Anne-Élisabeth Queriau

Anne-Élisabeth Queriau
Anne-Élisabeth Queriau en août 1752, par Jean-Baptiste Perronneau.
Biographie
Naissance
Vers
Paris
Décès
Sépulture
Domicile

Anne-Élisabeth Queriau est née vers 1716 à Paris et morte le dans la même ville, victime d'une forme grave d'ostéomalacie.

Biographie

Anne-Élisabeth Queriau est née vers 1716 dans le quartier parisien de la paroisse de Saint-Roch[1],[2]. Ses parents n'ont pas eu de gros problèmes de santé. Son père est mort à un âge avancé (80 ans) et sa mère était encore en vie en 1752, alors âgée de 60 ans[3]. À l'âge de 17 ans, elle a une pneumonie et une pleurésie. À 20 ans, elle est atteinte d'une érysipèle de la face, puis d'un rhumatisme général avec douleurs très-aiguës au niveau des hanches[4].

Anne-Élisabeth se marie vers 1746 à Pierre Supiot, cardeur de laine[1]. Le couple a quatre enfants : , , et en [1]. Les premiers problèmes de santé surviennent six semaines après une fausse couche en [1]. Suite à une chute, Queriau a une enflure douloureuse à une jambe, puis six mois plus tard à l'autre jambe. Sa quatrième couche se passe bien, mais Queriau demeure « impotente des membres inférieures ». Les douleurs s'aggravent courant 1751 et la malade commence à ressentir des contractions involontaires aux muscles, qui recourbent ses jambes et ses cuisses amenant ses pieds à la hauteur de sa tête[5].

De son vivant, Anne-Élisabeth Queriau consulte plusieurs médecins, dont l'accoucheur M. Levret, les chirurgiens Sauveur-François Morand et Leguernery, le Dran, la Faye, Dupouy, Sue le cadet, Brassant fils. Des saignées au poignet lui ont été prescrites, ainsi que des bains de lessive de cendre de sarment, des cataplasmes, des onctions d'huiles et de baumes, des tisanes, ainsi que des remèdes antiscorbutiques, des grains de sucre métallique de Darius, du sirop de roses séchés, des looch[3].

La singularité de cette terrible affection médicale amène la presse à relater, du vivant d'Anne-Élisabeth Queriau, ce ramollissement des os qui questionne le corps médical de l'époque. Les premières mentions apparaissent dès le mois d' dans la Gazette[6] :

« Les Médecins & les Physiciens ont, dans un Phénomène qui attire l'attention de Paris, un ample sujet d'exercer leurs réflexions. Depuis cinq ans, la nommée Supiot, femme d'un Artisan, est affectée d'un amolissement successif des os. La maladie a commencé par les jambes, a passé ensuite au reste du corps, & gagne maintenant les os de la tête. On a eu quelques exemples de semblables maladies, mais on ne se souvient d'aucune, qui ait produit les effets extraordinaires qu'éprouve la femme dont il est question. C'est le sieur Dupouy, Membre du Collége de Chirurgie, qui prend actuellement soin de cette malade. »

Testament fait le chez le notaire François de Langlard, Minutier central des notaires de Paris (MC/ET/LXXIX/77), Archives nationales. Retranscription sur Wikisource.

Les principaux journaux de l'époque rendent compte à de multiples reprises dans les années 1750 de ce cas extraordinaire : Mercure de France[7],[8],[9],[10],[11],[12],[13], La Gazette[6],[14],[15],[16], Suite de la Clef[17],[18],[19], Journal des savants[20],[21], L'Année littéraire[22],[23]. Morand signale deux cas similaires : Bernarde d'Armaignac morte à Toulouse en 1669 et Pierre Siga mort à Sedan. Cela conduit Anne-Élisabeth Queriau à rédiger son testament le auprès du notaire parisien François de Langlard afin de donner son corps à la science[24] :

« […] Laquelle considérant que la maladie dont elle est attaquée depuis cinq ans a eu des effets si prodigieux qu’il pût être utile au public que la cause en soit examinée et s’il est possible connue, a, par forme disposition à cause de mort, dicté aux notaires soussignés, ce qui suit.

C’est à sçavoir qu’elle veut que son corps mort soit remis au sieur Dupouy l’un des membres du collège de chirurgie de cette ville, son chirurgien ordinaire, pour être par luy ouvert et dissequé […] »

Elle meurt chez elle, rue d'Argenteuil, le [1] à l'âge de 36 ans. Son enterrement au cimetière de l'église Saint-Roch est annoncé dans les Annonces affiches et avis de Paris[2]. Il est procédé à son autopsie le en présence des médecins Antoine Ferrein, François David Hérissant, Antoine Petit, Sauveur-François Morand et Jean-François-Clément Morand[25].

Cette forme grave d'ostéomalacie est mentionnée à de nombreuses reprises dans la littérature médicale des deux siècles ultérieurs : Antoine Le Camus (1772)[26], Percy et Laurent (1819)[27], Jean Lobstein (1833)[28], John Burns (1839)[29], Samuel Cooper (1841)[30], Kuhn (1865)[31], Albert Hénocque (1874)[32], Auguste Saulay (1890)[33], Charles Duval (1902)[34], Odilon Lannelongue (1905)[35], Lucien Mayet (1909)[36], Victor-Henri Hutinel (1914)[37], Georges-Henri Roger et al. (1924)[38], Émile Forgue (1928)[39], Lenormant (1931)[40].

Collections anatomiques

Préparation anatomique d'Anne-Élisabeth Queriau
Photographie de la préparation anatomique par Éloïse Quétel (Sorbonne Université).
Artiste
Date
Type
préparation anatomique
Dimensions (H × L × l)
19 × 55 × 32 cm
Collection
No d’inventaire
SU.MD.P.2015.0.297
Localisation
Inscription
447. Ramollissement général des os avec déformation complète des membres et du tronc, observé chez Anne-Elisabeth Quériau, femme Supiot, mémoire de l'académie des Sciences années 1752-1753 (voyez la thèse […])

Sauveur-François Morand a réalisé la préparation anatomique du corps d'Anne-Élisabeth Queriau afin que le squelette soit présenté à l'Académie de médecine et déposé au cabinet de l'Académie de médecine. Le corps est ensuite passé à la Faculté de médecine de Paris, pour ensuite intégrer les collections du musée Dupuytren[4]. Il est mentionné dans l'inventaire réalisé par Denonvilliers et Lacroix en 1842[41] et dans le catalogue de Houel en 1877[4]. Au XXIe siècle, cette préparation ostéologique fait partie des collections médicales et d'anatomie pathologique de Sorbonne Université[42].

Cette préparation anatomique est vernie et incomplète du fait de pièces dérobées durant l'autopsie[4],[36]. Il manque la moitié antérieure de la calotte du crâne, la main droite, le fémur gauche, les trois quarts supérieurs de la jambe gauche, des doigts et des orteils. Jean-Baptiste-Jacques Thillaye indique qu'une extrémité du squelette a été mangé par les rats[43].

Notes et références

  1. Sauveur-François Morand, « Article premier. Histoire de la maladie reprise dès sa première origine », dans Histoire de la maladie singuliere, et de l'examen du cadavre d'une femme, devenue en peu de tems toute contrefaite par un ramollissement général des os, , 112 p. (lire en ligne), p. 6-18
  2. Annonces, affiches et avis divers, (lire en ligne), p. 711
  3. « Article second. Conformation actuelle de la Malade dans toutes les parties de son corps », dans Sauveur-François Morand, Histoire de la maladie singuliere, et de l'examen du cadavre d'une femme, devenue en peu de tems toute contrefaite par un ramollissement général des os, , 112 p. (lire en ligne), p. 19-38
  4. Charles-Nicolas Houel, Catalogue des pièces du musée Dupuytren, t. I, (lire en ligne), p. 158-164
  5. « Sur un amollissement d'os extraordinaire », Histoire de l'Académie royale des sciences,‎ , p. 114-117 (lire en ligne)
  6. Gazette, (lire en ligne), p. 408
  7. Mercure de France, (lire en ligne), p. 100
  8. Mercure de France, (lire en ligne), p. 190 et 199
  9. Mercure de France, (lire en ligne), p. 195
  10. Mercure de France, (lire en ligne), p. 149
  11. Mercure de France, (lire en ligne), p. 97
  12. Mercure de France, (lire en ligne), p. 136
  13. Mercure de France, (lire en ligne), p. 168
  14. La Gazette (France), vol. 35, , 419-420 p. (lire en ligne)
  15. La Gazette (France), vol. 52, , 631 p. (lire en ligne)
  16. La Gazette (France), vol. 19, , 228 p. (lire en ligne)
  17. Suite de la Clef, vol. LXXII, (lire en ligne), p. 228
  18. « Lettre de M. L. C. sur la Maladie de la nommée Supiot, dont il est parlé page 228 de ce Journal », Suite de la Clef, vol. LXXII,‎ , p. 232-236 (lire en ligne)
  19. « Observation de M. de la Vallée, Médecin Craon en Anjou, sur la maladie de Madame Supiot, dont il est fait mention dans la Lettre de M. L. C. insérée dans le Journal du mois de Septembre 1752 », Suite de la Clef, vol. LXXII,‎ , p. 362-368 (lire en ligne)
  20. Morand, « Lettre adressée à messieurs les auteurs du Journal des Sçavans, au sujet d'une observation communiquée à la Faculté de Médecine à l'Assemblée du Prima mensis de Septembre 1752 », Journal des savants,‎ , p. 786-791 (lire en ligne)
  21. « Observations théoriques et pratiques sur l'amollissement des os en général, et sur celui qui a été observé dans la femme Supiot, dont l'histoire a été communiquée à la Faculté de Médecine de Paris en 1752 », Journal des savants,‎ , p. 809-812 (lire en ligne)
  22. « Lettre VI. Dissertation anatomique », L'Année littéraire, vol. VI,‎ , p. 122-144 (lire en ligne)
  23. « Mémoire sur la cause de plusieurs maladies des os », L'Année littéraire, vol. VII,‎ , p. 261-262 (lire en ligne)
  24. Testament d'Elizabeth Queriau fait le 22 août 1752 chez le notaire François de Langlard, Archives nationales, MC/ET/LXXIX/77.
  25. Sauveur-François Morand, « Rapport de l'ouverture et de l'examen du cadavre de la nommée Supiot », dans Histoire de la maladie singuliere, et de l'examen du cadavre d'une femme, devenue en peu de tems toute contrefaite par un ramollissement général des os, , 112 p. (lire en ligne), p. 65-82
  26. Antoine Le Camus, La Médecine pratique, rendue plus simple, plus sûre, & plus méthodique, 1769-1772 (lire en ligne), p. 170-173
  27. Percy et Laurent, « Muséum (d'anatomie et de pièces pathologiques) », dans Dictionnaire des sciences médicales, 1812-1822 (lire en ligne), p. 21-41
  28. Jean Lobstein, Traité d'anatomie pathologique, vol. 2, (lire en ligne), p. 189-192
  29. John Burns, Traité des accouchements, des maladies des femmes et des enfants, (lire en ligne), p. 21
  30. Samuel Cooper, Encyclopédie des sciences médicales, (lire en ligne)
  31. F.-A. Kuhn, Parallèle entre les différentes espèces d'ostéomalacie ou de ramollissement du tissu osseux, (lire en ligne), p. 33
  32. Albert Hénocque, « Ostéomalacie », dans Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. XVIII, 1874-1889 (lire en ligne), p. 511
  33. Auguste Saulay, Contribution à l'étude de l'ostéomalacie essentielle, (lire en ligne), p. 46
  34. Charles Duval, Contribution à l'étude du diagnostic et de l'étiologie de l'ostéomalacie, (lire en ligne), p. 9
  35. Science progrès découverte, Dunod, (lire en ligne), p. 270
  36. Lucien Mayet, « Un cas d'ostéomalacie », La Provence médicale, vol. 22, no XX,‎ , p. 4-7
  37. Victor-Henri Hutinel, « Dystrophies osseuses évoluant vers l'ostéomalacie », La Pédiatrie pratique, vol. 17, no 341,‎ , p. 58-66 (lire en ligne)
  38. Georges-Henri Roger, Nouveau traité de médecine, t. 22, (lire en ligne), p. 338
  39. Émile Forgue, Précis de pathologie externe. Pathologie chirurgicale générale, t. I, G. Doin, , 8e éd., 1183 p. (lire en ligne), p. 797
  40. Ch. Lenormant, « L'Histoire de l'Académie royale de chirurgie », Bulletin de l'Académie nationale de médecine,‎ , p. 155 (lire en ligne)
  41. Charles Denonvilliers et Louis-Édouard Lacroix, Museum d'anatomie pathologique de la Faculté de Médecine de Paris, ou Musée Dupuytren, t. I, (lire en ligne), p. 608-618
  42. Claire Crignon et Julie Cheminaud, « Un "cas extraordinaire" : la femme Supiot », dans Dupuytren ou le musée des maladies, (ISBN 979-10-231-0674-9), p. 129-140
  43. Michel Lemire (préf. Emmanuel-Alain Cabanis), Artistes et mortels, Éditions Raymond Chabaud, (ISBN 287749019X), p. 232

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-François-Clément Morand, Histoire de la maladie singuliere, et de l'examen du cadavre d'une femme, devenue en peu de tems toute contrefaite par un ramollissement général des os, , 112 p. (lire en ligne)
  • Jean-François-Clément Morand, Lettre de M. Morand, ... à M. Le Roy, sur l'histoire de la femme Supiot, , 28 p. (lire en ligne)
  • Pierre-Toussaint Navier, Observations théoriques et pratiques , sur l'amollissement des os, en général, & particulièrement sur celui qui a été observé dans la femme Supiot, dont l'histoire a été communiquée à la Faculté de médecine de Paris, en 1752, , 76 p. (lire en ligne)
  • Sauveur-François Morand, « Description anatomique de l'état dans lequel se sont trouvés les os ramollis d'une femme », Bibliotheque choisie de medecine, tirée des ouvrages périodiques, tant françois qu'étrangers, vol. 9,‎ , p. 12-26 (lire en ligne)
  • Sauveur-François Morand, « Histoire d'une femme dont les os se sont ramollis », dans Opuscules de chirurgie, vol. 1, (lire en ligne), p. 224-235
  • Claire Crignon et Julie Cheminaud, « Un "cas extraordinaire" : la femme Supiot », dans Dupuytren ou le musée des maladies, (ISBN 979-10-231-0674-9), p. 129-140

Articles connexes

  • Pierre Pouble (1732-1781), victime d'une maladie singulière ramollissant ses os

Liens externes

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