Affaire Virginie Rosselot

L'affaire Virginie Rosselot est l'usurpation d'identité de celle-ci, par des escrocs ayant récupéré ses documents, et effectué des démarches administratives en son nom, notamment l'achat d'un immeuble, en mauvais état[1]. Cette affaire s'étale de à , avec l'octroi de plus d'une centaine d'emprunts immobiliers à son nom[2]. Sollicitée de toutes parts par de nombreux organismes, cette affaire montre les failles du fonctionnement de l'administration, d'autres interlocuteurs (notaires, banquiers) et des dérives qui peuvent en découler. Lors de son jugement en , la justice estime le préjudice total à approximativement 18 millions d'euros. Deux autres personnes ont été victimes de ces aigrefins[3].

Cette affaire est présentée comme les médias comme cas d'école de la gravité que peut soulever une usurpation d'identité, et souligne qu'une sensibilisation à ce sujet auprès de la population, est devenue indispensable.

Profil de la victime

Virginie Rosselot, est secrétaire médicale, âgée d'une quarantaine d'années en . Elle gagne alors 923 EUR net par mois[4]. Elle perd sa carte d'identité peu avant , qu'elle fait refaire. Elle s'aperçoit en , qu'une usurpation d'identité a débuté quelques années avant. Elle choisit de médiatiser l'affaire pour sensibiliser l'opinion à ce dont elle est victime.

Profil des accusés

Les trois escrocs sont âgés de 43 à 49 ans, d'après Le Parisien. Patrick Z.[3], Arnaud Q. et Ahmed A.[5] passent par des prêtes-noms pour effectuer les démarches auprès des organismes bancaires et intermédiaires.

Professions impliquées

Selon Le Parisien, différents acteurs ont été concernés par des erreurs professionnelles d'ampleur inédite :

  • une notaire basée dans l'Orne, a validé des actes notariés alors que des erreurs basiques sur des faux documents grossiers ont été mis en évidence, parfois de manière flagrante. Celle ci se défend difficilement lorsque interrogée au procès. Elle sera interdite d'exercer par le Conseil Supérieur du Notariat, avant le procès.
  • deux chargés de clientèle de la banque Palatine, qui ont validé l'octroi de crédits immobiliers, sur la base de documents estimés comme falsifiés, détectables d'un simple coup d’œil. Ils sont licenciés avant le procès.

Le Parisien cite, « Les anomalies sur lesquelles S. D. aurait fermé les yeux étaient pourtant parfois flagrantes : compromis de vente fantaisistes, terrains imaginaires sans cadastre, signatures différentes d’un document à l’autre, bien évoluant entre la promesse et l’acte de vente, transferts de fonds d’un montant supérieur au prix de vente, etc »[5].

Méfaits

L'usurpation d'identité se caractérise principalement dans la procédure d'octroi de crédits immobiliers : pas moins de 96 sont contractés de à [6].

Ils serviront principalement à l'achat d'un immeuble à Pantin en Seine-Saint-Denis.

Préjudice de la victime

Selon France Inter, qui cite la victime, racontant qu'elle aperçoit l'usurpation à partir de  : « J'ai reçu pas mal de courriers concernant un prêt immobilier que j'aurais fait à la banque Palatine : un peu plus de 400 000 euros, raconte-t-elle. Et en même temps, j'ai commencé à recevoir des courriers de Pantin qui me disent que dans mon immeuble, il y avait eu un dégât au niveau d'un feu, et que les gens devaient être relogés… Pantin, je connais de nom seulement, mais je n'ai jamais mis les pieds là-bas ! Et à l'époque, j'étais demandeuse d'emploi, donc impossible de faire un prêt immobilier. »[1].

Elle est également rapidement fichée et interdite bancaire à la Banque de France : « Fichée Banque de France, donc impossible de faire de prêt. J'avais une carte plafonnée, pas de droit aux chèques… Dans ma vie personnelle plus intime, j'ai dû avorter. Amener un enfant dans tout ça, pas possible »

Le Trésor Public effectuera également des saisies sur son compte bancaire, afin d'indemniser le préjudice de familles délogées d'un immeuble ayant été en partie incendié, détenu sous son nom[3]. Ruinée, elle devra donc se loger chez son entourage, le temps que l'affaire soit jugée. Cependant, elle ne peut séjourner trop longtemps de manière gracieuse chez son entourage, les huissiers pouvant considérer ces derniers alors solidaires financièrement, et se retourner contre ceux qui la logent[7].

Cette situation d'endettement colossal lui causera un préjudice psychologique conséquent, devant vivre au jour le jour, ayant perdu à plusieurs reprises son travail. Elle indique qu'elle a perdu dix ans de sa vie à cause de cette escroquerie.

Réaction des services publics

La Mairie de Pantin, qui considère que Virginie est bien la propriétaire de l'immeuble, ainsi que le service des impôts (Fisc, DGFiP), ont également demandé des comptes à Virginie pour des créances ou autres impératifs (rénovations), en son nom, malgré l'usurpation dont elle est victime.

Procès

En première instance :

  • Les différents escrocs, et certains complices, seront condamnés jusqu'à deux ans d'emprisonnement ferme
  • La notaire sera condamnée à 18 mois de prison avec sursis
  • Un conseiller clientèle de la banque Palatine sera condamné à 24 mois de prison, dont 12 avec sursis
  • De nombreux biens immobiliers seront saisis, confisqués par la justice[5]

Affaires similaires

Un habitant de Paris de 33 ans, a vu son identité usurpée pour la création d'un garage fantôme, ayant immatriculé près de 300 voitures en son nom. Le Trésor Public le poursuit pour le non paiement d'amendes, à hauteur de 200 000 euros, selon Le Parisien[8]. Le même journal cite un autre d'exemple, d'un habitant de la capitale ayant un mariage, une parentalité et un crime, lui étant attribués par usurpation d'identité[9]. C'est très souvent la perte des documents d'identité qui sont à l'origine des méfaits.

En , citant l'affaire de Virginie, TF1 précise qu'approximativement 300 000 français voient leur identité usurpée, chaque année[7].

Évolution sociétale

Certaines mesures ont été introduites à partir des années  :

Pour les professionnels (obligatoire)

Pour les particuliers (non obligatoire)

Protection visuelle des documents (filigrane)

L'usurpation d'identité se base sur un élément fondamental : les documents administratifs. Carte d'identité, attestation de sécurité sociale, etc. Ce pourquoi, les transmettre avec un filigrane est nécessaire, peu importe qui est le réceptionnaire. Ce dernier, fonctionnaire ou organisme commercial reconnu, peut être concerné par une fuite de données par piratage informatique.

L'effet principal du filigrane est de dissuader à ce qu'une personne, pas forcément destinataire du document, n'ait la tentation de l'exploiter à des fins tiers, ou d'en faire une copie qui finisse entre les mains d'escrocs.

Les organismes bancaires et commerciaux acceptent généralement l'envoi de copie d'identité numérisée et filigrannée, parfois l'original photographié même si un petit filigrane papier est apposé sur le document, ces organismes étant sensibilisés à la lutte contre la fuite de documents.

Références

  1. Ariane Griessel, « Dix ans d'enfer pour une carte d'identité perdue : un procès hors-norme devant le tribunal correctionnel de Paris », sur France Inter, (consulté le )
  2. « Usurpation d'identité : Virginie a vu sa vie détruite par des escrocs », sur Franceinfo, (consulté le )
  3. Caroline Piquet à, « « Ils ont pris ma vie » : escroquerie aux prêts immobiliers à la Banque Palatine, neuf personnes jugées », sur leparisien.fr, (consulté le )
  4. « Les pompiers ont sauvé deux chiens qui s'en iront sauver des gens en Ukraine, l'Yonne républicaine », sur France Inter, (consulté le )
  5. « Escroquerie contre la banque Palatine : l’incroyable aveuglement d’une notaire de province », sur leparisien.fr, (consulté le )
  6. Caroline Piquet, « Escroquerie contre la banque Palatine : Virginie Rosselot enfin reconnue victime d’usurpation d’identité », sur leparisien.fr, (consulté le )
  7. « "Quelqu'un a acheté un immeuble à mon nom" : victime d'usurpation d'identité, elle affronte une dette de 500.000 euros », sur TF1 INFO, (consulté le )
  8. « Victime d’une usurpation d’identité, Julien est harcelé par le trésor public », sur leparisien.fr, (consulté le )
  9. « Usurpation d’identité : sous le nom de José, un homme s’est marié, a reconnu des enfants et commis des crimes », sur leparisien.fr, (consulté le )
  10. « Les recommandations de Tracfin pour renforcer le dispositif français de lutte antiblanchiment », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. « L'interconnexion des fichiers administratifs », sur Sénat, (consulté le )
  12. France Num, « La signature électronique : un outil devenu incontournable - francenum.gouv.fr », sur francenum.gouv.fr (consulté le )
  13. « Cinq questions pour comprendre la future application d’identité numérique », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. « Virements bancaires : soyez très vigilant, un gros changement va bientôt intervenir dans vos opérations », sur actu.fr, (consulté le )


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