Antiquités humaines et divines


Antiquités divines et humaines (Antiquitates rerum humanarum et divinarum) est l'une des œuvres majeures de Marcus Terentius Varron, écrivain, savant et magistrat romain du Ier siècle av. J.-C. Cette œuvre ne s'est pas conservée, et n'est connue que par des citations.

Survivance

L'ouvrage est aujourd'hui perdu, mais son contenu peut être en partie reconstitué grâce aux nombreuses citations trouvées dans La Cité de Dieu d'Augustin d'Hippone (Ve siècle). Dans livre IV, il le présente comme un « personnage si docte et dont l’autorité est si grande parmi les païens »[1].

Des citations de cet ouvrage ont également été transmises, dans une moindre mesure, par d'autres auteurs, notamment Pline l'Ancien, Aulu-Gelle, Censorin, Maurus Servius Honoratus, Nonius Marcellus, Macrobe et Priscien de Césarée[2].

Contenu

Organisation

Les Antiquités étaient divisés en 41 livres : les 25 premiers traitaient des Res humanae (« affaires humaines ») et les 16 suivants des Res divinae (it) (« affaires divines »). Plus précisément, selon Augustin, il traite « des choses humaines et des choses divines qu’il sépare en deux classes distinctes et distribue selon l’ordre de leur importance, Varron met les jeux scéniques au rang des choses divines, tandis qu’on ne devrait seulement pas les placer au rang des choses humaines dans une société qui ne serait composée que d’honnêtes gens. Et ce n’est pas de son autorité privée que Varron fait cette classification ; mais, étant Romain, il s’est conformé aux préjugés de son éducation et à l’usage »[1].

L'ouvrage était principalement un récit de l'histoire culturelle et institutionnelle de la Rome antique, notamment sa religion. Il a été écrit dans les années 50 ou 40 du Ier siècle av. J.-C.[3].

Affaires humaines

Des 25 premiers livres, sur les affaires humaines (c'est-à-dire romaines), nous savons peu de choses : le livre d'introduction était suivi de quatre sections probablement de six livres chacune, sur les gens (de hominibus : les habitants de l'Italie), sur les lieux (de locis), sur les temps (de temporibus) et sur les choses (de rebus)[4].

Aulu-Gelle dans ses Nuits attiques[5] nous présente un passage de la partie De la guerre et de la paix :

« Varron, dans son traité Des choses humaines, au livre qui a pour titre, De la guerre et de la paix, a défini le mot trêve de cette manière: « Une trêve, dit-il, est une paix faite entre deux camps pour quelques jours. » Et en donne encore une autre définition ailleurs : il dit que ce sont les vacances de la guerre, feriœ belli. Ces deux définitions, qui offrent une concision agréable, sont assurément d'un homme d'esprit ; mais elles ne sont pas parfaitement exactes. En effet, on ne peut pas donner à une trêve le nom de paix ; car, durant une trêve, la guerre subsiste toujours, le combat seul est interrompu. En outre, ce n'est pas toujours entre deux camps que la trêve se conclut, et souvent elle se prolonge au delà de quelques jours. Que devient la définition de Varron, si, après avoir conclu une trêve de plusieurs mois, les deux armées lèvent le camp et vont s'établir dans les places fortes ? Est-ce qu'alors il n'y a plus de trêve ? Si une trêve n'est qu'une paix de quelques jours, que dire d'un passage du premier livre des Annales de Quadrigarius, où cet historien raconte que le général des Samnites, C. Pontius, demanda au dictateur romain une trêve de six heures ? Quant à ce mot de vacances de la guerre, c'est plutôt un mot spirituel qu'une définition claire et précise. Les Grecs ont, pour désigner la convention qui suspend les hostilités, un mot plus expressif et plus juste, c'est ἐπιχειρία, formé d'ἔχειν et de χείρ, en retranchant le premier χ, et en mettant à la place une lettre plus douce. Ce mot est tiré de la nature même de la trêve, qui, en faisant cesser les hostilités, enchaîne les bras des soldats. Au reste, il est aisé de voir que Varron n'a pas voulu ici définir rigoureusement la trêve, et qu'il ne s'est point inquiété d'obéir aux règles scientifiques de la définition. Il s'est contenté d'interpréter le mot par une de ces explications que les Grecs appellent τύποι, esquisses, et ὑπογραφαὶ, indications, et qu'ils distinguent des ὁρισμοὶ, définitions. Quant à l'étymologie du mot trêve, induciœ, j'ai travaillé longtemps pour la trouver. Voici celle qui m'a paru la plus vraisemblable, parmi toutes celles que j'ai lues ou recueillies de la bouche de nos savants. Je crois que induciœ est formé des trois mots, inde uti jam. La convention qu'on appelle trêve a pour objet d'interrompre le combat, et de suspendre tonte hostilité jusqu'à un certain moment : mais on arrête qu'a partir de ce moment, l'état de guerre reprendra son cours : Ex eo die postea uti jam omnia belli jure agantur. On fixe un certain jour, et l'on convient que, jusqu'à ce jour, on cessera de combattre ; et que ce jour une fois passé, on reprendra les armes : Inde uti jam pugnetur. Accouplez ensemble ces trois mots, inde uti jam, réunissez- les en un seul, et vous trouverez ainsi la manière dont s'est formé le mot induciœ. Aurélius Opilius, dans le premier livre du recueil qu'il a intitulé les Muses, donne une autre étymologie : « Il y a trêve, induciœ, dit-il, lorsque les soldats de deux armées ennemies s'avancent les uns au-devant des autres, et s'abordent sans combat et sans péril. «Impune et sine pugna ineunt. » C'est de là qu'est venu le mot induciœ, et le « sens de ce mot est le même que si on disait initiœ, le même que celui d'initus, ou d'introitus. » J'ai cité ici cette étymologie, de peur que quelque détracteur de ces Nuits, s'imaginant que je n'ai pas eu connaissance, dans mes recherches à ce sujet, de l'opinion d'Aurélius, ne la juge préférable à la mienne pour ce seul motif. »

Affaires divines

Dans Affaires divines, Varron introduit la division de la théologie en trois parties : la théologie mythique (it), la théologie naturelle et la théologie civile. Plus précisément :

  • La théologie mythique est la théologie des poètes, pleine d'éléments imaginatifs et légendaires.
  • La théologie naturelle ou physique est l'étude du divin menée par les philosophes.
  • La théologie civile « établit quels dieux doivent être adorés publiquement et quels sacrifices doivent leur être offerts »[6].

Le concept de « théologie naturelle » en particulier est devenu influent grâce à la médiation d'Augustin. Les seize livres, consacrés à César comme pontifex maximus, après un livre d'introduction générale, étaient divisés en cinq triades : les livres 2 à 4 étaient consacrés aux sacerdoces (de hominibus), les livres 5 à 7 aux lieux de culte (de locis), les livres 8 à 10 au calendrier des fêtes religieuses (de temporibus), les livres 11 à 13 aux rites (de sacris) et les livres 14 à 16 aux dieux (de dis). Cette dernière triade traitait notamment de l’étymologie des noms des divinités[réf. nécessaire].

L'ouvrage adopte un point de vue stoïcien. Varron réfute la théologie poétique, ou « théologie mythique », la considérant comme une simple superstition populaire. Il déplore que la pure vénération du divin ait été ruinée par l'influence des poètes, mais considère le débat philosophique sur la nature des dieux comme précieux[7]. Il présente le roi romain Numa Pompilius comme le modèle de la pietas des anciens. Numa était associé au pythagorisme, bien que Varron ait soutenu que Numa ne pouvait être pythagoricien, ayant vécu avant Pythagore lui-même[8].

Varron réfute aussi ce qu'il considère comme des erreurs étymologiques constatées chez son maître Aelius Stilo, comme le souligne Aulu-Gelle dans ses Nuits attiques[5] :

« Dans son quatorzième livre Des choses divines, Varron fait voir que L. Ælius, un des Romains les plus instruits de cette époque, s'est trompé sur l'étymologie d'un mot latin dérivé de l'ancien grec, dont il prétendait trouver la racine dans notre langue, et qu'il décomposait en deux autres mots latins. Voici le passage de Varron : « Je me rappelle avoir vu tomber plusieurs fois dans cette erreur mon savant maitre L. Ælius. Plusieurs mots latins, qui viennent d'anciens mots grecs, lui ont paru appartenir à notre langue, et il en a donné de fausses étymologies. Il n'est pas vrai, «comme il le prétend, que lepus, lièvre, vienne de levipes, aux pieds légers; c'est un ancien mot grec. Beaucoup de mots anciens de la langue grecque sont inconnus aujourd'hui, parce qu'ils ont été remplacés par d'autres : c'est ainsi que la plupart ignorent que grœcus, grec, puteus, puits, lepus, lièvre, sont dérivés de mots grecs anciens, parce qu'on dit maintenant ἕλλην, φρέαρ, λαγώος. Je dois au reste ici moins blâmer l'erreur d'Ælius, qu'admirer l'esprit ingénieux quelle révèle; car, comme on l'a.dit, le succès dépend de la fortune, mais le mérite d'un essai louable est indépendant du succès. » Dans cette remarque placée au commencement de son quatorzième livre, Varron se montre aussi instruit sur les origines des mots et l'usage des deux langues, qu'indulgent et poli pour Ælius. Mais lui-même, à la fin de ce livre, fait venir fur, voleur, de furvus, mot ancien, synonyme de noir, parce que, dit- il, les voleurs préfèrent le temps de la nuit pour leurs larcins. Varron ne s'est-il pas trompé ici, comme .Ælius se trompait sur lepus? Ce que les Grecs nomment maintenant κλέπτης, leurs ancêtres le nommaient φῶρ ; de là est venu fur chez les Latins, par l'affinité des lettres. La mémoire de Varron était-elle en faute sur ce point, ou bien a-t-il cru qu'il était plus naturel et plus juste de tirer fur de furvus, noir? c'est ce que je n'ose dire, n'ayant pas le droit de prononcer sur un homme d'une si grande érudition. »

Notes

(it) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Antiquitates rerum humanarum et divinarum » (voir la liste des auteurs).
  1. Augustin d'Hippone, La Cité de Dieu, IV, Chapitre 1 (lire en ligne).
  2. ↑ Fragments des Antiquités humaines et divines archive conservés par d'autres écrivains, texte latin mis en ligne par forumromanum.
  3. ↑ L'ouvrage a été publié avant 46 av. J.-C. (année où il est cité par Cicéron), et après l'interdiction des cultes égyptiens en 59-58 av. J.-C. Ottavo Contributo Alla Storia Degli Studi Classici E Del Mondo Antico (1987), p. 269. T. P. Wiseman, Remembering the Roman People: Essays on Late-Republican Politics and Literature (2008), p. 115
  4. ↑ The Oxford Companion to Classical Civilization, Simon Hornblower, Antony Spawforth, Esther Eidinow, OUP Oxford, 2014.
  5. Aulu-Gelle, Nuits attiques, chap. XXV. (lire en ligne).
  6. ↑ Saint Augustin, La Cité de Dieu, VI, Chapitre 5 (lire en ligne).
  7. ↑ Wolfgang Speyer, Frühes Christentum im antiken Strahlungsfeld (1989), 416–419.
  8. ↑ Markus Peglau, "Varro und die angeblichen Schriften des Numa Pompilius" in: Andreas Haltenhoff, Fritz-Heiner Mutschler (eds.), Hortus litterarum antiquarum (2000), 441–450.

Bibliographie

Liens externes

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