Argot LGBT+ en langues des signes

L'argot LGBT+ en langues des signes couvre les différentes variations sociolinguistiques des langues des signes introduites et utilisées par les personnes LGBT.

Étude

Les premières recherches sur la linguistique en langue des signes, notamment sur la langue des signes américaine (ASL), datent des années 1960, tandis que celles sur des variations LGBT dans ces mêmes langues datent de la fin des années 1970[1]. Le premier angle d’études, exploré par le sociolinguiste entendant James Woodward, est celui de la traduction et de l’interprétation de l’anglais vers l’ASL[2] ; il note que les différences de niveaux de perception des mots (perçus comme plus ou moins évocateurs, forts ou insultants selon leur énonciateur et leur receveur) peuvent s’avérer préjudiciables, entre autres dans un contexte judiciaire[3]. Woodward remarque également des lacunes dans la production en langue de signes de documentation sur la santé sexuelle, qu’il attribue à un cloisonnement des locuteurs hétérosexuels et LGBT de l’ASL[3]. D’après ses observations, les locuteurs LGBT préfèrent ne pas partager ouvertement les mots relatifs à leur sexualité pour éviter qu’ils soient repris de façon péjorative ou insultantes par des personnes hors de la communauté LGBT sourde[4].

D’autres chercheurs pointent la nécessité d’étudier les communautés sourdes LGBT et leurs modes d’expression dans une perspective intersectionnelle pour prendre en compte les différents aspects menant à la différence sociolinguistique[5].

Langue des signes américaine (ASL)

Woodward remarque notamment plusieurs signes coexistent pour les mots « gay » et « lesbien(ne) », perçus différement selon les participants à la conversation[6].

Rudner et Butowsky mettent en évidence en 1980 l’existence de signes spécifiquement LGBT que les locuteurs hétérosexuels ne connaissent pas et ne comprennent pas[7].

Langue des signes britannique (BSL)

La variante LGBT de la langue des signes britannique se traduit par une utilisation plus large des expressions faciales, et une adaptation plus élaborée ou camp de certains signes : le signe pour « chaussure » sera par exemple adapté pour figurer des talons hauts[8].

Dans le cadre des études académiques, elle est souvent appelée Gay Sign Variation (ou parfois Gay Sign Variant, abrégé en GSV)[8].

Langue des signes néerlandaise (NGT)

Roland Pfau, Annemieke van Kampen et Menno Harterink notent en langue des signes néerlandaise aussi une coexistence de plusieurs signes pour les mots « gay » et « lesbien »[5]. Une des fondatrices de l’association sourde et LGBT Roze Gebaar explique avoir intégré un nouveau signe pour « gay » (le geste initial consistait à triturer le lobe de l’oreille, il a évolué vers un signe du doigt le long du cou) afin de ne pas utiliser le signe prévu par la NGT, au sens péjoratif (assimilé à « pédé » par la communauté LGBT) et de plutôt faire référence à une façon de flirter discrètement[5]. Le signe pour « lesbienne » proposé par l’association serait lui un emprunt à l’ASL[5]. D’autres signes peuvent être utilisés, comme celui pour « pot » (pour une personne lesbienne) et celui pour « nièce » (pour un homme gay plutôt efféminé), par calque sur le néerlandais parlé, et avec les mêmes valeurs qu’en néerlandais parlé : politiquement incorrect mais acceptable dans un cadre humoristique[5].

Bibliographie

  • (en) Mala S. Kleinfeld et Noni Warner, « Lexical Variation in the Deaf Community Relating to Gay, Lesbian, and Bisexual Signs », dans Anna Livia, Kira Hall, Queerly Phrased: Language, Gender and Sexuality, Oxford University Press, , 481 p. (ISBN 0195104714, lire en ligne), p. 58-84
  • (en) James Woodward, Signs of sexual behavior: an introduction to some sex-related vocabulary in American sign language, T. J. Publishers, , 98 p. (ISBN 978-0-932666-02-4)

Notes et références

  1. ↑ Kleinfeld Warner, p. 58.
  2. ↑ Kleinfeld Warner, p. 59.
  3. Woodward 1979, p. 2.
  4. ↑ Woodward 1979, p. 1.
  5. (en) Roland Pfau, Annemieke van Kampen et Menno Harterink, « Pink sign: identity challenges, choices, and changes among elderly Deaf homosexuals in the Netherlands », dans Roland Pfau, Asli Göksel et Jana Hosemann, Our Lives – Our Stories, Berlin, Boston, De Gruyter Mouton, (DOI https://doi.org/10.1515/9783110701906-006 Accès libre), p. 129-168
  6. ↑ Woodward 1979.
  7. ↑ (en) William A. Rudner et Rochelle Butowsky, « Signs Used in the Deaf Gay Community », Sign Language Studies, vol. 30, no 1,‎ , p. 36–48 (ISSN 1533-6263, DOI 10.1353/sls.1981.0009, lire en ligne, consulté le )
  8. (en-GB) « Deaf drag queens' bid to keep gay sign language alive », sur www.bbc.com, (consulté le )

Voir aussi

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