Amar Ouzegane

Amar Ouzegane
Illustration.
Amar Ouzegane au sommet de la Ligue arabe en septembre 1964
Fonctions
Ministre algérien du Tourisme

(6 mois et 17 jours)
Premier ministre Ahmed Ben Bella
Gouvernement Ben Bella III
Ministre d'État

(1 an, 2 mois et 14 jours)
Premier ministre Ahmed Ben Bella
Gouvernement Ben Bella II
Ministre de l'Agriculture et de la Réforme agraire

(11 mois et 22 jours)
Premier ministre Ahmed Ben Bella
Gouvernement Ben Bella I
Député à l'Assemblée nationale constituante algérienne

(2 ans)
Circonscription Médéa
Groupe politique FLN
Député français

(7 mois et 20 jours)
Circonscription Alger
Groupe politique Communiste
Secrétaire général du Parti communiste algérien

(4 ans)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Alger
Date de décès (à 70 ans)
Lieu de décès Alger
Nationalité Algérienne
Profession Employé aux PTT

Amar Ouzegane, né le à Alger et mort le à Alger, est un homme d'État, intellectuel et figure majeure de la Révolution algérienne. Issu d'une grande lignée de résistants kabyles spoliés par la colonisation après la révolte de Mokrani, aussi appelée l’insurrection de 1871 en Algérie, il s'impose comme l'un des principaux théoriciens de l'État algérien moderne.

D'abord dirigeant du Parti communiste algérien (PCA), dont il est le Premier secrétaire de 1943 à 1947, il rompt avec le mouvement communiste pour défendre une vision politique souveraine, cherchant à synthétiser la justice sociale et l'identité arabo-musulmane de la nation, notamment à travers sa collaboration avec l'Association des oulémas musulmans algériens.

Durant la guerre d'indépendance, il joue un rôle stratégique au cœur de la direction politique clandestine du FLN dans la Casbah d'Alger. Sollicité par Abane Ramdane, il conçoit et rédige le manuscrit original de la Plateforme de la Soummam (1956), s'imposant comme son co-auteur[1] et principal rédacteur[2]. Ce texte doctrinaire fondateur dote la Révolution de ses institutions et consacre la primauté du politique sur le militaire. Arrêté par l'armée française le 6 janvier 1958, il est torturé puis emprisonné jusqu'en avril 1962[3].

En 1962, il devient ministre de l'Agriculture et de la Réforme agraire du premier gouvernement de l'Algérie indépendante, où il est le maître d'œuvre des décrets historiques sur l'autogestion ouvrière et paysanne. Fidèle aux principes civils de la Soummam, il refuse de se rallier au coup d'État de Houari Boumédiène en 1965. Directeur de l'hebdomadaire Révolution africaine, sa tentative de publier le manuscrit original de la Soummam en août 1965 est censurée, marquant le début de sa mise à l'écart politique et d'une invisibilisation mémorielle par le récit officiel.

Jeunesse

Amar Ouzegane est né en 1910 à Alger dans une famille pauvre venant d'Azazga dont le père est cuisinier. Il passe son enfance dans la Casbah, fréquente l'école française et l'école coranique. Il est employé aux PTT à l'âge de 14 ans après que son père ait perdu son travail. Il intègre le monde du syndicalisme au sein de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) avant de rejoindre les Jeunesses communistes en 1930[4].

Parti communiste français

Après être promu dirigeant de la région d'Alger pour le Parti communiste français (PCF). Il est licencié des PTT[4] après avoir été délégué au VIIe congrès mondial du Komintern à Moscou en 1935[5]. Il entre au comité central du PCF en lors du congrès de Villeurbanne[4].

Il fait partie des premiers dirigeants du Parti communiste algérien (PCA) à sa création et intègre son Bureau politique la même année ; il devient permanent du parti[4].

En 1937, il est élu conseiller municipal d'Alger ; il en est exclu en 1939[4] après avoir refusé de condamner le pacte germano-soviétique[6]. Entré en clandestinité à la suite de l'interdiction du PCA, il est arrêté et interné au camp de Djeniene Bourezg de 1940 à [4].

En 1943, il devient le premier dirigeant du PCA puis il est élu député PCF d'Alger aux élections constituantes de 1945[4]. Il obtient 82 285 des 235 829 suffrages exprimés, soit 34,9 % des voix et obtient ainsi l'un des quatre sièges à pourvoir dans le collège des musulmans non-citoyens. Il est élu Secrétaire de l'Assemblée. Ses interventions portent sur des demandes d'amnistie pour les prisonniers politiques, d'égalité des rémunérations et des pensions. Il demande que la langue arabe soit une langue officielle à côté de la langue française en Algérie[7]. Dans cette assemblée, il se prononce pour la formule d'« Union française », plus précisément d’« union librement consentie »[6]. Il est battu aux élections constituantes de juin 1946 et aux élections législatives françaises de novembre 1946[7].

Amar Ouzegane défend donc dans un premier temps la souveraineté française sur l'Algérie et se montre très critique envers les nationalistes algériens (Amis du manifeste et de la liberté - AML - de Ferhat Abbas et Parti du peuple algérien - PPA - de Messali Hadj). Après l'évolution du PCA en 1946, qui prône l'intégration au mouvement national algérien, il est considéré comme responsable des prises de positions antérieures du PCA et en est exclu le . Les attendus de l'exclusion, parus dans le journal Liberté du , sont rédigés ainsi : « il a été, de 1943 à juillet 1946, le principal responsable d’une politique qui a gêné considérablement le rassemblement de tous les mouvements nationaux progressistes d’Algérie contre le colonialisme ». Il affirmera plus tard avoir toujours été partisan de l'indépendance de l'Algérie[4],[6],[8].

Guerre d'Algérie

Après s'être rapproché l'Association des oulémas, du Mouvement national algérien (MNA)[7], il entre au FLN en 1955 et devient un important conseiller politique de la zone autonome d'Alger[5]. Il est parmi les leaders de l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et conseiller au Comité de coordination et d'exécution (CCE)[9].

Il participe à l'Appel pour une Trêve Civile initié par Albert Camus. Il participe en à la rédaction de la plate-forme du Congrès de la Soummam (qui critique forment le PCA) et à l'organisation de la grève générale de . Il est arrêté le à Kouba, où il s'était réfugié après le démantèlement de la zone autonome d'Alger et l'arrestation de Yacef Saâdi. Il est condamné à huit ans de prison par le Tribunal militaire d'Alger pour « association de malfaiteurs et atteinte à la Sûreté de l’État ». Transféré à la prison de Fresnes à la suite de l'aggravation de son diabète, il y restera jusqu'en avril 1962[4],[6],[9].

Dans son livre rédigé en prison et publié en 1962, le Meilleur Combat, il tente de concilier socialisme et islam[10] ; il y affirme qu’il était légitime de couper le nez des gens qui fumaient pendant le ramadan, parce que le respect du ramadan était une dimension du patriotisme[11].

Après l'indépendance

À l'indépendance, il est membre du Comité central du Front de libération nationale (FLN)[4] et est député de Médéa à l'Assemblée constituante de 1962-1964[5]. Il est nommé ministre de l'Agriculture et de la Réforme agraire le [12]. Cette réforme agraire, « improvisée et désorganisée » se solde par un échec : « des centaines de tracteurs cassés et des sols mal exploités dont le rendement déçoit. »[13]. Il est promu ministre d'État le [14] puis ministre du Tourisme du [15] au .

Il est mis à l'écart de l'appareil politique après le coup d'État de Houari Boumédiène en juin 1965. Il se retire un temps en Suisse et revient souvent se faire soigner en France. A la fin des années 1970, il bénéficie d'une villa à Hydra en reconnaissance de son parcours au sein de l'État. Il meurt à Alger en 1981[4],[6].

Presse militante

Vendeur à la criée de L'Écho d'Alger dans sa jeunesse, il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire communiste Luttes sociales, puis il collabore au journal indépendantiste Jeune musulman, fondé par Ahmed Taleb Ibrahimi avant de devenir à l'indépendance, du au , le directeur de Révolution africaine[4],[5].

Famille

Omar Ouzegane se marie en 1945 et est père de trois enfants[6]. Il est l'oncle de la militante Fettouma Ouzegane (mère de Ali Fawzi Rebaine) dont le père Saïd est arrêté et incarcéré en même temps que son frère Amar en 1940[16]. Il est l'oncle de Malika Ouzegane[17], cofondatrice de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme.

Décorations

Bibliographie

  • Le meilleur combat, Julliard, 1962, 309 p.

Notes et références

  1. Mohamed Lebjaoui, membre du premier CNRA, affirme de manière catégorique : « L’auteur de la plateforme fut Amar Ouzegane. [...] Contrairement à ce qui a été parfois écrit, aucun autre élément n’a rédigé un seul mot de ce texte », cité dans Christian Phéline, Pierre, feuille, ciseaux !, 2023, p. 119.
  2. Christian Phéline, Pierre, feuille, ciseaux ! Alger, 20 août 1965. La discrète mise au pas de Révolution africaine, Éditions du Croquant, 2023.
  3. « Profil d'un dirigeant : Amar Ouzegane de Barberousse à Fresnes », revue mémorielle historique Mémoria, n° 61, 2018.
  4. Tramor Quemeneur (dir.), Ouanassa Siari Tengour (dir.) et Sylvie Thénault (dir.), Dictionnaire de la guerre d'Algérie, Paris, éditions Bouquins, , 1424 p., 20 × 13,4 cm (ISBN 978-2-38292-306-1, EAN 9782382923061, présentation en ligne)), pages 900-901 (auteur : Pierre-Jean Le Foll-Luciani).
  5. Amar Ouzegane de A à Z, site djazairess.com, publié dans El Watan le 17 août 2018.
  6. https://maitron.fr/spip.php?article157307, notice OUZEGANE Amar -Dictionnaire Algérie - par René Gallissot], version mise en ligne le 3 mars 2014, dernière modification le 12 août 2015.
  7. Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1940 à 1958 (La documentation française), site www2.assemblée-nationale.fr, consulté le 23 novembre 2024.
  8. Ruscio, A.(2007), Les communistes et les massacres du Constantinois (mai-juin 1945), Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 94(2)
  9. AMAR OUZEGANE ancien député communiste d'Alger rallié au F.L.N. a été arrêté, site lemonde.fr, 15 janvier 1958.
  10. M. AMAR OUZEGANE EST ÉVINCÉ de la direction de " Révolution africaine ", site lemonde.fr, 23 août 1965.
  11. Amar Ouzeguane, Le meilleur combat, Julliard, , p.263
  12. « Décrets N° 62-1 du 27 septembre 1962 portant nomination des membres de gouvernement », Journal officiel de l'Algérie,‎ , p. 13 (lire en ligne, consulté le )
  13. Le regard d’une archiviste, elwatan.com, 22 mars 2016
  14. « Décrets N° 63-373 du 18 septembre 1963 portant nomination des membres de gouvernement », Journal officiel de l'Algérie,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. « Décrets N° 63-373 du 18 septembre 1963 portant nomination des membres de gouvernement », Journal officiel de l'Algérie,‎ , p. 979 (lire en ligne, consulté le )
  16. [https://www.lexpressiondz.com/index.php/nationale/une-revolutionnaire-jusquau-bout-de-lame-64154 FETTOUMA OUZEGANE Une révolutionnaire jusqu’au bout de l’âme], lexpressiondz.com, 2 avril 2009.
  17. « Refav » une histoire à l’aube de l’indépendance (interview de Christian Phéline), site jeune-indépendant.net, 30 novembre 2023.
  • Achour Cheurfi, La classe politique algérienne de 1900 à nos jours : dictionnaire biographique, 2001, Casbah éditions (ISBN 9961-64-292-9)

Liens externes

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