aux dépens et au remboursement des frais d'avocat de l'accusée, pour une somme globale estimée à 400 000 euros. Une nouvelle indemnisation, à raison de la détention subie à tort, est envisagée[43].

La décision est susceptible d'appel par les procureurs, une décision étant annoncée pour avant le 8 mai[44]. Le 5 mai, le procureur général fait officiellement part de son mécontentement du verdict, et annonce vouloir l'étudier en profondeur, ménageant ainsi à l'accusation un délai supplémentaire jusqu'au 29 mai pour faire appel[45],[46]. De la même façon, la décision d'enquêter sur d'éventuels dysfonctionnements de la justice et de la police, réclamée par la défense, est pendante[47].

Analyses

Manque de transparence dans les procès de première instance

Selon Tuomas Rimpiläinen, un journaliste de la télévision finlandaise Yle, spécialisé en affaires criminelles, il est très difficile de savoir s'il existait des doutes à l'époque du verdict de 2013, la procédure de verdict étant totalement secrète : alors que trois experts en psychologie ont déclaré à la barre que les récits des enfants n'étaient pas fiables, le tribunal en a tout de même retenu certaines parties, mais n'a pas communiqué sur les motifs qui l'ont conduit à poser ce verdict de culpabilité. Selon lui, cette absence de transparence pourrait mener à une totale perte de confiance dans le système judiciaire finlandais[48]. Le même type d'analyse est posé en 2015 par le Helsingin Sanomat, qui critique la couverture médiatique du verdict alors que le procès a eu lieu à huis clos[49].

Importance du genre dans le traitement par la presse

Une étude des articles parus dans la presse ayant relayé ces procès montre trois discours fortement présents dans le corpus, à savoir les discours sur la femme froide, la mauvaise mère et le mariage étrange. Il s’agit dans tous les cas de discours visant principalement à étayer la culpabilité de l'accusée. Les arguments en faveur de son innocence ont également été parfois étayés par des représentations de genre, mais dans une moindre mesure. Anneli Auer elle-même a perçu cette dimension, et indiqué en  : « Si j'étais un homme, personne ne me reprocherait de parler calmement. Parce que je suis une femme, je suis critiquée[note 2],[50]. »

Satanisme

En ce qui concerne les accusations de satanisme, qui n'ont pas été retenues en tant que chef d'accusation direct mais qui ont fortement influencé les procureurs — c'est notamment sur cette base que l'accusation a justifié sa demande de pourvoi en cassation lorsqu'elle a été déboutée en appel lors du premier procès pour meurtre[51], ou qu'a été retenu un chef d'accusation connexe de maltraitance sur des animaux lors du premier procès pour agressions sexuelles —, le choix en tant qu'expert d'une institutrice réputée spécialiste du phénomène et convaincue de l'existence de Satan plutôr que d'un universitaire a été contesté, d'autant que la Finlande a connu dans les années 1990 une « panique satanique (fi) » qui a donné lieu à plusieurs condamnations pour ce chef, annulées par la suite[52],[53].

Notes et références

Notes

  1. Ce montant, jugé très élevé par de nombreux Finlandais, a donné lieu à polémiques et interrogations, au sein du tribunal et à l'extérieur. Le père d'accueil a précisé recevoir environ 2 600 euros pour chacun des trois enfants placés (l'aînée ayant quitté la famille), montant qui s'inscrit dans la fourchette prévue variant d'environ 1 200 à 2 854 euros selon le ministère des Affaires sociales et de la Santé[27].
  2. (fi)Citation originale : Jos olisin mies, kukaan ei arvostelisi sitä, että puhun rauhallisesti. Koska olen nainen, minua arvostellaan.

Références

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Bibliographie

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