Alfa Hashim

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Alfā Hāshim al-Fūtī ou Sidi Muḥammad Hāshim b. Aḥmad b. Sa'īd al-Fūtī naquit à Halwar, au pays du Fouta Toro au Sénégal, en 1283 du calendirer Hégirien[1]. Il fut l’une des figures majeures de la présence savante africaine à Médine au début du XXe siècle. Décédé le à Médine et inhumé au cimetière d'Al-Baqi'.
Il fut le mufti malikite de Médine, muhaddith dispensant des cours de jurisprudence malikite, de hadith et de Tafsir dans la mosquée prophétique.
Figure éminente de la Tariqa Tijaniyya, il l'a reçu de son cousin, Sidi Ahmed fils du Juste, du Mudjahid de l'érudit Sidi Omar al-Futi, auteur du Livre des Lances (Kitab Ar-Rimah)[2].
Biographie
Origines et formation
Alfa Hashim al-Futi est né dans une famille de savants et de maîtres religieux du Fouta Toro, région sahélienne connue pour sa tradition islamique ancienne.
Très jeune, il mémorise le Coran et étudie :
- le fiqh malikite,
- les sciences du hadith,
- la grammaire arabe,
- la théologie (ʿaqîda),
- et les fondements du droit islamique.
Il appartient à la tradition intellectuelle ouest-africaine issue de l’héritage d’El Hadj Omar Tall (al-Ḥājj ʿUmar al-Futi) qui est son oncle paternel[1],[2].
Djihad contre les occidentaux
Il combattit aux côtés de Al Hajj Umar Tall contre les Français, suite à la défaite, il rejoignit le nord du Nigéria pour combattre les Anglais à Burmi en 1903[3].
Hégire vers le Hedjaz
Suite à la réussite de la campagne anglaise, il quitte sa terre vers 1322 H / 1904 pour accomplir le pèlerinage, puis s’installe définitivement dans le Hedjaz[3].
Il réside d’abord à La Mecque, puis à Médine, où il devient enseignant au sein de la mosquée du Prophète (al-Masjid an-Nabawi).
Sa vie au Hedjaz
Alfa Hashim Al-Futi a occupé plusieurs postes à Médine. Il était professeur à la Mosquée du Prophète, Mufti et membre du conseil d'Al Choura.
Son enseignement à la Mosquée du Prophète
Cheikh Alfa Hashim ne tarda pas à devenir l'un des érudits de la Mosquée du Prophète, animant son propre cercle d'étude aux côtés de Cheikh Ibrahim Bari, Cheikh Hamida Al-Tayeb, Cheikh Muhammad Al-Amri, Cheikh Abdul-Fattah Abu Khadir et Cheikh Muhammad Al-Tayeb Al-Ansari.
Il commença à enseigner en 1325 AH et son cercle se réunissait chaque jour après la prière du Maghrib, derrière le minaret, à gauche de la Mosquée du Prophète, à côté des cercles de Cheikh Muhammad Al-Tayeb Al-Ansari et de Cheikh Abdul-Fattah Abu Khadir.
Sheikh Alfa Hashim était un savant véritablement érudit, accompli et compétent dans toutes les sciences et tous les domaines du savoir, notamment en jurisprudence et ses principes, en hadith, en rhétorique, en grammaire, en exégèse et dans d'autres sciences importantes. Il possédait un savoir vaste et encyclopédique, et Dieu Tout-Puissant l'avait doté d'intelligence, de perspicacité, de finesse et d'une grande intuition.
Son cercle d'étude rassemblait de nombreux étudiants, locaux et immigrés, et il organisait un autre cercle chez lui après les prières de l'après-midi ou du soir, où les étudiants en sciences islamiques se réunissaient pour apprendre de lui. Sa maison était ouverte à tous ceux qui étudiaient la foi islamique[3].
Membre du Conseil de la Choura
Le Majlis Ash-Shura fondé par le roi Abdelaziz Ibn Saoud et dirigé par son fils Faycal B. Abdelaziz qui comptait qu'une vingtaine de membre à l'époque chargé de conseiller le roi.
Le sheikh Alfa Hashim fut nommé membre du Conseil de la Choura. Le règlement du Conseil stipulait que chaque ville, ou plus, y soit représentée, et les membres étaient élus. Le premier à représenter Médine fut Cheikh Saud Dashisha, homme d'expérience. Cheikh Alfa Hashim figurait parmi les savants consultés par l'État en matière juridique. Le roi Abdul Aziz prenait toujours en compte ses fatwas et leur accordait la primauté sur toutes les autres. Il était le cheikh des cheikhs de son temps et jouissait d'une grande estime auprès du roi Abdulaziz[4].
La position du Mufti
Il excella et acquit une grande renommée à Médine, où il comptait parmi ses plus éminents savants, maîtrisant les quatre écoles de pensée, notamment l'école malikite. Alfa Hashim se distinguait par son immense savoir et sa mémoire prodigieuse.
Lorsqu'une fatwa lui était soumise, il disait à l'un de ses élèves : « Ouvre tel livre, à telle page, à telle ligne, et lis-le; ce sera la réponse à la question. » Des fatwas et des questions lui parvenaient de tout le monde islamique, et il y répondait soit immédiatement, soit pendant le pèlerinage annuel du Hajj[5].
Sa maison, située dans le quartier d'Aghawat, était alors remplie de savants venus du monde entier, et des érudits d'Afrique venaient régulièrement le rencontrer et bénéficier de son savoir[2],[3].
Son décès
Il décéda le et fût inhumé au cimetière d'Al Baqi à Médine[6], sa mort fut une perte majeure en termes d'héritage pour la communauté musulmane et plus particulièrement médinoise.
Relations avec les notables de son époque
Le professeur Muhammad Sa'id Daftardar a rapporté une anecdote illustrant la chasteté du cheikh. Un riche Turc, venu à Médine, offrit à chaque savant un mouchoir portant la somme de « cent riyals majidis ». Arrivé auprès du cheikh Alfa Hashim, qui comptait parmi ses élèves, il lui proposa le mouchoir, mais celui-ci refusa, prétextant n'avoir nul besoin de cet argent. Le riche homme lui en demanda la raison, et l'homme répondit : « Je ne perçois ni zakat ni aumône. » L'homme lui dit alors : « Cette somme provient de ma zakat, mais je vous l'offre pour aider vos élèves. » Comprenant qu'il s'agissait d'un don, le cheikh accepta le mouchoir et le distribua aussitôt à ses élèves. Le riche homme fut touché par la courtoisie et la dignité du cheikh Alfa Hashim.
On raconte que si on lui demandait une fatwa sur une question, il disait à l'un de ses élèves : « Ouvre le livre à telle page, regarde telle ligne et tu trouveras la réponse », et c'était exactement ce qu'il avait dit.
Avec le Muhaddith Muhammad Al Hafiz Al Misri
L'auteur du "al jawahir wa ad durar", Thierno Mountaga, rapporte du Muhaddith Muhammad Al Hafiz Al Misri les propos suivants :
" A Médine en 1348/ 1928, Alfa Hashim m'a dit de vive voix : lorsque nous fûmes vaincus par les anglais à Haws, au Nigéria, alors exténué par la faim et la soif, je me suis adossé à un arbre. Là je fus pris par une somnolence au cours de laquelle je vis le Prophète qui me tendait un vase pour me désaltérer. Depuis cette vision, je ne sentis ni faim ni soif pendant 9 jours. Et je pourrais ne plus en avoir besoin pour le restant de ma vie. Cependant je me suis dit : rester sans manger ni boire, c'est le propre des anges et mon retour à la nourriture serait un signe de conformité aux habitudes du Prophète"
Zaydan relate :
« Sheikh Alfa Hashim donnait ses cours le matin, et pendant le Ramadan, je l'écoutais en allant le voir. Il expliquait le verset : « Et l'au-delà est meilleur pour toi que la vie présente. » Il donnait l'interprétation communément admise : l'au-delà est le Jour de la Résurrection… et la vie présente est cette vie terrestre.
Puis il ajouta, dans son dialecte malien africain [certainement du pulaar] : « Et certains disaient : l'au-delà », c'est-à-dire Médine, « est meilleur pour toi que la vie présente », c'est-à-dire La Mecque.
Je suis parti en répétant dans son dialecte, en prononçant la lettre « ḍād » comme « ẓā », jusqu'à ce que je dise : « Un Africain de l'Ouest, adepte de l'école malikite,qui est de Médine, qui aime sa ville, que Dieu lui fasse miséricorde. » »
— Muhammad Husayn Zaydan
Avec Al Faqih Al-Ahsan Al Ba'qili
Il rencontra l'érudit et juriste Al Hajj Al-Ahsan Al Ba'qili lors de son Hajj, ils se rencontrèrent dans la Zawiya Tijani de Médine où ils échangèrent sur de nombreuses problématiques[7]. L'érudit Al Ba'qili l'avait mise en garde quant au fait qu'il sera éprouvé par les Wahabis.
Avec Muhammad Al Hajuji (à développer)
Ils se rencontrèrent à Médine.
Avec Abu Shu'ayb Ad Dukkali (à developper)
Ad Dukkali étudia auprès de lui le haddith[7].
Avec les autorités saoudiennes
Il fut considéré par les autorités saoudiennes comme étant à la tête de la communauté ouest-africaine à Medine.
Postérité
Ses élèves et disciples
Le sheikh Alfa Hashim Al-Futi a enseigné à un grand nombre d'étudiants en sciences religieuses venus à Médine du monde entier, et certains d'entre eux sont devenus des érudits célèbres, parmi lesquels, par exemple
- Abdülkadir Medeni à qui il donna l'autoristaion initiatique (taqdim) dans la Tijaniyya qui a ensuité inité Mehmet Kemal Pilavoglu[8]
- Le muhaddith marocain, Al Hafidh Muhammad Al Hajuji
- Le muhaddith d'égypte, Muhammad Al Hafiz Al Misri
- Le professeur et écrivain Muhammad Hussein Zaidan.
- Abu Shu'ayb Ad Dukkali, savant salafi marocain
- Cheikh Hassan Al-Mashat, enseignant à la Grande Mosquée (décédé en 1399 AH).
- Cheikh Saeed bin Siddiq Al-Futi, enseignant à la Mosquée du Prophète (décédé en 1353 AH).
- Cheikh Abdul Rahman bin Yusuf Al-Afriqi, professeur à la mosquée du Prophète (décédé en 1377 AH).
- Cheikh Hussein Basalama Al-Makki (mort en 1359 AH).
- Cheikh Omar Adel Al-Turki, fondateur de l'école Al-Najah à Médine.
- Cheikh Muhammad Al-Salik bin Al-Kharsh (décédé en 1408 AH).
- Cheikh Sidi Ahmed bin Adda.
La bibliothèque du cheikh Alfa Hashim Al-Futi et ses écrits
Sheikh Alfa Hashim avait compilé de nombreux ouvrages utiles et variés dans de nombreuses sciences, notamment la jurisprudence et le hadith. Ces ouvrages étaient en possession de l'un de ses élèves. À la mort de Cheikh Alfa Hashim, un homme vertueux de La Mecque, Sheikh Ali Kutbi, se rendit à Médine et rechercha ces ouvrages jusqu'à les retrouver chez cet élève. Il les lui prit afin de les imprimer à ses propres frais en Égypte. Malheureusement, Sheikh Ali décéda au Caire avant d'avoir pu les préparer pour l'impression. Avec sa mort, ces ouvrages furent perdus et leur sort demeure inconnu à ce jour. Quel dommage pour ces précieux ouvrages qui auraient enrichi les bibliothèques islamiques et profité à tous[2].
Tariqa Tijaniyya
Il répondit notamment à la Fatwa d'Al Ifriqi inquisitoire à l'encontre de la Tariqa Tijaniyya[4] ainsi qu'au Sheikh Yusuf An Nabahani concernant le terme 'Al-Asqam' dans la Jawharat Al Kamal[9]. Ce dernier s'étant repenti et ayant embrassé la voie Tijani à la fin de sa vie.
Sidi Ahmed Skiredj relate qu'il nomma une femme muqadam.
Il eu une influence de l'Afrique de l'Ouest jusqu'aux Balkans et à Java en passant par le Hedjaz et l'Anatolie[3],[10].
References
- (ar) معلمو المسجد النبوي الشريف | مجلد 1 | صفحة 806 | الباب الثاني تراجم معلمي المسجد النبوي الشريف | الف (lire en ligne)
- (ar) « دة. آمنة جالو Archives », sur Revue de la FM6OA (consulté le )
- (en) Handbook of Oriental Studies - Chapter 13 Shifting Spheres along the Hajj Route from West Africa: The Case of the Tijaniyya during the Colonial Period (ISBN 9789004444270)
- Marc Gaborieau, « Chanfi Ahmed, West African `Ulamâ’ and Salafism in Mecca and Medina: Jawâb al-Ifrîqî, the Response of the African », South Asia Multidisciplinary Academic Journal, (ISSN 1960-6060, DOI 10.4000/samaj.4124, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abdoulaye Sounaye et Chanfi Ahmed, « Review of West African ʿulamāʾ and Salafism in Mecca and Medina: Jawāb al-Ifrῑqῑ—The Response of the African, AhmedChanfi », Journal of Religion in Africa, vol. 47, no 2, , p. 285–288 (ISSN 0022-4200, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (ar) Muhamad Al Hajuji, سلافة الصفا في تراجم رجال الشفا, Beyrouth, Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah, , 382 p. (OCLC 1264652920, lire en ligne), p. 16
- (ar) Muhammad Al Amzali, Ikhtasar Tarjamat Al 'arif Billah Sidi Al Hajj Al-Ahsan Al Ba'qili, Casablanca, , 80 p., p. 60
- ↑ Katerina Dalacoura, « Islamism in Republican Turkey », dans The Oxford Handbook of Religion in Turkey, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-762488-3, lire en ligne)
- ↑ (ar) Al 'Allama Al Shaykh Muhammad Al Hashimi Ibn Ahmad Ibn Sa'id Al Futi, Arjuza fi Sharh kalimati al asqam, Medine, 10 p., p. 2
- ↑ Alaine S. (Alaine Stacy) Hutson, « The Development of Women's Authority in the Kano Tijaniyya, 1894-1963 », Africa Today, vol. 46, no 3, , p. 43–64 (ISSN 1527-1978, DOI 10.1353/at.2003.0093, lire en ligne, consulté le )
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