Archibald Maule Ramsay
| Membre du 37e Parlement du Royaume-Uni 37e Parlement du Royaume-Uni (d) Peebles and Southern Midlothian (en) | |
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| Membre du 36e Parlement du Royaume-Uni 36e Parlement du Royaume-Uni (d) Peebles and Southern Midlothian (en) | |
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(à 60 ans) |
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Henry Lushington Ramsay (d) |
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Sophia Thomas (d) |
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Ismay Preston (d) (de à ) |
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Archibald Henry Maule Ramsay, né le 4 mai 1894 et mort le 11 mars 1955, est un officier de l’armée britannique qui embrasse ultérieurement la carrière politique sous l’étiquette unioniste écossaise, en qualité de député au Parlement du Royaume-Uni. À compter de la fin des années 1930, il manifeste des convictions antisémites d’une virulence croissante. En 1940, à la suite de ses accointances avec un individu soupçonné d’activités d’espionnage au sein de l’ambassade des États-Unis, il devient l’unique parlementaire britannique placé en internement administratif en application du Defence Regulation 18B.
En 1939, Archibald Ramsay institue le Right Club, cénacle ouvertement nazi, dont la finalité consiste à fédérer les mouvances d'extrême droite présentes sur le territoire britannique. D’après plusieurs rapports émanant du MI5, il projette concomitamment une tentative de putsch fasciste, appelée à se concrétiser dans l’hypothèse d’un débarquement des forces allemandes au Royaume-Uni. Afin de favoriser l’exécution de cette entreprise insurrectionnelle, il introduit des agents de renseignement au sein de la police, du ministère de la Guerre économique, des services de censure relevant du ministère de l’Air ainsi qu’auprès du cabinet de guerre dirigé par Winston Churchill[1].
Biographie
Enfance et famille
Issu d’un lignage aristocratique écossais, Ramsay appartient à une branche cadette de la maison des comtes de Dalhousie : son grand-père, sir Henry Ramsay, est le frère puîné de George Ramsay. Il reçoit son instruction à Eton College puis au Royal Military College, Sandhurst, avant d’être pourvu d’un brevet d’officier au sein des Coldstream Guards en septembre 1913[2]. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il sert sur le théâtre français durant deux années. Atteint d’une grave blessure crânienne, il est ensuite affecté au War Office, à Londres. Il y fait la connaissance de lady Ismay Crichton-Stuart, qu’il épouse le 30 avril 1917. Celle-ci est l’unique descendante de Jenico Preston et la veuve de Ninian Crichton-Stuart[3], parlementaire mort au combat en 1915. Déjà mère de trois enfants lors de cette union, elle donne ensuite naissance à quatre fils issus de son mariage avec Ramsay ; l’aîné trouve la mort au combat en 1943.
Au crépuscule des hostilités mondiales, Ramsay rallie la Mission militaire britannique établie à Paris Son état physiologique, corrodé par des traumatismes de guerre, impose son éviction temporaire des effectifs en 1920[2], prélude à un retrait définitif de l’armée acté en 1922 avec le grade de capitaine[2]. La décennie consécutive le voit exercer des fonctions de mandataire social aux abords d'Arbroath, dans la province d'Angus, période durant laquelle il s'affilie au Parti unioniste. Son accession à la députation pour la circonscription de Peebles et du Midlothian méridional intervient lors du scrutin général de 1931. En dépit de son assise locale, Ramsay n'émarge pas parmi les personnalités promises aux hautes sphères étatiques ; son activité institutionnelle culmine avec son intégration à l'Office de régulation du marché de la pomme de terre. Il incarne alors l’archétype du « gentleman politicien », figure consubstantielle à l'Écosse rurale de l'entre-deux-guerres : issu du second ordre, formé au sein des académies d'Eton et de Sandhurst, vétéran des forces armées et châtelain[4]. Au sein de la Chambre des communes, son action législative se circonscrit, jusqu'en 1937, à la défense des intérêts agraires, singulièrement ceux des terroirs écossais[4]. Connu sous l'hypocoristique de « Jock », il bénéficie d'une notable faveur auprès de son électorat[4].
Guerre civile espagnole
L’éclatement de la guerre civile espagnole marque un point de rupture définitif dans la trajectoire politique d’Archibald Maule Ramsay. Initialement cantonné au rôle de parlementaire conservateur aux positions conventionnelles — une période que l’historien Richard Griffiths qualifie de « relativement atone » — Ramsay subit une radicalisation profonde sous l’effet du conflit ibérique[5]. Bien que de confession protestante, il manifeste une adhésion indéfectible à la cause des nationalistes dirigés par Francisco Franco. Cette allégeance procède d'une réprobation virulente de l'anticléricalisme républicain, dont les exactions contre les institutions ecclésiastiques heurtent ses convictions religieuses[5]. Ramsay fustige une République qu'il juge intrinsèquement athée et dénonce, dès les prémices des hostilités, la partialité alléguée des comptes rendus de la BBC. Il s'attache notamment à souligner les liens organiques unissant le camp républicain à l'Union soviétique[5]. L’implication de Moscou aux côtés des forces loyalistes est perçue par Ramsay comme une agression belliqueuse, l'incitant à œuvrer pour le triomphe de la faction nationaliste contre des adversaires qu'il taxe d'impiété[4]. Le 4 juin 1937, lors d'une intervention à la Chambre des communes consécutive à l'avarie du cuirassé de poche allemand Deutschland — frappé par une escadrille soviétique au large des côtes espagnoles —, Ramsay soutient que cet assaut résulte d'une machination ourdie par des instances communistes internationales visant à provoquer un embrasement européen généralisé[5]. En juillet de la même année, il fustige la diplomatie française pour la signature du traité franco-soviétique d'assistance mutuelle de 1935. Selon son analyse, cet accord constitue un vecteur de propagande subversive, lequel représenterait pour l'intégrité de la Grande-Bretagne une menace plus insidieuse que les forces conventionnelles de l'Armée rouge[6].
À la fin de l’année 1937, Alexander Ramsay institue le « Front chrétien uni », organisation destinée à combattre les offensives dirigées contre le christianisme et réputées procéder de Moscou. L’initiative reçoit l’adhésion de nombreux pairs du royaume ainsi que de plusieurs dignitaires ecclésiastiques de premier plan. Elle suscite néanmoins une réprobation publique exprimée dans une lettre adressée au journal The Times par diverses autorités religieuses, parmi lesquelles figurent William Temple et Donald Soper. Les signataires exposent que, tout en souscrivant au principe d’une concorde entre confessions chrétiennes, ils se refusent à avaliser le Front chrétien uni, au motif que celui-ci concentre principalement son action sur la Guerre d’Espagne et en propose, selon eux, une interprétation entachée de partialité.
Informé de la tenue projetée, à Londres en 1938, d’un congrès de libres-penseurs placé sous l’égide de la Fédération internationale des libres penseurs, Ramsay entreprend, avec l’appui de plusieurs parlementaires acquis à ses vues, d’en discréditer publiquement l’initiative. Il qualifie ainsi la manifestation de « conférence athée » et soutient qu’elle procède d’une officine inféodée à Moscou. Le 28 juin 1938, il sollicite de la Chambre l’autorisation de déposer, sous la forme d’une proposition législative, un texte intitulé « projet de loi sur la restriction des étrangers (blasphème) », destiné à prohiber l’accès du territoire britannique aux participants du congrès. La motion obtient l’assentiment de cent soixante-cinq députés contre cent trente-quatre ; le projet est néanmoins repoussé au terme de la procédure parlementaire[7]. Son hostilité à l’endroit du communisme le conduit parallèlement à invoquer certains précédents étrangers. Le 13 janvier 1938, au cours d’une allocution prononcée devant l’Arbroath Business Club, il affirme que l’aversion manifestée par Adolf Hitler envers les Juifs procède de la conviction selon laquelle « le véritable pouvoir derrière la Troisième Internationale est un groupe de Juifs révolutionnaires ».
En 1938, Ramsay prend connaissance de l’ouvrage Les Dirigeants de Russie, rédigé par le prêtre catholique irlandais Denis Fahey, auteur marqué par un positionnement contre-révolutionnaire et antisémite. L’ecclésiastique y soutient que, parmi les cinquante-neuf membres du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique en 1935, cinquante-six sont juifs, les trois autres étant unis par alliance matrimoniale à des familles juives. À la suite de cette lecture, Ramsay adhère aux constructions conspirationnistes antisémites et attribue aux Juifs une fonction instigatrice dans plusieurs bouleversements politiques majeurs de l’époque moderne et contemporaine. Il présente ainsi la guerre civile anglaise comme le produit d’une action occulte dans laquelle Oliver Cromwell intervient en qualité d’auxiliaire dirigé contre Charles Ier[7]. Il impute également aux Juifs la responsabilité de la Révolution française, de la Révolution russe ainsi que de la guerre d'Espagne[7]. Ramsay affirme dès lors sa conviction que le bolchevisme procède intrinsèquement du judaïsme et considère l’Allemagne nationale-socialiste comme l’unique rempart susceptible de s’opposer à cette dynamique supposée. Selon ses propres formulations, Adolf Hitler constitue le seul chef d’État à avoir discerné l’ampleur véritable de ces événements et à avoir identifié, derrière les violences locales, ce qu’il interprète comme l’action coordinatrice d’un « judaïsme mondial »[7]. Parallèlement, ses positions deviennent de plus en plus favorables au Reich allemand. En septembre 1938, il adresse ainsi au Times une lettre dans laquelle il défend le droit des populations sudètes à l’autodétermination.
Le 15 novembre 1938, Ramsay est convié à un déjeuner organisé à l’ambassade d’Allemagne à Londres, au cours duquel il fréquente plusieurs partisans britanniques du national-socialisme, parmi lesquels figure Barry Domvile. En décembre de la même année, il dépose une nouvelle proposition parlementaire, intitulée « Loi modificative relative aux sociétés (1929) », visant à imposer la détention nominative des participations au capital des agences de presse et des organes périodiques, en proscrivant le recours aux prête-noms. Dans l’exposé justificatif accompagnant cette initiative, Ramsay soutient que la presse nationale se trouve sous l’emprise de « financiers internationaux » établis à New York, lesquels chercheraient à précipiter le Royaume-Uni dans un conflit armé. La Chambre l’autorise à présenter le texte par cent cinquante et une voix contre cent quatre ; la proposition est néanmoins repoussée lors de la suite de la procédure législative.
Controverse
Le 10 janvier 1939, Ismay Ramsay intervient devant l’Arbroath Business Club et y soutient que la presse nationale se trouve « largement sous contrôle juif », tout en attribuant à « un groupe international de Juifs » la responsabilité des mouvements révolutionnaires observés à l’échelle mondiale. Elle avance en outre que Adolf Hitler « possède ses raisons d’agir de la sorte ». Relatés par la presse locale, ces propos suscitent la réaction du rabbin Salis Daiches, alors ministre du culte de la congrégation hébraïque d’Édimbourg, qui adresse au The Scotsman une lettre dans laquelle il somme Mme Ramsay d’étayer ses assertions. Celle-ci entreprend alors de justifier sa position en invoquant une brochure rédigée par le père Denis Fahey. La controverse épistolaire qui s’ensuit se prolonge durant près d’un mois et comprend notamment une missive collective signée par onze ministres de l’Église d’Écosse issus du comté de Peebles, lesquels réfutent publiquement les déclarations de leur députée.
Au sein de la circonscription de Peebles, l’activisme de Ramsay suscite, parmi les membres de l’association unioniste locale, une vive réprobation indexée sur le préjudice réputationnel alors subi par l'organisation. Ramsay s'emploie toutefois à désamorcer cette fronde en réitérant son allégeance formelle envers Neville Chamberlain et la coalition du Gouvernement national. Afin de concilier ses engagements partisans et ses convictions radicales, il privilégie désormais le huis clos des cénacles privés pour la diffusion de ses thèses les plus polémiques. Le 27 avril, lors d’une allocution devant une cellule de la Nordic League à Kilburn, quartier de Londres, il fustige la politique du Premier ministre. Il impute l'instauration de la conscription à une influence occulte et affirme que le financement du Parti conservateur est tributaire de subsides confessionnels spécifiques.
Right Club
À la suite du tarissement des controverses engendrées par l'allocution de l'épouse du capitaine Archibald Maule Ramsay en janvier 1939, ce dernier entreprend de circonvenir diverses personnalités afin d'exonder le Parti conservateur et unioniste de ce qu'il allègue être une hégémonie judaïque. Cette velléité culmine, en mai 1939, avec l’institution du Right Club. Ramsay consigne l’identité des affiliés au sein d’un in-quarto relié de maroquin vermillon, pourvu d'un fermoir de sûreté et passé à la postérité sous l'appellation de « Livre rouge ». L’inventaire de ce registre dénombre cent trente-cinq hommes et cent femmes. L'effectif de la sodalité agrège des antisémites notoires — à l'instar de William Joyce ou du parlementaire John Hamilton Mackie —, des sympathisants de cette idéologie, ainsi que des familiers du fondateur, dont l’adhésion procède d'une méconnaissance des desseins réels de l’organisation. Dans un écrit daté de 1952, Ramsay définit la vocation primordiale du cercle comme une entreprise de dénonciation des menées du judaïsme organisé, étayée par des pièces recueillies dès 1938. Les sociétaires escomptent alors conjurer un conflit belliqueux qu’ils imputent à des intrigues ourdies à New York[8]. La genèse du Right Club constitue une réaction immédiate à la crise diplomatique de Dantzig (aujourd'hui Gdańsk) et traduit l'opposition irréductible de Ramsay à la ligne diplomatique du cabinet Chamberlain[9]. Bien que le secret préside à la composition de l'organisation, l'histoire retient l'affiliation de l'amiral Wilmot Nicholson, de Frances Eckersley et d'Anna Wolkoff[10]. Les séances inaugurales du club se déroulent sous la présidence effective du 5e duc de Wellington[11].
Alors que Archibald Maule Ramsay s’emploie à constituer le Right Club, il intervient lors d’une assemblée de la Nordic League tenue au Wigmore Hall. Un rédacteur du Daily Worker, présent à cette réunion, rapporte que Ramsay y soutient la nécessité de mettre un terme à ce qu’il désigne comme l’« emprise juive », ajoutant que, si cet objectif ne peut être atteint par les voies constitutionnelles, il devra l’être par la coercition. Ces propos suscitent de vives acclamations dans l’assistance. L’hebdomadaire John Bull relaie ensuite ces déclarations et somme Ramsay soit de les démentir, soit d’en fournir l’explication. Le Peeblesshire Advertiser, périodique local lié à sa circonscription, adopte une démarche analogue. Ramsay reconnaît alors avoir tenu ce discours et invoque, à titre d’argument, le refus opposé par trois établissements de mettre leurs salles à disposition, qu’il interprète comme l’indice d’une influence juive prépondérante. Au cours de la crise de Dantzig, Ramsay figure parmi les très rares parlementaires britanniques qui continuent de manifester, à la Chambre des communes du Royaume-Uni, une attitude favorable à l’égard de l’Allemagne nazie, alors même que le Royaume-Uni s’achemine progressivement vers un conflit ouvert avec celle-ci à mesure que les tensions diplomatiques s’exacerbent durant l’été 1939[12]. L’historien Richard Griffiths observe que plusieurs députés avaient auparavant professé des opinions favorables au national-socialisme avant la crise, mais que la presque totalité d’entre eux choisit, en 1939, de se désolidariser de leurs positions antérieures, redoutant une compromission susceptible de nuire à leur réélection lors des consultations générales suivantes. Ramsay, à l’instar de Cyril Culverwell, passe toutefois pour un parlementaire « excentrique », persistant à exprimer publiquement de telles convictions sans paraître se préoccuper des incidences délétères qu’elles sont susceptibles d’exercer sur sa fortune électorale[12].
Déclenchement de guerre
Le 4 septembre 1939, au deuxième jour de l’entrée en guerre du Royaume-Uni dans le conflit mondial en cours, Ramsay, installé dans la bibliothèque de la Chambre des communes, rédige une parodie de Land of Hope and Glory, dont l’incipit comporte une allusion à caractère antisémite. Dans le même contexte politique, alors que le secrétaire d’État à la Guerre, Leslie Hore-Belisha — fréquemment exposé à des manifestations d’antisémitisme — est contraint de quitter ses fonctions, Ramsay diffuse au sein de la Chambre des communes des exemplaires du périodique Truth, publication réputée proche des positions de Neville Chamberlain, qui soutiennent que la disparition politique d’Hore-Belisha ne constitue pas un avantage pour le gouvernement. Il dépose également une motion parlementaire s’appuyant sur les réactions de divers organes de presse ayant exprimé des regrets après ce limogeage, qu’il interprète comme l’indice d’une influence supposée de certaines communautés juives sur la presse britannique.
Dans la sphère privée, Ramsay est convié à certaines réunions qualifiées de « secrètes », où des opposants de droite à la poursuite du conflit examinent diverses orientations tactiques. Toutefois, après la prise d’ascendant d’Oswald Mosley et de ses partisans sur ces cercles de discussion, il s’en retire. Durant la période de la drôle de guerre, le Right Club se consacre principalement à la diffusion d’une propagande matérielle, sous forme de feuillets et d’étiquettes adhésives à visée sloganique. Ramsay déclare ultérieurement qu’il entend alors « maintenir un climat propice à la transformation de cette “Drôle de guerre”, ainsi qu’on la nomme, en une paix négociée jugée honorable ». À côté de ses propres formules, notamment « Pays de la drogue et du judaïsme », circulent divers énoncés militants tels que « La guerre détruit les travailleurs » ou encore « C’est une guerre juive ». Certains tracts soutiennent en outre que « la dure vérité est que cette guerre a été ourdie et orchestrée par les Juifs afin d’assurer leur domination mondiale et d’assouvir une vengeance »[13]. Dans ses interventions publiques, tant au sein qu’en dehors de la Chambre des communes durant toute cette période, Ramsay plaide en faveur d’un règlement négocié avec l’Allemagne et attribue la responsabilité du conflit à « notre presse infestée de Juifs »[14].
Chambre des communes
Au sein de la Chambre des communes, Ramsay s’emploie à contester la procédure d’internement administratif instituée par la réglementation du Defence Regulation 18B et s’oppose, dans le même mouvement, à l’arrestation du conférencier antisémite Richard A. V. « Jock » Houston, effectuée en application de la loi sur l’ordre public de 1936. Le 20 mars 1940, il intervient par voie d’interrogation parlementaire au sujet d’une station radiophonique de propagande mise en place par l’Allemagne, dont la longueur d’onde est explicitement mentionnée, circonstance que contemporains favorables et adversaires interprètent comme un procédé de diffusion indirecte et ambiguë[15]. Le 9 mai, il sollicite du ministre de l’Intérieur l’assurance d’un refus de toute forme de pression ou d’intimidation supposée, dans un contexte où certaines formules employées en séance sont perçues comme marquées par une hostilité envers la presse juive, selon les comptes rendus des débats et les réactions de plusieurs élus travaillistes ainsi que d’observateurs divers. Par ailleurs, des éléments attribués à des sources issues du renseignement britannique rapportent que Ramsay aurait envisagé favorablement l’éventualité d’une prise de pouvoir par des forces fascistes en cas d’invasion allemande, allant jusqu’à évoquer, sur un mode hypothétique, la possibilité d’une insurrection armée intérieure caractérisée par des violences urbaines[16].
Internement
L'intégration de Tyler Kent, chiffreur au sein de la légation américaine à Londres, marque une étape ultime dans l'expansion du Right Club. Archibald Ramsay délègue à cet agent la garde du registre des affidés de l'organisation afin d'en garantir l'invulnérabilité. Or, Kent se livre par ailleurs à une activité de soustraction de documents confidentiels qu'il transmute vers l'ambassade d'Italie, attirant ainsi l'attention des services de contre-espionnage. Le contexte diplomatique de l'époque est régi par la politique de l'administration Franklin D. Roosevelt qui, nonobstant une neutralité de façade, favorise les puissances alliées[17]. En novembre 1939, Roosevelt obtient du Congrès l'amendement des lois sur la neutralité, autorisant la cession d'armements à la Grande-Bretagne et à la France. Par ses fonctions, Kent accède à la substance des tractations occultes visant à soutenir l'effort de guerre allié sans belligérance officielle. Animé par des convictions antisémites et persuadé de l'existence d'une collusion entre le président américain et des intérêts financiers occultes pour précipiter le pays dans le conflit, il communique à Ramsay des transcriptions de la correspondance privée entre Roosevelt et Churchill[18]. Le réseau se densifie lorsque Anna Wolkoff tente d'acheminer ces renseignements vers William Joyce, alias « Lord Haw-Haw », alors en poste en Allemagne. Le MI5 intercepte parallèlement une rencontre au Cumberland Hotel entre Kent et Ludwig Matthias, un ressortissant suédois dont l'allégeance aux services de renseignement du Reich est ultérieurement confirmée[18]. La compromission de Kent, détenteur de secrets diplomatiques de premier ordre, précipite sa mise sous surveillance étroite, laquelle entraîne par capillarité la chute de Ramsay, dont les interactions suivies avec le chiffreur scellent le discrédit[17].
Le 20 mai, à la suite de l’accord de l’ambassadeur des États-Unis Joseph Kennedy quant à la levée de l’immunité diplomatique de Kent, le domicile de ce dernier fait l’objet d’une perquisition suivie de son interpellation ; l’ouvrage dit « Livre rouge », maintenu sous scellés et cadenassé, est alors forcé. Les relations entretenues par Ramsay avec Kent suscitent une vive préoccupation au sein des autorités, dans la mesure où Ramsay bénéficie de l’immunité parlementaire : si Kent avait transmis à celui-ci les documents soustraits et que ce dernier en avait ensuite fait état au Parlement, toute tentative d’en empêcher la diffusion publique se serait trouvée, en pratique, compromise. Dans ce contexte, le Cabinet décide d’étendre le champ d’application du Defence Regulation 18B, afin de consolider les prérogatives administratives de détention visant les individus suspectés de comportements déloyaux ou de sympathies jugées hostiles.
Ramsay est interpellé puis écroué le 23 mai 1940 à la prison de Brixton, en application de l’article 18B de la réglementation en vigueur. Il entreprend alors de mandater des conseils juridiques, notamment le cabinet Oswald Hickson, Collier & Co., afin de contester et de préserver sa réputation. À la Chambre des lords, Lord Marley affirme par ailleurs que Ramsay constituerait, selon lui, le Gauleiter que Hitler aurait désigné pour l’Écosse en cas d’invasion, propos qui suscitent une réaction immédiate de la part du cabinet Oswald Hickson, Collier & Co., lequel adresse sans délai une lettre de protestation formelle.
Interné au titre de l’article 18B, Ramsay ne dispose, pour contester la mesure privative de liberté dont il fait l’objet, que de la voie de recours consistant en une saisine du comité consultatif, placé sous la présidence de Norman Birkett, lequel préconise toutefois le maintien de sa détention. Néanmoins, plusieurs de ses pairs invoquent le fait que son statut de député impliquerait une atteinte aux privilèges parlementaires. L’examen de l’affaire est alors renvoyé devant le Comité des privilèges ; celui-ci, le 9 octobre, estime qu’aucune violation desdits privilèges n’est caractérisée. Se présentant volontiers comme un patriote britannique résolu, Ramsay voit cependant ses activités en temps de guerre contribuer à le faire tenir pour un quasi-synonyme de trahison, et il s’impose dès lors comme l’un des parlementaires les plus honnis du conflit[19].
Procès en diffamation
En juillet 1940, le New York Times fait paraître un article intitulé « La cinquième colonne britannique », dans lequel il est soutenu que des sources américaines jugées fiables indiquent que l’intéressé aurait transmis à la légation allemande à Dublin des informations qualifiées de séditieuses, lesquelles lui auraient été communiquées par Tyler Kent. À la suite de cette publication, Ramsay introduit une action en diffamation, laquelle conduit à un procès en juillet 1941. Au cours de l’instance, il revendique sa fidélité à la Grande-Bretagne. Toutefois, certaines de ses déclarations lui sont défavorables ; ainsi, interrogé sur le point de savoir s’il souhaitait la défaite du nazisme, il substitue au terme « nazisme » celui d’« Allemagne » et répond : « Non seulement l’Allemagne, mais aussi la menace juive ». Au terme des débats, le juge se déclare convaincu que, selon toute vraisemblance, Hitler aurait qualifié Ramsay d’« ami » et estime que celui-ci a fait preuve d’une loyauté inexistante envers son souverain, son gouvernement et la population du royaume, dans sa totalité.
Le New York Times ne parvient pas à étayer la teneur de son article, aucune pièce probatoire ne permettant d’établir que Ramsay ait transmis le moindre élément à la légation allemande ; en conséquence, le tribunal le déboute. Le juge lui alloue néanmoins des dommages-intérêts purement symboliques, fixés à un farthing (soit un quart de penny), conformément à la pratique judiciaire appliquée aux demandeurs en diffamation dont les prétentions, bien que juridiquement fondées sur le plan formel, sont considérées comme entachées par leur propre conduite. Dans le cadre de la procédure, il est rappelé que lorsque le défendeur consigne au greffe, avant l’audience, une somme au moins équivalente à celle susceptible d’être allouée à titre de réparation, il se trouve dispensé des dépens ; or, le New York Times ayant déposé 75 £ auprès du tribunal, Ramsay se voit contraint d’assumer à la fois les frais liés à l’accusation et ceux de la défense. Par effet induit du procès, l’association unioniste locale dont dépend Ramsay prend publiquement ses distances à son égard et sollicite la désignation d’un autre député, David Robertson, afin de reprendre les fonctions relatives à la représentation de la circonscription.
Activités politiques ultérieures
Ramsay dépose, de manière intermittente, des questions écrites au Parlement depuis son lieu de détention, assumant également, à l’occasion, la défense de certains dossiers concernant d’autres internés du groupe 18B. Son fils aîné, Alec, alors en service au sein des Scots Guards, succombe à une pneumonie contractée en activité opérationnelle en Afrique du Sud, au mois d’août 1943. Libéré le 26 septembre 1944, Ramsay figure parmi les derniers détenus relâchés du groupe 18B. Il regagne alors Westminster afin de reprendre son siège à la Chambre des communes, un retour qui entraîne notamment la sortie de l’hémicycle d’au moins un autre parlementaire. Durant le reliquat de la législature, sa seule initiative notable consiste en le dépôt d’une motion visant à rétablir le Statut des Juifs de 1275, promulgué sous le règne d’Édouard Ier. Il renonce à se représenter lors des élections générales de 1945, et la circonscription de Peebles et du Midlothian méridional est finalement conquise par le candidat travailliste David Pryde.
En 1952, Ramsay publie un ouvrage intitulé La Guerre sans nom, que son auteur présente à la fois comme un récit à teneur autobiographique et comme une entreprise de justification rétrospective de ses actes. Le texte s’inscrit dans une construction discursive relevant de la théorie conspirationniste à matrice antisémite, dans laquelle plusieurs révolutions modernes — anglaise, française, russe et espagnole — sont interprétées comme les composantes d’un prétendu projet coordonné visant à une domination mondiale. L’auteur y mobilise abondamment les Protocoles des Sages de Sion, dont il postule sans réserve l’authenticité, et y adjoint diverses assertions dépourvues de fondement historiographique, notamment l’attribution d’une identité juive supposée à certaines figures historiques telles que Calvin, rebaptisé de manière infondée « Cohen », ou encore la représentation de Cromwell comme agent stipendié au service d’intérêts juifs. Dans cette même logique interprétative, la guerre civile anglaise ainsi que l’exécution de Charles Ier sont présentées comme des événements supposément orchestrés afin de permettre un retour des populations juives en Angleterre.
Ramsay participe à de rares réunions politiques relevant de l’extrême droite, sans s’y signaler. Il meurt en 1955.
Références
- ↑ (en) Tate, « Treason, Treachery and Pro-Nazi Activities by the British Ruling Classes During World War Two »,
- (en) Il faut définir issue=, startpage=, et date= dans le modèle {{London Gazette}}. Paramètres disponibles :
{{LondonGazette |issue= |date= |linkeddate= |startpage= |endpage= |supp= |city= |accessdate= |accessdaymonth= |accessmonthday= |accessyear= }} - ↑ « Lord Ninian Stuart – His Engagement Announced », The Cardiff Times, , p. 7
- Griffiths 1998, p. 77.
- Griffiths 1980, p. 353.
- ↑ Griffiths 1998, p. 78.
- Griffiths 1980, p. 354.
- ↑ Griffiths 1998, p. 121.
- ↑ Griffiths 1980, p. 354-355.
- ↑ Griffiths 1980, p. 355.
- ↑ Freedland, « Enemies Within », The Spectator
- Griffiths 1980, p. 363.
- ↑ Richard Griffiths, "Patriotism Perverted", Constable, 1998, p. 237, citing The National Archives file HO 144/22454/109.
- ↑ Griffiths 1980, p. 369.
- ↑ Hansard, Oral Questions, HC Deb 20 March 1940 vol 358 cc1970-1
- ↑ (en) Tim Tate, Hitler's Secret Army, Simon and Schuster, , 195 p. (ISBN 978-1-64313-172-6, lire en ligne)
- Griffiths 1980, p. 370.
- Griffiths 1998, p. 259.
- ↑ Griffiths 2016, p. 176.
Bibliographie
- Nicholson, Peter [scénariste et réalisateur]. Churchill et le complot fasciste . Documentaire télévisé de Channel 4 (2011) détaillant comment Winston Churchill et le MI5 ont traqué un groupe d'aristocrates fascistes britanniques qui complotaient pour renverser le gouvernement et former une alliance avec Adolf Hitler.
- La Guerre sans nom d'Archibald Maule Ramsay (Britons Publishing Company, Londres, 1952) – texte disponible en ligne ici
- Conspirateur : l’histoire inédite de Churchill, Roosevelt et Tyler Kent, espion, par Ray Bearse et Anthony Read (Macmillan, Londres, 1991)
Liens externes
- (en)Hansard 1803–2005 : contributions de Archibald Maule Ramsay au Parlement du Royaume-Uni
- Excerpt from a BBC film by Robert Harris, playable from Adam Curtis' blog entry titled "Wicked Leaks" (dated 17 December 2010, retrieved 25 December 2010)
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