Arpe (mythologie basque)

Arpe ou Harpe (« caverne », « grotte », « abri sous roche » en basque) joue un rôle important dans la mythologie basque et les grottes du Pays basque sont bien plus que de simples formations géologiques. Il n'est un secret pour personne que de nombreuses grottes servaient, dans des temps immémoriaux, d'habitation à des familles de bergers, surtout dans les pâturages d'altitude, et ce, jusqu'à une époque récente. Bien avant encore, elles étaient utilisées durant de longues périodes, par une population de chasseurs puis de bergers. C'est la raison pour laquelle on trouve tant de traces de foyers et d'habitations dans ces lieux[1].
Certains croient également que de nombreuses cavernes et grottes communiquent avec d'anciennes maisons grâce à des chemins souterrains empruntés par divers génies et les âmes des défunts. Elles représentent des lieux de refuge, des sanctuaires mythologiques et des témoins de l'histoire préhistorique. Elles jouent un rôle fondamental dans les croyances basques, étant associées[2].
Étymologie
Du basque, Harpe signifie littéralement « le (lieu) sous la roche », de harri (pierre, roche) et pean (en dessous[3]). D'autres termes régionaux, sont des cavités souterraines naturelles formées par des phénomènes géologiques. En fonction de la région, certains de ces termes ont des significations plus spécifiques et des connotations particulières[4]. Par exemple, koba peut désigner à la fois une grotte géologique, mais aussi un refuge pour des individus malintentionnés, comme dans l'expression lapurren leize (la grotte des voleurs).

- arzulo (Biscayen, Guipuscoan, Haut-navarrais),
- harzilo (Labourdin, Bas-navarrais, Souletin),
- harxilo (Souletin),
- aitzulo (Biscayen, Guipuscoan, Labourdin),
- aitz-zulo, aitzpe, aizpe (Labourdin),
- arpe (Haut-navarrais),
- herpe (Labourdin, Bas-navarrais, Souletin),
- arpezulo (Haut-navarrais),
- leza (Souletin),
- leize, leize (Haut-navarrais),
- leze (Navarre, Souletin, Labourdin, Labourdin),
- leize-zilo, leze-zilo (Labourdin, Bas-navarrais),
- lupe (Guipuscoan, Labourdin),
- lurrupe (Haut-navarrais),
- lurruspe (Labourdin),
- koba (Biscayen, Guipuscoan),
- kobao, kobau, koba-zulo (Biscayen),
- kobi (H.),
- saizulo (Guipuscoan),
- zilo (H.),
- ziloka (Haut-Navarrais, Labourdin, Bas-navarrais, Souletin),
- karbe (Bas-navarrais),
- lami (Haut-navarrais),
- arroka-zilo (Dasc.)
Systèmes de croyances au Pays basque
Les grottes du Pays basque, tout en étant des formations géologiques naturelles, jouent un rôle primordial dans l'imaginaire collectif de cette région. Elles sont des symboles spirituels, des refuges mythologiques, et des témoins de l'histoire préhistorique. Ce sont des lieux mystiques et sacrés, associés à des créatures surnaturelles, des divinités et des figures légendaires. Cet article explore à la fois les caractéristiques géologiques des grottes basques, leur rôle dans la mythologie et les croyances populaires, ainsi que leur importance dans la vie des premiers habitants.
Les grottes et la mythologie basque
Les grottes sont des éléments essentiels dans la mythologie basque. Elles sont souvent considérées comme les demeures de divinités, d'esprits protecteurs et de créatures mythologiques. Ces lieux sacrés symbolisent la relation étroite entre les Basques et la nature, et jouent un rôle central dans la transmission des croyances traditionnelles de génération en génération[5].
Mari
Mari, la déesse principale de la mythologie basque, est fréquemment associée à des grottes, considérées comme ses refuges ou ses sanctuaires. Chaque région du Pays basque possède des grottes où l'on croit qu'elle réside[4]. Par exemple[2] :
- Dans la province de Biscaye (Bizkaia) : Baltzola (Dima), Supelaur (Orozko), Marijenkobia (Anboto), Gabaro, Otoio, Damazulo (Ispaster), etc.
- Dans la province de Guipuscoa (Gipuzkoa) : Kobaundi (Arrasate), Kutzeberri (Eskoriatza), Aketegui (Zegama), Sugaarzulo, Agamunda, Ubedi (Ataun), Marizulo (Aralar), etc.
- Dans la province d'Alava (Araba) : Kapildui, Okina, Zaldiaran, Mariasulo (Okendo).
- En Navarre : Akelarre (Zugarramurdi), Putterri, Beraingo-leze (Burunda), etc.
- Au Labourd : Marixilo (Biriatou), Arrobibeltz (Azkaine), Lezia, etc.
- En Basse-Navarre : Zelharburu (Bidarrai), Zurtzai (Lekunberri).
- En Soule : Lexarriguibele (près d'Ahuzkiti), Azaleguy (Alçay), etc.
Ces grottes sont vues comme des lieux mystiques où Mari protège la nature, les éléments, et l'équilibre de l'univers.
Basajauna et Basandere
Basajauna, esprit protecteur de la forêt, est également associé à des grottes. Ces créatures, souvent représentées comme des géants des forêts, vivent dans des grottes et protègent les animaux et la végétation. Après avoir volé du grain à San Martin Txiki, le Basajauna est supposé avoir vécu dans la grotte d'Ataun[2]. À Lekunberri, il vivait avec sa compagne, la Basandere. Ces créatures symbolisent la protection de la nature et des ressources naturelles[4].
Maide et les Laminak
Les Maide et Lamiak ou Laminak, respectivement des figures masculines et féminines de la mythologie basque, sont des créatures mythologiques liées aux grottes[4]. Elles sont souvent perçues comme des esprits protecteurs, liés aux forces primordiales de la nature. On les retrouve dans des grottes comme[2] :
- Buztanogui (Lacarry)
- Laminzilo (Isturitz)
- Sorginenleze (Zugarramurdi)
- Alkerdi (Urdazubi)
- Okabijo (Lekeitio)
- Uregatxoko Jentilzulo (Orozko)
Les Jentils et les Jentilkoba
Les Jentilak ou géants, sont associés à des grottes et sont souvent considérés comme des précurseurs des humains avant l'arrivée du christianisme[4]. Ces géants vivent dans des grottes appelées Jentilkoba et ont laissé des traces dans des sites comme :
Ces grottes étaient autrefois perçues comme les habitations de ces géants, témoignant d'un lien profond entre les Basques et leurs croyances anciennes.
Iraunsuge et Herensuge
Les Iraunsuge ou Herensuge, des serpents ou dragons anthropophages, sont des créatures monstrueuses associées à des grottes. Ces créatures mythologiques sont souvent vues comme des menaces ou des gardiennes de trésors[4]. Parmi les grottes liées à ces monstres, on trouve :
Les grottes comme lieux de vie et d'habitation
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Les grottes ont aussi servi de refuges aux premiers habitants du Pays basque. Pendant la préhistoire, ces grottes étaient utilisées comme habitats ou comme lieux de protection contre les ennemis. Des sites comme Armontaitz, Leizadi, Gaztiasoro et Lezia ont été des lieux de résidence pour les premiers Basques. Ces grottes sont également des sites archéologiques d'importance majeure, où des peintures rupestres ont été retrouvées, illustrant des croyances animistes et des rituels liés aux animaux, comme des taureaux et des chevaux.
Les grottes et la céramique campaniforme
À la fin du Mésolithique, une nouvelle culture de la céramique décorée d'incisions et de reliefs est née dans les grottes. Cette céramique est connue sous le nom de céramique campaniforme, qui s'est répandue à travers l'Europe. Selon Bosch Gimpera, cette époque marque l'apogée de la culture néolithique, avec une intensification des échanges commerciaux et un développement de la métallurgie, caractéristiques de la civilisation basque de l'époque[4].
Croyances populaires et la culture basque
Les grottes sont également des lieux où de nombreuses légendes et traditions basques prennent vie. Elles sont perçues comme des sanctuaires spirituels et des refuges pour des entités surnaturelles. Les Basques considèrent que les grottes possèdent un pouvoir mystique, souvent lié à des forces de la nature et des créatures légendaires qui y résident.
Les croyances populaires continuent de voir les grottes comme des lieux où la frontière entre le monde des vivants et celui des esprits est floue. Les traditions orales, les chants et les récits populaires maintiennent vivantes ces mythologies, et les grottes continuent de faire partie du paysage culturel basque.
Il existe un lieu très connu que l'on nomme Harpeko Saindua ou la grotte d'Harpea.
Notes et références
- ↑ José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- (eu) Eusko Ikaskuntza, « Harpe », Donostia, Auñamendi Eusko Entziklopedia (consulté le )
- ↑ Les Pyrénéens au miroir de leur toponymie: Atlas toponymique pyrénéen, Robert Aymard, 1995, Snippet view.
- (eu) Eusko Ikaskuntza, « Cueva », Donostia, Auñamendi Eusko Entziklopedia (consulté le )
- ↑ (es) Juan Mugarza, Tradiciones, mitos y leyendas del País Vasco, Laiz, (ISBN 9788485925001)
Sources et bibliographie
- Claude Labat, Libre parcours dans la mythologie basque : avant qu'elle ne soit enfermée dans un parc d'attractions, Bayonne; Donostia, Lauburu ; Elkar, , 345 p. (ISBN 9788415337485 et 8415337485, OCLC 795445010)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)
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