Affaire Geneviève Montillet
L'affaire Geneviève Montillet — ou affaire de la diabolique d'Antibes — est une affaire criminelle française.
En , le conjoint de Geneviève Montillet, Éric De Vriendt a un accident de la route. Il meurt à leur domicile, en , dans des circonstances suspectes. En 2003, Geneviève Montillet est condamnée à 25 ans de prison pour l'assassinat d'Éric De Vriendt.
Les faits
Le , Éric De Vriendt, âgé de 35 ans, quitte son domicile de Juan-les-Pins, en début de soirée, pour faire du vélo sur les conseils de sa compagne, Geneviève Montillet, alors âgée de 47 ans. Sur la route d'Antibes, à 18 h 50, il est percuté par une voiture, qui prend la fuite. Grièvement blessé, il est transporté inconscient à l'hôpital. La police trouve peu d'indices sur le lieu de l'accident ; un témoin aurait entendu le son d'un moteur d'une Simca Horizon[1]. Le lendemain, Geneviève Montillet récupère le vélo de son compagnon et le détruit, en raison de son mauvais état[2].
Éric De Vriendt reste hospitalisé dans un état végétatif pendant deux mois et demi à cause d'un traumatisme crânien et facial, associé à une fracture du crâne et une fracture du sinus frontal. Sa compagne précipite sa sortie en faisant appel a une ambulance privée, le , malgré l'opposition des médecins.
Le , quatre jours après sa sortie de l'hôpital, Éric De Vriendt meurt à son domicile. Un premier certificat médical indique que la mort est due aux suites d'une crise cardiaque ; à la demande de Geneviève Montillet, le médecin médico-légal change la cause de la mort pour : « encombrement trachéo-laryngé » qui aurait été provoqué par une fausse route, et donc, conséquence de son accident du . Cette cause est couverte par les contrats d'assurance qu'elle a signés à la place de son conjoint. Il est incinéré le , selon sa volonté. Geneviève n'avertit pas la famille d’Éric de sa mort ni de ses obsèques.
Le , Geneviève Montillet vient au commissariat signaler le décès de son compagnon. Elle contacte ensuite les compagnies d'assurance pour toucher les primes d'assurance-vie souscrits par son conjoint ; leur total s'élève à dix millions de francs (l'équivalent d'un million et demi d'euros en 2003).
L'enquête
Le , la mère d'Éric De Vriendt et les compagnies d'assurances décident de porter plainte. Le procureur de la République ouvre une enquête pour assassinat.
En 1998, un non-lieu est sur le point d'être prononcé. Un nouveau juge d'instruction est nommé et décide d'examiner une seconde fois le dossier. L'enquête pour meurtre est relancée. Geneviève Montillet et ses enfants Valéry et Fabrice sont mis sur écoute. En 1999, à la suite de conversations douteuses, Geneviève Montillet et ses deux enfants sont convoqués par les policiers de Nice.
Valéry et Fabrice avouent être impliqués dans la tentative d'assassinat d'Éric De Vriendt et accusent Yann Baudet d'être à l'origine de l'accident. Ils racontent aux policiers que leur mère leur faisait croire qu'Éric De Vriendt était violent envers elle. Geneviève Montillet aurait demandé à ses enfants de le tuer durant une partie de chasse. L'un d'eux aurait tiré en direction d'Éric, l'aurait raté, et, pris de panique, Valéry et Fabrice se seraient enfuis. Les deux enfants révèlent qu'ils étaient tous deux toxicomanes à leur adolescence et que leur mère utilisait la drogue comme moyen de pression et de chantage.
Au commissariat, Yann Baudet passe aux aveux : il déclare avoir été approché par Geneviève Montillet pour tuer son conjoint. Geneviève Montillet nie toutes les accusations. Montillet, ses deux fils et Yann Baudet sont déférés devant le juge d'instruction qui les inculpe pour tentative d'assassinat suivie de mort.
Quelques mois plus tard, Valéry, l'un des fils de Geneviève Montillet, bénéficiera d'un non-lieu.
Le procès
En , le procès de Geneviève Montillet est ouvert. Sont accusés Yann Baudet et l'un des fils de Geneviève Montillet, Fabrice Desmullier.
Au cours du procès, Geneviève Montillet est accusée d'avoir tenté de faire tuer son premier mari, en , en région parisienne[3]. Sous une fausse annonce, Geneviève Montillet avait rencontré un jeune homme qui avait accepté de tuer son mari ; il s'était rétracté au dernier moment. Les policiers de Paris avaient demandé au mari de Geneviève Montillet de venir identifier l'homme ; il décida de ne pas porter plainte pour préserver ses enfants Valéry et Fabrice. L'affaire fut classée sans suite. La justice estima que les faits pouvaient être qualifiés d'actes préparatoires mais pas de passage à l'acte.
Interrogé par les magistrats, Fabrice affirme que sa mère lui a demandé de tuer Éric De Vriendt à l'hôpital mais qu'il aurait refusé. Elle a tenté de convaincre Yann Baudet mais il aurait refusé.
Le cours du procès révèle le profil psychologique de Geneviève Montillet : une personne égocentrique ayant l'argent pour seul intérêt, impatiente de recevoir les assurances vie et de liquider les comptes bancaires de sa fille Emmanuelle plus qu'endeuillée.
Le , l'avocat général requiert 30 ans de réclusion criminelle, assortis d'une peine de sûreté de 20 ans[4]. Il demande des peines de 5 à 8 ans de prison contre ses complices, pour « complicité de tentative d'assassinat » et « tentative d'assassinat ».
Geneviève Montillet est condamnée à 25 ans de réclusion criminelle ; son fils, Fabrice, et Yann Baudet sont condamnés à 5 ans de prison[5].
Epilogue
Fabrice sort de prison en .
Geneviève Montillet meurt à 65 ans, des suites d'une maladie, à l'hôpital de la prison de Rennes, le [6].
Valéry Desmullier meurt à Saint-Laurent-du-Var le , à l'âge de 40 ans.
Yann Baudet est toujours incarcéré, condamné en 2009 à 25 ans de prison, pour le meurtre de son père.
Les protagonistes
Geneviève Montillet

| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 65 ans) Rennes |
| Pseudonyme |
La diabolique d'Antibes |
| Nationalité |
| Condamnation |
Emprisonnement (en) |
|---|
Née en 1945 à Armentières, Geneviève Montillet est abandonnée par ses parents, et grandit en foyer. À l'âge de quatre ans, elle habite dans une famille bourgeoise ; elle prend goût au luxe, aux voyages et à la sécurité financière.
Son mari René Desmullier parlera de sa cupidité. Cadre, il affirme qu'elle avait toujours besoin de plus. Elle habillait leurs enfants, Fabrice et Valéry Desmullier, avec des vêtements de marques. Après 19 ans de vie commune, lors de la séparation, elle invoque comme motif de divorce la voiture de luxe de son nouveau compagnon. Des années plus tard, René Desmullier se rendra compte qu'elle lui envoyait des faux bulletins de note pour toucher la pension alimentaire. A cette époque, leurs jumeaux étaient déscolarisés à cause de problèmes de drogue. Geneviève Montillet leur en procurait pour garder son pouvoir sur eux. Un de ses fils, Fabrice, dira qu'il était devenu, pour elle, un moyen de se faire de l'argent, et nie toute affection de sa part.
Éric de Vriendt
Éric de Vriendt est né à Tokyo en 1957 dans une famille aisée, son père étant banquier. Il était une personnalité naïve, gentille et serviable. Iil a effectué plusieurs séjours en hôpital psychiatrique pour dédoublement de la personnalité et dépression. Il y rencontre Geneviève Montillet. Il est placé sous curatelle le et décrit comme « présentant une structure psychopathique avec une immaturité psychoaffective certaine »[2].
Yann Baudet
En 1992, Yann Baudet, 17 ans, fuit sa famille pour échapper aux coups. Il est à la rue, voleur et toxicomane. Du jour au lendemain, la mère de son ami Fabrice, Geneviève Montillet, du même âge que sa mère, lui montre tendresse et affection. Elle le persuade d'éliminer son concubin, Éric de Vriendt, après lui avoir fait souscrire de multiples assurances vie. « Elle disait qu'il la frappait, qu'il risquait de la tuer elle et ses enfants. Elle m'a proposé 300 000 francs (environ 46 000 euros). C'était comme une mère, je lui faisais confiance », a-t-il déclaré. Elle sera surnommée la Diabolique d'Antibes par les médias[7].
Lors du procès Montillet en 2003, sa mère, Annie, témoigne et apparaît comme une mère aimante. Le père, François Baudet, a disparu en 1998. La condamnation de Yann relance l'enquête sur la disparition de son père. La cadette, Rozenn Baudet, semble être la seule à s'en inquiéter.
La justice découvre que Yann a abattu son père, dans la nuit du , dans un motel de Nîmes, sur ordre de sa mère et avec sa complicité. « Comment justifiez-vous la mort de M. de Vriendt, puis, cinq ans plus tard, celle de votre père ? » interroge la présidente de la cour d'assises, Nicole Besset. Yann Baudet répond : c'était « la fin de la violence pour mon père. Pour M. de Vriendt, c'est pareil, sauf qu'en plus, il y avait l'argent. ». Il assure que sa mère, Annie Baudet, était au courant du premier crime : « elle m'a couverte à l'époque » ; puis, elle l'aurait menacé de tout révéler s'il refusait de commettre le parricide. Il se présente comme la victime d'Annie Baudet et de Geneviève Montillet.
Leur procès a lieu en 2007. Les Baudet mère et fils sont respectivement condamnés à 22 et 27 ans de réclusion criminelle, assortie d'une peine de sûreté des deux-tiers pour ce dernier. Les peines sont révisées en appel en 2009 : Annie Baudet et son fils Yann Baudet sont condamnés à 25 ans de prison chacun.
Notes et références
- ↑ François Corbara, « L'épouse « diabolique » aux assises », Le Parisien, (lire en ligne)
- Louis Roure, « Affaire Geneviève Montillet surnommée la diabolique d'Antibes » [PDF], sur enap.justice.fr, Association des médaillés pénitentiaires - École nationale d'administration pénitentiaire, (consulté le ), p. 6
- ↑ « Elle avait déjà tenté de tuer son premier mari », La Dépêche du Midi, (lire en ligne)
- ↑ « 30 ans requis contre la «démoniaque» », La Dépêche du Midi, (lire en ligne)
- ↑ François Corbara, « 25 ans de réclusion pour la Diabolique d'Antibes », Le Parisien, (lire en ligne)
- ↑ « Le jour où Geneviève Montillet faisait exécuter son mari en 1992 à Antibes », sur nicematin.com, (consulté le ).
- ↑ Valérie Brioux, « Le parricide avait déjà tenté de tuer un « mari violent » », Le Parisien, (lire en ligne)
Documentaires télévisés
- « Geneviève Montillet, La diabolique d'Antibes » le dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2.
- « Obsession meurtrière : L'affaire Geneviève Montillet » le dans Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers sur W9
- « Des contrats en or » (deuxième reportage) dans « Assurance sur la mort » le dans Héritages sur NRJ 12.
Article connexe
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