Alliance pour la préservation des forêts

Alliance pour la Préservation des Forêts
Situation
Type Association loi de 1901
Services de conseil en environnement ; « représentation et accompagnement d'entreprises, non agréée au titre de l'environnement »[1]
Directrice générale : Laure d'Astorg[2]
Siège 9, boulevard Malesherbes, Paris, France

L'Alliance pour la préservation des forêts (APF) est une association d'industries fondée en 2018 (selon sa page LinkedIn et en 2013 selon d'autres sources), par et pour des entreprises et fédérations professionnelles. Elle se présente comme « Services de conseil en environnement »[3] au service d'entreprises, et engagée dans la lutte contre la déforestation dite déforestation importée. Elle vise à promouvoir des chaînes d'approvisionnement plus soutenables, durables, et traçables pour des matières premières à risque de déforestation telles que le cacao, le café, le soja, l'huile de palme, le bois, le papier ou le caoutchouc et accompagner des entreprises utilisatrices de matières premières « à risque de déforestation » dans leur transition vers des approvisionnements responsables, face l'ambition européenne d'exclure les produits issus de la « déforestation importée » des chaînes de valeur mondiales[4].

Bien que l'Alliance se présente comme bénéficiant d'une certaines reconnaissance via sa présence comme membre de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et dans le programme français de labellisation « Ambassadeurs des programmes Engagés pour la Nature »[5] (lancé en 2019, par l'Office français de la biodiversité pour mobiliser conjointement des collectivités, entreprises et associations dans des actions concrètes pour la biodiversité et dans l'UICN), elle n'a pas produit de bilan global, et il n'existe à ce jour aucune évaluation approfondie indépendante, universitaire ou scientifique ni par une ONG environnementale de son bilan.

Historique

L'Alliance pour la préservation des forêts a été créée à Paris en (d'abord pour la filière « huile de palme »)[2] et à l'initiative d'un collectif d'entreprises du secteur agroalimentaire, cosmétique et de la grande distribution, où figurent notamment les grands groupes industriels Ferrero, Nestlé, Unilever, Carrefour, Danone, JDE, Airbus, Mondelez, St Hubert, Royale Lacroix, Le Chef Premium, Café Caron, Café Dagobert, Daudruy, Sopex, Cafés Richard, So B Green, Kakao Mundo, Ajinomoto, Cérélia, Givaudan, Lidl... ainsi que des fédérations professionnelles (ANIA et Alliance)[6].

L'organisation est présidée par Guillaume Réveilhac (qui se présente comme PDG de l'entreprise Cérélia, et membre du Groupement Forestier du Mesnil-Jourdain (qui gère 350 ha de forêt en Normandie). Sa directrice générale est Laure d'Astorg[2], qui a antérieurement travaillé à l'ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires) et pour l'Alliance pour une huile de palme durable, où elle a piloté des projets visant à enrayer la déforestation liée aux matières premières agricoles[7].

Le siège de l'association est installé au 9 boulevard Malesherbes, une adresse partagée avec d'autres organisations professionnelles et d’entreprises des secteurs de l’industrie agroalimentaire, des boissons, de la distribution et de la communication, dont (en 2025) l'ANIA (Association nationale des industries alimentaires)[8] ; l' Alliance 7 (Fédération des industries de produits de grande consommation : confiserie, biscuiterie, café, etc.)[9], Boissons Rafraîchissantes de France (Organisation professionnelle représentant les producteurs de boissons non alcoolisées)[10], l'Association des Entreprises des Glaces (lobby des producteurs de glaces et sorbets), le STEPI (Syndicat des transformateurs et embouteilleurs de produits industriels) ; Inter Houblon (Organisation interprofessionnelle liée à la filière houblon), Avec Modération, Association de prévention liée à la consommation d’alcool), Chargeurs SA (holding)[11]. Pappers ne dispose pas d'informations le budget, la gouvernance et les membres du conseil d'administration de l'AFP[12]. Le site officiel de l'Alliance ne fournit pas non plus de liste nominative des administrateurs ou du bureau exécutif[13].

Cette absence de transparence sur les budgets et le fonctionnement interne d'une association qui se positionne comme acteur de référence dans la lutte contre la déforestation importée peut soulever des interrogations, d'autant que l'Alliance dit avoir parmi ses missions d'« Informer et communiquer sur nos efforts à travers la publication d’un état des progrès accomplis dans la réalisation de nos engagements », elle n'a pas produit de rapport d'activité détaillé ni de publications validées par une entité indépendante, et elle ne cite pas les responsables de ses orientations stratégiques.

En 2024 (), l'Alliance a salué la publication par la Commission européenne des documents d’application du Règlement sur le devoir de vigilance des entreprises dans le domaine de la déforestation importée (RDUE), initialement prévue pour , mais reportée d'un an (à fin 2025) et à pour les micro- et petites entreprises. L’Alliance, qui se dit engagée depuis 2018 dans les discussions sur cette réglementation, réaffirme son soutien à ses objectifs environnementaux et sociaux, tout en exprimant son inquiétude face à une possible réouverture du texte : « Nous nous opposons fermement à la réouverture du contenu du règlement de l’UE pour de nouvelles négociations. Cela ne servirait qu’à entraver le bon passage de la proposition, à accroître l’incertitude et à mettre en péril les investissements importants que nos entreprises membres ont réalisés pour préparer son application »[14].

Missions

L'Alliance s'est donné pour objectif :

  • d'accompagner les entreprises dans la mise en conformité avec le Règlement européen contre la déforestation (RDUE, qui doit obligatoirement être mis en œuvre par les entreprises dans les 18 mois après l’entrée en vigueur du texte pour les entreprises y compris les PME, soit le  ; ou dans les 24 mois pour les micro et petites entreprises, soit le [15],[16] ;
  • de mutualiser les outils de traçabilité et les bonnes pratiques ;
  • de sensibiliser les acteurs publics et privés aux enjeux de la déforestation importée.

Actions et bilans

En 2021, l'association a publié sur son site web un « référentiel des achats responsables », en 29 pages, construit en trois parties (« Gouvernance », « Plan d'action » et « Communication »), et proposant trois stades et étapes « de progression : initial, établi, plaidoyer ; progression depuis un mode 'réactif' vers un mode "proactif" & depuis une démarche individuelle vers une démarche collective ». Ce référentiel est présenté comme basé sur des documents normatifs de référence dans le domaine (Accountability Framework Initiative ; UN Guiding principles on business and human rights ; Stratégie Nationale de Lutte contre la Déforestation ; CGF Forest Positive Coalition ; Loi de devoir de vigilance française…) ; « principalement orientée vers de l’auto-évaluation et de la mobilisation interne à l’entreprise. Seule, elle ne peut donner lieu à une communication externe tant de la part des entreprises qu’au niveau de leur produits finis. Le contenu du référentiel comprend des critères liés à la communication en lien direct avec le niveau d’engagement de l’entreprise et ses plans d’actions associés (traçabilité, vérification, certification, transformation). »[17]. Ce référentiel mentionne que l'entreprise doit passer par des « fournisseurs qui sont eux même engagés pour 100% de leurs activités en faveur de la LDCE » (...) et à effectuer ou à soutenir la restauration des écosystèmes exclusivement dans ses chaines d'approvisionnements, dans les cas où l’entreprise a causé ou contribué à la déforestation après la date limite[17]. Pour les « projets de restauration », elle doit s'engager « à effectuer ou à soutenir la compensation des peuples autochtones et des communautés locales exclusivement dans (ses) chaines d'approvisionnements, dans les cas où l’entreprise a causé ou contribué à des effets négatifs sur les droits de propriété intellectuelle, les terres, les ressources, les territoires, les moyens de subsistance ou la sécurité alimentaire »[17]. Le référentiel engage aussi l'entreprise à produire un reporting externe et communiquer « sur la nature et l’état de toute non-conformité et griefs emis de la part des parties prenantes »[17].

L'association doit publier sur son site des bilans annuels listant les engagements volontaires et communications de ses membres quant à leurs efforts de réduction des risques de déforestation dans leurs chaînes d'approvisionnement. Ces documents relèvent de l'auto-évaluation et ne sont pas validés par des tiers indépendants[18].

En 2022, elle a publié un état des lieux des pratiques mises en œuvre par ses membres pour réduire les risques de déforestation dans leurs chaînes d'approvisionnement[6] (repris par un article, descriptif et non analytique, de cdurable.info (2022) qui présente le bilan 2021 de l'Alliance, en mettant en avant sa participation au comité de suivi de la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée) (NDI) et aux négociations européennes sur le Règlement contre la déforestation de l'Union européenne (RDUE)[19].

En juillet 2025, l'Alliance a co-signé une lettre de soutien à la Commission européenne en soutien au RDUE, aux côtés d'autres coalitions nationales avec des entreprises telles que Tony's Chocolonely, Barry Callebaut, Expanscience, Socfin et Olam Agri[20].

L'Office français de la biodiversité mentionne l'APF comme partenaire dans son programme « Engagés pour la nature », sans fournir d'analyse d'impact ou d'audit externe. [2]. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) la cite aussi comme partenaire depuis (parmi plus de 1 400 organisations membres référencées mi 2025 ; outre plus de 10 000 scientifiques et professionnels de la conservation)[21]. À ce jour, aucune publication académique, ni rapport d'ONG indépendante ou d'institut de recherche (type IDDRI, I4CE, WWF, Greenpeace, FERDI) n'a analysé de manière critique les résultats de l'Alliance. Cette absence limite la capacité à juger de l'efficacité réelle de ses actions, et soulève des interrogations sur la transparence et la redevabilité de ses engagements. L'association reste une entité autodéclarée sans mandat public ni pouvoir réglementaire et dont le manque de transparence et le statut de collectif d'entreprises peut soulever des interrogations sur de potentiels conflits d'intérêts, notamment en raison de la présence de multinationales de l'agroalimentaire et de la distribution parmi ses membres.

Elle met aussi en avant sa présence dans le programme français de labellisation « Ambassadeurs des programmes Engagés pour la Nature »[5] (lancé en 2019, par l'Office français de la biodiversité pour mobiliser conjointement des collectivités, entreprises et associations dans des actions concrètes pour la biodiversité) et dans l'UICN), elle n'a pas produit de bilan global public, et il n'existe à ce jour aucune évaluation approfondie indépendante, universitaire ou scientifique ni par une ONG environnementale de son bilan[22].

Des ONG environnementales expriment régulièrement des réserves et regrets quant au manque fréquent d'efficacité et de preuves des engagements volontaires, pointant l'absence de mécanismes de contrôle indépendants ou de sanctions en cas de non-respect de réglementation environnementale ou de l'éthique environnementale.

Notes et références

  1. ↑ Avec 2-10[Quoi ?] employés et 5 membres associés, fin août 2025, selon sa page LinkedIn : « Alliance pour la Préservation des Forêts (APF) » [archive du ], sur fr.linkedin.com (consulté le ).
  2. L'Hémicycle, « Laure d'Astorg - Alliance pour la Préservation des Forêts au World Impact Summit », (consulté le ).
  3. ↑ « Alliance pour la Préservation des Forêts (APF) - LinkedIn » [archive du ], sur fr.linkedin.com (consulté le ).
  4. ↑ Magali Boucaron-Nardetto, « Une nouvelle ambition européenne : exclure les produits issus de la « déforestation importée » des chaînes de valeur mondiales », Revue internationale de droit économique, t. XXXVIII, no 1,‎ , p. 23–47 (ISSN 1010-8831, DOI 10.3917/ride.381.0023, lire en ligne, consulté le ).
  5. « Label Engagé pour la nature de l’Office Français de la Biodiversité », sur culture.gouv.fr, (consulté le ).
  6. « Alliance pour la Préservation des Forêts », sur alliance-preservation-forets.org (consulté le ).
  7. ↑ « Intervenant – Laure d' ASTORG », sur ut-inscription.com (consulté le ).
  8. ↑ « ANIA », sur ania.net (consulté le ).
  9. ↑ « Alliance 7 », sur alliance7.com (consulté le ).
  10. ↑ « Boissons Rafraîchissantes de France », sur boissonsrafraichissantes.fr (consulté le ).
  11. ↑ « Chargeurs SA », sur chargeurs.fr (consulté le ).
  12. ↑ https://www.pappers.fr/recherche
  13. ↑ « Alliance pour la Préservation des Forêts - Lutte contre la Déforestation », sur Alliance Preservation Forests (consulté le )
  14. ↑ « Report du RDUE - Règlement européen contre la Déforestation : position de l'Alliance pour la Préservation des Forêts (APF) - Alliance Preservation Forests » [archive du ], sur Alliance Preservation Forests (consulté le ).
  15. ↑ (en) « Règlement - 2023/1115 - EN - EUR-Lex » [archive du ], sur eur-lex.europa.eu (consulté le ).
  16. ↑ Marine Reboul, « Publication du règlement européen contre la déforestation au Journal officiel de l'UE » [archive du ], sur Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, (consulté le ).
  17. Alliance pour la préservation des forêts (2021) « Référentiel des achats responsables » (PDF, 29 pages) |url=https://alliance-preservation-forets.org/app/uploads/2021/01/REFERENTIEL-DES-ACHATS-RESPONSABLES_APF-1.pdf
  18. ↑ « Alliance pour la Préservation des Forêts - Lutte contre la Déforestation », sur Alliance Preservation Forests (consulté le ).
  19. ↑ [1].
  20. ↑ « EUDR: Our letter of support », sur Alliance pour la Préservation des Forêts (consulté le ).
  21. ↑ « Fiche membre de l'APF », sur UICN (consulté le ).
  22. ↑ « Alliance pour la préservation des forêts », sur Office français de la biodiversité (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • Jamar, J. (2024). Comment obtenir les informations requises lors de la réalisation d'une due diligence dans le contexte de l'introduction du règlement européen contre la déforestation et la dégradation des forêts (règlement 2023/1115/UE)? Focus sur l'industrie du café [lire en ligne].
  • Karsenty, A. (2022). Le projet européen de lutte contre la déforestation importée: les limites d'une approche indifférenciée [lire en ligne].
  • [Karsenty 2024] Alain Karsenty, « La déforestation et le commerce international : la déforestation importée, source de controverses diplomatiques », Futuribles, no 461 « Les forêts et le climat »,‎ , p. 5-21 (ISSN 0337-307X, e-ISSN 1958-5764, DOI 10.3917/futur.461.0005 Accès payant, S2CID 270945427, lire en ligne [PDF]).
  • Lescuyer, G., Gourlet-Fleury, S., et Tankam, C. (2022). Revue des enjeux liés à l'application du règlement européen de lutte contre la déforestation importée sur les politiques et les réformes de gouvernance relatives aux forêts dans les pays d'Afrique centrale [lire en ligne].

Articles connexes

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