Annette et Lubin (Favart)

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Nicolas-Bonaventure Duchesne (d) |
Annette et Lubin est un opéra-comique en un acte en vers, mêlée d'ariettes et de vaudevilles, de Justine Favart avec la collaboration de son mari Charles-Simon Favart et Lourdet de Santerre, sur une musique d'Adolphe Blaise créée en à Bagatelle, puis mise à la scène le lundi au théâtre de l’Hôtel de Bourgogne à Paris.
Historique
Créée, chez la marquise de Monconseil, à l'occasion de la fête donnée pour la noce de Louis-Marie de Mailly et de Marie-Jeanne de Talleyrand-Périgord à Bagatelle[1].
Inspiration
Le sujet est tiré des Contes moraux de Marmontel[2]. Favart supprime les éléments les plus sulfureux de l'original, tels que la consanguinité des amants ou la grossesse illégitime, pour accentuer le côté sentimental et héroïque de l'histoire en se concentrant sur la célébration de l'amour naturel et vertueux.
Distribution
- Le seigneur : M. Le Jeune.
- Le bailli : Charles-Raymond Rochard.
- Lubin : Joseph Caillot,
- Annette : Justine Favart.
- Un domestique du château : Robert Desbrosses.
Le théâtre représente une campagne : on voit un bois d’un côté, et de l’autre un coteau. Sur le devant du théâtre il y a une cabane de verdure à moitié faite.
Argument
Annette et Lubin sont deux jeunes cousins orphelins vivant ensemble dans une cabane, dans l’ignorance des conventions sociales. Le bailli, qui convoite Annette, vient troubler ce bonheur pastoral, en utilisant le lien de parenté d’Annette et Lubin pour les menacer de séparation et de prison, affirmant que leur amour est un crime contre les lois et la religion. Avec une franchise naïve mais désarmante, Lubin affronte le seigneur, qui veut imposer un mariage d'intérêt, et défend l'idée que leur union est « naturelle » et donc légitime. Touché de la pureté de leurs sentiments, le seigneur intervient en leur faveur pour obtenir les dispenses nécessaires à leur mariage. Ensuite, il les dote et permet ainsi le triomphe de l'amour « vrai » sur les contraintes sociales.
Sujet
Contrairement au conte de Marmontel, qui met en garde contre les dangers de l’amour naturel sans contraintes sociales, la version scénique de Favart transforme l’histoire en une véritable apothéose de l’amour sincère et naturel, affranchi des préjugés et de la corruption de l’argent et du pouvoir.
Réception
Jouée de nombreuses fois à Paris de 1762 à 1792 ainsi qu’en province et partout en Europe, Annette et Lubin a été un des plus grands succès de Favart auprès du public. La réception critique a été très polarisée, entre dithyrambe et dénigrement. Le Mercure de France écrit que cette pièce
« fut écoutée et reçue avec transport. Sans rien ajouter à l’exacte vérité, elle mérite, plus qu’on ne saurait dire, la foule et l’extraordinaire empressement qu'elle a occasionné jusqu'à présent. Il ne parait presque jamais d’ouvrage au théâtre en aucun genre, qui, comme celui-ci soit exempt de toute espèce de contradiction particulière sur le plaisir et l'applaudissement général du public[3]. »
Suit un extrait, où est soulignée « l'impossibilité d’en soustraire la moindre partie sans dérober un trait de grâce, d'esprit ou de sentiment, et toujours nécessaire à la conduite et à l’action[3]. » Antoine d'Origny, dans ses Annales du théâtre italien, écrit qu’
« Il serait difficile d’exprimer la joie et l'enthousiasme qu’excita la représentation d'Annette et Lubin, comédie en un acte, en vers, par Mad. Favart & M. L..... C’est le conte de M. Marmontel mis en action ; mais les auteurs y ont ajouté l'épisode intéressant de l'enlèvement d’Annette. Rien n'est plus pittoresque que la scène où Lubin veut arracher sa fidèle amante des mains de ses ravisseurs. Celle où il conjure son seigneur de lui rendre sa maitresse, est extrêmement pathétique. Il faudrait rappeler tous les détails de la pièce, pour en décrire les beautés ; il n’y en a aucune qui ne soit à sa place ; partout on voit l’image de la nature, que l’art soutient sans se montrer. À peine entrevoit-on l'esprit qui se cache sous le voile du sentiment, et la finesse qui recèle la naïveté. Le style se trouve toujours à l'unisson du genre de l'ouvrage. Les vaudevilles et les romances dont le drame est adroitement coupé, fixent l’imagination dans le lieu où l’action se passe, et occupent agréablement des usages de la vie champêtre. Le choix des airs est assorti aux situations ou aux pensées ; et quand on en considère la totalité, on remarque qu’elle est parfaitement analogue au fonds même de l’ouvrage. L’attention et le gout ne sauraient aller plus loin[4]. »

À l’opposé, la critique de Melchior Grimm, dans la Correspondance littéraire, démolit la pièce, allant jusqu’à blâmer, comme Voltaire, le mauvais gout du public pour le succès de cette pièce qu’il juge indu :
« La Comédie-Italienne a donné aujourd’hui une petite comédie intitulée Annette et Lubin, mêlée d’ariettes et de vaudevilles parodiés, c’est-à-dire de tous les accompagnements d’un faux et mauvais gout. C’est un des plus détestables crimes contre le gout et contre le bon sens que de parodier par des paroles quelconques un air qui a été fait originairement sur quatre beaux vers de Metastasio, et il est cruel qu’on puisse faire de ces horreurs à Paris avec succès. Ici Annette chante un mauvais couplet avec une voix qui fait grincer les dents, sur l’air Prigioniera abandonata de l’immortel Hasse. Au reste, cette petite comédie est faite d’après le conte de M. Marmontel, qui porte le même titre et qui est peut-être le meilleur de son recueil. Vous ne trouverez déjà que trop d’esprit dans le conte, qui devrait être un chef-d’oeuvre de naïveté et de simplicité ; mais c’est bien pis dans la comédie, où la pointe épigrammatique vous blesse à chaque instant. Cette pièce est d’ailleurs mal faite, tous les discours en sont faux. Ils roulent sans cesse sur une comparaison fastidieuse entre la ville et le village, lieux communs qu’on a retournés cent mille fois, et qu’on ne saurait plus entendre sans dégout. Il n’y a pas trois traits dans cette pièce qui méritent d’être loués, et je ne vous en aurais certainement pas parlé si elle n’avait eu le plus grand succès. Le mauvais gout du public doit faire trembler. Comment un homme de génie peut-il avoir envie de travailler pour un peuple qui applaudit avec transport de telles impertinences ? Lorsqu’on voit le succès du petit opéra-comique On ne s’avise jamais de tout, faisons une comparaison plus exacte, lorsqu’on voit le succès des Idylles de Gessner, on conçoit la plus haute idée du gout de la nation, et lorsqu’on voit triompher le genre faux et absurde qui fait le succès d’Annette et Lubin, on resté affligé et humilié, et l’on croit que le génie et le gout vont disparaitre parmi nous. Cette petite comédie, qui aura pour notre honte peut-être cinquante représentations, est de Mme Favart et compagnie. M. l’abbé de Voisenon est un des premiers associés de cette compagnie si riche en tournures, épigrammes et pointes. Un des traits les plus applaudis, c’est celui d’Annette qui dit : « Lubin, ce n’est pas un garçon, c’est mon cousin. » Comme si le terme de garçon n’était pas un terme de village, et qu’il pût être ignoré d’une paysanne ! O spectatores servum pecus[5] ! »
Analyse
Dans la culture européenne, Annette et Lubin est devenu un archétype des amours champêtres dans un cadre idéalisé.
Adaptations
- Lourdet de Santerre et J. J. Chevalier[a], ont parodié Annette et Lubin, le , avec L’Amour naïf, en un acte, créé à Bagatelle[6].
Éditions
- Annette et Lubin, comédie en 1 acte et en vers, mêlée d'ariettes et de vaudevilles, par les Comédiens italiens, 15 février 1762, Paris, Nicolas-Bonaventure Duchesne, , 64 p., musique ; in-8º (lire en ligne sur Gallica).
Notes et références
Notes
- ↑ Secrétaire et collaborateur de confiance de Charles-Simon Favart.
Références
- ↑ Georges Martin, Histoire et généalogie de la maison de Talleyrand-Périgord, Lyon, Georges Martin, , 264 p., illustr., 24 cm (ISBN 9782901990086, OCLC 643451195, lire en ligne), p. 96-97.
- ↑ Jean-François Marmontel (ill. Hubert-François Gravelot), « Annete et Lubin : histoire véritable », dans Contes moraux, t. 2, J. Merlin, , 376 p., 3 vol. : pl. et titres grav ; in-12 (lire en ligne sur Gallica).
- « Comédie italienne », Mercure de France, Paris, , p. 199 (ISSN 2419-2007, lire en ligne).
- ↑ Antoine d'Origny, « Premier Février », dans Annales du théâtre italien : depuis son origine jusqu’à ce jour, t. 2, Paris, Veuve Duchesne, , 315 p., 3 t. en 1 vol. (333--308 p.) ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 9-10.
- ↑ Guillaume-Thomas Raynal et auteur3=Voltaire, « La Comédie-Italienne a donné aujourd’hui… », dans Maurice Tourneux (éd.), Correspondance littéraire, philosophique et critique : adressée à un souverain d’Allemagne, depuis 1770 jusqu'en 1782, t. 5, Paris, Garnier frères, , 538 p., 16 vol. : portr., fac-sim. ; in-8º (OCLC 310030772, lire en ligne sur Gallica), p. 44-5.
- ↑ Flora Mele, « Être auteur d'opéras-comiques au XVIIIe siècle : le cas de Charles-Simon et Justine Favart », European drama and performance studies, Paris, no 9, (ISSN 2045-8541, lire en ligne sur Gallica).
Bibliographie
- Flora Mele, « Être auteur d'opéras-comiques au XVIIIe siècle : le cas de Charles-Simon et Justine Favart », European drama and performance studies, Paris, no 9, (ISSN 2045-8541, lire en ligne).
Liens externes
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