Affaire Marie-Louise Giraud

Marie-Louise Giraud
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Biographie
Naissance
Décès
(à 39 ans)
Paris
Sépulture
Nationalité
Activité
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Condamnation

Marie-Louise Giraud, née Marie-Louise Lempérière le à Barneville (Manche) et morte guillotinée, le à la prison de la Roquette à Paris, pour avoir pratiqué une vingtaine d'avortements dans la région de Cherbourg. « Faiseuse d'anges », elle est une des deux seules personnes exécutées pour ce motif en France avec Désiré Pioge[1], guillotiné le pour 3 avortements.

Historique de la répression de l'avortement en France

L'avortement est interdit en France sous l'Ancien Régime par des lois rendant passible de la peine de mort toute femme ayant avorté, ainsi que toute personne l'ayant aidée.

Le Code pénal de 1791 condamne aussi l'avortement, de même que celui de 1810 (article 317 : « Quiconque provoque l'avortement d'une femme enceinte avec ou sans son consentement au moyens d'aliments, de drogues, de médicaments, par violence ou d'autres remèdes, est puni de prison »).

La loi de 1920 aggrave la répression de l'avortement avec pour objectifs :

  • de combler le trou démographique dû à la guerre de 1914-1918 (hommes morts au combat, enfants qui ne sont pas nés de 1915 à 1919, veuves et femmes célibataires qui n'auront pas d'enfants) ;
  • de relancer la natalité, plus faible depuis le XIXe siècle en France que dans les pays voisins, notamment l'Allemagne : la France n'a pas connu l'explosion démographique allemande ou anglaise des années 1830 à 1880, elle était de loin le pays le plus peuplé d'Europe en 1800, mais plus en 1900.

La loi du définit l'avortement non plus comme un crime, mais comme un délit : Quiconque a provoqué l’avortement d’une femme sera puni d’un à cinq ans de prison et d’une amende de 500 à 10 000 francs. La femme avortée est passible de six mois à deux ans de prison. Ce délit est passible non pas d'un jury populaire (qui ne siège que pour les cours d'assises), mais d'un jury de magistrats.

En 1935, à la suite d'un mouvement né aux États-Unis, le docteur Jean Dalsace ouvre à Suresnes le premier dispensaire de contrôle des naissances.

Le , le Code de la famille aggrave les peines sanctionnant l'avortement.

Aux privations économiques et surtout alimentaires imposées par la guerre s’ajoutent, dès , la séparation d’un grand nombre de couples en raison notamment du grand nombre de prisonniers de guerre français internés en Allemagne (1,9 million). Pour ces raisons, les recours à l'avortement sont plus nombreux.

Sous le régime de Vichy, dont la devise officielle est « Travail, Famille, Patrie », la loi du exclut du droit au sursis les personnes accusées d'avortement[2],[3].

Avec la loi du , l'avortement redevient un crime, spécifié comme « crime contre la sûreté de l'État », et est désormais passible de la peine de mort. Cette dernière loi est abrogée à la Libération.

À partir de la fin des années 1960, les mouvements féministes font de la légalisation de l'avortement un objectif prioritaire (Manifeste des 343, procès de Bobigny). La loi Veil dépénalisant sous condition l’avortement est promulguée le .

Biographie de Marie-Louise Giraud

Née Lempérière, elle est issue d'une famille pauvre de la banlieue de Cherbourg. Elle épouse un marin, Paul Giraud, avec qui elle aura deux enfants. Elle est successivement domestique, femme de ménage, puis blanchisseuse[4].

À partir du début de la Seconde Guerre mondiale, elle loue également des chambres à des prostituées de Cherbourg et se met à pratiquer des avortements, d'abord à titre bénévole, puis contre rémunération. À cette époque, les séparations dues à la guerre (notamment à la captivité des soldats français) et les conditions de vie difficiles font croître la demande d'avortements.

Marie-Louise Giraud effectue son premier avortement pour rendre service. En , un de ces avortements se passe mal, une patiente meurt de septicémie après 15 jours de lutte contre l'infection[5]. Malgré cela, elle voit les demandes affluer. Vingt-sept femmes ont recours à ses services[réf. nécessaire].

La presse locale évoque son arrestation à la fin du mois d'octobre 1942 et celle de neuf femmes qui ont eu recours à un avortement par ses soins, en donnant leur nom et leur adresse, ainsi que l'arrestation de deux autres « faiseuses d'anges »[6].

Le procès (7-9 juin 1943)

Depuis , le régime de Vichy, menant une politique nataliste, associe l’avortement à une attaque contre l'État et le peuple français.

Marie-Louise Giraud va être jugée par un tribunal d'exception, la section de Paris du tribunal d'État[7],[8] les 7 et 1943. Elle est jugée selon les sources pour 26[9],[10],[11] ou 27 avortements[12],[4], lui ayant rapporté 12 000 francs[11].

Lors du procès à huis clos[13],[14],[15], le président met l'accent sur l'immoralité de l'accusée. Dans son réquisitoire, l'avocat général reprend les thèmes diffusés par la propagande[réf. nécessaire] et demande, en application de la loi, la peine de mort. La cour, après délibération, suit le réquisitoire. La presse rend compte du verdict[11], soulignant parfois que c'est la première fois que cette peine est prononcée pour une affaire d'avortement[13],[16].

Seule une grâce du chef de l'État, le maréchal Pétain, peut sauver la vie de l’accusée, mais il rejette la demande, au nom de la défense de la famille[15]. Marie-Louise Giraud est exécutée le [15] par le bourreau Jules-Henri Desfourneaux. La presse évoque brièvement son exécution[17].

L'avocat Francis Szpiner souligne que ce procès « contient l'histoire de Vichy et [...] est un résumé saisissant de l'Occupation : les femmes abandonnées, les maris prisonniers, la délation, les juridictions d'exception, l'ombre du Maréchal »[18].

Postérité

Ce fait divers longtemps oublié est rendu célèbre en 1988 par Claude Chabrol grâce à son film Une affaire de femmes, adapté d'un livre homonyme de l'avocat Francis Szpiner (Une affaire de femmes : Paris, 1943, exécution d'une avorteuse). Le rôle de Marie-Louise Giraud est interprété par Isabelle Huppert[19].

La romancière Valentine Goby fait de Marie-Louise Giraud une des figures principales de son roman Qui touche à mon corps je le tue.

Notes et références

  1. ↑ « Liste des condamnés à mort », sur laveuveguillotine.pagesperso-orange.fr
  2. ↑ Olivier Wieviorka (dir.), Julie Le Gac, Anne-Laure Ollivier et Raphaël Spina, La France en chiffres de 1870 à nos jours, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-02741-4), p. 476-478
  3. ↑ Bien que le nombre d'adhérentes puisse paraître élevé, l'auteur précise que ces chiffres déclarés ont été confirmés par Philippe Buton à partir d'archives soviétiques dans Les lendemains qui déchantent - Le PCF à la Libération, FNSP, 1993, p. 29.
  4. Eléonore Disdero, « Constitutionnalisation de l’IVG : en 1943, Marie-Louise Giraud était guillotinée pour avoir aidé des femmes à avorter », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Ouest-France, 27 septembre 2013
  6. ↑ « Une grave affaire de manoeuvres antinatalistes », Journal de Granville, 30 octobre 1942
  7. ↑ La libéralisation de l’avortement : un long combat sur womanns-world.org, 29 janvier 2012
  8. ↑ Francis Szpiner, Une affaire de femmes : Paris, 1943, exécution d'une avorteuse, Balland, 1988, p. 11
  9. ↑ Roseline Letteron, Le droit de la procréation, PUF, coll. « Que sais-je ?», 1997
  10. ↑ Michèle Ferrand et Maryse Jaspard, L'interruption volontaire de grossesse, PUF, coll. « Que sais-je ?», 1987, p. 14 (Erreur sur la date d'exécution: 30 juillet 1942).
  11. « Une faiseuse d'anges est condamnée à mort », Le Radical, 9 juin 1943, « Une avorteuse condamnée à mort », Le Progrès de l'Indre, 11 juin 1943
  12. ↑ https://www.champsdejustice.fr/portrait-dun-condamnee-a-mort/marie-louise-giraud-portait-dune-condamnee-a-mort/
  13. Le Cri du peuple, 9 juin 1943
  14. ↑ Florence Montreynaud (dir.), Le XXe siècle des femmes, Nathan, 1995
  15. Francis Szpiner, Une affaire de femmes : Paris, 1943, exécution d'une avorteuse, Balland, 1988, p. 12
  16. ↑ Paris-Soir, 10 juin 1943, L'Œuvre, 9 juin 1943
  17. ↑ Le Cri du peuple, 31 juillet 1943
  18. ↑ Francis Szpiner, Une affaire de femmes : Paris, 1943, exécution d'une avorteuse, Balland, 1988, p. 14
  19. ↑ Sarah Sissmann et Christophe Barbier, « L'effet Soleilland : Une affaire de femmes », L'Express,‎ (lire en ligne).

Voir aussi

Bibliographie

  • Francis Szpiner, Une affaire de femmes : Paris, 1943, exécution d'une avorteuse, Paris, Balland, 1986, réédité en 1988.
  • Mireille Le Maguet, Une « faiseuse d'anges » sous Vichy : le cas Marie-Louise Giraud, mémoire de maîtrise de l'Institut d'études politiques de Grenoble, 1996, 128 p.
  • « En 1942, une Cherbourgeoise sous la guillotine », Ouest-France,
  • Le documentaire de 2012 Bismarck est foutu [1], de Carole Equer-Hamy et l'avocate Martine Scemama, qui retrace l'affaire, est projeté le , au cinéma Odéon de Cherbourg, en présence des deux réalisatrices [2] .

Articles connexes

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