Al-Zubeir Rahma Mansour

Al-Zubayr Rahma Mansur
Portrait photographique datant d'avant 1895 : Zubeir Pacha est ici en habit d'apparat du temps du khédivat[1].
Fonction
Sultan
Titres de noblesse
Sultan
Pacha
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
الزبير رحمة منصور
Nationalités
Activité
Al-Zubeir Rahma Mansour selon une illustration propagandiste de 1889.

Al-Zubeir Rahma Mansour (arabe: الزبير رحمة منصور) (Zubeir Pacha, 1830 - ) est un marchand d’esclaves soudanais de la fin du XIXe siècle devenu prince indépendant de l'Empire ottoman, de 1867 à 1875, puis conseiller, à partir de 1899, du gouverneur du Soudan anglo-égyptien.

Biographie

Le prince marchand Zubeir Pacha, issu du nord du Soudan dans un contexte où les politiques fiscales du régime turco-égyptien, notamment la taxation de l’agriculture, poussent de nombreux jeunes hommes vers le commerce, est d’abord employé d’un commerçant arabe[2]. Il commence en 1856 à créer son propre réseau de zariba (entrepôts) notamment en contractant des alliances avec les Kreich et les Zande[3]. Il accompagne, et parfois précède, l’expansion égyptienne vers le Bahr el-Ghazal, où il s’impose comme le principal acteur du commerce de l’ivoire et des esclaves[2].

Soutenu par une armée dévouée de bazinger (miliciens), largement composée d’esclaves et d’anciens esclaves, il lance depuis sa résidence Dem Nduggu des raids sur les pays limitrophes, notamment le Darfour, le Tchad et la vallée de l’Uele. Il contrôle les principales routes commerciales reliant le Bahr el-Ghazal au nord via le Kordofan et le Darfour, et parvient à repousser plusieurs expéditions gouvernementales envoyées contre lui. Il se proclame indépendant en 1867 dans la région comprise entre l’Oubangui, le Nil Blanc et la rivière Kotto, et s’octroie le titre de cheikh, refusant de payer des taxes à l’administration égyptienne[2],[3]. Son règne se solde par le retrait des Européens de la confrérie des commerçants du haut Nil et par une amorce de dépopulation locale.

En 1872, Zubeir Pacha vainc et tue l’aventurier Mohamed al-Boulalaoui. Le khédive doit reconnaître son pouvoir et le nomme gouverneur du Bahr el-Ghazal en [4].

Alors qu’il mène une campagne contre les Azandé au sud-ouest de sa province, la rupture d’accords de passage par les Rizayqat Baqqara du Darfour méridional provoque une escalade militaire. En , il anéantit une armée four près de Kaka, puis, en , remporte la bataille décisive de Manawashi de la conquête du Darfour, au cours de laquelle le sultan du Darfour, Ibrahim Muhammad, est tué. Agissant sous couvert de l’autorité égyptienne, il s'empare du Darfour pour le compte du khédive d’Égypte. Il soumet ensuite temporairement les sultanats situés à l’ouest du Darfour et étend son influence jusqu’aux marges du Wadai[2],[4].

Il envisage de se passer des intermédiaires égyptiens et d’utiliser une liaison directe avec Benghazi par El Giof. Zubeir Pacha se rend au Caire en 1875 pour plaider sa cause auprès du khédive Ismaïl. Il y est maintenu en résidence surveillée, sans être officiellement emprisonné ni exilé. Déjà titulaire du rang de bey, il est nommé pacha d’Égypte et fariq de l’armée égyptienne. Pendant cette période, ses entreprises commerciales continuent au Soudan sous la direction de son fils, Soliman[2],[5].

Son fils, Soliman bey, réunit une armée pour le libérer, mais est battu et tué par les troupes égyptiennes menées par Romolo Gessi (en) le [2].

Un des lieutenants de Zubeir Pacha, Rabah Fadlallah (v.1840-1900), refuse d’abandonner la lutte. Il s’établit au Dar Kouti et ravage les pays du sud. Puis à la tête d’une armée d’anciens esclaves, il part à la conquête des royaumes du Nord. En 1879, il conquiert le Dar Rounga ; en 1880, il soumet les tribus banda et nzakara ; en 1882, il atteint la région du Gribingui qu’il dévaste. Jusqu’en 1885, il ne rencontre aucune résistance sérieuse, car il a évité l’affrontement direct avec les États bien organisés.

En 1884, Charles Gordon suggère que Zubeir Pacha pourrait être envoyé au Soudan pour s’opposer au Mahdi, mais l’idée est rejeté par les Britanniques à cause du passé esclavagiste de Zubeir[6]. Soupçonné de connivence avec le Mahdi, Zubeir est exilé à Gibraltar par les Britanniques en . Il est de retour à Khartoum en 1899 à la demande du gouverneur du Soudan Reginald Wingate, et devient conseiller du nouveau gouvernement du Soudan anglo-égyptien, tout en exploitant une grande propriété foncière. Il meurt en 1913 dans son village d’origine, à Geili, situé dans le Kordofan[5].

Notes et références

  1. Source : (en) Rudolf von Slatin, Fire and Sword in the Sudan. A personal narrative of fighting and serving the Dervishes. 1879-1895, Londres, 1896, p. 79.
  2. Henry Louis Gates, Emmanuel Akyeampong et Steven J. Niven, Dictionary of African biography, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-538207-5, lire en ligne), « Zubayr Rahma Mansur, al- »
  3. Roman Loimeier, Muslim Societies in Africa : A Historical Anthropology, Indiana University Press, (ISBN 9780253007971, présentation en ligne)
  4. John E. Flint, The Cambridge History of Africa, vol. 5, Cambridge University Press, (ISBN 9780521207010, présentation en ligne)
  5. Robert S. Kramer, Richard A. Lobban Jr., Carolyn Fluehr-Lobban, Historical Dictionary of the Sudan, Scarecrow Press, (ISBN 9780810879409, présentation en ligne)
  6. Marc Lavergne, Le Soudan contemporain : de l'invasion turco-égyptienne à la rébellion africaine (1821-1989), Karthala Éditions, (ISBN 9782865372225, présentation en ligne)

Articles connexes

Liens externes

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