Antoni Benaiges

Antoni Benaiges
Biographie
Naissance

Montroig
Décès
(à 33 ans)
Villafranca Montes de Oca
Nationalité
Espagnole
Activité
Instituteur
Autres informations
Parti politique
PSOE
Membre de
UGT

Antoni Benaiges i Nogués (Montroig, Tarragone,  province de Burgos, ) est un instituteur espagnol qui a défendu et pratiqué en Espagne les techniques Freinet. Militant socialiste, il est assassiné par des miliciens phalangistes au début de la guerre civile espagnole (1936‑1939).

Biographie

Catalan de naissance, Benaiges est issu d'une famille rurale, mais dont une partie est très impliquée dans la pédagogie. Sa mère est la nièce d'Agustí Sardà Llaberia, illustre pédagogue et homme politique républicain, et cousine de la pédagogue Mercè Sardà Uribarri. Et deux frères de sa mère sont très liés avec l'Institució Lliure d'Ensenyança. Sa famille maternelle lui a aussi transmis les idées de justice sociale que professaient les républicains.

En 1931, alors qu'il enseigne au Groupe Scolaire Carmen Rojo de Madrid, il adhère au Groupement Socialiste Madrilène, devenu ensuite le Parti socialiste ouvrier espagnol de la communauté de Madrid (PSOE).

En 1934, Antoni Benaiges est muté à l'école de Bañuelos de Bureba (Burgos), où il donne des cours en utilisant l'imprimerie et d'autres techniques du pédagogue français Célestin Freinet.

En 1934 il commence à militer de manière remarquable à la Fédération d'État de Travailleurs de l'Enseignement d'UGT de Barcelone. Pendant ses deux années d'exercice à Burgos, il collabore intensément avec le groupement républicain et est membre de la Maison du Peuple de Briviesca. Il est l'un des plus importants rédacteurs de l'hedomadaire de gauche La Voz de la Bureba. À l'été 1936, la plupart des rédacteurs ont fini dans la fosse de La Pedraja.

L'épisode de la mer

La mémoire du maître Antoni Benaiges est resté associée et popularisée par l'anecdote de l'intention de cet instituteur d'emmener ses élèves, les enfants de Bañuelos, découvrir la mer[1].

En janvier 1936, ils élaborent ensemble un cahier collectif intitulé La mer. Vision d'enfants qui ne l'ont jamais vue, dans lequel on pouvait lire des descriptions enfantines comme «La mer sera très grande, très large et très profonde», ou simplement «la mer sera...». Benaiges avait promis à ses élèves de les emmener à Mont-Roig del Camp, dans la maison de sa famille. Il laisse écrit dans son cahier:

« Et la fantaisie d'enfants qui montent et descendent la colline, seulement la colline, la colline ingrate, s'est transportée vers le Lointain [sic] pour se plonger dans l'immensité liquide, mystérieuse, sublime... Eux aussi, les enfants, connaissent la mer sans l'avoir jamais vue. »

— Antoni Benaiges, prologue de La mer. Vision d'enfants qui ne l'ont jamais vue

Archives de la famille Benaiges.
École de Bañuelos de Bureba, où Antoni Benaiges a été maître.

La persécution des cahiers

Pendant l'été 1936 Antoni a prévu de voyager avec ses élèves pour voir la mer pour la première fois.

Le 20 juillet 1936 Bañuelos reçoit une visite de milices de la Phalange Espagnole. Ils vont directement à l'école et pendant que certains posent des questions liées aux amitiés du maître, d'autres entassent devant le bâtiment ce qu'ils considèrent subversif: livres, matériel scolaire, travaux d'élèves et la collection des cahiers qui constitue des archives qu'ils réduisent en cendres. L'imprimerie est détruite.

Quelqu'un arrive à sauver du feu les rédactions manuscrites et cache quelques exemplaires des cahiers qui sont maintenant conservés, bien que beaucoup de familles se soient défaites de leurs exemplaires par peur de la répression franquiste.

Le témoignage de cette collection de cahiers édités à l'école de Bañuelos de Bureba est conservé à Mont-Roig del Camp, en possession de la famille Benaiges, qui s'était abonnée à la publication et la recevait régulièrement.

Arrestation et assassinat

Benaiges est arrêté à Briviesca (Burgos), près de Bañuelos, quelques jours seulement après le putsch qui déchaîne la guerre civile espagnole (1936‑1939).

On ne connaît pas la date et le lieu exacts de son assassinat. Initialement il est supposé qu'il a été exécuté par des éléments des milices phalangistes le 25 juillet 1936, et enterré dans une fosse commune dans les Monts de la Pedraja, bien que ses restes n'aient pas pu être identifiés après les exhumations réalisées. En raison du mauvais état dans lequel se trouvaient les restes des 135 républicains assassinés lorsqu'ils ont été retrouvés, seuls 23 ont pu être identifiés[2].

Des recherches ultérieures affirment, sans grand fondement, qu'il a été fusillé le jour même du 19 juillet 1936, et que ses restes seraient à un carrefour de chemins identifié comme la Machacadora, parage situé à l'entrée de la route de Santa Casilda. Le motif pour lequel il fut fusillé si tôt est qu'il était une personne connue dans la région et très remarquable dans la pensée de gauche; avec sa mort on voulait transmettre un message et faire un exemple. Malheureusement à ce croisement de chemins rien n'indique qu'il y ait des restes humains enterrés[3].

On présume donc que les restes du maître peuvent se trouver dans l'un de ces deux lieux: la Fosa de la Pedraja ou le parage de La Machacadora.

La fosa de La Pedraja

L'école de Bañuelos.
La fosa de La Pedraja.
Reste de la Fosa de la Pedraja.

En février 2010, le Groupement des familles des personnes assassinées dans les Monts de La Pedraja a localisé quelques douilles de balles et des restes humains dans une montagne proche de la commune de Villafranca Montes de Oca, à Burgos. Des mois plus tard, en août, la Société des sciences Aranzadi a exhumé cette fosse et a trouvé les restes de 105 personnes assassinées entre juillet et octobre 1936.

En octobre 2011, une deuxième fosse a été localisée, qui après exhumation a fait augmenter le nombre de personnes assassinées à 135. En août 2010, un témoin a dit au bord de la fosse: «Voilà où est enterré le maître de mon village». Mais sur les 135 squelettes exhumés dans les deux fosses, en raison du mauvais état des restes, seuls 23 individus ont pu être identifiés à ce jour, parmi lesquels ne se trouve pas Benaiges.

Livres et film

Dans les années 2010, le journaliste Francesc Escribano, en collaboration avec Sergi Bernal, Queralt Solé et Francisco Ferrandiz, a écrit l'essai Antoni Benaiges. Le maître qui a promis la mer, dans lequel il raconte l'histoire de Benaiges.

Début 2020, il a été annoncé que le livre serait adapté au cinéma et que Marcel Barrena se chargerait de la réalisation. Finalement c'est la réalisatrice Patricia Font qui a réalisé le film El maestro que prometio el mar (L'instituteur qui a promis la mer), qui a été projeté pour la première fois en 2023.

En 2018 l'instituteur Sebastián Gertrudix et le documentariste Sergi Bernal ont publié le roman basé sur la vie des années pendant lesquelles Antoni Benaiges était l'instituteur du village de Bañuelos. Le roman s'intitule en castillan La Mer sera et en catalan Els vaig prometre el mar[4].

Les mains d'Eladio tiennent un cahier Gestes, conservé caché pendant 75 ans.

En 2020 l'écrivain burgalais José Antonio Abella publie l'essai romancé Cette mer que nous n'avons jamais vue sur l'instituteur Benaiges, accompagné de documentation. L'auteur a été à Bañuelos de Bureba, entre 1979 et 1983 ― quelques années après la fin de la dictature franquiste ―, en tant que médecin pour son premier poste. Aucun de ses patients ne lui a dit que quarante ans auparavant, ils avaient eu pour instituteur Antonio Benaiges.

Références

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Antoni Benaiges » (voir la liste des auteurs).
  1. (es) « Antoni Beanaigues. El maestro que prometió el mar (exposición homenaje) » [archive du 29 de mayo de 2023], Museu Maritim de Barcelona (consulté le )
  2. (es) « Antonio Benaiges Nogués », RAH - Real Academia de Historia (consulté le )
  3. José Antonio Abella, Aquel mar que nunca vimos, Valnera Literaria, , p. 252
  4. Gertrúdix, Sebastián, Bernal, Sergi, El mar será..., (ISBN 978-84-17082-81-9, OCLC 1084568779, lire en ligne)

Liens externes

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