Affaire Yves Grosjean
| Affaire Yves Grosjean | |
| Chefs d'accusation | agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité |
|---|---|
| Pays | |
| Nombre de victimes | 13 |
| Jugement | |
| Statut | Affaire non jugée |
L'affaire Yves Grosjean est une affaire judiciaire mettant en cause un prêtre de l'archidiocèse de Dijon, Yves Grosjean, accusé d'agressions sexuelles sur treize mineurs. Il a reconnu les faits dénoncés dans cinq plaintes.
Un collectif, constitué après la mise en examen du prêtre et son incarcération en , dit avoir recueilli les témoignages de plusieurs autres victimes présumées, mineures au moment des faits allégués entre la fin des années 1980 et le milieu des années 2010.
Historique
Yves Grosjean, né le à Nancy[1], est ordonné prêtre en 1993[2]. Après plusieurs affectations à Châtillon-sur-Seine, Montbard et Auxonne en Côte-d'Or[3], il exerce de 2001 à 2013 dans la paroisse de Sombernon[2] et parallèlement à Vitteaux entre 2010 et 2012[4]. En 2007, il devient aumônier diocésain du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ)[5]. Il est nommé en 2013 curé des paroisses de Bligny-sur-Ouche et Arnay-le-Duc[2],[6].
Le prêtre est apprécié par les jeunes des paroisses où il a exercé. Il organise des soirées cinéma au presbytère, des déplacements dans des parcs d'attraction, leur distribue des cigarettes et les laisse utiliser son téléphone et son ordinateur[7]. Après un signalement en 2016 à l'évêque, Roland Minnerath, il fait l'objet d'une enquête préliminaire qui est classée sans suite pour prescription[8],[9].
En , le prêtre quitte soudainement sa paroisse sans explications. Son départ pour « une année de formation » est annoncé dix jours plus tard sur le site du diocèse de Dijon[6],[10],[11]. Il est accueilli en 2017 comme prêtre Fidei Donum dans l'archidiocèse de Rabat au Maroc[12] où il exerce des responsabilités auprès de jeunes, notamment comme aumônier scout[9]. À la demande de l'archevêque de Rabat, il revient en France en 2024 « pour une période d’un an afin de pouvoir bénéficier d’un suivi psychologique ». Les causes de son départ auraient été, selon les déclarations d'Yves Grosjean, des relations « problématiques » avec de jeunes garçons[1] pour lesquelles il aurait fait l'objet au Maroc d'une enquête de police[13].
Il est affecté en comme prêtre coopérateur à l'église Saint-Pierre de Dijon[14],[12], proche de l'école Saint-Pierre dont il est l'aumônier[7]. Interrogé en par le quotidien La Croix, le prêtre chargé de veiller à l'application des restrictions tenues secrètes touchant Yves Grosjean, son ami depuis 30 ans, fait valoir que « Saint-Pierre est une école primaire [et que] le problème des relations ne s’est posé qu’avec des adolescents »[9].
Première plainte en novembre 2024
En , le prêtre envoie un SMS à l'une de ses victimes présumées qu'il avait connue à Sombernon, Jean Jedrysek, pour prendre de ses nouvelles[15]. Ce message inattendu provoque chez le jeune homme, âgé de 27 ans, le retour d'un souvenir remontant à ses 12 ans, en 2010, quand Yves Grosjean l'avait emmené au Futuroscope. Seul avec le prêtre, qui lui caresse la cuisse lors du voyage, il est contraint de dormir avec lui dans une chambre d'hôtel[8]. Yves Grosjean reconnaît, dans l'échange de messages qui suit, lui avoir « caressé le corps »[13].
Quelques jours après ces aveux, Jean Jedrysek dépose une plainte à la gendarmerie de Sombernon[13]. L'archevêque de Dijon, Antoine Hérouard, reçoit par l'intermédiaire de la Conférence des évêques de France une lettre de Jean Jedrysek qui l'amène à prendre des mesures conservatoires en interdisant au prêtre le toute activité auprès de mineurs[16],[13],[Note 1] et tout contact avec les paroisses où il a été en fonction, interdiction qu'Yves Grosjean n'aurait pas respectée en se rendant à Arnay-le-Duc en [11].
Une enquête est ouverte au cours de laquelle apparaissent des faits nouveaux, concernant une autre personne, qui sont classés sans suite pour cause de prescription[13]. Yves Grosjean est mis en examen le pour « agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité », d'autres plaintes ayant été portées contre lui, et placé en détention préventive à Bourges dans le Cher[8]. Antoine Hérouard révèle l'information dans un communiqué[14] paru le lendemain[12].
De nombreuses victimes présumées
Un collectif de défense des victimes présumées se constitue fin , « La parole accueillie », animé par la journaliste Emmanuelle Dancourt, présidente de l'association MeTooMedia, une ancienne paroissienne de Sombernon qui a côtoyé Yves Grosjean[17]. Le collectif déclare avoir reçu les témoignages de 15 jeunes hommes, âgés de 25 à 40 ans, tous mineurs au moment des faits, qu'aurait agressés sexuellement Yves Grosjean dans les années 2000 et 2010[8]. Lors d'un entretien le , Jean Jedrysek (représenté par sa mère) et Emmanuelle Dancourt demandent à Antoine Hérouard de leur transmettre les coordonnées des anciens confirmands d'Yves Grosjean et les archives du diocèse le concernant, ce que l'archevêque refuse[18],[19],[17]. L'affaire suscite l'incompréhension et un sentiment de trahison parmi les familles du diocèse de Dijon, qui n'ont pas été mises au courant des accusations pesant sur Yves Grosjean jusqu'à sa mise en examen[9],[20].
Audience du
L’audience du à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon révèle qu'Yves Grosjean a avoué lors de sa garde à vue avoir agressé trois autres mineurs[21] et eu des « relations consenties » avec deux adolescents. Le prêtre évoque également « une relation proche, mais sans rapports sexuels, avec un jeune Marocain qui a profité de [s]a confiance pour voler de l’argent appartenant au diocèse », ce qui serait la cause de son départ en 2024 du diocèse de Rabat. Il reconnaît avoir « une attirance pour les jeunes garçons dans l’après-puberté » et affirme avoir été lui-même agressé dans sa jeunesse par son frère aîné[1]. Sa demande de remise en liberté est rejetée[22].
Dans une lettre ouverte publiée le , le collectif « La parole accueillie » interpelle sur leur silence les évêques émérites et en fonction à Dijon et à Rabat. Il leur demande de fournir la liste de toutes les affectations d'Yves Grosjean en France et au Maroc et les interroge sur la communication des antécédents du prêtre à la commission nationale d'expertise sur la pédophilie et à Rome. Le collectif dit avoir reçu 16 plaintes[21],[23]. Antoine Hérouard s'interroge sur les motivations du collectif qui semble vouloir mener « une enquête parallèle »[24],[3].
Audience du
La demande de remise en liberté d'Yves Grosjean est à nouveau rejetée le [25],[26]. Le prêtre reconnaît cinq agressions sur des mineurs, mais laisse entendre qu'il aurait fait d'autres victimes : « Ce n'est pas impossible, mais je ne saurais dresser une liste et donner les noms [...] Ce sont les seules dont je me suis souvenu au moment de mon audition, peut-être qu'il y en a d'autres concernées par mes mauvaises attitudes »[27],[28]. L'enquête s'oriente également du côté du Maroc à la recherche d'un adolescent qui aurait pu être abusé par le prêtre[26],[28]. Une commission rogatoire internationale est lancée[29].
Audience du
Le , Yves Grosjean comparaît à nouveau devant la chambre de l’instruction de Dijon. L'avocate de Jean Jedrysek annonce que l'enquête porte sur huit nouvelles victimes présumées. Malgré la demande de libération de ses avocats[30], le prêtre est maintenu en détention[31],[29],[32]. Le collectif « La parole accueillie » dit avoir identifié au total 25 victimes potentielles pour des faits qui auraient été commis entre la fin des années 1980, alors qu'Yves Grosjean était séminariste et chef scout, et le milieu des années 2010[29].
Notes et références
Note
- ↑ Dans son communiqué, l'archevêque dit qu'en novembre 2024, dès qu'il a été mis au courant de la plainte de Jean Jedrysek contre Yves Grosjean, « des mesures conservatoires à son égard ont été prises tout de suite (canon 1722) : interdiction de tout ministère auprès de mineurs y compris la catéchèse, interdiction de confesser des mineurs, interdiction de se rendre dans ses anciennes paroisses de Sombernon, Bligny-sur-Ouche et Arnay-le-Duc, et enfin interdiction d’être en contact avec des personnes qu’il aurait eu à suivre dans le cadre de son ministère alors qu’elles étaient mineures[14]. »Cependant, selon La Croix, ces restrictions avaient déjà été prises dès septembre, deux mois avant la plainte de la victime présumée : « l’archevêque a infligé au prêtre, coopérateur à la paroisse Saint-Pierre depuis septembre 2024 après plusieurs années passées à l’étranger, plusieurs restrictions de son ministère : interdiction de tous liens avec les mineurs et de reprendre contact avec les fidèles de ses précédentes paroisses[9]. »
Références
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- « Sombernon : un au revoir au Père Yves Grosjean », Le Bien Public, (lire en ligne
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- ↑ « Liste des curés et administrateurs de Vitteaux », sur Paroisses de Vitteaux et Précy-sous-Thil (consulté le ).
- ↑ « Nominations dans le diocèse », Le Bien public, .
- V. B., « Prêtre incarcéré pour agressions sexuelles : « Son départ précipité cachait forcément quelque chose » », Le Bien public, (lire en ligne
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- Auberi Verne, « La difficile réalisation des victimes du "curé super cool", accusé de pédophilie : "il avait un système de prédation en place" », France Info, (lire en ligne
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- ↑ « Nominations 2016 (à compter du 1er septembre 2016) », sur Archidiocèse de Dijon, (consulté le ).
- Frédéric Joly, « Prêtre accusé d’agressions sexuelles : « Il n’était plus digne de sa fonction » », Le Bien public, (lire en ligne
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- Auberi Verne, « Un prêtre de Dijon mis en examen et placé en détention provisoire : le diocèse suspend ses fonctions auprès des mineurs », France Info, (lire en ligne
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- Vannick Berton et F. J., « Il accuse un prêtre d’agression sexuelle : « Je sais qu’il y a eu d’autres victimes » », Le Bien public, (lire en ligne
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- ↑ Plana Radenovic, « Affaire du prêtre Yves Grosjean : "C'est parti d'un SMS très banal", la mère d'une victime raconte comment son fils est sorti de l'amnésie traumatique », RTL, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Arnaud Racapé, « Pédocriminalité dans l'Église : "Je ne cache rien" affirme l'archevêque de Dijon », France Bleu, (lire en ligne, consulté le ).
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- ↑ V. B., « Le collectif de victimes du père Grosjean adresse une lettre ouverte aux autorités ecclésiastiques », Le Bien public, (lire en ligne).
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- ↑ Lise Dussaut, « Affaire Yves Grosjean : l'ancien prêtre de Sombernon soupçonné d'agressions sexuelles reste en prison », France Bleu, (lire en ligne)
- La Croix avec AFP, « « Affaire Yves Grosjean » : le prêtre accusé de pédocriminalité reste en détention », La Croix, (lire en ligne)
- ↑ Vannick Berton, « Le père Grosjean, accusé de pédophilie : « Pas impossible qu’il y ait plus de victimes » », Le Bien public, (lire en ligne).
- « Affaire Grosjean : le grand déplacement », Golias Hebdo, (lire en ligne)
- Lucie de Perthuis, « Pédocriminalité : sur les traces du père Grosjean, qui passait pour « doué avec les jeunes » », Le Parisien, (lire en ligne).
- ↑ « "On confond sanction et détention", dénoncent les avocats du père Yves Grosjean accusé d'agressions sexuelles sur mineurs », France Info, (lire en ligne).
- ↑ Vannick Berton, « Le père Grosjean accusé de pédophilie : huit nouvelles victimes identifiées », Le Bien public, (lire en ligne)
- ↑ Juliette Gloria, « Affaire Yves Grosjean : huit nouvelles victimes accusent le prêtre de Sombernon de pédophilie », France Bleu, (lire en ligne).
Articles connexes
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