Affaire Roland Bondonny
| Affaire Roland Bondonny | |
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| Type | Empoisonnement d'animaux Meurtre commandité |
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| Pays | |
| Localisation | Corrèze |
| Date | De 1997 à 2004 |
| Bilan | |
| Morts | 144 animaux 1 personne |
L'affaire Roland Bondonny, connue également sous le nom d'affaire des chiens empoisonnés d'Égletons, est une affaire criminelle française dont les faits s'étendent de 1997 à 2004.
Roland Bondonny
Roland Bondonny, né le à Meymac (Corrèze) et mort le , est représentant en vins. C'est un notable qui habitait dans la région d'Égletons au moment des faits. De par ses fonctions, il eut un pied-à-terre pendant plus de trente ans dans un hôtel à Fourmies, dans le Nord.
Personnalité forte voire agressive, il fut accusé d'avoir empoisonné plus de 144 animaux de compagnie entre 1997 et 2001, essentiellement des chiens de chasse qui ont ingéré du Carbofuran, un pesticide utilisé en agriculture. Il est aussi accusé d'avoir commandité le meurtre de Marius Lac, gendarme à la retraite et chasseur, d'Égletons, perpétré le par Alain Bodchon, qui affirme qu'il avoir agi selon ses instructions, et sans intention de tuer.
Bondonny s'était constitué une zone de chasse privée très étendue et était en conflit avec les chasseurs de l'intercommunal[1].
Dans la nuit du 1er au , la veille de l'ouverture du procès en appel dans l'affaire des chiens empoisonnés, Bondonny se suicide par pendaison dans sa cellule de prison[1], clamant son innocence et demandant à son avocat, dans une lettre qu'il lui a adressée, de continuer à défendre son innocence.
Empoisonnements
Entre 1997 et le début de l'année 2000, près de 59 animaux de compagnie (chiens et chats) et animaux sauvages (moutons, renards, furets, hérissons) furent retrouvés morts, empoisonnés avec de la viande mélangée à un produit bleu, sous forme de boulettes. La police et la gendarmerie d'Égletons, au cours de leurs investigations, découvrent que la piste conduit principalement dans la forêt et les bois d'Égletons. On y découvre des boulettes de viande imprégnées d'un produit toxique, le Carbofuran. Puis, début 2001, des boulettes bleues, semblables à celles retrouvées sur les lieux où des cadavres d'animaux furent retrouvés, sont découvertes à la fois dans la cour d'école d'Égletons et dans les rues de la ville. Entre et , ce sont plus de 144 animaux (en majorité des chiens de chasse, mais aussi des chats, des poules pondeuses, une brebis, des renards, des furets…)[2] qui sont empoisonnés, dont la moitié a succombé, le poison agissant en 20 minutes si l'animal ne vomit pas. La rumeur commence à courir la petite ville d'Égletons et désigne un coupable : Roland Bondonny, notable local et négociant en vins.
Roland Bondonny est perçu par ses pairs et par ses concitoyens comme quelqu'un de respecté et de serviable, qui assiste au conseil municipal et s'implique dans l'équipe de rugby d'Égletons, mais c'est aussi un homme qui inspire la crainte dans la commune. Il apparaît dans l'enquête qu'il y a certaines rivalités entre chasseurs de la région ; en effet Roland Bondonny empiéterait sur le terrain d'autres chasseurs, ce qui expliquerait un possible esprit de vengeance de sa part.
Au cours de l'enquête, des témoins affirment avoir croisé une Renault Express blanche (dont une partie de la plaque d'immatriculation comporte RM 19) passer dans la bourgade juste avant la mort des animaux. Après vérification de toutes les Renault Express de couleur blanche immatriculées en Corrèze et comportant les lettres RM 19, la police appréhende Roland Bondonny, propriétaire d'une Express blanche ; en , il porte plainte à la gendarmerie au sujet de sa chienne Majesté qui a été empoisonnée et qu'il a installée à l'arrière de son Express pour l'emmener chez le vétérinaire. Lorsqu'il est placé en garde à vue, les gendarmes retrouvent du produit toxique semblable à celui utilisé pour tuer les animaux à l'avant de son véhicule perquisitionné (à neuf endroits différents).
Au bout de deux années d'enquête, le procès de Roland Bondonny s'ouvre en , puis est suspendu car il est victime d'un accident, étant curieusement renversé par une camionnette sur le parking de son hôtel[3] ; l'accusation voit dans cet accident une manœuvre pour échapper au procès.
Procès
En , s'ouvre de nouveau le procès de Roland Bondonny, qui est cette fois bien présent. Seules deux personnes témoignent devant la cour, dont un ancien gendarme, Marius Lac, qui ne ressent aucune crainte à l'encontre de Bondonny. Ce dernier a empoisonné tous ses animaux car il voulait récupérer des parcelles de terrain pour sa société de chasse concurrente de celle de Marius Lac. A l'issue des deux jours du procès, tenu les 21 et , le tribunal correctionnel de Tulle condamne Bondonny à deux années de prison, dont une avec sursis, pour cruauté envers les animaux, et à verser 111 613 € de dommages et intérêts aux 140 parties civiles. Roland Bondonny fait appel[3].
Meurtre de Marius Lac
Entre-temps, le , Marius Lac est retrouvé mort chez lui dans son garage. Des témoins affirment avoir vu une Alfa Romeo rouge et un homme sur un vélo vert passer dans la commune, et plus particulièrement près de la maison de Marius. Au moment de sa mort, Roland Bondonny ne se trouvait pas dans la région d'Égletons. Les gendarmes ont trouvé une feuille partiellement brûlée près du corps de la victime, comportant les noms et numéros de téléphone de Bondonny, avec une liste de noms de villes, qui fait immédiatement penser à un trajet routier. Les enquêteurs en déduisent que le meurtrier n'est pas de la région.
En plaçant sur écoute Roland Bondonny, ils interceptent plusieurs conversations avec Alain Bodchon, un homme qui s'occupe du bar dans le restaurant Le Manhattan de son fils, à Fourmies. Le contenu des conversations amène les gendarmes à rencontrer cet Alain Bodchon, un homme riche doté d'un fort ascendant sur les autres. Immédiatement arrêté, il avoue le meurtre de Marius Lac et livre le nom du « commanditaire », Roland Bondonny[4].
Il explique que Roland Bondonny l'a engagé pour tuer Marius Lac (Bodchon croit néanmoins que Bondonny lui a dit de l'intimider). Il est donc parti de Fourmies pour se rendre en Corrèze avec son vélo vert dans le coffre d'une Alfa Roméo rouge, prêtée par un ami. Au cours du trajet il est pris de doute, hésite, mais se résout finalement à aller chez Marius Lac.
Eprouvant des difficultés à trouver la maison, il demande à plusieurs reprises aux habitants où elle se situe. En fin d'après-midi, il enfourche son vélo vert et se rend chez sa victime, où il prétend être intéressé par son 4x4. Bodchon et Lac entrent dans la maison pour aller chercher les papiers du véhicule, mais Marius Lac se rend compte qu'il a oublié son portable dans sa voiture. Il se rend au garage suivi d'Alain Bodchon. À ce moment-là, Bodchon perd pied, veut frapper sa victime mais rate son coup et elle comprend ce qui se passe, puis lui demande s'il est « un fumier qui vient du Nord ». Bodchon se sent donc découvert et s'aperçoit que Marius Lac a sans doute compris qu'il a un lien avec Roland Bondonny.
Il déclarera aux enquêteurs n'avoir pas eu le temps de remarquer que ce dernier attrape un merlin pour le frapper. Alain Bodchon réussit à prendre ce merlin à Marius Lac, les deux hommes en étant venus aux mains, et le tue d'un coup à la tête.
L'enquête permet d'établir qu'une salariée d'un péage routier a remarqué vers 22 heure un homme dans une Alfa Romeo rouge, au visage et aux mains ensanglantées, et « au gros visage », qui s'avérera être Alain Bodchon.
Procès en appel
Le procès en appel de Roland Bondonny devait s'ouvrir le . Peu avant, les gendarmes avaient pu faire le lien qui leur manquait entre Bondonny et un vendeur de produits agricoles, qui affirme que Bondonny lui a acheté 10 kg de Carbofuran par an pendant quatre années.
Le procès en appel n'a finalement pas lieu car Roland Bondonny se pend dans sa cellule la veille de l'ouverture. Alain Bodchon répéte qu'il a tué sans en avoir l'intention, après avoir agi à la demande de Roland Bondonny. Les charges contre ce dernier s'éteignent avec son décès[5].
Les héritiers de Roland Bondonny ne sont pas condamnés à verser des dommages et intérêts aux propriétaires des chiens empoisonnés, le tribunal ayant estimé ne pas disposer de preuves suffisantes pour juger de la culpabilité de Roland Bondonny. Ce verdict scandalisa la Fondation Brigitte-Bardot, pour qui la justice a ainsi désavoué une enquête de gendarmerie pourtant exemplaire. L'une des victimes souligna que l'affaire lui avait coûté près de 4 000 euros.
Procès d'Alain Bodchon
Le fantôme de Roland Bondonny semble hanter le procès d'Alain Bodchon, qui s'ouvre en , le nom du présumé commanditaire étant notamment prononcé plus de huit cents fois au cours des audiences. Selon Alain Bodchon, il lui avait demandé de tuer Marius Lac car c'était le seul à s'être ouvertement interposé.
Sa personnalité est encore une fois analysée : c'était un homme violent, craint et qui ne supportait pas que quelqu'un puisse se dresser sur sa route.
Il aurait pu souhaiter qu'aucun témoin ne puisse déposer contre lui lors de son procès en appel, mais Marius Lac n'y était pas cité comme témoin. Selon l'avocate des parties civiles, en souhaitant la disparition de Marius Lac, Roland Bondonny n'avait pas pour but de l'empêcher de témoigner mais de régler ses comptes, Lac et Bondonny étant, de longue date, en conflit personnel.
Alain Bodchon clame, lui, qu'il ne voulait pas tuer Marius Lac même si Bondonny lui avait ordonné de le faire. Il explique n'avoir voulu qu'intimider la victime.
Au bout des quatre jours de procès, il est cependant condamné à vingt-deux ans de réclusion criminelle pour assassinat. Arrivant à quelques mois de la mi-peine, il demande sa remise en liberté conditionnelle le [6] et sort de prison la même année, en liberté conditionnelle avec un bracelet électronique.
Notes et références
- AFP, « L'empoisonneur d'animaux présumé de la Corrèze s'est suicidé », sur www.lemonde.fr, .
- ↑ Jacques Pradel, « Psychose en Corrèze: sur la piste d’un serial killer de chiens », sur lesoir.be,
- Julien Mignot, « Le procès post mortem d'un suicidé », sur Le Figaro, .
- ↑ Bernard Louis, « L'empoisonneur de chiens soupçonné d'avoir fait tuer un témoin », sur Le Parisien, .
- ↑ Geoffroy Tomasovitch, « Le tueur à gages tente d'expliquer son crime », sur Le Parisien, .
- ↑ « Fourmies : affaire Bondonny, Alain Bodchon a demandé sa remise en liberté », sur lavoixdunord.fr, Groupe Rossel, (consulté le ).
Voir aussi
Article connexe
Bibliographie
- Francette Vigneron et Franck Meynial, L'Affaire des chiens d'Égletons, Descartes & Cie, , 346 p.
Documentaires télévisés
- Faites entrer l'accusé, présenté par Christophe Hondelatte, en et , « Roland Bondonny, le mystère des boulettes bleues », sur France 2.
- Enquêtes criminelles : le magazine des faits divers, le , « L'Affaire Bondonny, témoin gênant », sur W9.
Émissions radiophoniques
- « L’affaire Roland Bondonny : le serial killer d’animaux », et le dans L'Heure du crime de Jacques Pradel, sur RTL.
- « Les chiens d’Égletons », dans Hondelatte raconte de Christophe Hondelatte, sur Europe 1.
- « Le serial dog killer : l'affaire des chiens d'Egletons » , le dans Affaires sensibles de Fabrice Drouelle, sur France Inter.
Liens externes
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