Archives secrètes de La Charité-sur-Loire

Les archives secrètes de La Charité-sur-Loire sont les archives secrètes du Grand quartier général français (GQG) découvertes par hasard le , en pleine déroute française, par les troupes allemandes, dans un train abandonné à La Charité-sur-Loire.

Historique

Après la percée du front de l'Aisne le et l'occupation de Rouen, le GQG effectue un mouvement de repli de La Ferté-sous-Jouarre à La Charité-sur-Loire.

Devant l'avancée de l'Allemagne nazie, le ministère des Affaires étrangères et le GQG font transporter loin de Paris leurs archives et documents diplomatiques secrets[1], qui arrivent pour une partie dans cinq camions à Montrichard le [2], une autre partie arrivant par train à Briare le . Ce dernier envoi est séparé en cinq échelons : le premier échelon transportant des archives par camions et quatre autres par train, ayant pour départ Gien, qui devaient passer par Briare et La Charité-sur-Loire pour être ensuite dirigés vers Vichy.

Le dernier train, qui devait partir le à 0 h 10, ne part qu'à 7 h 45 en raison de difficultés techniques. L'encombrement des voies rendant la marche extrêmement lente, il n'arrive à La Charité-sur-Loire qu'à 15 h, où il se trouve bloqué par les attaques de l'aviation allemande contre les ponts ferrés de la région. À 18 h 45, les blindés allemands arrivent à la gare et se saisissent du train[3].

Ils alertent alors le generalmajor Ulrich Liß (de)[4],[5], chef de la 3e section du GIc, l'un des services secrets de la Wehrmacht, qui fouille minutieusement le convoi et s'empare d'un butin stupéfiant : des documents confidentiels et secrets qui auraient dû être détruits, et dont le contenu est ensuite envoyé par l'occupant à Berlin.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces archives sont récupérées par l'URSS et entreposées à Moscou. Ce n'est qu'au début des années , après la chute de l'URSS, qu'elles refont surface. Elles sont alors rendues à la France et rapatriées à Vincennes[6].

Contenu des archives

Le tome II des Documents diplomatiques français de [3], publié par le ministère des Affaires étrangères, indique que la liste des documents saisis a été dactylographiée le sous le no 476/CFT. Parmi ces documents on peut citer :

Accord franco-suisse

En dépit de la neutralité officielle de la Suisse, les responsables de l'armée suisse comprirent rapidement l'intérêt de conclure un accord avec la France. D'une part, l'Allemagne nazie était clairement identifiée comme une menace[7]. D'autre part, conscients de la puissance de la Wehrmacht et de certaines lacunes de l'armée suisse[8], les responsables militaires souhaitaient obtenir un soutien de la part de la France. Ces contacts ont été menés sans l'aval du Conseil fédéral, le général suisse Henri Guisan se méfiant des autorités et craignant que les accords ne soient divulgués[9]. Pour leur part, les militaires français avaient de bonnes raisons d'appuyer cette initiative. En prévoyant l'intervention de leurs troupes sur le sol suisse, les généraux français voulaient se prémunir contre une attaque de la Wehrmacht, qui aurait utilisé le territoire suisse pour contourner la ligne Maginot par le sud. Cette option permettait aussi à la France de mener le combat à l'extérieur de son propre territoire[10].

Les premiers contacts entre les deux armées furent établis en . Ces accords secrets prévoyaient, en cas d'invasion allemande, le renforcement des positions de l'armée suisse, grâce à l'arrivée des 6e et 8e armées françaises. Les accords franco-suisses se traduisirent par l'envoi de plusieurs militaires français en Suisse qui seraient chargés de planifier une éventuelle intervention des troupes françaises sur le sol de leur voisin. Pour sa part, l'armée suisse avait formé des officiers de liaison pour conduire les troupes françaises vers leurs secteurs d'engagement. Un détachement fut aussi créé pour couvrir la possible arrivée des soldats français. Enfin, certaines fortifications furent conçues pour pouvoir accueillir l'artillerie suisse et française[11].

À la suite de la découverte de ces documents, la position du général Guisan, alors commandant en chef de l'armée suisse, fut affaiblie autant à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays. En effet, dès qu'ils furent aux mains des Allemands, les documents en question furent rapidement expédiés à Berlin. Pour Hitler, cet accord pouvait servir de prétexte pour durcir son attitude vis-à-vis de la Suisse. D'ailleurs, Otto Köcher (de), ambassadeur allemand à Berne, considérait que Guisan et les officiers qui lui étaient proches devaient être éloignés de l'armée[12]. En Suisse, certains officiers supérieurs, dont le commandant de corps Ulrich Wille, tentèrent d'utiliser cette affaire pour évincer Guisan. Wille, qui était chef de l'instruction, fut finalement démis de ses fonctions en [13].

Les accords entre les armées suisse et française furent rendus publics dans les années [14].

Notes et références

  1. ↑ « Dossiers de La Charité-sur-Loire » [PDF], sur diplomatie.gouv.fr, ministère des Affaires étrangères (consulté le ).
  2. ↑ « Moscou et nos archives » [PDF], sur aassdn.org, Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale (consulté le ).
  3. Documents diplomatiques français.
  4. ↑ (de) Rolf Düsterberg (de), Soldat und Kriegserlebnis : Deutsche militärische Erinnerungsliteratur (-) zum Zweiten Weltkrieg. Motive, Begriffe, Wertungen, Walter de Gruyter, , 395 p. (ISBN 978-3-11-096075-4, présentation en ligne).
  5. ↑ Il sera par la suite commandant de la 304e division d'infanterie.
  6. ↑ « Archives rapatriées de Russie (Fonds Moscou): Grand quartier général (-) », sur FranceArchives (consulté le ).
  7. ↑ Opération Tannenbaum - plan d'attaque « Deuxième Guerre mondiale » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  8. ↑ « L'armement et les troupes » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  9. ↑ Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit, Le général Guisan et l'esprit de résistance, Bière, Cabédita, coll. « Archives vivantes », , 270 p. (ISBN 978-2-882-95580-7), p. 221 sq.
  10. ↑ Patrick Vallélian, « Philippe Garraud : “La Suisse n'était pas neutre” », L'Hebdo, (version du sur Internet Archive).
  11. ↑ Hans Senn, « L'importance opérationnelle du plateau du Gempen durant la Seconde Guerre mondiale », dans Monuments militaires dans les cantons de Soleure, Bâle-Ville et Bâle-Campagne : Inventaire des ouvrages de combat et de commandement, Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (lire en ligne [PDF]), p. 13-15.
  12. ↑ Jean-Baptiste Mauroux, Du bonheur d'être Suisse sous Hitler, Lausanne, Éditions d'en bas, , 2e éd. (1re éd. 1968), 189 p. (ISBN 2-8290-0225-3, lire en ligne).
  13. ↑ Jean-Jacques Langendorf (préf. Georges-André Chevallaz), La Suisse dans les tempêtes du XXe siècle, Genève, Georg éditeur, , 252 p. (ISBN 978-2-825-70735-7), p. 125–126.
  14. ↑ Christian Grosse, L'excommunication de Philibert Berthelier : histoire d'un conflit d'identité aux premiers temps de la Réforme genevoise, -, Genève, Société d'histoire et d'archéologie de Genève, coll. « Cahiers / Société d'histoire et d'archéologie de Genève » (no 5), , 297 p. (ISBN 978-2-884-42006-8, lire en ligne).

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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