Affaire Yannick Poligné

Affaire Yannick Poligné
Fait reproché viol sur mineur aggravé par l'administration d'une substance nuisible à l'insu de la victime, provocation de mineur à l’usage de stupéfiants, mise en danger de la vie d’autrui et usage illicite de produits stupéfiants
Pays Drapeau de la France France
Ville Paris
Date 3 novembre 2022
Nombre de victimes Une
Jugement
Statut non-lieu (renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris pour usage de stupéfiants)
Date du jugement 26 décembre 2025

L'affaire Yannick Poligné est une affaire judiciaire ayant mis en cause un prêtre français du diocèse de Rennes, Yannick Poligné, innocenté en 2025 d'accusations de viol aggravé sur la personne d'un adolescent de 15 ans le , lors d'un séjour à Paris sans rapport avec ses fonctions.

Interpellé la nuit même des faits, Yannick Poligné est mis en examen le des chefs de viol sur mineur aggravé par l'administration d'une substance nuisible à l'insu de la victime, provocation de mineur à l’usage de stupéfiants, mise en danger de la vie d’autrui et usage illicite de produits stupéfiants. Il est placé en détention provisoire, puis libéré sous contrôle judiciaire en 2023.

Le , le juge d'instruction ordonne un non-lieu pour les faits de nature sexuelle, concluant à un rapport « sans aucune notion de contrainte » et le renvoie devant le tribunal correctionnel de Paris pour usage de stupéfiants.

Mis en cause

Né en 1970, Yannick Poligné grandit à Bais, village à l'est de Rennes (Ille-et-Vilaine) en Bretagne. Il est le quatrième enfant d'un père transporteur de porcs et d'une mère exploitante agricole. A 11 ans, il affirme à ses parents vouloir être prêtre. Après trois ans où il travaille dans une agence bancaire à Saint-Malo, il entre au séminaire[1].

Il est ordonné prêtre en 1999 à Rennes. Il séjourne dans une communauté de l'Arche à Bruz et passe par différentes paroisses de la métropole rennaise[2]. De à , il est curé de la paroisse Saint-Conwoion et de la paroisse Saint-Melaine dans le pays de Redon[3]. Il rejoint en 2014 la faculté jésuite de Bruxelles pour compléter ses études notamment en bioéthique[4]. Pendant cette période, il intervient également lors de retraites au Foyer de charité de Tressaint.

Il est nommé en 2016 curé de la paroisse Saint-Louis-Marie en Brocéliande à Montfort-sur-Meu dans le diocèse de Rennes[5]. Il est alors responsable de la pastorale de la santé au niveau diocésain[6].

Déroulement des faits

Le , les pompiers parisiens sont appelés au secours d'un adolescent de 15 ans « se plaignant de « s’être fait droguer » et de souffrir de « douleurs anales, de diarrhées et de vomissements »[7] après avoir été emmené dans un hôtel par un homme rencontré dans un bar. Il dira par la suite avoir fait la connaissance de cet homme, se présentant comme militaire[7], sur l'application de rencontres homosexuelles Grindr[8] où il prétendait être majeur[7].

Après avoir pris quelques verres dans un bar[6], le garçon suit Yannick Poligné dans sa chambre d'hôtel[1] où, selon ses déclarations, celui-ci lui propose de faire usage de drogues[9]. Ils consomment ensemble des stupéfiants (de la 3-MMC[8] et du GBL[10],[11], un précurseur du GHB)[7]. Ils ont ensuite une relation sexuelle non protégée, qualifiée de violente par le garçon[9],[8].

Malade à la suite de cette prise de stupéfiants, celui-ci se réveille peu après minuit et alerte des amies qui le géolocalisent grâce à son téléphone et informent les pompiers qui viennent le secourir et le transporter à l’hôpital[10],[12]. Yannick Poligné est arrêté dans la nuit du au [11]. Il est soupçonné d'avoir administré ces produits à l'insu du jeune homme afin d’altérer son discernement et le contrôle de ses actes[2],[10].

À l'issue de sa garde à vue, le , il est mis en examen pour des chefs de viol aggravé par l'administration d'une substance nuisible à l'insu de la victime, provocation de mineur à l’usage de stupéfiants, mise en danger de la vie d’autrui et usage illicite de produits stupéfiants[13],[8].

Devant les enquêteurs, Yannick Poligné reconnaît la consommation des drogues ainsi que des relations sexuelles violentes avec le jeune homme, tout en plaidant que celui-ci était consentant et qu'il ignorait son âge réel, son partenaire ayant indiqué sur l’application Grindr être majeur[14] et lui-même n'étant pas intéressé par les mineurs[7]. Il souligne que son traitement contre le VIH empêche sa transmission lors d’un rapport sexuel[8] et nie catégoriquement avoir commis une infraction pénale[14]. Cependant, il est placé en détention provisoire[11].

Réactions

L'affaire provoque « une onde de choc » dans l'archidiocèse de Rennes[15],[7]. Son archevêque, Pierre d'Ornellas, déclare dans un communiqué paru le « assurer la personne victime de [s]a compassion et de [s]on entier soutien ». Il annonce qu'il ira à la rencontre des fidèles de la paroisse Saint-Louis-Marie en Brocéliande dont Yannick Poligné était le curé. Il ajoute avoir « assuré la justice civile de l’entière collaboration du Diocèse, et signalé à Rome les faits auprès du Dicastère pour la Doctrine de la foi afin de lancer en parallèle une procédure canonique »[13],[16].

Selon une source proche du dossier, des fidèles du diocèse connaissaient l'homosexualité du prêtre et ses difficultés à maîtriser ses pulsions[6],[1]. Yannick Poligné aurait indiqué à son évêque et à ses paroissiens, devoir se rendre à Paris régulièrement pour être soigné d'un cancer[8]. En réalité, il était suivi médicalement en raison de sa séropositivité au VIH[8]. Sous trithérapie, il recevait des injections de botox pour masquer les effets du traitement sur les traits du visage. Lors de ses déplacements il avait régulièrement des relations sexuelles avec des hommes dans des hôtels parisiens, accompagnées parfois de prises de drogues[12].

Ses nombreuses absences et son changement de train de vie avaient été remarqués par ses paroissiens : il s'était acheté une voiture neuve et un appartement avec vue sur la mer à Saint-Malo. Yannick Poligné aurait hérité d'un million d'euros légué cinq ans auparavant par un couple dont il avait célébré l'union[1].

Les enquêtes de la gendarmerie et du diocèse n'ont relevé aucune accusation ni mauvais comportement auprès des jeunes de sa paroisse[1].

Non-lieu pour les faits de nature sexuelle

Yannick Poligné est libéré sous contrôle judiciaire en 2023[17].

Le , à l'issue de l'enquête, le juge d'instruction chargé de l'affaire ordonne un non-lieu qui innocente Yannick Poligné de viol aggravé[18] et des autres faits de nature sexuelle[7], concluant à un rapport « sans aucune notion de contrainte »[15]. Cependant le juge renvoie Yannick Poligné devant le tribunal correctionnel pour usage de stupéfiants[7].

L'instruction a conclu à « une vie homosexuelle active et ponctuée de « chemsex » »[7] du mis en cause, mais à une absence de contrainte de sa part, et à la possibilité de se tromper de bonne foi sur l'âge de l'adolescent étant donné sa taille et sa corpulence[15],[7],[18].

La décision du juge s'appuie sur l'expertise psychiatrique mettant en relief « la fragilité du mineur, qui avait développé un rapport obsessionnel au sexe en lien avec une grande consommation de pornographie depuis un très jeune âge »[7].

Situation canonique

Le , le diocèse de Rennes prend acte de la décision de la justice civile concernant le père Yannick Poligné et dit attendre le jugement du tribunal correctionnel[18] ainsi que, s'agissant « d'une situation impactant un clerc et un mineur », la décision du Dicastère pour la Doctrine de la foi qui doit statuer sur la situation canonique du prêtre, suspendu depuis sa mise en examen de tout ministère pastoral[19],[15].

Références

  1. Claire Staes et Romain Roux, « La double vie de Yannick Poligné, prêtre accusé de viol aggravé », Le Télégramme,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. Ouest-France, « Un prêtre du diocèse de Rennes mis en examen et écroué pour viol aggravé sur un adolescent », Ouest-France,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  3. « Le Père Yannick Poligné, curé des paroisses St-Conwoïon et St-Melaine, de 2009 à 2014 », sur Église Pays Redon, (consulté le ).
  4. « Le père Yannick Poligné, curé doyen, quitte Redon », Ouest France,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. « Un prêtre écroué à Paris pour viol aggravé sur un adolescent », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. Camille Lecuit, « Bretagne : un prêtre incarcéré pour avoir drogué et violé un mineur », Famille Chrétienne,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  7. Le Monde avec AFP, « Non-lieu pour un prêtre breton mis en examen en 2022 pour viol sur mineur », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. Romain Roux, « Chez l’abbé Poligné, accusé du viol d’un ado, des paroissiens abasourdis », Le Télégramme,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. Maxime Levy, « INFO RTL - Un prêtre mis en examen et incarcéré pour viol sur mineur de 15 ans à Paris », RTL,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  10. « Paris : un prêtre mis en examen, soupçonné d’avoir drogué puis violé un adolescent de 15 ans », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. Benjamin Keltz et Lucie Soullier, « Un prêtre breton mis en examen pour « viol aggravé sur mineur », la communauté catholique sous le choc », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  12. Jérémie Pham-Lê, Ronan Folgoas et Jean-Michel Décugis, « Un prêtre mis en examen et écroué pour avoir drogué et violé un adolescent de 15 ans à Paris », Le Parisien,‎ (lire en ligne).
  13. « Déclaration de Mgr Pierre d’Ornellas », sur rennes.catholique.fr, (consulté le ).
  14. Jean-Christophe Collet, « Le prêtre d'Ille et Vilaine séropositif drogue et viole un adolescent », sur Rennes Info Autrement, (consulté le ).
  15. Coline Paistel et Édouard Lamort, « Un rapport sexuel « sans aucune notion de contrainte » : non-lieu pour le prêtre breton suspecté de viol sur mineur », Ouest-France,‎ (lire en ligne).
  16. Laure Gentil, « Un prêtre de Rennes mis en examen pour viol sur un adolescent : l'archevêque réagit », sur actu.fr, (consulté le ).
  17. Coline Paistel, « Prêtre breton soupçonné de viol sur un adolescent : l’enquête est terminée pour le juge d’instruction », Ouest-France,‎ (lire en ligne).
  18. « Innocenté des faits de viol aggravé, le devenir du prêtre du diocèse de Rennes sera tranché par le Vatican », sur Le Télégramme, (consulté le )
  19. « Communiqué au sujet de la situation du père Yannick Poligné », sur Diocèse de Rennes, (consulté le ).

Articles connexes

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