Agglomération antique de Senon-Amel
| Agglomération antique de Senon-Amel | |
Stèle à Épona (Le Bourge, Senon). | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Grand Est |
| Département | Meuse |
| Commune | Senon et Amel-sur-l'Étang |
| Protection | |
| Coordonnées | 49° 16′ 44″ nord, 5° 38′ 01″ est |
| Histoire | |
| Époque | Empire romain |
L'agglomération antique de Senon-Amel est une agglomération secondaire principalement active pendant l'Antiquité dans les communes de Senon et Amel-sur-l'Étang, dans le département français de la Meuse, en région Grand Est.
La ville, composée de deux pôles distants de 1,5 km, est fréquentée dès la fin de l'époque gauloise, mais selon une chronologie et des formes différentes à Amel et à Senon, ce qui entraîne probablement aussi des fonctions différentes. À Senon, un castellum est construit sous le Bas-Empire romain tandis qu'à Amel, c'est un village mérovingien qui se superpose à un quartier de la ville antique, au moins.
Les vestiges antiques situés à Senon sont protégés au titre des monuments historiques en 1923 et en 1992.
Géographie contemporaine et antique
L'agglomération est située à environ 20 km au nord-est de Verdun. Elle occupe le pied occidental d'un léger bombement composé de calcaire oolithique bathonien et connu sous le nom de « dalle d'Étain ». Cette formation est exploitée dans l'Antiquité pour fournir des matériaux de construction à l'agglomération voisine, surtout pour le revêtement des espaces de circulation ou la confection du noyau des murs ; l'exploitation est également signalée au XIXe siècle[1],[2].
Le site se trouve à proximité immédiate des deux bourgs de Senon et d'Amel-sur-l'Étang, séparés de seulement 1,5 km à vol d'oiseau. Il forme ainsi une agglomération bipolaire.
Senon-Amel est rattaché, sous le Haut-Empire, au territoire des Médiomatriques (province de Gaule belgique) puis, après la réforme territoriale de Dioclétien, à la nouvelle civitas Verodunensium dont Verdun est le chef-lieu, au sein de la Belgique première qui a Trèves pour capitale[3].
Huit voies antiques semblent rayonner autour de Senon-Amel, mais quatre d'entre elles seulement sont attestées, dont Senon—Metz et Senon—Verdun[4].
Historique
Chronologie du site
La plus ancienne occupation du site est laténienne ; elle est rencontrée à Senon mais ne peut être caractérisée davantage en raison des bouleversements liés aux occupations postérieures[5]. La plus grande partie du premier siècle est mal documentée à Senon, et ce n'est que dans les dernières décennies que les constructions, en maçonnerie désormais, laissent des traces plus explicites[6]. À Amel, il semble que les premiers signes d'activité remontent à l'époque augustéenne[7] mais la monumentalisation du site intervient, comme à Senon, vers la fin du Ier ou au début du IIe siècle[8].
Ce n'est qu'à la fin du IIe siècle qu'Amel peut prétendre au qualificatif d'« habitat groupé », alors que cette configuration est atteinte depuis plusieurs décennies à Senon[8].
Si l'occupation du site, au moins à Senon, se poursuit pendant tout le Bas-Empire comme en témoignent la construction du castellum et les monnaies et la céramique retrouvées lors des fouilles de cet édifice, il n'est pas possible de connaître la date d'abandon de l'agglomération[9].
Un village mérovingien, organisé selon un plan cohérent, occupe au moins une partie de l'implantation antique à Amel aux Ve et VIe siècles, dans le secteur septentrional de l'agglomération[7].
Fouilles et études
La présence de ruines antiques à Senon est signalée en 1812 mais les premières descriptions ne datent que de 1847. Dans la seconde moité du XIXe siècle, les découvertes fortuites et les fouilles ponctuelles révèlent, grâce à Félix Liénard, certains éléments de la ville antique. Dès 1873 l'idée d'une même « station romaine » à Senon et Amel est émise[10] bien que les vestiges antiques sur cette dernière commune soient alors rares[11].

En 1917, pendant la Première Guerre mondiale, la 5e armée allemande entreprend des terrassements à Senon dans le but de fortifier la position. Les découvertes faites à cette occasion amènent l'archéologue Friedrich Drexel (de), mobilisé sur place, et le lieutenant Heribert Reiners à réaliser des fouilles qui ne durent que quelques semaines mais qui mettent au jour des thermes et une partie du castellum du Bourge. Leurs travaux sont publiés à Munich en 1918[12]. Dans les années qui suivent, les dégâts de la guerre et leur réparation permettent à Georges Chenet de mener des investigations supplémentaires et de compiler ses résultats avec ceux des fouilles réalisées jusqu'alors[13]. Le mobilier archéologique retrouvé en 1917 est conservé au musée de la Princerie à Verdun[14].
De 1989 à 1995, des prospections pédestres, des photographies aériennes et un réexamen de la documentation marquent un regain d'intérêt pour l'histoire antique de Senon[15]. Dans la continuité de ces opérations, le même type d'interventions est réalisé à Amel. De 2007 et 2015, des campagnes de prospection géophysique intéressent les deux communes[4]. Le recours à ces modes d'interventions non destructrices est complété par des fouilles ponctuelles, préventives ou programmées ce qui permet de faire progresser, peu à peu, l'état des connaissances sur le site[16].
Les ruines du castellum du Bourge sont classées au titre des monuments historiques par arrêté du ; la protection est étendue par inscription en date du aux parcelles cadastrales de Senon renfermant des vestiges enfouis[17].
Description

L'agglomération est composée de deux pôles distincts. Chacun a sa propre organisation spatiale, son propre schéma d'évolution urbaine et sa propre histoire. Ces différences suggèrent que les fonctions des deux noyaux, encore à préciser, n'étaient pas les mêmes. Le pôle de Senon semble avoir une vocation artisanale et commerciale et celui d'Amel, par complémentarité, une fonction agropastorale, peut-être au service du grand sanctuaire qui occupe son centre[18].
Ces deux pôles sont reliés par une voie de communication[19].
Pôle de Senon
Le schéma urbanistique est basé sur une place centrale dotée d'un grand sanctuaire et vers laquelle convergent les rues. Celles-ci délimitent des quartiers à vocation résidentielle et artisanale. Un autre sanctuaire au moins est implanté plus à l'écart ; la ville possède aussi des thermes et un théâtre[6].
Le théâtre, qui ne mesure que 48 m de diamètre, est orienté au nord ; il est équipé d'une petite scène et il est encadré par trois voies, au nord, à l'ouest et à l'est[20]. Les recherches récentes ont identifié des thermes au sud du théâtre, mais il n'est pas possible de déterminer s'il s'agit de l'édifice fouillé en 1917 ni d'en préciser le plan[21]. Le sanctuaire installé sur la place centrale renferme, au sein d'un péribole d'au moins 77 × 44 m, un minimum de trois temples[4].
Les parcelles de terrain, longues et étroites, accueillent des bâtiments qui suivent le même plan allongé perpendiculaire à l'axe de la voirie. Ils comportent des espaces de vie mais aussi de travail[6].
Les activités artisanales et commerciales qui s'exercent à Senon semblent plus particulièrement tournées vers la transformation des produits agricoles (boucherie, boulangerie, travail du cuir et de l'os, tissage) à laquelle il faut ajouter, de manière sans doute plus anecdotique, la métallurgie, la production de céramiques et l'extraction du calcaire à partir de carrières situées en périphérie[22].
Un dispositif fortifié est construit sous le Bas-Empire romain au sud de la place publique. Appelé le Bourge, c'est un carré de 50 m de côté en maçonnerie de petit appareil reposant sur des fondations faites de blocs de remploi dont des éléments d'architecture et de monuments funéraires[23]. Ses quatre coins sont peut-être renforcés d'une tour carrée ; il est doté d'un chemin de ronde intérieur et s'ouvre au nord. Il semble avoir connu deux étapes de construction[24]. Il paraît être le théâtre d'une bataille entre les Alamans et les troupes de Julien en 356-357 avant d'être détruit dans un incendie[25].
Pôle d'Amel-sur-l'Étang
Le pôle d'Amel, dont la superficie totale pourrait avoisiner 25 ha, semble être organisé autour d'une grande esplanade trapézoïdale. Elle renferme, en position centrale, le sanctuaire composé de deux enceintes mitoyennes. Ce dernier est encadré d'un théâtre à l'est, de thermes au sud-est et de bâtiments dont la fonction reste à déterminer, au nord, à l'ouest et au sud. Une voie nord-sud passe entre le sanctuaire et le théâtre.
| Image externe | |
| Le centre monumental d'Amel (prospection aérienne et géophysique) sur chronocarta.eu | |
Le théâtre est orienté vers l'est. Mesurant 77 m de diamètre, il possède une petite scène. Les thermes, mal connus, mesurent environ 70 × 25 m ; ils prennent place au sud du théâtre[26]. Le sanctuaire, qui pourrait être le plus ancien ensemble bâti d'Amel, comprend deux enceintes contiguës. L'une d'elles, au nord, renferme trois fanums à galerie et l'autre, au sud, un fanum hexagonal ainsi qu'un autre édifice[26].
Les ensembles situés à proximité du sanctuaire sont, au nord et au sud, des édifices publics dont la fonction n'est pas connue. À l'ouest, deux enclos fermés par une galerie divisée en petites cellules peuvent être des bâtiments destinés aux fidèles (logement, restauration), des locaux de stockage ou des échoppes[27].
L'habitat forme deux longues bandes, au nord et au sud de l'esplanade ; leur développement est sans doute postérieur à la fondation du sanctuaire[28]. Le quartier nord est limité, à l'ouest, par une nécropole utilisée dès la seconde moitié du Ier siècle[8].
Au sein des zones habitées, le parcellaire semble composé d'enclos assez vastes avec des habitations aux formes multiples, de la maison la plus simple à la villa au plan complexe ; ces habitations sont rarement construites en limite de parcelle, une disposition généralement retenue pour limiter les risques de propagation d'un incendie d'un bâtiment à l'autre[29]. Le pôle paraît organisé comme un « groupement de petits établissements ruraux », dans le cadre d'une gestion globale et planifiée de l'espace habitable autour du sanctuaire[30]. Les éléments font largement défaut pour imaginer quelles activités s'exercent à Amel mais l'organisation de l'espace et la structure du bâti suggèrent une économie largement tournée vers l'agropastoralisme[31].
Notes et références
- ↑ Simon Ritz et Sébastien Viller, « L’exploitation des calcaires en plaquettes de la dalle d’Étain dans l’agglomération gallo-romaine de Senon (Meuse) », dans Karine Boulanger et Cédric Moulis (dir.), Pierre à pierre - Économie de la pierre de l’Antiquité à l’époque moderne en Lorraine et régions limitrophes, Éditions de l’Université de Lorraine, , 294 p. (ISBN 978-2-8143-0556-4, lire en ligne), p. 147-151.
- ↑ Feller et Geoges-Leroy 1997, p. 289.
- ↑ Ritz 2017, p. 23.
- Ritz 2017, p. 24.
- ↑ Ritz 2024, p. 195.
- Ritz 2024, p. 196.
- « L’agglomération cultuelle antique d'Amel-sur-l’Étang (Meuse) », sur Le site de l'INRAP, (consulté le ).
- Ritz 2024, p. 197.
- ↑ Feller et Georges-Leroy 1997, p. 294.
- ↑ Mourot 2001, p. 503.
- ↑ Félix Liénard, Archéologie de la Meuse : Partie nord du département et Atlas, Ch. Laurent, , 144 p. (lire en ligne), p. 59.
- ↑ Feller et Georges-Leroy 1997, p. 286.
- ↑ Chenet 1921.
- ↑ « À découvrir aux alentours », sur le site de Senon (consulté le ).
- ↑ Feller et Georges-Leroy 1997.
- ↑ Ritz 2024, p. 193.
- ↑ Notice no PA00106630, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Ritz 2024, p. 203-204.
- ↑ Ritz 2024, p. 194.
- ↑ Ritz 2017, p. 26.
- ↑ Ritz 2017, p. 25.
- ↑ Ritz 2024, p. 196-197.
- ↑ Michaël Landolt et al., « Des tranchées aux musées : l’archéologie pendant la Grande Guerre en Alsace et en Lorraine », In Situ, no 23 « Le patrimoine dans la Grande Guerre », , al. 53 (DOI 10.4000/insitu.10882).
- ↑ Mourot 2001, p. 514.
- ↑ Mourot 2001, p. 515.
- Ritz 2017, p. 29.
- ↑ Ritz 2024, p. 197-198.
- ↑ Ritz 2024, p. 198.
- ↑ Ritz 2024, p. 199-201.
- ↑ Ritz 2024, p. 201.
- ↑ Ritz 2024, p. 203.
Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Georges Chenet, « L'établissement gallo-romain et le « bourge » de Senon (Meuse) - Les fouilles allemandes de 1917 à Senon », Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, , p. 127-144 (lire en ligne).

- Marc Feller et Murielle Georges-Leroy, « Senon : de la bourgade au burgus », Annales littéraires de l'université de Besançon, no 647 « Les agglomérations secondaires de la Lorraine romaine », , p. 285-296 (lire en ligne).

- Franck Mourot, La Meuse, Académie des inscriptions et belles-lettres, coll. « Carte archéologique de la Gaule » (no 55), , 656 p. (ISBN 2-8775-4074-X, lire en ligne).

- Simon Ritz, « Senon et Amel-sur-l’Étang (Meuse) », Annales de l'Est, no 67 « L'Antiquité en Lorraine : actualité des recherches », , p. 23-31 (lire en ligne).

- Simon Ritz, « Amel-sur-l'Étang (Meuse) : un habitat groupé à composante rurale en périphérie d'un grand sanctuaire », dans Antonin Nüsslein (dir.), Villages et hameaux paysans en Gaule et sa périphérie entre la fin de la période laténienne et l’époque romaine, AVAGE, coll. « Mémoires d'archéologie du Grand Est » (no 11), , 465 p. (ISBN 978-2-9590-8171-2), p. 193-208.

Articles connexes
- Histoire de la Meuse
- Liste des monuments historiques de la Meuse
- Liste des monuments historiques protégés en 1923
- Liste des monuments historiques protégés en 1992
Liens externes
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