Algériens de Palestine

Les Algériens de Palestine sont une communauté issue de l’émigration d’Algériens ayant fui la colonisation française et ayant trouvé refuge dans l’Empire ottoman, en Palestine. Elle est estimée à 4000 membres en 1918 et 6000 en 1948.
Installation et premières communautés algériennes en Palestine (1855–XXᵉ siècle)
Les contacts entre le Maghreb et le Levant ont été constants au long de l’histoire des empires arabo-musulmans. Un nom souvent cité est celui du prophète soufi Sidi Abou Madyane, venu combattre les croisés avec Saladin et ayant participé à la bataille de Hattin en 1187[1].
Mais c’est avec l’exil de l’émir Abdelkader en 1855 que débute l’existence d’une communauté algérienne en Palestine, le sultan ottoman lui cédant de larges terres vacantes en Galilée[1]. L’Empire ottoman les accueille et choisit de les installer dans cette région afin d’en renforcer le caractère musulman : elle était en effet peuplée de Druzes et comptait une importante minorité juive à Safed. C’est le même genre de considération qui mena à l’installation de Tcherkesses dans la même région[2]. Les fidèles d’Abdelkader fondent les villages de Deyshoum (en)[1],[2] (expulsés de Tizi-Ouzou), Marous (en)[1],[2], Tuleil (en)[1],[2], Al-Husseiniya[1],[2] et Ammukah (en)[2] dans la vallée de la Houla. Les villages de Madhar (en), Kafr Sabt (en), Samakh et Olam sont fondés dans les années 1860, Hawsha (en) dans les années 1880. Les principales villes à recevoir des réfugiés algériens sont Jaffa, Jérusalem, Ramleh, Safed, Tibériade et Haïfa[1]. Le village de Al-Salihiyya (en) est également créé par des Algériens dans la vallée de la Houla[3].
Certains choisissent la nationalité ottomane, d’autres se réclament de la nationalité française afin de bénéficier des capitulations (abolies en 1922) qui leur permettaient de ne pas payer d’impôts, d’échapper au service militaire et d’être jugés par les tribunaux du consulat français plutôt que par les tribunaux ottomans[1]. Toutefois, cette situation entraîne des conflits de plus en plus intenses jusqu’aux années 1880 (jusqu’à l’envoi de trois cuirassés français à Beyrouth en 1888), qui s’apaisent ensuite quand une majorité d’Algériens de Palestine acceptent de prendre la nationalité ottomane[4].
D’autres Algériens s’installent à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle : pèlerins qui s’arrêtent en voyage, commerçants, simples voyageurs, déserteurs de l’armée française en Syrie ou au Liban. En 1918, 4000 Palestiniens sont d’origine algérienne, selon un recensement britannique[1].
Révolte arabe, Nakba et exil des Algériens de Palestine (1936–1948)
Lors de la grande révolte arabe de 1936-1939, comme Arabes, certains subissent les brimades de la police britannique. Certains s’engagent aux côtés des Palestiniens, subissant la prison, l’exil ou la mort, comme Moussa el-Kabir (déporté en Syrie) ou Moustafa Sherif, pendu le [1].
Lors de la Nakba, comme les autres Arabes de Palestine, les Algériens de Palestine subirent le nettoyage ethnique : le Hawsha est expulsé ; ceux de Jaffa également, à la même période ; ainsi que les autres. Israël offrit de financer leur installation en Algérie, mais les réfugiés refusèrent, souhaitant une réinstallation en Palestine. La plupart vivent dans des camps de réfugiés palestiniens en Syrie (dont celui de Yarmouk), au Liban (camp de Nahr el-Bared, Burj el-Shamali (en), Camp de réfugiés palestiniens de Mieh Mieh (en)), en Jordanie, et pour quelques un d’entre eux, à Gaza[1].
Waqfs et vie communautaire des Algériens en Palestine
Les biens waqf (fondation pieuse) établis par des Algériens à Jérusalem et en Palestine, dont bénéficiaient l’ensemble des Maghrébins et pas seulement les Algériens, se divisaient en deux types, les waqf scientifiques et culturels, tels que la Zaouia des Maghrébins et la Zaouia d’Abou Madyane Al-Ghawth, tous deux situés dans la ville de Jérusalem, ainsi que la zaouia des Chérifs maghrébins dans la ville d'Hébron, ainsi que les terres agricoles et les biens immobiliers résidentiels, qui étaient nombreux et répartis dans plusieurs villes palestiniennes[5].
Concernant la vie sociale des Algériens en Palestine, ils ont réussi à préserver leur identité sociale sous toutes ses formes, contrairement aux immigrés d’autres communautés comme les Turkmènes, Boukhariens, Irakiens ou Égyptiens, qui se sont intégrés au tissu social palestinien au point que leurs origines sont difficiles à retracer aujourd’hui. Pour le maintien de l'identité sociale algérienne, plusieurs manifestations sont observées, telles que[5] :
- la forte solidarité entre eux par le mariage et les alliances familiales,
- la prise en charge des mineurs et orphelins et la tutelle sur eux,
- la création d’associations caritatives s’occupant des affaires des Algériens.
Ils ont également préservé leur identité linguistique et culturelle : maintien de la langue algérienne, de la langue chaouie et amazighe pour ceux qui la parlaient, ainsi que de leurs habitudes vestimentaires et alimentaires. Certains éléments de leur culture culinaire ont même été transmis au reste de la société palestinienne[5].
En ce qui concerne les métiers et fonctions exercés par les Algériens, certains leur étaient réservés ou réservés à l’ensemble des Maghrébins, par exemple[5] :
- la fonction de cheikh des Maghrébins, avec la liste de nombreux Algériens ayant exercé cette charge depuis le IXᵉ siècle de l’Hégire (XVIᵉ siècle) jusqu’à aujourd’hui,
- la gestion des waqf des Maghrébins,
- la surveillance des marchés et le service postal,
- les fonctions religieuses (émission de fatwas, qadi),
- les fonctions scientifiques (enseignement, copie de livres),
- les fonctions administratives,
- les métiers agricoles et l’élevage du bétail.
Bibliographie
- (fr) Charles-Robert Ageron, « L’émigration des musulmans algériens et l’exode de Tlemcen (1830-1911) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1967, volume 22, no 5, p. 1047–66. doi: 10.3406/ahess.1967.421600.
- (fr) Pierre Bardin, Les Algériens et les Tunisiens dans l’Empire Ottoman de 1848 à 1914, Paris : Éditions CNRS, 1979.
- (en) Nadim Bawalsa, Transnational Palestine: Migration and the Right of Return before 1948, Stanford : Stanford University Press, 2022.
- (en) Abdallah S. Moghraby, The Algerian Migration to the Levant, Abu Dhabi : National Archives, 2018.
- (en) Salma Hargal, "Peasant Families' Journeys from Algeria to the Mashriq (1880s–1890s): Personal Correspondence, Migration Networks, and Resettlement", Mashriq & Mahjar: Journal of Middle East and North African Migration Studies, volume 12, no 2, 2025. https://doi.org/10.24847/v12i22025.607
- (fr) De la sujétion française à la nationalité ottomane : Le statut des Algériens à l'époque d'Abdulhamid II (1876-1908) », Turcica. Revue d’études turques, 2024, no 55, p. 163-201
- (en) Salma Hargal, « Peasant families journe from Algeria to the Mashriq (1880s-1890s): Personal correspondence, migration network, and resettlement », Mashriq & Mahjar: Journal of Middle East & North African Migration Studies, 2025, volume 12, no 2, p. 57-81.
- (ar) Maher el-Sharif, La voie du combat en Palestine et au Machrek arabe : Mémoires du leader communiste Mahmoud al-Atrash le Maghrébin 1903-1939, [1]), Beyrouth : Institut des Études palestiniennes, 2015.
Notes
- Yannis Arab, « The Algerians of Palestine. 1830-1948 », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 4 décembre 2025.
- Mustafa Abbasi, « The Arab Community of Safad 1840 - 1918: A Critical Period », Institut des études palestiniennes, consulté le 4 décembre 2025.
- ↑ Anton Glenna, « Blind modernis and Zionist Waterscape: The Huleh Drainage Project », Jerusalem Quaterly, no 35, automne 2008.
- ↑ Salma Hargal, « De la sujétion française à la nationalité ottomane. Le statut des Algériens à l'époque d'Abdulhamid II (1876-1908) », Turcica, volume 55, 2021, p. 163-201. DOI: 10.2143/TURC.55.0.3293739.
- (ar) Ibrahim Bagus Abd al-Majid al-Maqdisi, « هجرات وأوقاف ونضال مشترك.. تاريخ الجزائريين في بيت المقدس وفلسطين » [« Migrations, waqf et lutte commune : l’histoire des Algériens à Jérusalem et en Palestine »], sur aljazeera.net, (consulté le )
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