Affaire François Chenu
| Affaire François Chenu | |
| Fait reproché | Homicide |
|---|---|
| Chefs d'accusation | Assassinat homophobe |
| Auteurs | Franck Billette (16 ans), Fabien Lavenus (23 ans) et Mickaël Reigner (25 ans) |
| Pays | |
| Ville | Reims |
| Date | 13 au 14 septembre 2002 |
| Nombre de victimes | 1, François Chenu (29 ans) |
| Jugement | |
| Statut | Affaire jugée en 1er instance |
| Tribunal | Cour d'assises des mineurs |
| Date du jugement | 9 octobre 2004 |
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L’affaire François Chenu est l'assassinat homophobe de François Chenu, 29 ans, au Parc Léo-Lagrange de Reims (Marne) dans la nuit du 13 au , lors d'un guet-apens.
Histoire
Faits
François Chenu passe son week-end du à Reims chez une tante[1]. Il fréquente un bar gay, le « Mâles à bar », avant d'aller au parc Léo-Lagrange, situé à proximité, connu pour être un lieu de rencontres entre hommes. Ce soir-là, deux jeunes hommes d'une vingtaine d'années et un mineur se réunissent, comme une dizaine de fois depuis six mois, pour une expédition punitive afin de « casser de l’arabe ou du pédé », selon les propos rapportés par l'un d'entre eux[2]. Faute d'avoir trouvé une cible maghrébine dans plusieurs quartiers de Reims[3], les trois hommes se rendent au parc Léo-Lagrange, où ils attendent plusieurs dizaines de minutes pour tendre un guet-apens[4]. Ils rencontrent François qui n'a aucune appréhension des lieux qu'il ne connait pas. Après avoir eu confirmation de son homosexualité[5], le groupe l'agresse à coups de poings et de pieds, de sorte qu'il tombe dans l'étang du parc. Les trois hommes l'aident à sortir, avant que les propos de la victime, qui les qualifie de lâches, exacerbent la violence de ses agresseurs. Ils l'achèvent alors avec une extrême violence à coups de rangers dans le visage, tandis qu'il est à terre[6],[7]. Ils lui volent son portefeuille et son téléphone portable, puis l'abandonnent inconscient dans l'étang, où il meurt noyé[2],[8],[9].
En rentrant chez eux, ils relatent les faits aux parents de Franck Billette, le plus jeune d'entre eux, qui décident de brûler les affaires personnelles de la victime[8].
Le , le corps sans vie de la victime est retrouvé dans l'étang, le visage tuméfié et le torse dénudé porteur de nombreuses traces de coups. Le lendemain, sa sœur qui apprend la nouvelle dans la presse, se rend au commissariat et identifie le corps[2].
Investigations
Les investigations du service régional de police judiciaire de Reims[10] établissent que la carte bancaire de la victime est utilisée le soir du meurtre, ainsi que son téléphone mobile avec une autre carte SIM que la sienne. Les enquêteurs identifient, à une petite vingtaine de kilomètres au nord de Reims, sur la commune de Bazancourt, Marie-José Billette, la mère de Franck Billette, comme la nouvelle utilisatrice du téléphone de la victime[2],[8]. Le , la mère Billette est mise en examen et écrouée, pour « destruction de preuves » et « recel ». Seul le premier chef d'inculpation est retenu envers son mari, également écroué. Les trois jeunes sont mis en examen et écroués à Reims le lendemain, pour « assassinat » et « vol »[7].
Procès
Les parents de la victime refusent que les associations homosexuelles de Reims se constituent parties civiles au procès[11].
Le procès à huis clos se tient durant trois jours d'audience à la cour d'assises des mineurs de la Marne[12]. Le rapport du médecin légiste confirme la cause de la mort par noyade[13]. Les trois accusés reconnaissent les faits, dont ils parlent « avec distance »[1]. Durant le procès, vingt-sept témoins sont cités à comparaître pour décrire la vie des accusés et le contexte dans lequel ce drame s'est noué[13].
Les convictions idéologiques nazies des accusés, tatouées sur eux, telles que des croix celtiques, des têtes de mort, des toiles d'araignées sont exposées lors du procès. Il est ainsi révélé que le plus jeune a paradé, en tenue militaire et en arborant ses tatouages, au camp de concentration de Natzweiler-Struthof en Alsace[2],[5].
Condamnations
Le , les meurtriers sont condamnés à des peins de 20 ans réclusion criminelle pour les majeurs et de 15 ans pour le mineur, en raison de l'excuse de minorité. Les parents du mineur, qui reconnaissent avoir brûlé les effets personnels de la victime[6], sont condamnés pour destruction de preuves à 2 ans de prison ferme, et 6 mois avec sursis supplémentaire pour le recel du téléphone par la mère[12],[14],[15].
Victime
François Chenu, 29 ans, est gérant du McDonald's de Sedan (Ardennes)[6]. Il est le fils ainé d'une famille de quatre enfants, d'une mère aumônière à l'hôpital[9] et d'un père éducateur social à Charleville-Mézières[11]. Lors de son service militaire, il est instructeur au centre d'entraînement commando de Givet.
Un peu avant sa disparition, il annonce son homosexualité à ses parents[2]. Il est décrit par ses proches comme un homme attachant, sensible, généreux, à la vie sociale remplie, féru de lecture et de poésie[1].
Auteurs des faits
Le parcours de vie des accusés relate un manque d'amour familial[2], dans un contexte de marginalisation sociale et d'idéaux extrémistes racistes et violents[1]. L'AFP précise qu'ils « baignaient dans une sous-culture néo-nazie », ont été membres du Mouvement national et républicain (MNR) de Bruno Mégret, et ont l'habitude d'organiser des sorties nocturnes à la recherche de victimes arabes, noires ou homosexuelles[10].
Franck Billette
Franck Billette, un mineur illettré de 16 ans au moment des faits, est connu de la police pour appartenir à la mouvance skinhead néonazi et pour être admirateur du troisième Reich. Il est décrit comme portant les mêmes idées que son père[2],[6].
Fabien Lavenus
Fabien Lavenus, 23 ans, est le compagnon de l’une des sœurs de Franck Billette. Élevé par son père, il découvre les idées nazies au lycée et quitte l'école en seconde professionnelle sans diplôme[9]. Il est à l'origine de précédentes expéditions punitives depuis qu'il a obtenu son permis de conduire[5]. Dans sa chambre, il collectionne des objets nazis, pro-hitlériens, antisémites et xénophobes[6], de manière compulsive, le symptôme d’« une dépendance équivalente à une dépendance toxicomaniaque »[16].
Mickaël Reigner
Mickaël Reigner 20 ans, gravite autour de l’idéologie néo-nazie, il est engagé comme militaire dans l'armée à Belfort, et en permission dans sa région natale au moment des faits. Il est décrit comme étant toujours vêtu d’une tenue militaire ou paramilitaire. Son dossier souligne une « intempérance alcoolique ». Il est élevé dans un milieu familial porté sur l'alcool, l'homophobie et la violence[9]. Il est décrit comme étant le meneur de l'expédition punitive[2].
Il est le seul à avoir des antécédents judiciaires, condamné en pour port d'armes prohibé, il est impliqué dans une affaire de violences et insultes à connotation raciale envers un ressortissant d'un pays d'Afrique du Nord[10], survenue à Paris en mai de la même année, en marge de la manifestation du Front national. Il fait l'objet d'une comparution immédiate. Il est amnistié durant l'été, à la suite de l'élection présidentielle de 2002 de Jacques Chirac[7],[16].
La tante de Mickaël, qui relate l'histoire de sa famille à un journaliste, raconte le déclassement social de la famille, sa fratrie de six enfants est placée en raison de problèmes de santé de leur mère[5].
Complices
Les parents du mineur, Jean-Claude et Marie-José Billette, ont quatre enfants et baignent dans l’idéologie nazie, des documents du Mouvement national républicain sont retrouvés au domicile de la famille. Lors de l’enquête, les policiers découvrent chez la famille Billette des murs décorés d'affiches et de bibelots nazis[9]. La plupart des membres de la famille sont décrits comme « ayant un tempérament primaire », partageant ces idées d'extrême droite[6]. Le père, ouvrier dans une sucrerie, a travaillé un temps dans un cimetière allemand[5], a été condamné à plusieurs reprises pour conduite en état d'ivresse[9]. Une source policière décrit une famille issue d'un milieu de « très faible niveau intellectuel »[7].
Postérité
Les parents de la victime, Jean-Paul et Marie-Cécile Chenu, envoient une lettre aux condamnés environ six mois après le procès. L’un d’entre eux va leur répondre, ils établissent une correspondance avec le plus jeune d'entre eux[17] au moins jusqu'en 2008[2],[5]. Cette démarche donne lieu à la création de l'Association nationale de la justice réparatrice[18].
Cette affaire est racontée par le documentaire Au-delà de la haine d'Olivier Meyrou, sorti en 2005[5],[19],[20].
Tous les , à l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie, l'association EX Aequo Reims, une association venant en soutien aux personnes homosexuelles et luttant toute forme de discrimination fondée sur les mœurs, rend hommage à François Chenu[21]. Une plaque commémorative est posée et un arbre est planté en hommage au défunt dans le parc Léo-Lagrange[22],[23].
Autres condamnations
Lors de l'enquête, des liens sont établis entre les accusés et Mickaël Freminet, en couple avec l'une des filles de la famille Billette, condamné à 8 ans de prison ferme en 1998 dans l'affaire Brahim Bouraam[24],[25]. À sa sortie de prison, il participe dans les Ardennes à un camp pour nostalgiques du fascisme où il rencontre Franck Billette et sa sœur[5],[9].
Mickaël Régnier est condamné le , pour agression sexuelle sur une cliente de son salon de tatouage à Reims, à une peine de quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt[26].
Références
- Valérie Brioux, « Emotion au procès des meurtriers de l'homosexuel »
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- Monique Derrien, « L’affaire François Chenu, un crime homophobe »
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- Fabrice Drouelle, « Le meurtre de François Chenu »
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- Piotr Smolar, « Trois jeunes hommes avouent un meurtre homophobe à Reims », Le Monde, (lire en ligne
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- Marc Pivois, « Faute de «casser de l'Arabe», ils s'étaient «fait un pédé». », Libération, (lire en ligne
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- ↑ Mathieu Livoreil, « Ces procès marquants (série, 5/5): Me Chopplet, aux côtés de la famille de François Chenu, victime de l’homophobie », L'Union, (lire en ligne
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- ↑ « En 2002, trois skinheads tuent un homosexuel à Reims »
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- ↑ Louison Leroy, « Un tatoueur de Reims, déjà condamné pour meurtre homophobe, écope de quatre ans de prison ferme pour agression sexuelle »
, sur Ici, (consulté le ).
Annexes
Articles connexes
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