Aimée Racine

| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 78 ans) |
| Nationalité | |
| Activités |
Biographie
Aimée Racine naît à Bruxelles le 26 mai 1902 et y décède en novembre 1980[1].C’est une juriste sociologue belge internationalement reconnue[2].
Elle est considérée comme une figure incontournable du discours criminologique autour de la délinquance juvénile et elle est reconnue comme l’une des plus grandes spécialistes en la matière[3].
Elle effectue ses études secondaires au Cours d’Education B, situé rue de la Paille à Bruxelles avant de suivre une formation pré-universitaire qui la prépare à ses études supérieures. Après cela, elle entame un cursus à l’Université libre de Bruxelles (ULB) en philologie romane[4].
Après deux années de succès, elle se réoriente en 1922 vers le droit et obtient en 1925 un doctorat avec la plus grande distinction. Grâce à une bourse de la Commission for Relief in Belgium, elle poursuit ses études aux États-Unis pendant un an à l’Université de Wisconsin de 1925 à 1926. Elle y suit des cours en sciences économiques et est désignée CRB fellow, chercheuse au sein d’un centre de recherche universitaire[5].
De retour en Belgique, elle bénéficie d’une bourse du FNRS faisant partie des premières promotions de chercheurs. Dès 1929, elle entame une carrière scientifique au Fonds national de la recherche scientifique (FNRS). Parallèlement, elle est rattachée à l’Institut de sociologie Solvay, où elle y entame une carrière scientifique en tant que chargée de recherches de 1944 à 1958, puis comme collaboratrice scientifique de 1958 à 1972[5].
Le 29 août 1925, elle est inscrite au Barreau de Bruxelles où elle y reste active jusqu’au 25 avril 1945. Elle enseigne à l’école centrale de service social de Bruxelles où elle dispense des cours de protection de l’enfance et de psychologie sociale. Elle y est nommée titulaire principale en 1938 avant d’en assurer la direction de 1945 à 1955[6].
Sa carrière académique à l’ULB débute en 1936 à l’école de pédagogie puis à partir de 1938 à l’école d’infirmières, école annexée à l’Université libre de Bruxelles[7].
La même année, elle succède à Paul Wets à l’École universitaire d’infirmières où elle enseigne la législation et l’économie sociale. En 1940 elle prend en charge le cours de protection de l’enfance à l’École de sciences criminologiques remplaçant P. Cornil. Nommée professeure extraordinaire en 1946, elle devient professeur ordinaire en 1952[8].
En 1957, le ministère de la Justice crée le Centre d’études de la délinquance juvénile. Elle est désignée à la tête du centre et le dirige à partir de ce moment là. Elle occupe cette fonction jusqu’à sa retraite en 1972. Dans ce cadre, elle mène d’importantes recherches sur la délinquance juvénile, participe à de nombreux congrès internationaux et s’engage dans plusieurs organisations, telles que l’Union internationale pour la protection de l’enfance, l’Association internationale des magistrats de la jeunesse, la Société internationale de criminologie et la Société internationale de prophylaxie[9].
En 1956, elle soutient la création de l’Association belge des femmes juristes, fondée par Angèle Grégoire-van Oppems et Anne-Marie Storrer, dont l’objectif est de défendre les droits et les capacités des femmes dans les professions juridiques et d’étudier les questions relatives aux femmes, aux enfants et à la famille. Le soutien qu’a apporté Aimée Racine à cette association prouve qu’elle était fort attentive aux questions d’égalité et à la reconnaissance des femmes intellectuelles et professionnelles[10].
Dès le début de sa carrière, elle s’intéresse aux questions de délinquance juvénile, domaine dans lequel elle s’impose progressivement comme l’une des spécialistes les plus reconnues. Elle est la première femme belge à avoir mené une recherche systématique sur le sujet de la délinquance juvénile[11]. Son ouvrage « La délinquance juvénile en Belgique de 1939 à 1957 » a eu un succès notable, ce qui lui a valu en 1959, le prix Henri Jaspar, récompensant l’importance de ses travaux dans ce domaine[8].
Enfin, sa carrière est marquée par une reconnaissance internationale grâce à ses relations privilégiées avec le ministère de la Justice belge, le Centre de formation et de recherche de l’éducation surveillée de Vaucresson en France, ainsi que ses collaborations aux États-Unis et à l’étranger dans le domaine de la protection de l’enfance et de la délinquance juvénile. Elle interviendra aussi à de nombreuses reprises sur ce thème, notamment auprès de la Société belge de criminologie et à l’École des Parents. Enfin, elle collabore avec d’autres juristes lors de projets collectifs[8].
Recherches
Au début du XXe siècle, la délinquance juvénile devient un enjeu majeur dans les sociétés occidentales car cela prenait une proportion de plus en plus grande dû à l’urbanisation, l’industrialisation et les transformations des structures familiales. Dans ce contexte, la délinquance juvénile apparaît comme un problème social majeur. Les États cherchent à adapter leurs institutions face à une jeunesse perçue comme vulnérable mais aussi potentiellement dangereuse[12].
Aimée Racine a mené des recherches sur la délinquance juvénile en Belgique et a pu lors de nombreux voyages aux États-Unis observer et analyser les fonctionnements américains pour créer de nouvelles innovations à ce sujet[13].
Les États-Unis jouent un rôle important dans cette évolution car ils disposent de moyens plus importants. En effet, les Etats-Unis sont les premiers à avoir mis en place un tribunal pour enfants à Chicago en 1899. Ce type de tribunal marque le début d’une justice différente pour les mineurs, davantage centrée sur l’enfant lui-même que sur la punition. Aimée Racine va beaucoup s’inspirer de ce modèle pour théoriser la nouvelle méthode de soutien à la délinquance juvénile[14].
Aimée Racine part du constat que la Seconde Guerre mondiale a provoqué une forte augmentation de la délinquance juvénile en Belgique. En effet, la guerre touche directement les enfants et les adolescents, non seulement physiquement à cause des bombardements, de la faim et des maladies, mais aussi moralement et psychologiquement. Ces conditions perturbent profondément les jeunes et favorisent les comportements délinquants. Cela démontre que la guerre a créé un climat propice à la criminalité des jeunes. Elle appuie bien sur l’impact de l’invasion allemande de 1940 car l’État paraît désorganisé et beaucoup de personnes ont l’impression que les lois et l’autorité n’existent plus. Cette situation entraîne des pillages et des vols collectifs. Aimée Racine explique que même des personnes honnêtes participent parfois à ces actes parce qu’elles pensent que l’ordre social a disparu et que tout est permis. Elle parle d’une sorte de psychose collective provoquée par la guerre. Selon elle, les enfants ne deviennent pas délinquants naturellement : c’est la guerre et la destruction du cadre social qui les poussent vers ces comportements[15].
Elle pointe également le milieu familial qui joue un rôle essentiel dans le développement de la délinquance juvénile. En s’appuyant sur des statistiques et des études réalisées en Belgique et aux États-Unis, elle montre que beaucoup de jeunes délinquants proviennent de familles instables ou en difficulté, marquées par le divorce, l’abandon ou la mort d’un parent. Les problèmes familiaux jouent donc un rôle important dans le développement des comportements antisociaux[16].
Elle constate qu'en Occident, l’approche pour réduire la délinquance juvénile est orientée vers la répression, en pensant que l’infraction commise doit avoir comme réponse une sanction certaine. De plus, l’impact de l’âge et de la situation socio-psychologique de l’enfant n’étaient pas pris en compte[17].
Une nouvelle manière de voir la délinquance juvénile apparaît. On ne se concentre plus seulement sur le délit, mais sur le jeune lui-même à travers sa personnalité, sa santé mentale, son milieu familial, son éducation, ses fréquentations et les conditions sociales dans lesquelles il vit. Le but pour Aimée Racine est de comprendre les causes de leurs comportements afin de prévenir la criminalité avant qu’elle n’apparaisse réellement[16].
Elle fait référence à la loi de 1912 permettant au juge d’agir lorsqu’un mineur vit dans un environnement dangereux tel que la prostitution ou la mendicité. La loi belge de 1912 a un équivalent bien plus avancé aux Etats-Unis. En effet, cette prévention va encore plus loin : un enfant peut être considéré comme « en danger de délinquance » simplement parce qu’il montre certains comportements inquiétants tels que les mauvaises fréquentations, le langage vulgaire ou l’agressivité[18].
De plus, il est déjà prévu aux Etats-Unis, des « Child Guidance Clinics », des centres spécialisés où travaillent des psychiatres, psychologues, médecins et assistants sociaux. Leur rôle est de détecter très tôt les signes de déséquilibre chez les enfants. Ils observent par exemple l’isolement, les mensonges, l’agressivité ou les difficultés scolaires. Ces spécialistes cherchent ensuite les causes profondes des problèmes afin d’aider l’enfant avant qu’il ne bascule dans la criminalité[19].
Pour pouvoir agir contre la délinquance juvénile, elle met en évidence l’importance des services sociaux. Les problèmes des individus ne doivent pas être vus comme individuels à eux, mais influencés par de nombreux facteurs liés au milieu social. Aimée Racine insiste sur le fait que le service social devient alors une profession importante et organisée. Les assistants sociaux ne sont plus seulement des personnes qui donnent de l’aide matérielle, ils deviennent de véritables spécialistes formés pour comprendre les difficultés humaines. Aimée Racine défend une approche fondée sur le respect, la compréhension et l’écoute. Les personnes en difficulté ne doivent pas être humiliées ou rejetées, mais accompagnées avec dignité[20].
Aimée Racine explique également que le service social repose sur la collaboration entre plusieurs institutions. Les écoles, les médecins, les tribunaux, les associations et les services publics doivent travailler ensemble pour mieux aider les individus. Cette coopération est essentielle, car aucun problème social ne peut être résolu uniquement par une seule institution[21].
Influence
L’influence d’Aimée Racine dépasse le domaine académique. Grâce à ses travaux et ses engagements, elle contribue à modifier la manière dont la délinquance juvénile est comprise en Belgique. Elle a notamment publié 21 ouvrages et monographies, ainsi que plus de 40 articles sur ce sujet et a également écrit dans des revues spécialisées[22].
Par ses actions, elle participe à l’émergence d’une approche moins répressive, plus humaine et individualisée de la délinquance juvénile, axée sur la compréhension des causes sociales et psychologiques qui ont amené l’enfant à passer à l’acte[23].
En étant à la tête du Centre d’études de la délinquance juvénile, elle favorise également une recherche orientée vers des applications concrètes, ayant un impact sur les pratiques professionnelles et les politiques publiques[24].
Enfin, son parcours met en avant l’évolution de la place des femmes dans le milieu académique et juridique au XXe siècle, faisant d’elle une personnalité avant-gardiste dans ces domaines.
Ses travaux ont pu avoir un impact car elle travaille sur base d’une approche pluridisciplinaire, à travers des points de vue juridiques, sociologiques et empiriques.
Engagement
Elle participe à la création de l'Association belge des femmes juristes en lui apportant son soutien[25]. Cette dernière est composée de femmes avocates, magistrates, professeures et autres juristes. Leur but est de lutter contre les discriminations envers les femmes dans le domaine du droit. Cette association encourage également les femmes à accéder à des fonctions importantes dans la justice et dans la politique. C’est d’ailleurs grâce à celle-ci et à son intervention que les premières femmes juges de paix ont été nommées. De plus, elle soutient ardemment la candidature des femmes juges au Tribunal du travail et de nombreuses femmes conseillères juridiques dans des entreprises. De même qu’elle entreprend personnellement des démarches afin d’encourager les femmes candidates à des postes de magistrates ou de greffières[26].
Références
- ↑ E. GUBIN, Dictionnaire des femmes belges XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006, p. 477.
- ↑ C. MACHIELS et D. NIGET, Protection de l’enfance et Paniques morales, Bruxelles, Yapaka ; Fabert, p. 21, 2013, Temps d’arrêt ; (en) Sara L. Kimble, Marion Röwekamp, New Perspectives on European Women's Legal History, ROUTLEDGE, 2015, p. 160.
- ↑ A. FRANCOIS, « Une véritable frénésie de jouissance… Prostitution juvénile et armées d’occupation en Belgique(1940-1945) » Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », n°10, 2008, p. 27 ; C. JACQUES, Sans hommes, point de salut ? Les relais masculins du mouvement féministe belge (1880-1960), dans L’Engagement des hommes pour l’égalité des sexes, St Etienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2013, p. 92. ; M.-S.DUPONT-BOUCHAT, « Le procès d’un système. La fermeture du pénitencier de Saint-Hubert (1954-1956) » Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière, n°13, 2011, p.13.
- ↑ E. GUBIN, V. PIETTE, Emma, Louise, Marie, L'ULB et l'émancipation des femmes 1834-2000, Archives ULB-GIEF, Bruxelles, 2004 ; E.GUBIN, op.cit. p. 477.
- E. GUBIN et V. PIETTE., ibidem ; E.GUBIN., ibidem.
- ↑ E. GUBIN et V. PIETTE., ibidem ; E.GUBIN., ibidem .
- ↑ E. GUBIN et V. PIETTE., ibidem ; E.GUBIN, ibidem .
- E.GUBIN, ibidem.
- ↑ M.-S.DUPONT-BOUCHAT, op. cit. ; E.GUBIN, ibidem.
- ↑ E. GUBIN (DIR.), Encyclopedie d'histoire des femmes : Belgique, XIXe-XXe siecles, Bruxelles, Racine, 2018, p. 50.
- ↑ M.-S.DUPONT-BOUCHAT, op.cit ; E. GUBIN et V. PIETTE, op. cit. ; E.GUBIN, Dictionnaire des femmes... , op.cit ,p. 478.
- ↑ A. RACINE., Les conditions économiques de la famille comme facteur de délinquance juvénile, Revue de l’institut de sociologie Solvay, 1932.
- ↑ A. RACINE., L’évolution des idées aux Etats-Unis en matière de délinquance juvénile, Revue de l’institut de sociologie, 1931.
- ↑ A. RACINE., ibidem.
- ↑ A. RACINE., L’indétermination de la sentence dans les juridictions pour mineurs, Revue de droit pénal et de criminologie, 1961.
- A. RACINE., Les conditions économiques... , op. cit.
- ↑ A. RACINE., L’indétermination de la sentence... , op.cit.
- ↑ A. RACINE., L’indétermination de la sentence... , op. cit.
- ↑ A. RACINE., L’évolution des idées aux Etats-Unis, op. cit.
- ↑ A. RACINE., Législation nouvelle en matière social, Le service social, revue bimestrielle, n°1-2, 1941.
- ↑ A. RACINE., Législation nouvelle en matière social... , ibidem.
- ↑ E. GUBIN, Dictionnaire des femmes..., op. cit.
- ↑ A. RACINE, Les conditions économiques... , op. cit.
- ↑ A. RACINE., Législation nouvelle... , op. cit ; M.-S.DUPONT-BOUCHAT., op. cit.
- ↑ E. GUBIN, Encyclopedie d'histoire des femmes..., op. cit.
- ↑ "L'Association belge des femmes juristes", Courrier hebdomadaire du CRISP, 802, 1978.
Bibliographie
- DUPONT-BOUCHAT, M-S., « Le procès d’un système. La fermeture du pénitencier de Saint-Hubert (1954-1956) » Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière, n°13, 2011.
- FRANCOIS. A.,« Une véritable frénésie de jouissance… Prostitution juvénile et armées d’occupation en Belgique(1940-1945) » Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière », n°10, 2008.
- GUBIN, E., Dictionnaire des femmes belges XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006.
- GUBIN E. (DIR.), Encyclopedie d'histoire des femmes : Belgique, XIXe-XXe siecles, Bruxelles, Racine, 2018, p. 50.
- E, GUBIN, V, PIETTE, Emma, Louise, Marie, L'ULB et l'émancipation des femmes 1834-2000, Archives ULB-GIEF, Bruxelles, 2004.
- JACQUES, C., Sans hommes, point de salut ? Les relais masculins du mouvement féministe belge (1880-1960), dans L’Engagement des hommes pour l’égalité des sexes, St Etienne, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2013.
- SARA L. KIMBLE, Marion Röwekamp, New Perspectives on European Women's Legal History, ROUTLEDGE, 2015
- MACHIELS. C et NIGET. D, Protection de l’enfance et Paniques morales, Bruxelles, Yapaka. Fabert, 2013, Temps d’arrêt.
- RACINE. A., Les conditions économiques de la famille comme facteur de délinquance juvénile, Revue de l’institut de sociologie Solvay, 1932.
- RACINE. A., L’indétermination de la sentence dans les juridictions pour mineurs, Revue de droit pénal et de criminologie, 1961.
- RACINE. A., Législation nouvelle en matière social, Le service social, revue bimestrielle, n°1-2, 1941.
- RACINE. A., L’évolution des idées aux Etats-Unis en matière de délinquance juvénile, Revue de l’institut de sociologie, 1931.
- "L'Association belge des femmes juristes", Courrier hebdomadaire du CRISP, 802, 1978.
- Portail du droit