Affaire Lisa
L'affaire Lisa (Lyon) concerne la mort de Lisa Bertuletti, à seulement 11 mois, tuée avec du produit d'entretien corrosif, par l'employée d'une micro-crèche à Lyon[1], en 2022. Cette affaire suscite un émoi en France[2], avec un fort retentissement dans les médias, en France comme à l'étranger, notamment[3] en Italie[4].
Profil de la victime
Lisa Bertuletti est née le à Lyon. Elle est âgée de seulement onze mois au moment de son décès, une semaine avant son premier anniversaire. Elle est la fille de Fabio, 39 ans[5], et de Sophie, 38 ans, en 2025[6]. Son père, originaire de Torre Boldone, s'est installé à Lyon en 2016[7].
Profil de la prévenue
Myriam Jaouen, a 27 ans au moment du drame. Née à Lyon, elle vit chez ses parents et est titulaire d'un CAP Petite Enfance obtenu avec difficultés en 2021. "Modérément" déficiente intellectuellement et atteinte de surdité partielle, elle connaît une scolarité compliquée. Elle a une brève expérience en microcrèche, de seulement cinq jours, congédiée pour inaptitude[8] au métier.
Par la suite, elle est engagée au début de l'année 2022 pour faire des remplacements partiels à la micro-crèche Danton Rêve de People & Baby, en CDI[9] à Lyon, en tant qu'assistante puéricultrice[10]. Son travail se situe à moins de 200 mètres de chez elle[10]. Elle y a été embauchée par les difficultés de recrutement dans ce secteur. Elle se déclare à l'aise avec les enfants, bien que l'enquête laissera penser au contraire[8].
Déroulement du drame
Mort de Lisa
Le , à la microcrèche de Danton-Rêve de Lyon, Myriam Jaouen, en retard, est seule à accueillir les parents et gérer les enfants qui lui sont confiés. Le père de Lisa a déposé celle-ci juste avant 8 heures. Fatiguée et démotivée, elle doit gérer Lisa et d'autres enfants, tout en étant distraite par son smartphone[11].
Rapidement, elle ne supporte plus les cris et pleurs de la petite. Myriam, excédée, saisit l'enfant, la prend par le cou, et en l'invectivant « mange et tais-toi »[12], la force à ingérer du Destop, un produit d'entretien corrosif, servant à déboucher les canalisations. Elle cache par la suite la bouteille du produit.
L'instant d'après, elle s'occupe du linge, sans se soucier de la situation de la petite Lisa, qui convulse et vomit à même le sol. Elle tente également de s'appliquer par des recherches internet à maquiller son méfait, notamment en faisant croire à un accident impliquant de l'ingestion de peinture.
Dans les instants qui suivent, deux femmes, arrivant pour déposer leur enfant, constatent le drame. Myriam Jaouen, complètement paniquée, fait croire à une ingestion de gouache accidentelle. L'enfant gît toujours au sol. Après des tentatives de premiers soins en vain, celles ci appellent les pompiers, qui envoient immédiatement le SMUR. Elles contactent également par téléphone la mère de Lisa, pour qu'elle vienne au plus vite.
La victime arrive en soins intensifs à l'Hôpital Femme-Mère-Enfant de Bron, vers 8 h 50[13]. Croyant à un accident de gouache pouvant être soigné, le médecin urgentiste ne laissera pas les parents revoir une dernière fois leur fille en soins intensifs, car l'urgentiste se base sur un diagnostic volontairement erroné par les déclarations de l'employée[14]. La petite décède en fin de matinée, en raison de graves brûlures, malgré les tentatives de réanimation du personnel médical.
Après-midi
Juste après le drame, la suspecte continue son service avec l'accord de sa directrice (qui ignore la gravité des faits), jusqu'à 14 heures, une fois son service terminé. Elle fait d'abord du shopping au Centre Commercial de la Part-Dieu, y achetant une paire de baskets Nike, puis se rend au Parc de la tête d'Or de Lyon[13].
C'est au parc que la police l'interpellera dans l'après midi, alors qu'elle écoutait de la musique avec un ami, constatant qu'elle est complètement "déconnectée" du drame, ne prenant aucune nouvelle de Lisa. L'enquête constatera des mensonges et changements de versions fréquents dans ses déclarations[10]. Elle évoque notamment le placement en détention de son ami. Elle est alors placée dans la maison d'arrêt de Lyon-Corbas.
Établissement
La responsable de Myriam est la directrice de la microcrèche seulement depuis huit mois. Elle est formée « sur le tas » via des modules en ligne et a la charge de deux établissements[15]. Elle est en congé le jour du drame, lorsqu'elle reçoit l'appel de son employée[8]. Immédiatement après le drame, la Préfecture du Rhône publiera un arrêté de fermeture administrative de trois mois à l'encontre de l'établissement[13]. De nombreux témoignages seront pointés contre le groupe[16]. Le , quelques jours après le drame, le Ministre des Solidarités Jean-Christophe Combe annonce qu'il a saisi l'Inspection Générale des Affaires Sociales, pour mettre de la lumière sur le drame[17].
Procès
Le , Myriam est condamnée à 25 ans de prison ferme par la cour d'Assises du Rhône[14]. L'avocat général a souvent pointé « l'immaturité et les mensonges répétés » de la prévenue[14]. Elle a notamment fait croire à ses collègues qu'elle est mère, bien qu'elle n'a pas d'enfants[8].
En , le parquet de Lyon fait appel du procès, en raison du chef d'accusation de meurtre, écarté par les jurés, mais requis par l'avocat général Baptiste Godreau, qui requérait 30 ans de prison[18].
Le procès en appel se tient du 28 au devant la cour d'assises de l'Ain. Reconnue "coupable d'avoir donné volontairement la mort", Myriam Jaouen est condamnée à 30 ans de prison conformément aux réquisitions de l'avocat général[19].
Contexte autour de la profession
Dans la presse, et jusqu'au procès, la gestion des microcrèches est régulièrement pointée du doigt[20],[14], notamment indiquant le livre Les Ogres, de Victor Castanet, dédié à la profession, qui cite également le groupe People & Baby[6]. Myriam aurait obtenu sa place par manque de personnel, la profession ayant du mal à recruter[8].
Toutefois, lors du procès, la mère de Lisa Sophie Bertuletti s'indigne : « Aujourd’hui, on n’est pas là pour débattre des crèches, on est là pour débattre de l’acte d’un monstre. Le sujet des crèches ne se pose pas »[6].
En , dans une autre crèche du groupe, dans l'Oise, à Plailly (60128) une fillette de 14 mois est retrouvée ivre morte, à hauteur de 2,14 grammes d'alcool par litre de sang[21]. Le groupe évoque un « incident isolé ».
Références
- ↑ [vidéo] « Crèche People&Baby : une employée devant les assises pour le meurtre d'une fillette » (consulté le ).
- ↑ « Mort d’un bébé dans une crèche à Lyon : une ancienne employée condamnée à 25 ans de prison pour lui avoir fait ingérer un produit corrosif », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (it) « Lisa Bertuletti, chi è la bimba di 11 mesi uccisa a Lione con l'acido dalla maestra. Il padre è italiano », ilmattino.it, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ (it) Stefano Montefiori, « Lisa, la bimba di 11 mesi uccisa dalla maestra con la soda caustica. La confessione: «Piangeva troppo» », Corriere della Sera, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ « «Ce n’était pas un bébé Destop, c’était mon bébé!»: aux assises du Rhône, l’immense douleur des parents de Lisa, tuée à 11 mois », Le Figaro, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- « Mort de Lisa, 11 mois : derrière la condamnation de Myriam J. à 25 ans de réclusion, l’ombre du groupe People & Baby », Le Nouvel Obs, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ (it) Stefano Montefiori, « Lisa, la bimba di 11 mesi uccisa dalla maestra con la soda caustica. La confessione: «Piangeva troppo» », Corriere della Sera, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- « Mort de Lisa, empoisonnée au Destop : l’ex-directrice de la crèche reconnaît une « erreur de recrutement » », leparisien.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ « Lyon. Meurtre de Lisa dans une crèche : le sombre profil de l'accusée qui dit "aimer les enfants" », actu.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- « Bébé empoisonné au Destop à la crèche : à son procès, le parcours de Myriam Jaouen, de l’incompétence à la barbarie », leparisien.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ Christel Brigaudeau (envoyée spéciale à Lyon), « Bébé empoisonné au Destop à la crèche : à son procès, le parcours de Myriam Jaouen, de l’incompétence à la barbarie », sur leparisien.fr, (consulté le ).
- ↑ Par Christel Brigaudeau Le 1 avril 2025 à 07h45, « « Mange et tais-toi » : le calvaire de Lisa, bébé tué par ingestion de Destop à la crèche, devant la justice », sur leparisien.fr, (consulté le )
- « Lyon. Meurtre de Lisa dans une crèche : le procès débute mardi, retour sur une affaire sordide », actu.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- « Mort de Lisa, empoisonnée au Destop : l’ex-employée de crèche condamnée à 25 ans de prison », leparisien.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ « Lyon. Bébé tué dans une crèche : « Myriam Jaouen, c’était une erreur de recrutement » », sur Le Progrès, (consulté le ).
- ↑ « « Tout le monde la présente comme un monstre » : flot d’indignation après la mort d’une fillette dans une crèche de Lyon », sur SudOuest.fr, (consulté le ).
- ↑ « Crèche Danton Rêve : le gouvernement saisit l'inspection générale - Tribune de Lyon », Tribune de Lyon, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ « Bébé mort empoisonné au Destop à Lyon : le parquet annonce avoir fait appel du verdict - ici », ici, le média de la vie locale, (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ « Mort d’un bébé dans une crèche à Lyon : une ancienne employée condamnée à trente ans de prison », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le procès de la salariée de la crèche People&Baby accusée du meurtre d’un bébé s’ouvre ce 1er avril ».
- ↑ « Bébé retrouvé alcoolisé à la sortie de la crèche dans l’Oise : le groupe People & Baby évoque «un incident isolé» », sur Le Figaro, (consulté le )
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