Alt-Info

Alt-Info
Logotype d'Alt-Info
Caractéristiques
Création
2019
Disparition
2024
Propriétaire
Shota Martinenko, Tsiala Morgoshia, Konstantine Morgoshia
Pays
Diffusion
Aire
Géorgie

Mouvement conservateur/Alt-Info
Conservateurs pour la Géorgie
Image illustrative de l’article Alt-Info
Logotype officiel.
Présentation
Dirigeant Guiorgui Kardava[1]
Fondation [1]
2025 (recréation)
Disparition 2024 (dissolution)[1]
Positionnement Extrême droite[1]
Coalisé dans Alliance des patriotes
Couleurs Rouge foncé
Représentation
Parlement
0  /  150

Alt-Info est à l'origine une chaîne télévisée privée et un portail d'informations géorgiens fondés en 2019. Le média agrège progressivement autour de lui un mouvement politique, autour duquel gravitent plusieurs partis politiques successifs (Mouvement conservateur/Alt-Info, Conservateurs pour la Géorgie). Tous suivent une ligne politique populiste d'extrême droite, pro-russe et socialement conservatrice.

Les membres d'Alt-Info se font notamment connaître pour des actions violentes contre la communauté LGBT. Alors que le groupe bénéficie d'un relatif soutien gouvernemental jusqu'en 2023, le durcissement par le Rêve géorgien de sa rhétorique conservatrice mène à un conflit avec Alt-Info à partir de 2024.

La chaîne cesse d'émettre après la défaite du parti aux élections législatives de 2024, mais le groupe de militants reste et un nouveau parti, Conservateurs pour la Géorgie, est créé en 2025.

Historique

Fondation

La société Alt-Info Ltd. est fondée en par Shota Martinenko et Tsiala Morgoshia, qui détiennent chacun la moitié des parts[2]. Le département du Trésor des États-Unis considère également Konstantine Morgoshia, ancien membre du groupe xénophobe Marche géorgienne (en) et de l'Alliance des patriotes de Géorgie, comme cofondateur d'Alt-Info[3]. Selon Georgia Today, l'oligarque est un soutien financier de la chaîne[4].

En , la chaîne obtient une autorisation de diffuser de la Commission nationale géorgienne des communications[5].

La chaîne se fait connaître pour sa ligne conservatrice radicale, diffusant régulièrement des discours de haine et des appels à la violence[6],[4].

Création de l'aile politique

Des membres d'Alt-Info participent à la fondation de l'entité juridique à but non lucratif Alternative pour la Géorgie en 2019[2]. En , des membres d'Alt-Info fondent un parti politique sous le nom de Mouvement conservateur[4],[5]. Il est officiellement enregistré par les autorités le  ; pour la première fois, le groupe de médias se dote d'une aile politique[7]. En quelques mois, des dizaines de bureaux du parti sont ouverts dans plusieurs villes[8]. En , il change de nom pour devenir le Mouvement conservateur/Alt-Info, revendiquant sa filiation[5].

La montée d'un mouvement d'extrême droite pro-russe suscite toutefois l'opposition de nombreux Géorgiens. À Khoulo, le Mouvement conservateur est expulsé de ses bureaux et à Kobouleti et Mestia, des affrontements ont lieu entre militants. L'activiste azerbaïdjanaise Samira Bayramova s'en prend à des locaux du parti en les taguant aux couleurs de l'Ukraine et de l'Union européenne et est victime de menaces[8].

Durant les premières années d'existence, la mouvance Alt-Info profite d'un « soutien apparent » du gouvernement, qui ne réprime pas leurs actions militantes et ne lance pas de poursuites contre ses leaders qui incitent à commettre des actes de violence[7].

Fin 2023, cependant, un conflit de plus en plus prononcé émerge entre le parti au pouvoir, Rêve géorgien, et Alt-Info. En , le Mouvement conservateur est radié des listes électorales par les autorités, officiellement pour des « irrégularités »[6]. La mouvance Alt-Info conclut toutefois un accord pour se présenter sur une liste commune lors des élections législatives de 2024, d'abord avec Idée géorgienne, un parti qui est lui aussi dissous par les autorités. Finalement, c'est avec l'Alliance des patriotes de Géorgie (APG) qu'Alt-Info s'allie[9] ; la chaîne d'extrême droite apporte ensuite son soutien à sa propre liste[7].

Dissolution et recréation

Après le scrutin, Alt-Info annonce la cessation de ses activités suite à un résultat électoral décevant : l'APG ne recueille que 2,4 % des suffrages, ce qui ne lui rapporte aucun siège au Parlement de Géorgie[7]. Les membres d'Alt-Info invoquent des problèmes financiers pour justifier leur dissolution, expliquant que la chaîne ne pourra pas continuer à émettre après l'échec de leur parti aux élections[4]. Cependant, malgré la disparition de la chaîne, le groupe de militants politiques demeure.

La dégradation des relations avec le parti Rêve géorgien, qui s'amplifie encore, s'explique par la décision gouvernementale d'interdiction du parti et par des désaccords idéologiques. Alt-Info reproche au parti au pouvoir d'embrasser une ligne de plus en plus populiste, anti-occidentale et homophobe, afin d'attirer vers lui des sympathisants conservateurs d'extrême droite[7]. Les groupes radicaux d'extrême droite ont habituellement pour fonction dans la politique géorgienne de faire paraître le Rêve géorgien plus raisonnable malgré ses positions anti-occidentales, tout en s'en prenant directement aux forces d'opposition[5].

En , le groupe informel d'Alt-Info recrée un nouveau parti politique, Conservateurs pour la Géorgie[10]. Il investit Zourab Makharadze comme candidat pour la mairie de Tbilissi[7], mais ce dernier échoue à se faire élire, arrivant en 4e position avec 4,1 % des voix.

Ligne politique

Alt-Info suit une ligne politique d'extrême droite[9] et social-conservatrice. Dès la création de la chaîne en 2019, elle se donne pour objectif de « contrer la censure libérale agressive »[4]. La mouvance cherche à remplacer le libéralisme par des valeurs traditionnelles chrétiennes orthodoxes[8], voire à transformer l'État en une théocratie dans laquelle l'Église orthodoxe géorgienne exercerait une partie du pouvoir politique[2]. Cela se traduit notamment par des positions homophobes et xénophobes radicales. Civil Georgia écrit que « s'attaque constamment aux valeurs occidentales, ainsi qu'à la communauté LGBQ en Géorgie »[5]. Georgia Today décrit Alt-Info comme d'« ultra-droite »[4].

Le groupe est aussi anti-occidental[8], europhobe[10],[5],[9] et pro-russe[7],[4]. Zourab Makharadze défend ainsi « une relation de partenariat et d'alliance avec la Russie » et affirme que c'est en Russie que se décidera la question des territoires occupés par la Russie en Géorgie. En 2022, plusieurs membres font un voyage en Russie et participent à une conférence conjointe avec des députés russes[7]. Le groupe est également proche du théoricien de l'eurasisme Alexandre Douguine[2].

En 2025, le parti Conservateurs pour la Géorgie, héritier d'Alt-Info, cherche à se positionner comme une alternative au « prétendu conflit » entre Rêve géorgien et le Mouvement national uni, en déclarant se concentrer sur « les vrais problèmes ». Il cite notamment l'« immigration de masse » et les problèmes démographiques du pays[7].

Actions violentes

Alt-Info participe à l'organisation de l'attaque contre la marche des fiertés de Tbilissi en [8]. Plusieurs jours avant la marche, le média ainsi que des membres du clergé de l'Église orthodoxe géorgienne relaient les appels à une contre-manifestation sur le trajet de celle-ci. L'événement dégénère et les militants d'extrême droite poussés par les leaders d'Alt-Info attaquent des journalistes et commettent des dégradations à caractère homophobe[11]. Plusieurs dizaines de reporters sont blessés, dont l'un meurt quelques jours plus tard[7]. Les événements sont qualifiés de « pogroms anti-queers » et Eurasianet relève l'absence d'intervention policière et de poursuites judiciaires à l'issue des faits[8].

En 2022, alors que le mouvement cherche à perturber les célébrations du mois des fiertés, la police arrête des militants d'extrême droite avant qu'ils passent à l'acte en s'attaquant à un festival de musique[5].

Le [5], de nombreux radicaux du mouvement Alt-Info s'en prennent à un festival organisé dans le cadre de la marche des fiertés, bien qu'il ait lieu sur un terrain privé. Le gouvernement est accusé d'avoir laissé faire les violences, la police n'ayant pas cherché à empêcher les militants de dégrader les lieux, ni même à intervenir[12],[3],[7].

En , Alt-Info annonce la création d'un « mouvement anti-Maïdan » après les accusations portées par le Service de sécurité d'État contre l'opposition, de vouloir organiser un « complot pour renverser le gouvernement par la force ». Les militants d'extrême droite font référence aux manifestations de l'Euromaïdan, ayant mené à la fuite de Viktor Ianoukovytch en 2014, qu'ils affirment être un coup d'État étranger. Alt-Info souhaite organiser dans toute la Géorgie des milices d'auto-justice anti-européennes et anti-libérales rassemblant des « personnes partageant les mêmes idées ». Durant certaines réunions, les militants tiennent des propos appelant à la violence[5].

Sanctions et poursuites

Le , Facebook supprime les comptes liés à Alt-Info et à l'Alliance des patriotes de Géorgie pour « comportement inauthentique coordonné »[2].

En 2022, la justice géorgienne inflige à Alt-Info une amende de 233 000 laris (87 000 ) pour des motifs administratifs ; ils sont accusés d'avoir sous-déclaré les revenus des dons[3]. En , les autorités leur enjoignent de payer l'amende le plus rapidement possible. Le groupe accuse le gouvernement de trahison en faveur des pays occidentaux, affirmant que « [Bidzina Ivanichvili] a conclu un accord avec l'Occident : en échange de l'absence de sanctions sur ses biens personnels, il se dit prêt à mettre en œuvre une politique occidentale radicale et inflexible ». Shota Martinenko, l'un des fondateurs, se plaint également de la fermeture d'un compte bancaire d'Alt-Info chez Cartu Bank, établissement fondé par Bidzina Ivanichvili[3].

En , après les attaques homophobes commises par Alt-Info, plusieurs députés européens appellent à des sanctions contre le mouvement et ses dirigeants[13].

En , le Trésor américain impose des sanctions à plusieurs responsables d'Alt-Info en raison de leur implication dans des campagnes de haine et de violence[6]. Konstantine Morgoshia, l'un des cofondateurs de la chaîne, est accusé d'avoir, en et en 2023, « incité à des attaques violentes contre des personnes marginalisées exerçant pacifiquement leurs libertés fondamentales d'expression et de réunion » et d'avoir « incité des centaines de partisans à pénétrer de force dans les locaux d'organisations non gouvernementales et à agresser des journalistes et des policiers sur place ». Le Trésor américain sanctionne également Zourab Makharadze, associé à Alt-Info, le qualifiant de « l'un des partisans les plus radicaux de la violence contre les manifestants pacifiques et les Géorgiens marginalisés » et l'accusant d'avoir incité à la violence[6].

Références

  1. https://europeelects.eu/georgia/
  2. (en) « Alt-Info/Conservative Movement », sur mythdetector.com, (consulté le )
  3. (en) Tata Shoshiashvili, « Georgian Government orders far-right group Alt Info to pay fine », sur OC Media, (consulté le )
  4. (en) « Far-right, pro-Russian TV “Alt-Info” shutting down due to “financial problems” », sur Georgia Today, (consulté le )
  5. (en) « Explainer | What is the “Anti-Maidan Movement”? », sur Civil Georgia, (consulté le )
  6. (en) « US Sanctions Georgian Officials and Far-Right Activists for Violent Attacks on Freedom of Expression » [archive du ], sur OCCRP (consulté le )
  7. (en) Mikheil Gvadzabia, « US-sanctioned ultra-right pro-Russian leader announces bid for Tbilisi mayor », sur OC Media, (consulté le )
  8. (en) Nini Gabritchidze, « Rise of Georgian alt-right group sparks fear of unrest », sur eurasianet.org (consulté le )
  9. (en) « Georgia », sur Europe Elects, (consulté le )
  10. (en) « Alt-Info Resurrected in New “Conservatives for Georgia” », sur Civil Georgia, (consulté le )
  11. « Pride Week – July 5, 2021 demonstration », sur www.geoprotests.org (consulté le )
  12. (en) « Tbilisi Pride Festival cancelled after police fail to confront extremists », sur OC Media, (consulté le )
  13. (en) « MEPs Call for Targeted Sanctions Against Alt-Info Group and its Leader », sur Civil Georgia, (consulté le )

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Géorgie
  • icône décorative Portail de la politique
  • icône décorative Portail d’Internet
  • icône décorative Portail de la télévision
  • icône décorative Portail du conservatisme