Architecture classique en France

Château de Vaux-le-Vicomte (1656-1661).

L’architecture classique française fait son apparition dans le milieu du XVIe siècle lors de la Seconde Renaissance française, sous l'influence directe de la Renaissance italienne. L'esthétique classique en architecture se renforce ensuite durant la première moitié du XVIIe siècle avec notamment Salomon de Brosse, Jacques Lemercier et François Mansart. Lorsque le roi Louis XIV arrive au pouvoir au milieu du XVIIe siècle, le classicisme français est déployé à grande échelle pour magnifier son règne, avec pour principaux architectes Louis Le Vau et Jules Hardouin-Mansart. Le style atteint alors son apogée, marqué par la création de l'académie royale d'architecture en 1671, puis rayonne dans toute l’Europe. L'architecture classique reste dominante en France durant tout le XVIIIe siècle, sans interruption jusqu'au néoclassicisme, qui n'en est que la continuité en France, le domaine de l'architecture n'ayant été que très peu touché par le style rocaille.

L’esthétique de cette architecture se base sur les canons grecs et romains, reconnus comme des références idéales. Elle puise également ses principes dans la Renaissance italienne. Elle se caractérise par une étude rationnelle des proportions, par des compositions symétriques et par une recherche d'équilibre et d'harmonie des compositions. Elle représente un idéal d’ordre, de raison et de stabilité. Les lignes dites nobles sont préférées aux intrications complexes de courbes. Le décor doit être logique et lisible et ne pas être trop chargé ou trop fantaisiste, le but étant que les détails respectent la cohérence de l’ensemble. La matérialité architecturale est mise en avant par l'utilisation massive de la pierre de taille en grand appareil soigné, exprimant la solidité et la durabilité, recherchant une impression d'intangibilité voire d'éternité, en évitant cependant les lourdeurs excessives et en préservant l'élégance et la clarté. Elle est aussi marquée par une recherche de lumière et une grande ouverture sur l'extérieur des bâtiments qui sont souvent entourés de vastes jardins classiques. Elle s’oppose partiellement au goût baroque contemporain tout en étant fortement marquée par son influence. Les termes « classique » et « baroque » sont issues d'analyses postérieures au développement de ces styles et peuvent qualifier des réalités différentes selon les auteurs. Ainsi dans certaines classifications, de part sa théâtralité, le classicisme français est considéré comme une variante nationale de l'architecture baroque européenne, un baroque « classicisant », alors que dans d'autres, les deux termes restent perçus comme des antagonistes.

Des châteaux tels que ceux de Versailles, Grand Trianon, Vaux-le-Vicomte ont joué un rôle important dans le rayonnement de cette architecture à l’étranger.

Évolution du classicisme architectural

À partir du milieu du XVIe siècle, des architectes tels que Pierre Lescot, Philibert Delorme et Jean Bullant posent les bases de l'architecture classique en France en s'inspirant directement de l'architecture de la Renaissance italienne, ou plutôt de la littérature italienne concernant l'architecture comme les traités d'Alberti, de Bramante, de Serlio, de Palladio, etc, qui se basent eux-même sur la redécouverte du traité antique De architectura de Vitruve. Les architectes français font alors une synthèse originale entre les canons classiques et les traditions de l’architecture nationale encore influencée par le style gothique, comme les hautes toitures en ardoise et les lucarnes qui sont transcrites en motifs italiens. Ce classicisme va tenir à distance ou modérer l'influence suivante du maniérisme italien. C’est une limite et une originalité supplémentaire de la Renaissance française.

Le Grand Trianon, parc de Versailles.

Au début du XVIIe siècle, des divisions géométriques claires et harmonieuses se remarquent déjà sur les places royales : par exemple, la place des Vosges (ou place royale) à Paris : carrée, fermée, champs clos pour les carrousels, bordée d’arcades. Cette place est le symbole de l’apparition de la conciliation de la logique, de l’utilité, de la simplicité et du plaisant en architecture : la conception rationnelle s’impose comme base du classique. Le classicisme se remarque aussi à Saint-Germain-en-Laye, à Fontainebleau ou au palais du Louvre durant le règne d'Henri IV.

Plusieurs architectes ont eu une influence déterminante pour le développement du style classique français :

Architecture classique religieuse

Intérieur de la nef de la chapelle de la Sorbonne à Paris.

Au niveau de l’architecture religieuse, la rupture paraît plus nette. Le but semblerait être de réunir la façade et le dôme du bâtiment pour donner l’impression au spectateur qu’ils forment un tout. L’exemple le plus frappant du classicisme dans l’architecture religieuse est la chapelle de la Sorbonne de Jacques Lemercier, construite en 1629.

Architecture classique profane

Jules Hardouin-Mansart est l’architecte d’une grande partie du château de Versailles. Il reprit les plans dessinés initialement par Louis Le Vau, architecte de renom qui construisit le château de Vaux-le-Vicomte pour Nicolas Fouquet en 1656. Le château de Versailles, tributaire du baroque dans sa décoration, reste néanmoins classique dans les grandes lignes. Il témoigne du goût typiquement français pour les grandes masses harmonieusement équilibrées ainsi que de l’importance de la rigueur antique.

Louis Le Vau prévoit initialement de prolonger les deux ailes des communs surélevées et reliées à l’ancien château par deux pavillons symétriques. Il veut de même élever un bâtiment sur le parc, dont les fenêtres rectangulaires sont séparées par des pilastres d'ordre ionique (style architectural grec de la province de l’Ionie, reconnaissable à ses colonnes au chapiteau orné de deux volutes). Aux deux extrémités du bâtiment, il prévoit deux avant-corps (parties du bâtiment en saillie sur la façade) ornés de quatre colonnes et de niches qui abritent des statues. Au centre se trouve une terrasse. On dénote des influences antiques avec la présence de pilastres et de colonnes, ainsi que dans les formes géométriques de la terrasse et des fenêtres.

Jules Hardouin-Mansart remplace la terrasse centrale par une nouvelle façade qui correspond à la grande galerie avec un avant-corps central orné de six colonnes qui imite les pavillons d’angle de Le Vau. Il remplace les fenêtres rectangulaires par des baies (ouverture pratiquée dans un mur) cintrées qui apporteront plus de lumière. De part et d’autre de ce centre il crée deux ailes qui ont à l’intérieur des cours et des galeries bordées d’arcades.

La façade vers la ville, celle de Louis XIII, au fond de la cour de marbre, est maintenue mais enrichie pour créer l’unité chère à la sensibilité classique. De même, l’architecte prévoit trois cours qui montent vers le château et dont les côtés sont de plus en plus rapprochés, comme pour mieux accueillir le visiteur : on retrouve l’intimité classique dans cette volonté.

Créateur du jardin à la française, André Le Nôtre — fils et petit-fils de jardinier — fut l'artisan de l'aménagement des jardins du château de Versailles à partir de 1662. S'appuyant sur une organisation symétrique des espaces. Il mit en place des terrasses et de grandes allées convergeant vers la façade occidentale de la demeure royale. Le parc, d'une superficie de près de 100 ha, fut doté de parterres, de haies savamment taillées et de bosquets. L'harmonie de ces agencements fut magnifiée par la mise en place de bassins (bassin d'Apollon) et de jeux d'eau ainsi que par l'érection de nombreuses statues.

Notes et références

Annexes

Bibliographie

  • Louis Hautecoeur, Histoire de l'architecture classique en France, Tome 2 : « Le Règne de Louis XIV », 1948.
  • Jean-Marie Pérouse de Montclos, Histoire de l'architecture française, Tome 2 : « De la Renaissance à la Révolution », éd. Mengès, collection « Histoire de l'architecture », 1995.

Articles connexes

Liens externes

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